{"id":99,"date":"2026-07-21T16:39:22","date_gmt":"2026-07-21T14:39:22","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=99"},"modified":"2026-07-21T16:39:22","modified_gmt":"2026-07-21T14:39:22","slug":"poesies-2","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=poesies-2","title":{"rendered":"Po\u00e9sies"},"content":{"rendered":"<p>Po\u00e9sies<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PO\u00c9SIES. Ensemble des textes po\u00e9tiques en vers d\u2019Arthur Rimbaud (1854-1891), publi\u00e9 \u00e0 Paris en 1892; r\u00e9\u00e9dition chez Vanier en\u00a01895, avec une Pr\u00e9face de Paul Verlaine, sous le titre de Po\u00e9sies compl\u00e8tes. En\u00a01891, une \u00e9dition intitul\u00e9e Reliquaire. Po\u00e9sies avait paru chez L\u00e9on Genonceaux mais elle avait \u00e9t\u00e9 rapidement retir\u00e9e du commerce.<\/p>\n<p>Rimbaud n\u2019a jamais rassembl\u00e9 et ordonn\u00e9 ses po\u00e8mes afin d\u2019en publier un recueil; et son \u0153uvre, lorsqu\u2019elle a \u00e9chapp\u00e9 au reniement ou \u00e0 la destruction \u00e0 laquelle il la vouait souvent, comporte des ensembles de provenances et de p\u00e9riodes diverses. Quand il n\u2019a pas regroup\u00e9 ses po\u00e8mes, c\u2019est l\u2019ordre chronologique de la composition qui pr\u00e9vaut, \u00e0 condition toutefois que les dates soient pr\u00e9cis\u00e9es sur les textes ou puissent \u00eatre retrouv\u00e9es.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>\u201cLes \u00c9trennes des orphelins\u201d sont le premier po\u00e8me connu de Rimbaud; il fut publi\u00e9 dans la Revue pour tous le\u00a02\u00a0janvier\u00a01870. Le \u00abCahier de Douai\u00bb, appel\u00e9 aussi \u00abRecueil Demeny\u00bb, rassemble des po\u00e8mes que l\u2019auteur, en septembre puis octobre 1870, entreprit de copier \u00e0 l\u2019intention du jeune po\u00e8te Paul Demeny, \u00e0 Douai, chez les tantes de son professeur Izambard qui l\u2019avaient accueilli apr\u00e8s ses fugues. Cet ensemble contient vingt-deux pi\u00e8ces, la plupart dat\u00e9es de l\u2019ann\u00e9e\u00a01870\u00a0\u2014 \u201cles \u00c9trennes des orphelins\u201d n\u2019y figurent pas. Il s\u2019ouvre sur \u201cPremi\u00e8re Soir\u00e9e\u201d\u00a0\u2014 publi\u00e9 sous le titre \u201cTrois Baisers\u201d dans la Charge le\u00a013\u00a0ao\u00fbt\u00a01870\u00a0\u2014 et se termine par \u201cMa boh\u00e8me\u201d. Il comporte des textes, le plus souvent en alexandrins, de longueur et d\u2019inspiration diverses parmi lesquels \u201cSensation\u201d, \u201cOph\u00e9lie\u201d, \u201cBal des pendus\u201d, \u201cV\u00e9nus anadyom\u00e8ne\u201d, \u201cRoman\u201d, \u201cle Dormeur du val\u201d. Durant l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a01871, Rimbaud demande \u00e0 Demeny de br\u00fbler le \u00abCahier de Douai\u00bb qu\u2019il juge d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9. En effet, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e\u00a01870 et durant l\u2019ann\u00e9e\u00a01871, de nouveaux po\u00e8mes ont vu le jour: \u201cles Assis\u201d, \u201cles Premi\u00e8res Communions\u201d, \u201cle Bateau ivre\u201d, \u201dVoyelles\u201d. Enfin, un dernier ensemble d\u2019une quinzaine de po\u00e8mes \u00e9crits sans doute en\u00a01872 fut publi\u00e9 avec les Illuminations. Ces textes po\u00e9tiques, certainement ind\u00e9pendants des po\u00e8mes en prose des Illuminations, sont d\u00e9sormais recueillis s\u00e9par\u00e9ment sous le titre de \u00abVers nouveaux\u00bb ou de \u00abDerniers Vers\u00bb. On y trouve notamment \u201cLarme\u201d, \u201cla Rivi\u00e8re de Cassis\u201d, \u201cCom\u00e9die de la soif\u201d, \u201cF\u00eates de la patience\u201d, \u201cHonte\u201d.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le \u00abCahier de Douai\u00bb comporte des pi\u00e8ces encore relativement traditionnelles dans leur facture. Le vers\u00a0\u2014 en g\u00e9n\u00e9ral l\u2019alexandrin et parfois l\u2019octosyllabe\u00a0\u2014 est r\u00e9gulier et les formes de l\u2019ode et du sonnet sont largement repr\u00e9sent\u00e9es. Certains po\u00e8mes, d\u2019ailleurs contigus, s\u2019inscrivent explicitement dans la tradition litt\u00e9raire: \u201cOph\u00e9lie\u201d, \u201cBal des pendus\u201d, \u201cle Ch\u00e2timent de Tartufe\u201d. L\u2019originalit\u00e9 et la force d\u2019une voix s\u2019imposent toutefois. Cette voix est celle de la jeunesse: \u00abOn n\u2019est pas s\u00e9rieux quand on a dix-sept ans\u00bb (\u201cRoman\u201d), \u00abDix-sept ans! Tu seras heureuse!\u00bb (\u201cles Reparties de Nina\u201d). Un \u00e9lan sans borne, que \u201cRoman\u201d d\u00e9veloppe sur le mode \u00abpas s\u00e9rieux\u00bb et \u201cOph\u00e9lie\u201d sur le mode tragique, anime tout le recueil. Ouverte sur l\u2019infini des possibles, la po\u00e9sie rimbaldienne se conjugue volontiers au futur, temps de l\u2019absolue libert\u00e9: \u00abPar les soirs bleus d\u2019\u00e9t\u00e9, j\u2019irai par les sentiers \/\u00a0[&#8230;] Je laisserai le vent baigner ma t\u00eate nue\u00bb (\u201cSensation\u201d), tandis que le pr\u00e9sent fr\u00e9mit de l\u2019imminence d\u2019une promesse: \u00abNuit de juin! Dix-sept ans!\u00a0\u2014 On se laisse griser. \/ La s\u00e8ve est du champagne et vous monte \u00e0 la t\u00eate&#8230; \/ On divague; on se sent aux l\u00e8vres un baiser \/ Qui palpite l\u00e0, comme une petite b\u00eate\u00bb (\u201cRoman\u201d). L\u2019objet de cet ardent d\u00e9sir, toujours en alerte, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience amoureuse, bien s\u00fbr, que \u201cPremi\u00e8re Soir\u00e9e\u201d, \u201cRoman\u201d, \u201cR\u00eav\u00e9 pour l\u2019hiver\u201d ou \u201cla Maline\u201d d\u00e9veloppent dans un registre de badinage \u00e9rotique et \u201cles Reparties de Nina\u201d dans un registre bucolique et sentimental. Mais l\u2019exp\u00e9rience majeure, \u00e0 la fois po\u00e9tique et vitale\u00a0\u2014 ces deux aspects sont toujours indissociables chez Rimbaud\u00a0\u2014, est celle du voyage, ou plus exactement de la marche d\u00e9pourvue de but pr\u00e9cis, sans tr\u00eave, port\u00e9e en avant: \u00abJe m\u2019en allais, les poings dans mes poches crev\u00e9es; \/ Mon paletot aussi devenait id\u00e9al; \/ J\u2019allais sous le ciel, Muse! et j\u2019\u00e9tais ton f\u00e9al; \/ Oh! l\u00e0! l\u00e0! que d\u2019amours splendides j\u2019ai r\u00eav\u00e9es!\u00bb (\u201cMa boh\u00e8me\u201d). \u201cAu Cabaret vert\u201d et \u201cSensation\u201d disent cette m\u00eame euphorie d\u2019un corps \u00e0 corps avec le monde pourvoyeur d\u2019une ivresse cosmique. Profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans la mat\u00e9rialit\u00e9 de la sensation, cet univers po\u00e9tique exclut l\u2019id\u00e9alisme. Ainsi, Oph\u00e9lie meurt pour avoir fait de trop beaux r\u00eaves, dont d\u2019autres po\u00e8mes d\u00e9noncent le leurre avec cynisme. Le sonnet \u201cV\u00e9nus anadyom\u00e8ne\u201d joue la provocation pour tourner en d\u00e9rision la divinit\u00e9 qu\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent po\u00e8me, \u201cSoleil et chair\u201d, c\u00e9l\u00e9brait avec v\u00e9n\u00e9ration: \u00abLes reins portent deux mots grav\u00e9s: \u201cClara Venus\u201d; \/\u00a0\u2014 Et tout ce corps remue et tend sa large croupe \/ Belle hideusement d\u2019un ulc\u00e8re \u00e0 l\u2019anus.\u00bb \u201cLes Reparties de Nina\u201d, apr\u00e8s un long discours attribu\u00e9 \u00e0 \u00abLui\u00bb et d\u00e9peignant les charmes d\u2019un amour pastoral, vient buter sur cette ultime et laconique r\u00e9ponse: \u00abElle\u00a0\u2014 Et mon bureau?\u00bb Grin\u00e7ante et r\u00e9volt\u00e9e, la po\u00e9sie rimbaldienne fustige les mis\u00e8res du monde contemporain: \u201c\u00c0 la musique\u201d est une satire des \u00abbourgeois poussifs\u00bb, \u201cles Effar\u00e9s\u201d et \u201cle Dormeur du val\u201d offrent le tragique spectacle de la faim et de la guerre.<\/p>\n<p>Plus audacieux \u00e0 tous \u00e9gards, les po\u00e8mes de\u00a01871 poussent plus loin la charge ironique et le sarcasme. \u201cLes Assis\u201d ou \u201cAccroupissements\u201d, dont le titre d\u00e9signe symboliquement la m\u00e9diocrit\u00e9, dressent d\u2019impitoyables et grotesques portraits. La religion surtout est l\u2019objet d\u2019agressives invectives, notamment dans \u201cles Pauvres \u00e0 l\u2019\u00e9glise\u201d ou \u201cles Premi\u00e8res Communions \u201d. R\u00e9solument irr\u00e9v\u00e9rencieux, le po\u00e8me blasph\u00e8me, associant le Ciel \u00e0 la d\u00e9jection: \u00abJe pisse vers les cieux bruns, tr\u00e8s haut et tr\u00e8s loin\u00bb (\u201cOraison du soir\u201d). Le vocable, mati\u00e8re \u00e0 part enti\u00e8re, prend litt\u00e9ralement corps. Ainsi, le sonnet \u201cVoyelles\u201d fait de la lettre une mati\u00e8re sensible dont le po\u00e8te a le secret, conna\u00eet \u00abl\u2019alchimie\u00bb: \u00abA noir, E blanc,\u00a0I rouge, U vert, O bleu: voyelles, \/ Je dirai quelque jour vos naissances latentes.\u00bb \u00c0 grand renfort d\u2019assonances, d\u2019allit\u00e9rations, de mots rares et compliqu\u00e9s, la profusion verbale sature le texte: \u00abUn hydrolat lacrymal lave \/ Les cieux vert-chou: \/ Sous l\u2019arbre tendronnier qui bave\u00a0[&#8230;], \/ Vos caoutchoucs\u00bb (\u201cMes petites amoureuses\u201d). Les mots et le rythme qu\u2019ils imposent acqui\u00e8rent alors une pr\u00e9sence telle que, pouvoir de la magie et de la r\u00e9volte destructrice du po\u00e8te, le sens est au bord de l\u2019an\u00e9antissement: \u00abIls ont schako, sabre et tam-tam \/ Non la vieille bo\u00eete \u00e0 bougies \/ Et des yoles qui n\u2019ont jam, jam&#8230;\u00bb (\u201cChant de guerre parisien\u201d). \u201cLe Bateau ivre\u201d, longue coul\u00e9e d\u2019alexandrins \u00e0 la premi\u00e8re personne, t\u00e9moigne de la force de cette \u00e9criture dont l\u2019exub\u00e9rance exc\u00e8de la logique et la signification pour imposer la vision radieuse et hallucin\u00e9e du po\u00e8te voyant: \u00abEt j\u2019ai vu quelquefois ce que l\u2019homme a cru voir!\u00bb<\/p>\n<p>Plus d\u00e9pouill\u00e9s, les \u00abVers nouveaux\u00bb d\u00e9ploient une parole qui semble soumise \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9 de son propre flux: \u00abEt toute vengeance? Rien!&#8230;\u00a0\u2014 Mais si, toute encor\u00bb (\u201cQu\u2019est-ce pour nous, mon c\u0153ur&#8230;\u201d). Rudimentaire, la syntaxe mime les sauts de la pens\u00e9e. Des r\u00e9pliques s\u2019\u00e9changent, simples et rapides, au rythme d\u2019un dialogue ou d\u2019un monologue int\u00e9rieur. La phrase, nominale, pose l\u2019\u00e9vidence d\u2019\u00e9nigmatiques objets: \u00abPlates-bandes d\u2019amarantes jusqu\u2019\u00e0 \/ L\u2019agr\u00e9able palais de Jupiter\u00bb (\u201cPlates-bandes\u201d). Le pr\u00e9sent est de m\u00eame utilis\u00e9 pour montrer, pour faire advenir des pr\u00e9sences, ici et maintenant dans le texte: \u00abLa chambre est ouverte au ciel bleu-turquin; \/ Pas de place: des coffrets et des huches! \/ Dehors le mur est plein d\u2019aristoloches \/ O\u00f9 vibrent les gencives des lutins\u00bb (\u201cJeune M\u00e9nage\u201d). L\u2019impression d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 est \u00e9galement cr\u00e9\u00e9e par de multiples adresses qui font du po\u00e8me une sorte d\u2019urgente sommation: \u00abViens, les Vins vont aux plages \/ Et les flots par millions! \/ Vois le Bitter sauvage \/ Rouler du haut des monts!\u00bb (\u201cCom\u00e9die de la soif\u201d). Ici encore, le mouvement impose son rythme et sa n\u00e9cessit\u00e9 mais avec une ardeur plus pr\u00e9cipit\u00e9e et imp\u00e9rieuse que dans les po\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9dents; la soif et la faim, m\u00e9taphores de toute aspiration, sont omnipr\u00e9sentes. Les \u00abVers nouveaux\u00bb ont en outre une apparence parfois verlainienne et les allusions au po\u00e8te ami sont, dans \u201cHonte\u201d par exemple, presque explicites: c\u2019est que Rimbaud les compose aupr\u00e8s de Verlaine, qui \u00e9crit alors les Romances sans paroles. Ces pi\u00e8ces comportent maintes allusions au chant, et certain d\u2019entre-elles\u00a0\u2014 par exemple \u201cF\u00eates de la patience\u201d, du fait de la bri\u00e8vet\u00e9 m\u00e9trique et de la reprise de certains vers ou de strophes enti\u00e8res qui prennent l\u2019allure de refrains\u00a0\u2014, s\u2019apparentent \u00e0 la chanson. Cependant, l\u2019esth\u00e9tique rimbaldienne demeure radicalement distincte de celle de Verlaine et le d\u00e9pouillement des \u00abVers nouveaux\u00bb n\u2019a rien d\u2019un affadissement. La po\u00e9sie est comme plus brute, \u00e2pre et tendue. Cette ultime simplicit\u00e9 porte Rimbaud au seuil de la d\u00e9possession\u00a0\u2014 \u00abQue comprendre \u00e0 ma parole?\u00bb (\u201c\u00d4 saisons, \u00f4 ch\u00e2teaux\u201d)\u00a0\u2014 et du silence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-99","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/99","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=99"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}