{"id":97,"date":"2026-07-21T16:32:01","date_gmt":"2026-07-21T14:32:01","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=97"},"modified":"2026-07-21T16:32:01","modified_gmt":"2026-07-21T14:32:01","slug":"illuminations","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=illuminations","title":{"rendered":"Illuminations"},"content":{"rendered":"<p>Illuminations<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ILLUMINATIONS. Recueil po\u00e9tique en prose d\u2019Arthur Rimbaud (1854-1891), publi\u00e9 \u00e0 Paris dans la Vogue, et en volume aux \u00c9ditions de cette revue en 1886. Dans l\u2019\u00e9dition des Po\u00e9sies compl\u00e8tes (Paris, L\u00e9on Vanier,\u00a01895), figurent des textes d\u00e9couverts plus tard et absents dans l\u2019\u00e9dition de la Vogue ainsi que dans la premi\u00e8re effectu\u00e9e par Vanier en\u00a01892. Dans chacune de ces \u00e9ditions, le recueil est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une \u00abNotice\u00bb ou \u00abPr\u00e9face\u00bb de Paul Verlaine.<\/p>\n<p>En\u00a01875, lors d\u2019une derni\u00e8re rencontre \u00e0 Stuttgart, Rimbaud remit \u00e0 Verlaine le manuscrit des Illuminations, qui passa ensuite entre de nombreuses mains, avant d\u2019\u00eatre publi\u00e9 en\u00a01886. Rimbaud, qui avait depuis longtemps renonc\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie et vivait en Abyssinie, ignora cette publication. Selon le t\u00e9moignage de Verlaine, l\u2019ouvrage \u00abfut \u00e9crit de\u00a01873 \u00e0\u00a01875\u00bb (Notice de l\u2019\u00e9dition\u00a01886). En effet, si quelques po\u00e8mes en prose sont ant\u00e9rieurs \u00e0 ceux d\u2019Une saison en enfer, il est d\u00e9sormais g\u00e9n\u00e9ralement admis que la plupart sont contemporains ou post\u00e9rieurs. Cela n\u2019interdit toutefois nullement de voir dans Une saison en enfer une sorte de testament po\u00e9tique que les Illuminations corrigent ou prolongent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Les textes des Illuminations\u00a0\u2014 quarante-deux ou quarante-quatre, selon les \u00e9ditions\u00a0\u2014 sont, dans l\u2019ensemble, relativement brefs et divis\u00e9s en quelques paragraphes qui rythment la prose, scandent le parcours po\u00e9tique. Plus rares sont les po\u00e8mes longs et comportant plusieurs sections tels que \u201cEnfance\u201d, \u201cVies\u201d, \u201cVeill\u00e9es\u201d ou \u201cJeunesse\u201d. L\u2019organisation du recueil n\u2019est pas due \u00e0 Rimbaud mais au critique F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on qui op\u00e9ra un classement des feuillets \u00e9pars confi\u00e9s \u00e0 la Vogue. L\u2019ordre de succession des po\u00e8mes n\u2019est donc pas en lui-m\u00eame pertinent. La lecture du recueil permet toutefois de rep\u00e9rer des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9cho, des configurations signifiantes entre les textes: certains dessinent un univers urbain et moderne\u00a0\u2014 \u201cVille\u201d, \u201cVilles I\u201d, \u201cVilles\u00a0II\u201d, \u201cOuvriers\u201d, \u201cles Ponts\u201d\u00a0\u2014, d\u2019autres un monde dans lequel la beaut\u00e9 naturelle et originelle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e\u00a0\u2014 \u201cAube\u201d, \u201cFleurs\u201d, \u201cMarine\u201d\u00a0\u2014; d\u2019autres encore nous plongent dans l\u2019enfance et la f\u00e9erie\u00a0\u2014 \u201cEnfance\u201d, \u201cConte\u201d, \u201cRoyaut\u00e9\u201d. Ainsi se cr\u00e9ent une intelligibilit\u00e9 qui exc\u00e8de les limites d\u2019un seul po\u00e8me et une coh\u00e9rence interne qui subsume le morcellement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le titre du recueil\u00a0\u2014 que l\u2019on ne trouve nulle part \u00e9crit par Rimbaud mais dont Verlaine a certifi\u00e9 l\u2019authenticit\u00e9, tout comme celle du sous-titre \u00abcoloured plates\u00bb\u00a0[assiettes, plaques ou planches, colori\u00e9es ou peintes]\u00a0\u2014 privil\u00e9gie la vision. Selon Verlaine, les Illuminations font allusion aux enluminures populaires. Il est vrai que la po\u00e9sie rimbaldienne s\u2019ancre dans un imaginaire collectif et traditionnel qu\u2019elle transmue, bien s\u00fbr, \u00e0 sa mani\u00e8re, ce qui lui conf\u00e8re une tonalit\u00e9 parfois na\u00efve, proche du monde de l\u2019enfance. En outre, les textes se pr\u00e9sentent le plus souvent comme \u00e9manant d\u2019un regard particulier et requi\u00e8rent du lecteur la contemplation partag\u00e9e d\u2019un spectacle. Le po\u00e8te s\u2019apparente \u00e0 un montreur, sans que l\u2019on sache exactement si l\u2019objet d\u00e9sign\u00e9 pr\u00e9existe au regard ou si c\u2019est l\u2019acte de nomination qui le fait appara\u00eetre: \u00abIl y a une horloge qui ne sonne pas. \/ Il y a une fondri\u00e8re avec un nid de b\u00eates blanches. \/ Il y a une cath\u00e9drale\u00a0[&#8230;]\u00bb (\u201cEnfance\u201d). Le terme \u00abilluminations\u00bb peut se rapporter \u00e9galement \u00e0 ce pouvoir d\u2019apparition des objets po\u00e9tiques qui imposent leur \u00e9clat aussi bien aux yeux qu\u2019\u00e0 l\u2019esprit. Les nombreuses phrases nominales ou pr\u00e9sentatives ont cette m\u00eame valeur d\u00e9ictique: \u00abC\u2019est le repos\u00a0[&#8230;] \/ C\u2019est l\u2019ami\u00a0[&#8230;] \/ C\u2019est l\u2019aim\u00e9e\u00a0[&#8230;]\u00bb (\u201cVeill\u00e9es\u201d).<\/p>\n<p>La perception visuelle n\u2019est cependant pas exclusive dans les Illuminations, qui octroient notamment une large place au sens auditif. Le vocabulaire musical est tr\u00e8s pr\u00e9sent et donne mati\u00e8re \u00e0 mainte image qui m\u00eale les sensations. Ainsi, le spectacle initialement visuel du po\u00e8me intitul\u00e9 \u201cles Ponts\u201d int\u00e8gre peu \u00e0 peu des notations musicales: \u00abDes accords mineurs se croisent\u00a0[&#8230;] Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d\u2019hymnes publics?\u00bb Ici encore, l\u2019image se d\u00e9ploie en toute libert\u00e9 et l\u2019\u00abillumination\u00bb, r\u00e9v\u00e9lation et hallucination tout \u00e0 la fois, transfigure le monde: \u00abLa musique, virement des gouffres et choc des gla\u00e7ons aux astres\u00bb (\u201cBarbare\u201d).<\/p>\n<p>La musique, c\u2019est aussi celle que cr\u00e9e le texte, par ses rythmes et ses sonorit\u00e9s. Bien diff\u00e9rente de celle pr\u00f4n\u00e9e et pratiqu\u00e9e par Verlaine, la \u00abmusique savante\u00bb (\u201cConte\u201d) de Rimbaud est heurt\u00e9e, parfois cahotique, toujours diverse. Elle utilise par exemple l\u2019assonance et l\u2019allit\u00e9ration comme conducteurs de la parole po\u00e9tique: \u00abFleurs qu\u2019on appellerait c\u0153urs et s\u0153urs, Damas damnant de longueur\u00bb (\u201cM\u00e9tropolitain\u201d). L\u2019encha\u00eenement et le heurt des sonorit\u00e9s semblent primer sur le sens pour cr\u00e9er une coh\u00e9rence avant tout auditive. La musique des textes \u00e9mane aussi de l\u2019utilisation de termes \u00e9trangers: leur sens, l\u00e0 encore, importe moins que l\u2019effet de rupture qu\u2019ils produisent, qu\u2019il s\u2019agisse du \u00abwasserfall blond\u00bb (\u201cAube\u201d), des \u00abdesperadoes\u00bb (\u201cJeunesse\u201d), des \u00abfanums\u00bb (\u201cPromontoire\u201d) ou de titres tels que \u201cBeing Beauteous\u201d et \u201cBottom\u201d. Le mot rare a ce m\u00eame pouvoir d\u2019\u00e9branlement et d\u2019envo\u00fbtement: \u00abUn souffle \u0153uvre des br\u00e8ches op\u00e9radiques dans les cloisons\u00bb (\u201cNocturne vulgaire\u201d). De m\u00eame, les fr\u00e9quentes accumulations nominales conf\u00e8rent \u00e0 la prose des Illuminations une fluidit\u00e9 tr\u00e8s particuli\u00e8re, \u00e0 la fois vertigineuse\u00a0\u2014 le flot \u00e9num\u00e9ratif semblant susceptible de se poursuivre ind\u00e9finiment\u00a0\u2014 et accident\u00e9e\u00a0\u2014 les allit\u00e9rations venant souvent comme marteler la succession des vocables\u00a0\u2014: \u00abLes \u00e9clats de neige, les l\u00e8vres vertes, les glaces, les drapeaux noirs et les rayons bleus, et les parfums pourpres du soleil des p\u00f4les\u00bb (\u201cM\u00e9tropolitain\u201d). Enfin, cas plus rare, un po\u00e8me tel que \u201cBarbare\u201d ne d\u00e9daigne pas la musique issue de la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une phrase refrain: \u00abLe pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques.\u00bb Mais ce principe est mani\u00e9 sans r\u00e9gularit\u00e9, voire d\u00e9construit, puisque les derniers mots du texte n\u2019en r\u00e9it\u00e8rent qu\u2019une bribe initiale: \u00abLe pavillon&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Les titres des po\u00e8mes offrent quelques cl\u00e9s pour p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019univers rimbaldien. M\u00eame s\u2019ils sont loin d\u2019en \u00e9puiser d\u2019embl\u00e9e la teneur, et m\u00eame si certains demeurent \u00e9nigmatiques, ils dessinent de possibles trajets et d\u00e9livrent quelques tonalit\u00e9s majeures du recueil. Ainsi \u201cEnfance\u201d, \u201cJeunesse\u201d et \u201cVies\u201d semblent-ils se r\u00e9pondre pour constituer une unit\u00e9 biographique, voire autobiographique. Seuls, avec \u201cVeill\u00e9es\u201d, \u00e0 \u00eatre divis\u00e9s en sections, ces trois textes voient \u00e9merger, plus ou moins amplement, une premi\u00e8re ou une deuxi\u00e8me personne qu\u2019il est tentant d\u2019identifier au po\u00e8te lui-m\u00eame. Dans \u201cVies\u201d surtout, le \u00abje\u00bb est omnipr\u00e9sent, Rimbaud para\u00eet livrer des fragments de son existence\u00a0\u2014 \u00abDans un grenier o\u00f9 je fus enferm\u00e9 \u00e0 douze ans j\u2019ai connu le monde\u00bb\u00a0\u2014 et d\u00e9finir sa t\u00e2che po\u00e9tique\u00a0\u2014 \u00abJe suis un inventeur bien autrement m\u00e9ritant que tous ceux qui m\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9; un musicien m\u00eame, qui ai trouv\u00e9 quelque chose comme la clef de l\u2019amour.\u00bb \u201cEnfance\u201d se pr\u00e9sente tout d\u2019abord comme un texte impersonnel mais, dans les deux derni\u00e8res parties, \u00abje\u00bb impose sa pr\u00e9sence avec force; la formule \u00abje suis\u00bb, maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, scande le po\u00e8me. Une identit\u00e9 s\u2019affirme, se cherche et trace un itin\u00e9raire po\u00e9tique en forme de parcours initiatique: \u00abJe suis le saint\u00bb, \u00abJe suis le savant\u00bb, \u00abJe suis le pi\u00e9ton\u00bb, \u00abJe suis ma\u00eetre du silence\u00bb. Dans \u201cJeunesse\u201d, enfin, si le \u00abje\u00bb est absent, le \u00abtu\u00bb qui domine le texte est en fait le protagoniste d\u2019un dialogue int\u00e9rieur et repr\u00e9sente donc encore le po\u00e8te qui se parle \u00e0 lui-m\u00eame: \u00abTu te mettras \u00e0 ce travail.\u00bb<\/p>\n<p>Toutefois, cette transparence est toute relative et bien des passages de ces trois po\u00e8mes se d\u00e9robent \u00e0 une lisibilit\u00e9 autobiographique. Cette po\u00e9sie, toujours mouvante et d\u00e9routante, ne se laisse jamais emprisonner dans quelque syst\u00e8me que ce soit. Certes, le travail po\u00e9tique se d\u00e9signe parfois lui-m\u00eame dans les Illuminations mais de mani\u00e8re \u00e9parse, fragmentaire, souvent \u00e9nigmatique, et les trois textes que nous venons d\u2019\u00e9voquer ne sont pas les seuls \u00e0 comporter de tels passages o\u00f9 le po\u00e8te explicite et narre son exp\u00e9rience: \u00abJ\u2019avais en effet, en toute sinc\u00e9rit\u00e9 d\u2019esprit, pris l\u2019engagement de le rendre \u00e0 son \u00e9tat primitif de fils du Soleil, et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi press\u00e9 de trouver le lieu et la formule\u00bb (\u201cVagabonds\u201d; les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Verlaine, \u00e0 la vie londonienne et aux errances des deux compagnons sont ici quasi transparentes).<\/p>\n<p>Les titres des po\u00e8mes offrent \u00e9galement l\u2019image d\u2019un univers po\u00e9tique \u00e0 la fois moderne et sans \u00e2ge. La modernit\u00e9, c\u2019est l\u2019histoire contemporaine, avec des termes tels que \u201cD\u00e9mocratie\u201d ou \u201cOuvriers\u201d, et c\u2019est aussi le monde urbain: deux po\u00e8mes s\u2019intitulent \u201cVilles\u201d, un autre \u201cVille\u201d, et \u201cles Ponts\u201d ou \u201cM\u00e9tropolitain\u201d renvoient \u00e0 ce m\u00eame paysage avec son \u00ab\u00e9paisse et \u00e9ternelle fum\u00e9e de charbon\u00bb (\u201cVille\u201d), \u00abses bruits de m\u00e9tiers\u00bb (\u201cOuvriers\u201d) et sa \u00abpolice\u00bb (\u201cVilles I\u201d). Volontiers descriptive, l\u2019\u00e9criture enregistre alors le r\u00e9el avec froideur et pr\u00e9cision: \u00abUn bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-l\u00e0 bomb\u00e9s, d\u2019autres descendant ou obliquant en angle sur les premiers\u00bb (\u201cles Ponts\u201d); \u00abOn sert des boissons populaires dont le prix varie de huit cents \u00e0 huit mille roupies\u00bb (\u201cVilles I\u201d). Le ton est celui du compte-rendu, comme si l\u2019\u00e9criture cherchait \u00e0 se d\u00e9pouiller \u00e0 l\u2019extr\u00eame pour mieux laisser compara\u00eetre le monde, comme si le regard du sujet s\u2019effa\u00e7ait au profit de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure. Cependant, rien n\u2019\u00e9tant jamais stable ni d\u00e9finitif dans cette po\u00e9sie, le spectacle purement visuel bascule vite vers une transfiguration imaginaire et la vision du t\u00e9moin neutre devient celle d\u2019un visionnaire. \u201cVilles\u00a0II\u201d offre notamment le spectacle de villes\u00a0\u2014 \u00abCe sont des villes\u00bb, annonce d\u2019embl\u00e9e le texte\u00a0\u2014 peupl\u00e9es de mythiques personnages; la description, \u00e0 partir de quelques rep\u00e8res r\u00e9els, acquiert une dimension fantastique, parfois ind\u00e9chiffrable: \u00abToutes les l\u00e9gendes \u00e9voluent et les \u00e9lans se ruent dans les bourgs\u00bb (\u201cVilles\u00a0II\u201d). La modernit\u00e9 rejoint ainsi le mythe, et ces po\u00e8mes sont donc moins \u00e9trangers qu\u2019il n\u2019y pouvait para\u00eetre \u00e0 ceux qui prennent source dans l\u2019univers des l\u00e9gendes, comme en t\u00e9moignent certains titres: \u201cConte\u201d, bien s\u00fbr, mais aussi \u201cAntique\u201d et \u201cApr\u00e8s le D\u00e9luge\u201d. Diverses mythologies se c\u00f4toient et engendrent un monde f\u00e9erique. Dans \u201cApr\u00e8s le D\u00e9luge\u201d, par exemple, la r\u00e9f\u00e9rence biblique cohabite, par le biais d\u2019\u00abEucharis\u00bb, avec la Mythologie grecque et avec celle des contes puisque l\u2019on voit para\u00eetre \u00abBarbe-Bleue\u00bb aussi bien que \u00abla Reine, la Sorci\u00e8re\u00bb. Cependant la magie des Illuminations n\u2019est pas essentiellement faite d\u2019emprunts. Les noms ou les figures traditionnelles sont l\u00e0 comme autant de cl\u00e9s, de formules rituelles qui ouvrent sur un monde \u00e9chappant aux lois du quotidien et du r\u00e9el, mais la po\u00e9sie rimbaldienne engendre sa propre magie, son \u00abd\u00e9fil\u00e9 de f\u00e9eries\u00bb (\u201cOrni\u00e8res\u201d), avec ses \u00abfleurs magiques\u00bb et ses \u00abb\u00eates d\u2019une \u00e9l\u00e9gance fabuleuse\u00bb (\u201cEnfance\u201d).<\/p>\n<p>Parfois, la fable se d\u00e9ploie sur l\u2019ensemble du po\u00e8me et la continuit\u00e9 narrative invite \u00e0 une interpr\u00e9tation parabolique. C\u2019est le cas en particulier dans \u201cConte\u201d et \u201cRoyaut\u00e9\u201d; mais de telles unit\u00e9s sont rares car Rimbaud pr\u00e9f\u00e8re l\u2019\u00e9clatement \u00e0 la coh\u00e9rence, le morcellement \u00e0 la continuit\u00e9.<br \/>\nAinsi, la f\u00e9erie des Illuminations na\u00eet surtout des r\u00e9seaux s\u00e9mantiques et th\u00e9matiques qui se tissent d\u2019un po\u00e8me \u00e0 l\u2019autre. La r\u00e9currence de l\u2019or et des pierreries cr\u00e9e une atmosph\u00e8re de conte et un \u00e9clat visuel qui contribuent \u00e0 la magie du recueil; on trouve ainsi dans \u201cFleurs\u201d \u00abun gradin d\u2019or\u00bb, \u00abdes pi\u00e8ces d\u2019or jaune sem\u00e9es sur l\u2019agate\u00bb, \u00abun d\u00f4me d\u2019\u00e9meraude\u00bb, \u00abde fines verges de rubis\u00bb. La magie proc\u00e8de aussi du monde du cirque et de la f\u00eate qui alimente de multiples visions, cosmiques et oniriques: \u00abJ\u2019ai tendu des cordes de clocher \u00e0 clocher; des guirlandes de fen\u00eatre \u00e0 fen\u00eatre; des cha\u00eenes d\u2019or d\u2019\u00e9toile \u00e0 \u00e9toile, et je danse\u00bb; \u00abIl sonne une cloche de feu rose dans les nuages\u00bb (\u201cPhrases\u201d). Cette euphorie et cette exub\u00e9rance des images ne vont pas sans violence. Les contes rimbaldiens sont souvent cruels et le sang, dans les Illuminations, est tout aussi pr\u00e9sent que l\u2019or. Les \u00abfantasmagories\u00bb (\u201cM\u00e9tropolitain\u201d) sont aussi fabuleuses qu\u2019atroces.<\/p>\n<p>Enfin, la po\u00e9sie rimbaldienne se porte volontiers aux fronti\u00e8res de la d\u00e9construction et de la d\u00e9rision. Ainsi, le po\u00e8me prosa\u00efquement intitul\u00e9 \u201cSolde\u201d se pr\u00e9sente comme une litanie de camelot qui dilapide au rabais \u00abl\u2019immense opulence\u00bb po\u00e9tique des Illuminations. Moins apparents, d\u2019autres proc\u00e9d\u00e9s, au d\u00e9tour d\u2019une phrase, invitent \u00e0 se m\u00e9fier des mots, des clich\u00e9s par exemple, que l\u2019\u00e9criture exhibe comme en autant de grincements: \u00abLa haute mer faite d\u2019une \u00e9ternit\u00e9 de chaudes larmes\u00bb (\u201cEnfance\u201d), \u00abEntour\u00e9 d\u2019un \u201cluxe inou\u00ef\u201d\u00bb (\u201cPhrases\u201d).<\/p>\n<p>Ch\u00e8res aux surr\u00e9alistes, qui ont pens\u00e9 y d\u00e9celer une pratique de l\u2019\u00e9criture automatique\u00a0\u2014 ce qui est sans doute incontestable pour certains textes mais ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un principe syst\u00e9matique\u00a0\u2014, les Illuminations constituent un texte fondateur pour l\u2019ensemble de la po\u00e9sie moderne.<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-97","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/97","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=97"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}