l’Amour médecin
Amour médecin (l’)
AMOUR MÉDECIN (l’). Comédie en trois actes et en prose de Molière, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673), créée à Versailles le 14 septembre 1665, et publiée à Paris chez Nicolas Le Gras en 1666.
Malgré l’interruption imprévue des représentations de Dom Juan, sur quelque conseil pressant parti de la sphère politique, Molière n’est pas mal en cour: en août 1665, sa troupe prend le titre de Troupe du Roi, et Louis XIV lui commande très rapidement une pièce pour son séjour de la mi-septembre à Versailles. C’est ainsi, rapporte l’auteur dans son avis «Au lecteur» (1666), que le divertissement de l’Amour médecin fut «proposé, fait, appris et représenté en cinq jours». Pour répondre si vite à la demande, il fallait que Molière eût «un magasin [de sujets] ébauchés»; il s’est inspiré aussi d’Olynthie, une nouvelle de Charles Sorel parue en 1622, et du dénouement du Pédant joué, la comédie de Cyrano de Bergerac. L’Amour médecin obtint un très grand succès à Versailles, qui se confirma sur la scène parisienne du Palais-Royal.
Synopsis
Lucinde, fille de Sganarelle, est triste et languissante: elle souhaite un mari, mais son père — qui se refuse à payer une dot — ne veut pas en entendre parler. La suivante de Lucinde, Lisette, vient en aide à sa maîtresse. Elle la représente mourante aux yeux de Sganarelle: celui-ci décide de convoquer des médecins (Acte I). Les quatre médecins appelés en consultation délibèrent: en fait, ils parlent de tout, sauf de la malade. Lorsqu’ils sont sommés de dire leur avis, deux d’entre eux sortent en se querellant et les deux autres laissent Sganarelle perplexe. Il s’avise d’acheter de l’orviétan pour sa fille (Acte II). Un nouveau médecin, Filerin, réconcilie ses deux confrères qui s’étaient opposés: il y va du crédit de la médecine. Lisette, avec la complicité de Lucinde, introduit Clitandre — l’amoureux de sa maîtresse — déguisé en médecin. Il affirme à Sganarelle qu’il faut faire semblant de consentir aux imaginations de sa fille pour la guérir: le père feint donc d’accepter le mariage, et il signe même le contrat — qui très vite se révèle authentique (Acte III).
Critique
C’est ici la deuxième pièce de Molière à exploiter le filon médical. Son Médecin volant, représenté pendant la période provinciale de son existence, utilisait déjà la ruse de l’amoureux (en l’occurrence, il s’agissait de son valet Sganarelle) déguisé en médecin pour approcher la belle. Mais on n’avait encore affaire qu’à un canevas de farce. Avec l’Amour médecin, l’intérêt se centre sur les vrais médecins: vrais non seulement comme types — leur nom désignant étymologiquement une «qualité» (Des Fonandrès, le «tueur d’hommes»; Tomès, le «saigneur»; Filerin, l’«ami de la chicane»; etc.) — mais comme personnes: chacun pouvait reconnaître en eux, grâce à des masques, les cinq premiers médecins de la cour. Ce qui fait leur fortune n’est nullement la science, c’est la peur qu’ont les hommes de mourir. Pour guérir, il vaut mieux dissiper les «vapeurs de rate» par l’union — concrétisée sur la scène — de la comédie, du ballet et de la musique.
G. FERREYROLLES
Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994