{"id":98,"date":"2026-07-21T16:33:33","date_gmt":"2026-07-21T14:33:33","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=98"},"modified":"2026-07-21T16:33:33","modified_gmt":"2026-07-21T14:33:33","slug":"une-saison-en-enfer","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=une-saison-en-enfer","title":{"rendered":"Une Saison en enfer"},"content":{"rendered":"<p>Une saison en enfer<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>UNE SAISON EN ENFER. Recueil de po\u00e8mes en prose d\u2019Arthur Rimbaud (1854-1891), publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur \u00e0 Bruxelles par l\u2019Alliance typographique en 1873; r\u00e9\u00e9dition avec les Illuminations, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019une notice de Paul Verlaine, \u00e0 Paris chez Vanier en\u00a01892.<\/p>\n<p>Cet ouvrage, pour lequel Rimbaud avait initialement song\u00e9 \u00e0 d\u2019autres titres, est un recueil de \u00abpetites histoires en prose, titre g\u00e9n\u00e9ral: Livre pa\u00efen, ou Livre n\u00e8gre\u00bb (lettre \u00e0 Ernest Delahaye, mai 1873). Il appara\u00eet, \u00e0 bien des \u00e9gards, comme un testament po\u00e9tique et c\u2019est d\u2019ailleurs le seul de ses textes que l\u2019auteur ait tenu \u00e0 publier de son vivant. R\u00e9dig\u00e9 entre avril et ao\u00fbt 1873, il s\u2019inscrit dans la p\u00e9riode tourment\u00e9e qui, apr\u00e8s les coups de revolver de Verlaine dirig\u00e9s contre Rimbaud, se termina par la rupture d\u00e9finitive des deux amis. Le po\u00e8te ayant omis d\u2019acquitter la totalit\u00e9 des frais aupr\u00e8s de l\u2019imprimeur, un grand nombre d\u2019exemplaires, sur les cinq cents qui furent tir\u00e9s, demeur\u00e8rent chez ce dernier. Contrairement \u00e0 une l\u00e9gende tenace, Rimbaud ne d\u00e9truisit donc pas totalement Une saison en enfer; en br\u00fblant les quelques exemplaires qu\u2019il poss\u00e9dait, c\u2019est bien toutefois l\u2019ensemble de son \u0153uvre qu\u2019il vouait symboliquement \u00e0 l\u2019autodaf\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le recueil s\u2019ouvre sur un po\u00e8me d\u00e9pourvu de titre qui s\u2019apparente \u00e0 un prologue et d\u00e9die \u00e0 Satan ce \u00abcarnet de damn\u00e9\u00bb. Viennent ensuite huit po\u00e8mes de longueur in\u00e9gale, dont certains sont divis\u00e9s en sections alors que d\u2019autres se pr\u00e9sentent d\u2019un seul tenant. \u201cMauvais Sang\u201d dresse une sorte d\u2019autoportrait chaotique et provocant du po\u00e8te. Celui-ci, apr\u00e8s avoir \u00abaval\u00e9 une fameuse gorg\u00e9e de poison\u00bb, fait l\u2019exp\u00e9rience de la \u201cNuit de l\u2019enfer\u201d. Dans \u201cD\u00e9lires I\u201d, le \u00abje\u00bb devient l\u2019\u00ab\u00e9poux infernal\u00bb d\u2019une \u00abvierge folle\u00bb qui le d\u00e9crit \u00e0 travers sa \u00abconfession\u00bb pleine d\u2019amour, voire d\u2019idol\u00e2trie, et de souffrance. Dans \u201cD\u00e9lires\u00a0II\u201d, le \u00abje\u00bb, d\u00e8s les premiers mots\u00a0\u2014 \u00ab\u00c0 moi\u00bb\u00a0\u2014, reprend la parole pour retracer son parcours po\u00e9tique qu\u2019il semble renier. Le dernier po\u00e8me, \u201cAdieu\u201d, appara\u00eet enfin comme un \u00e9pilogue qui met un terme au recueil, si ce n\u2019est \u00e0 la totalit\u00e9 de l\u2019entreprise po\u00e9tique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>On a souvent voulu voir dans Une saison en enfer un texte autobiographique relatant notamment l\u2019aventure avec Verlaine, dont la \u00abvierge folle\u00bb serait l\u2019un des avatars. Il s\u2019agit certes d\u2019un texte-bilan et, pour Rimbaud surtout, la po\u00e9sie \u00e9tant ins\u00e9parable de la vie, l\u2019on ne peut nier la pr\u00e9gnance du v\u00e9cu dans l\u2019\u00e9criture. Mais elle s\u2019en nourrit plut\u00f4t qu\u2019elle ne pr\u00e9tend le transcrire. La po\u00e9sie rimbaldienne n\u2019est rien moins qu\u2019anecdotique et vouloir la d\u00e9chiffrer comme un cryptogramme est d\u2019une pertinence limit\u00e9e. Au-del\u00e0 des faits et des allusions, ce texte boulevers\u00e9 et bouleversant, mais sans sensiblerie aucune, interroge la vie et l\u2019acte cr\u00e9ateur dans le souci de les porter \u00e0 l\u2019extr\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00abimpossible\u00bb.<\/p>\n<p>Press\u00e9 par une urgence inh\u00e9rente \u00e0 son \u00eatre m\u00eame: \u00abVite! est-il d\u2019autres vies?\u00bb, le po\u00e8te, toujours \u00aben marche\u00bb, parle une langue heurt\u00e9e. Les phrases nominales, nombreuses, pr\u00e9cipitent le rythme: \u00abAllons! La marche, le fardeau, le d\u00e9sert, l\u2019ennui et la col\u00e8re.\u00bb D\u00e9laissant la syntaxe et ses constructions, la prose rimbaldienne ne nomme que l\u2019essentiel, prof\u00e9r\u00e9 comme en autant de cris que la r\u00e9p\u00e9tition rend plus lancinants encore: \u00abCris, tambour, danse, danse, danse, danse!\u00a0[&#8230;] Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse!\u00bb La parole surgit comme un arrachement primitif, comme un \u00e9lan que la n\u00e9cessit\u00e9 impose et que le po\u00e8te, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, transcrit en son \u00e9tat le plus rudimentaire: \u00abMais non, rien.\u00a0[&#8230;] Ah! encore.\u00bb La po\u00e9sie atteint ainsi une force brute, \u00e9nigmatique et sacr\u00e9e: \u00abC\u2019est oracle, ce que je dis.\u00bb L\u2019acte po\u00e9tique est cependant d\u00e9pourvu de passivit\u00e9. Certes, le refus de tout travail est affirm\u00e9, y compris celui de la plume: \u00abJ\u2019ai horreur de tous les m\u00e9tiers.\u00a0[&#8230;] La main \u00e0 plume vaut la main \u00e0 charrue.\u00a0\u2014 Quel si\u00e8cle \u00e0 mains!\u00a0\u2014 Je n\u2019aurai jamais ma main\u00bb, et le but de la cr\u00e9ation n\u2019est pas d\u2019ordre esth\u00e9tique: \u00abUn soir, j\u2019ai assis la Beaut\u00e9 sur mes genoux.\u00a0\u2014 Et je l\u2019ai trouv\u00e9e am\u00e8re.\u00a0\u2014 Et je l\u2019ai injuri\u00e9e.\u00bb L\u2019acte po\u00e9tique ne fabrique pas; il est qu\u00eate constante car tout, l\u2019\u00abamour\u00bb, par exemple, \u00abest \u00e0 r\u00e9inventer\u00bb. La t\u00e2che est donc de chercher la \u00abvraie vie\u00bb, et l\u2019\u00ab\u00e9poux infernal\u00bb de \u201cD\u00e9lire I\u201d \u00aba peut-\u00eatre des secrets pour changer la vie\u00bb, pour \u00abs\u2019\u00e9vader de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. Le chaos verbal est \u00e0 l\u2019image de cette qu\u00eate haletante dont Une saison en enfer, conjuguant aussi bien le pass\u00e9 que le pr\u00e9sent et le futur, d\u00e9voile \u00abtous les myst\u00e8res\u00bb.<\/p>\n<p>En partie seulement, car le texte pr\u00e9serve ses opacit\u00e9s. Tour \u00e0 tour sorcier, alchimiste, magicien, voyant, fou aussi, le po\u00e8te voue ses forces vitales \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un \u00abtr\u00e9sor\u00bb qui se d\u00e9robe, toujours lointain, \u00e0 venir: \u00abJ\u2019aurai de l\u2019or\u00bb, \u00abJe ferai de l\u2019or.\u00bb Cet or, cette autre vie, cet impossible, exc\u00e8de la parole: \u00abQuelle langue parlais-je?\u00bb, \u00abJe voudrais me taire.\u00bb \u00c0 cet \u00e9gard, Une saison en enfer s\u2019offre tout de m\u00eame assez clairement \u00e0 lire comme un parcours narratif qui se solde par un \u00e9chec: \u00abJ\u2019ai essay\u00e9 d\u2019inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J\u2019ai cru acqu\u00e9rir des pouvoirs surnaturels. Eh bien! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs! Une belle gloire d\u2019artiste et de conteur emport\u00e9e!\u00bb<\/p>\n<p>Gardons-nous toutefois des mirages de la transparence et de l\u2019immobilisme des certitudes. Maniant volontiers l\u2019ironie, la parodie et le sarcasme, la po\u00e9sie rimbaldienne ne fige jamais le sens. Ainsi, le \u00abje\u00bb d\u2019Une saison en enfer ne se laisse emprisonner dans aucune identit\u00e9 stable et d\u00e9finitive. L\u2019exemple le plus frappant r\u00e9side sans doute dans \u201cD\u00e9lire I\u201d et les pol\u00e9miques suscit\u00e9es par ce texte: met-il en sc\u00e8ne deux protagonistes\u00a0\u2014 Verlaine et Rimbaud?\u00a0\u2014 ou bien un d\u00e9doublement de soi-m\u00eame? De m\u00eame, si l\u2019on admet le caract\u00e8re largement autobiographique du recueil, il est bien souvent difficile de distinguer le \u00abje\u00bb protagoniste dans le pass\u00e9 du \u00abje\u00bb scripteur dans le pr\u00e9sent et, de ce fait, de d\u00e9terminer une instance de jugement stable; \u00abCar JE est un autre\u00bb disait le po\u00e8te d\u00e8s\u00a01871 (lettre \u00e0 Paul Demeny,\u00a015\u00a0mai\u00a01871)&#8230; Jamais en repos, il est avant tout mouvement\u00a0\u2014 \u00abEt allons\u00bb\u00a0\u2014, toujours ailleurs, plus loin. Le recueil se termine mais le po\u00e8te, apr\u00e8s avoir dit \u00abadieu\u00bb, poursuit sa route: \u00abIl me sera loisible de poss\u00e9der la v\u00e9rit\u00e9 dans une \u00e2me et un corps.\u00bb Peut-\u00eatre Harar, o\u00f9 Rimbaud partit apr\u00e8s avoir renonc\u00e9 d\u00e9finitivement \u00e0 la po\u00e9sie, r\u00e9alisa-t-il cette ultime promesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-98","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/98","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=98"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}