Poème sur le désastre de Lisbonne

Voltaire

1756

Poème sur le désastre de Lisbonne

 

POÈME SUR LE DÉSASTRE DE LISBONNE ou Examen de cet axiome: «Tout est bien». Poème de François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), publié en 1756.

Le 1er novembre 1755, la terre tremble à Lisbonne. Le séisme, suivi d’un raz de marée et d’un incendie, détruit la ville: 30 000 personnes trouvent la mort. La nouvelle parvient à Genève le 23 novembre. Vers le 2 décembre, Voltaire écrit: «Le tout est bien et l’optimisme en ont dans l’aile.» Il commence un «sermon» dont il envoie l’ébauche, sous le sceau du secret, à quelques amis. Une lettre anonyme lui conseille de ne pas s’en prendre à la religion: il soupçonne à tort Haller, la lettre est du pasteur Altman. Il adoucit son texte. Des copies circulent et Voltaire fait publier son poème en le joignant au Poème sur la loi naturelle. Plusieurs éditions se succèdent en 1756.

 

Synopsis

Le Poème sur le désastre de Lisbonne est un discours en vers qui évoque l’horreur de la catastrophe, interpelle les philosophes qui osent soutenir que «tout est bien», s’interroge sur l’existence du mal que permet un Dieu de bonté, établit le triste constat de la condition humaine, se résigne à ne point comprendre les voies de la Providence et dote l’homme, en guise de consolation ultime, de la faculté d’espérer.

Critique

Ce poème s’achevait d’abord sur une fin désolante: «Mon cœur compatissant gémit sans murmurer, / Sans accuser le Dieu que je dois implorer.» Puis Voltaire ajoute l’anecdote d’un calife mourant faisant l’offrande à son Dieu de tout ce qui caractérise l’homme: défauts, regrets, maux; et il reprend la parole en son nom pour le mot de la fin: «Mais il pouvait encore ajouter l’espérance.» Quelle espérance? Celle qu’un jour «tout sera bien», mais dire que «tout est bien» relève de l’illusion. La révolte de Voltaire contre le Mal, son interrogation angoissée sur l’homme («Que suis-je, où suis-je, où vais-je et d’où suis-je tiré?»), sa sensibilité aux images de carnage s’imposent ici avec force, de même que dans les notes qu’il ajoute à son poème.

À peine publié, l’ouvrage, qui remporte un beau succès, suscite des répliques et d’abord celle de Jean-Jacques Rousseau du 18 août 1756. Cette lettre, véritable profession de foi, insiste sur un étrange contraste: «rassasié de gloire», Voltaire ne trouve que du mal sur la terre; «pauvre et tourmenté d’un mal sans remède», Jean-Jacques trouve que tout est bien. Il défendra jusqu’à son «dernier souffle» la Providence: «Je la sens, je la crois, je la veux, je l’espère.» Voltaire accuse brièvement réception de cette épître. Candide sera-t-il sa véritable réponse, comme le croira Rousseau?

 

C. MERVAUD

 

Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994