Anthologie de l’humour noir

André Breton

1940

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Anthologie de l’humour noir

 

ANTHOLOGIE DE L’HUMOUR NOIR. Recueil de textes choisis par André Breton (1896-1966), publié à Paris aux Éditions du Sagittaire en 1940.

La publication de l’Anthologie de l’humour noir fut différée par la censure du gouvernement de Vichy et le brochage du livre ne fut effectué qu’en 1943. Réimprimé en 1947, l’ouvrage «a marqué […] son époque» (Préface de l’édition définitive, chez Jean-Jacques Pauvert en 1966).

Synopsis

Après avoir défini, dans une préface intitulée «Paratonnerre», l’expression «humour noir», Breton propose un ensemble de textes, extraits d’œuvres françaises et étrangères, qui appartiennent à ce genre. Les quarante-cinq auteurs, de Jonathan Swift (1665-1745) à Jean-Pierre Duprey (1930-1959), sont classés selon un ordre chronologique. Breton les présente en une ou deux pages avant de livrer des passages tirés de leurs ouvrages ou de leurs lettres. Les écrivains fétiches du surréalisme, tels que Sade, Ducasse (Lautréamont), Rimbaud, Jarry ou Apollinaire, prennent place dans l’anthologie. Breton y fait également entrer divers poètes ou romanciers du XIXe siècle (Borel, Poe, Baudelaire, Villiers de L’Isle-Adam, Cros, Huysmans, Corbière, Nouveau), ainsi que des compagnons de l’aventure surréaliste, écrivains ou peintres (Picabia, Picasso, Duchamp, Arp, Vaché, Péret, Dali, Prassinos).

 

Critique

La locution «humour noir» n’existait pas avant que Breton ne publie son anthologie. Cet ouvrage original donne donc naissance à une expression et un genre, et mérite, à ce titre, de figurer en bonne place parmi les œuvres poétiques de Breton. La Préface montre qu’il appartient à la nature même de l’humour d’échapper aux définitions théoriques qui tentent de le cerner. L’approche de Freud, qui le considère comme porteur de «quelque chose de libérateur, […] quelque chose de sublime et d’élevé», constitue un apport décisif pour la réflexion sur ce «sujet brûlant». Quant à l’«humour noir», Breton, plutôt que de le définir vraiment, en esquisse les contours, à travers négations et images: «L’humour noir est borné par trop de choses, telles que la bêtise, l’ironie sceptique, la plaisanterie sans gravité… (l’énumération serait longue), mais il est par excellence l’ennemi mortel de la sentimentalité […] et d’une certaine fantaisie à court terme, qui se donne trop souvent pour la poésie […].» L’auteur laisse aux textes cités, «où cet humour s’est trouvé porté littéralement à son plus haut degré d’expression», le soin de lancer le défi grinçant et corrosif de l’humour noir.

On sait que, pour les surréalistes, la création n’est pas forcément individuelle et réservée à quelques-uns. Divers livres rédigés en commun en témoignent, tout comme cette anthologie qui rassemble des écrits de plusieurs écrivains. Cet environnement nouveau revivifie les textes. Il s’agit moins d’un détournement que d’un avènement textuel: isolés de leur contexte et placés sous l’égide de l’humour noir, les extraits proposés voient leur charge signifiante et subversive décuplé. Le fait que la censure vichyste ait refusé cet ouvrage, composé d’écrits ayant par ailleurs droit de cité, prouve bien que Breton y est, plus qu’un simple compilateur, un véritable créateur. La bande du livre portait d’ailleurs cette mention: «L’ouvrage le plus explosif de Breton». L’Anthologie de l’humour noir est, bien à sa façon, une sorte de manifeste surréaliste du pouvoir subversif et libérateur du langage.

 

A. SCHWEIGER

 

Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994