Ecrits sur la grâce
Écrits sur la grâce
ÉCRITS SUR LA GRÂCE. Opuscule théologique de Blaise Pascal (1623-1662), publié partiellement par Bossut dans son édition des Œuvres complètes de Pascal à La Haye et à Paris chez Nyon en 1779.
Les Écrits sur la grâce, dont les originaux ont disparu, posent à l’éditeur des problèmes de texte et de classement comparables en difficulté à ceux des Pensées. Ils n’ont été résolus qu’en 1991, par Jean Mesnard. Ce dernier a pu regrouper et ordonner chronologiquement des éléments constitutifs auparavant présentés dans la plus grande confusion: tout d’abord une Lettre (avec «mouvement initial», «mouvement central» et «mouvement final»), puis un Discours (composé de deux «étapes»), enfin un Traité. Il a également déterminé les différentes dates de rédaction: automne 1655 pour la Lettre, qui aurait eu (car elle est inachevée) comme destinataire probable le duc de Roannez; février-mars 1656 pour le Discours et le Traité. En d’autres termes, les Écrits sur la grâce sont postérieurs à la seconde conversion de Pascal (fin 1654), partiellement contemporains des premières Provinciales — dont ils constituent le versant technique et «sérieux» — et s’interrompent au moment où la polémique en faveur d’Arnauld sur les questions dogmatiques de la grâce se transforme en une critique systématique de la morale jésuite.
Synopsis
I. Lettre sur la possibilité des Commandements. Quel sens donner à la doctrine de l’Église selon laquelle il n’est pas impossible d’observer les Commandements de Dieu? Pour les pélagiens et semi-pélagiens, l’homme a toujours le pouvoir d’accomplir les préceptes divins, ou au moins de demander dans la prière la grâce de le faire. Pour les augustiniens, il faut comprendre que lesdits Commandements ne sont pas impossibles à ceux seulement qui ont la grâce, et pendant le temps qu’ils la reçoivent; les justes ne sont pas assurés d’être justes demain. Le concile de Trente abonde dans le sens de saint Augustin, puisqu’il déclare anathème quiconque dira que le juste peut persévérer sans un secours spécial de Dieu. En affirmant que «les Commandements sont possibles aux justes», le concile condamne d’autre part la thèse luthérienne qui dénie à la nature humaine, même aidée de la grâce, toute capacité de produire des actes méritoires.
II. Discours sur la possibilité des Commandements. La possibilité n’est pas le pouvoir. D’un captif retenu dans ses fers on peut dire que sa liberté est possible, mais non qu’elle soit en sa puissance: ainsi en est-il de l’homme, retenu par les liens de la concupiscence jusqu’à ce que Dieu veuille l’en délivrer par grâce.
III. Traité de la prédestination. Comme cause du salut et de la damnation, les molinistes posent la volonté des hommes et les calvinistes, la volonté de Dieu; «L’Église pose que la volonté de Dieu est la source du salut et que la volonté des hommes est la source de leur damnation.»
Critique
On est confronté, avec les Écrits sur la grâce, à une série de fragments plus ou moins élaborés, qui tirent leur origine des textes du concile de Trente et de divers recueils de citations augustiniennes. Le dessein de Pascal est clair: il s’agit d’introduire une rigueur géométrique dans l’exposition et la résolution des questions fort complexes de la grâce débattues entre jésuites (molinistes) et jansénistes. C’est ainsi que les textes canoniques sont l’objet d’une approche herméneutique rationnelle — soucieuse au premier chef de l’«intelligence de la langue» et des «règles de la grammaire» — et que l’interprétation qui en est donnée veut être conforme, en même temps qu’à la tradition catholique, «aux lumières du sens commun». Pascal reconnaît à Dieu l’initiative du bien, mais notre salut ne s’opère pas sans notre coopération. Pour penser la compatibilité de la toute-puissance divine et de la liberté humaine, l’augustinien Pascal recourt, en une démarche dont la critique n’a pas encore développé toutes les conséquences, aux concepts thomistes (et, par-delà, aristotéliciens) de cause première et de cause seconde. Nous sommes ici aux fondements mêmes de l’anthropologie de Pascal: les Écrits sur la grâce sont le lieu à partir duquel l’ensemble de son œuvre trouve sa plus intelligible cohérence.
G. FERREYROLLES
Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994