{"id":92,"date":"2026-07-21T15:51:39","date_gmt":"2026-07-21T13:51:39","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=92"},"modified":"2026-07-21T15:51:39","modified_gmt":"2026-07-21T13:51:39","slug":"poesies","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=poesies","title":{"rendered":"Po\u00e9sies"},"content":{"rendered":"<p>Po\u00e9sies<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PO\u00c9SIES. Recueil po\u00e9tique en prose du comte de Lautr\u00e9amont, pseudonyme d\u2019Isidore Ducasse (1846-1870). Les deux fascicules (Po\u00e9sies\u00a0I et II) qui forment l\u2019\u00e9dition originale portent la mention suivante: \u00abParis \/ Journaux politiques et litt\u00e9raires \/ Librairie Gabrie \/ Passage Verdeau,\u00a025 \/ 1870\u00bb. Le seul exemplaire connu de cette \u00e9dition conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale fut retrouv\u00e9 par R\u00e9my de Gourmont en\u00a01891. Il fallut cependant attendre\u00a01919 pour que paraisse le texte int\u00e9gral des Po\u00e9sies, dont on n\u2019avait jusqu\u2019alors publi\u00e9 que des fragments. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, en effet, Andr\u00e9 Breton publia le texte complet des Po\u00e9sies qu\u2019il \u00e9tait all\u00e9 copier \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Une \u00e9dition, pr\u00e9fac\u00e9e par Philippe Soupault, parut l\u2019ann\u00e9e suivante (Paris, \u00c9ditions Au Sans Pareil,\u00a01920). Le groupe surr\u00e9aliste a beaucoup \u0153uvr\u00e9 pour que soit diffus\u00e9e et appr\u00e9ci\u00e9e l\u2019\u0153uvre de Lautr\u00e9amont, rest\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s inconnue du vivant de son auteur.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pigraphe plac\u00e9e en t\u00eate du premier fascicule pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre comme une palinodie: \u00abJe remplace la m\u00e9lancolie par le courage, le doute par la certitude, le d\u00e9sespoir par l\u2019espoir, la m\u00e9chancet\u00e9 par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l\u2019orgueil par la modestie.\u00bb Cette profession de foi m\u00e9rite cependant d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e avec prudence dans la mesure o\u00f9 le recueil utilise largement l\u2019ironie. Chaque \u00e9nonc\u00e9 se trouve ainsi plac\u00e9 sous le r\u00e9gime du doute et pourvu d\u2019un sens toujours \u00e9ventuellement r\u00e9versible. Le titre m\u00eame de l\u2019ouvrage semble une sorte d\u2019\u00abantititre\u00bb puisque la d\u00e9dicace parodique qui appara\u00eet sur la deuxi\u00e8me page pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre comme constitu\u00e9e de \u00abprosa\u00efques morceaux\u00bb. Le texte, \u00e9crit en prose, est form\u00e9 en effet d\u2019une succession de fragments et rappelle plut\u00f4t, du point de vue du genre, les recueils de maximes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>De nombreux passages des Po\u00e9sies c\u00e9l\u00e8brent le bien et paraissent confirmer que l\u2019auteur, depuis les Chants de Maldoror, a accompli une conversion tant religieuse que litt\u00e9raire: \u00abIl faut faire voir tout en beau\u00bb (I), \u00abLe bien exclusif est, seul, d\u00e9clar\u00e9 digne, de par la voix de tous les mondes, de s\u2019approprier notre estime\u00bb (I). Dieu, sous le nom plus exotique d\u2019\u00c9lohim, est souvent pr\u00e9sent dans le recueil. Il s\u2019agit de lui \u00abplaire\u00bb, et la \u00abmeilleure mani\u00e8re\u00a0[&#8230;] consiste \u00e0 rendre notre race heureuse\u00bb (I). Si les Chants de Maldoror mettaient l\u2019\u00e9criture au service d\u2019une vaste entreprise de d\u00e9moralisation, les Po\u00e9sies lui conf\u00e8rent d\u00e9sormais une vocation \u00e9difiante.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019\u00e9criture de Lautr\u00e9amont conserve ce caract\u00e8re vertigineux et d\u00e9routant qui lui est propre. Le confort de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 et de la transparence du sens est refus\u00e9 au lecteur. Comme le souligne \u00e0 juste titre M.\u00a0Blanchot, \u00abun grand nombre de \u201cpens\u00e9es\u201d, si elles c\u00e9l\u00e8brent la vertu, la c\u00e9l\u00e8brent si d\u00e9daigneusement ou, au contraire, avec une outrance si excessive que la louange devient d\u00e9nigrement\u00bb (Lautr\u00e9amont et Sade,\u00a01949): c\u2019est dire que l\u2019\u00e9pigraphe ne constitue pas vraiment une cl\u00e9 univoque pour le d\u00e9chiffrement du texte. L\u2019\u00e9criture est sans doute l\u2019objet principal des r\u00e9flexions que proposent les Po\u00e9sies. Il y est, en effet, souvent question de la po\u00e9sie, voire du roman, \u00abgenre faux\u00bb (I), et nombre d\u2019\u00e9crivains contemporains, \u00abGrandes-T\u00eates-Molles de notre \u00e9poque\u00bb (I), sont la cible de sarcasmes iconoclastes. Ailleurs, l\u2019utilisation du \u00abplagiat\u00bb, revendiqu\u00e9e comme \u00abn\u00e9cessaire\u00bb (II), fait vaciller la stabilit\u00e9 s\u00e9culaire d\u2019ouvrages c\u00e9l\u00e8bres. C\u2019est ainsi que les Maximes de Vauvenargues ou les Pens\u00e9es de Pascal sont soumises \u00e0 des sortes de collages et de trucages: Lautr\u00e9amont en ins\u00e8re des fragments dans son propre texte, et en modifiant assez l\u00e9g\u00e8rement leur formulation, en change radicalement le sens. Ce transfert et cette manipulation se pr\u00e9sentent comme un \u00abprogr\u00e8s\u00bb de l\u2019\u00abid\u00e9e fausse\u00bb vers l\u2019\u00abid\u00e9e juste\u00bb, mais introduisent du m\u00eame coup le trouble dans le fonctionnement m\u00eame du langage.<\/p>\n<p>Si, comme l\u2019affirme l\u2019auteur, \u00abUne logique existe pour la po\u00e9sie\u00bb (II), elle pourrait \u00eatre contenue dans cette formule: \u00abRien n\u2019est faux qui soit vrai; rien n\u2019est vrai qui soit faux\u00bb (II), Les Po\u00e9sies rel\u00e8vent bien de la po\u00e9sie dans la mesure o\u00f9 elles mettent en \u0153uvre une inlassable interrogation du langage et de la pens\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, loin de contredire les Chants, elles expriment la m\u00eame radicalit\u00e9 intense et fugitive: \u00abIl n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 quiconque d\u2019aborder les extr\u00eames, soit dans un sens, soit dans un autre\u00bb (I).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-92","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/92","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=92"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}