{"id":84,"date":"2026-07-21T15:18:29","date_gmt":"2026-07-21T13:18:29","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=84"},"modified":"2026-07-21T15:18:29","modified_gmt":"2026-07-21T13:18:29","slug":"lombilic-des-limbes","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=lombilic-des-limbes","title":{"rendered":"l&#8217;Ombilic des limbes"},"content":{"rendered":"<p>Ombilic des limbes (l\u2019)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>OMBILIC DES LIMBES (l\u2019). Ouvrage d\u2019Antoine Marie-Joseph, dit Antonin Artaud (1896-1948), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1925.<\/p>\n<p>La correspondance \u00e9chang\u00e9e avec Jacques Rivi\u00e8re entre mai 1923 et juin 1924, publi\u00e9e dans la Nouvelle Revue fran\u00e7aise, r\u00e9v\u00e9lait, sur la base d\u2019un malentendu, qu\u2019Artaud ne pr\u00e9tendait nullement faire \u0153uvre d\u2019\u00e9crivain, mais seulement d\u00e9crire son \u00abeffroyable maladie de l\u2019esprit\u00bb et t\u00e9moigner d\u2019une exp\u00e9rience intense et douloureuse.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le texte d\u2019ouverture, qui \u00abn\u2019est pas\u00a0[&#8230;] une pr\u00e9face \u00e0 un livre\u00bb, r\u00e9affirme ce projet ph\u00e9nom\u00e9nologique, \u00e9tranger \u00e0 la \u00ablitt\u00e9rature\u00bb: \u00abL\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres proposent des \u0153uvres je ne pr\u00e9tends pas autre chose que de montrer mon esprit.\u00bb C\u2019est ainsi que la description occupe une place capitale dans le recueil, non seulement dans \u00abDescription d\u2019un \u00e9tat physique\u00bb, mais dans la plupart des textes en prose, majoritaires, qui tentent une analyse clinique de la \u00abmaladie\u00bb. Ces textes au pr\u00e9sent, au ton d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment neutre, scand\u00e9s par des constats impartiaux sur le mode pr\u00e9sentatif (\u00abIl y a une cristallisation imm\u00e9diate et directe du moi&#8230;\u00bb, \u00abIl y a un oiseau mort&#8230;\u00bb, \u00abIl y a une angoisse acide et trouble&#8230;\u00bb), se heurtent toutefois d\u2019embl\u00e9e au caract\u00e8re indicible de la douleur. L\u2019\u00e9clatement de la syntaxe, les tournures nominales et les verbes \u00e0 l\u2019infinitif, comme dans \u00abDescription d\u2019un \u00e9tat physique\u00bb, correspondent au d\u00e9sir de rendre fid\u00e8lement les turbulences, le \u00abvertige mouvant\u00bb d\u2019une pens\u00e9e qui se d\u00e9robe. Une des constantes stylistiques de ces \u00abrapports\u00bb est l\u2019emploi d\u2019expressions ind\u00e9finies\u00a0\u2014 \u00abune esp\u00e8ce d\u2019engourdissement\u00bb, \u00abune esp\u00e8ce de fatigue aspirante\u00bb, \u00abcette esp\u00e8ce de rel\u00e2chement\u00bb, etc.\u00a0\u2014 qui tentent d\u2019identifier un \u00abje ne sais quoi\u00bb\u00a0\u2014 nomm\u00e9 seulement par Artaud comme la \u00abchose\u00bb sur laquelle agissent les piq\u00fbres, comme un \u00abquelque chose qui recule sans cesse\u00bb. Ces descriptions s\u2019int\u00e8grent souvent \u00e0 des lettres fictives adress\u00e9es au corps m\u00e9dical, ou au \u00abl\u00e9gislateur\u00bb pour d\u00e9noncer l\u2019interdiction de l\u2019usage des stup\u00e9fiants, reprenant le cadre formel de la correspondance avec Rivi\u00e8re. Ainsi, dans le texte liminaire: \u00abJe me retrouve autant dans une lettre \u00e9crite pour expliquer le r\u00e9tr\u00e9cissement intime de mon \u00eatre\u00a0[&#8230;] que dans un essai ext\u00e9rieur \u00e0 moi-m\u00eame.\u00bb L\u2019ensemble comporte en outre trois \u00abpo\u00e8mes\u00bb, concession \u00e0 la \u00ablitt\u00e9rature\u00bb, repr\u00e9sentant pr\u00e9cis\u00e9ment le po\u00e8te, et des \u00abcontes\u00bb o\u00f9 les fantasmes sexuels s\u2019expriment ouvertement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Pour saisissante que puisse para\u00eetre l\u2019analogie avec le travail accompli par Val\u00e9ry dans ses Cahiers et son primat accord\u00e9 au \u00abfonctionnement de l\u2019esprit\u00bb sur l\u2019\u0153uvre r\u00e9alis\u00e9e, le sens de cette exp\u00e9rience est radicalement diff\u00e9rent. Car, l\u00e0 o\u00f9 Val\u00e9ry admire la m\u00e9canique impeccable de l\u2019esprit humain, Artaud ne peut que constater chez lui une d\u00e9ficience cruelle: outre que son projet est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ancr\u00e9 dans la singularit\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience intime et personnelle, alors que Val\u00e9ry vise \u00e0 l\u2019universel \u00e0 travers le particulier, Artaud tente de saisir le d\u00e9faut de sa pens\u00e9e et d\u2019apaiser l\u2019angoisse n\u00e9e de la \u00abconnaissance\u00bb du \u00abn\u00e9ant\u00bb.<\/p>\n<p>Ce dysfonctionnement, v\u00e9ritable \u00abmaladie de l\u2019esprit\u00bb, r\u00e9side dans l\u2019impossible unit\u00e9 et dans l\u2019absence de \u00abcentre\u00bb\u00a0\u2014 dont le motif est introduit par le mot \u00abombilic\u00bb dans le titre du recueil\u00a0\u2014 d\u2019une conscience bris\u00e9e: \u00abEt le centre \u00e9tait une mosa\u00efque d\u2019\u00e9clats&#8230;\u00bb C\u2019est par cons\u00e9quent \u00e0 l\u2019\u00e9criture, tout autant qu\u2019aux drogues, qu\u2019il est demand\u00e9 \u00abde r\u00e9unir ce qui est s\u00e9par\u00e9, de recomposer ce qui est d\u00e9truit\u00bb\u00a0\u2014 de recentrer et de r\u00e9unifier l\u2019esprit.<br \/>\nCe n\u2019est d\u2019ailleurs pas le moindre des paradoxes de l\u2019Ombilic que la \u00abpens\u00e9e\u00bb, l\u2019\u00abesprit\u00bb\u00a0\u2014 parfois solennis\u00e9 par une majuscule aux connotations religieuses confirm\u00e9es par l\u2019\u00e9vocation de la Pentec\u00f4te et des \u00ablangues de feu\u00bb, qui valut \u00e0 Artaud la col\u00e8re de Breton\u00a0\u2014, pourtant irr\u00e9m\u00e9diablement s\u00e9par\u00e9s du corps, soient exprim\u00e9s en termes physiologiques. Le mal dont souffre Artaud est bien une \u00abmaladie\u00bb dont il d\u00e9crit, cliniquement, les sympt\u00f4mes douloureux, o\u00f9 pr\u00e9domine le registre de la sensation. C\u2019est ainsi que le chaud et le froid jouent un r\u00f4le essentiel: \u00abune sensation de br\u00fblure acide dans les membres\u00bb, une \u00abcoagulation de chaleur\u00bb et, contradictoirement, \u00abune sorte de souffrance froide\u00bb, une \u00abcong\u00e9lation de la moelle, une absence de feu mental\u00bb, constamment soulign\u00e9e par des images de \u00abgel\u00bb, de \u00abglaciation\u00bb. Le texte lui-m\u00eame de l\u2019Ombilic \u00abn\u2019est qu\u2019un gla\u00e7on mal aval\u00e9\u00bb. Si le propos n\u2019\u00e9tait aussi r\u00e9solument d\u00e9tach\u00e9 de la litt\u00e9rature, on songerait irr\u00e9sistiblement au topos baroque de l\u2019amour, \u00e0 l\u2019oxymore de la \u00abglace br\u00fblante\u00bb. Le sens tactile l\u2019emporte\u00a0\u2014 peu d\u2019hallucinations auditives ou visuelles, malgr\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence constante \u00e0 la peinture et \u00e0 l\u2019\u00ab\u0153il mental\u00bb\u00a0\u2014, de m\u00eame que dans la repr\u00e9sentation de l\u2019espace, soumis \u00e0 une autre contradiction, horizontalement, entre l\u2019expansion infinie et la constriction extr\u00eame, et verticalement, entre le haut et le bas, lequel semble n\u00e9anmoins dominer. Artaud \u00e9voque en effet constamment cet \u00ababaissement de\u00a0[s]on \u00e9tiage mental\u00bb, cette \u00abdiminution\u00bb, cette pens\u00e9e \u00ab\u00e0 un taux inf\u00e9rieur\u00bb qui t\u00e9moigne d\u2019un \u00abr\u00e9tr\u00e9cissement intime de\u00a0[s]on \u00eatre\u00bb li\u00e9 \u00e0 la \u00abcristallisation sourde et multiforme de la pens\u00e9e\u00bb. L\u2019\u00e9criture a encore en charge d\u2019\u00abexhausser\u00a0[s]on abaissement\u00bb, d\u2019ouvrir l\u2019espace, de relever l\u2019esprit de sa m\u00e9lancolie catatonique.<\/p>\n<p>Pareille souffrance\u00a0\u2014 schizophr\u00e9nique, ainsi que l\u2019explique Artaud\u00a0\u2014, semble provenir d\u2019un divorce entre la conscience et la r\u00e9alit\u00e9, entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur: \u00abIl faudrait parler maintenant de la d\u00e9corporisation de la r\u00e9alit\u00e9, de cette esp\u00e8ce de rupture appliqu\u00e9e, on dirait, \u00e0 se multiplier elle-m\u00eame entre les choses et le sentiment qu\u2019elles produisent sur notre esprit, la place qu\u2019elles doivent prendre.\u00bb De sorte que le livre doit tenter de fournir des \u00abpreuves attestatoires de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb, de r\u00e9tablir la communication entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, selon une fonction m\u00e9diatrice repr\u00e9sent\u00e9e par cette \u00abporte simplement abouch\u00e9e avec la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. \u00c0 cet \u00e9gard, Artaud, qui \u00abne con\u00e7oi[t] pas d\u2019\u0153uvre comme d\u00e9tach\u00e9e de la vie\u00bb, rejoint tout \u00e0 fait Breton et les surr\u00e9alistes. Pour des raisons diff\u00e9rentes, ceux-ci sont \u00e9galement convaincus qu\u2019il faut s\u2019affranchir du souci litt\u00e9raire; mais Artaud, pas plus qu\u2019eux, n\u2019y parvient, malgr\u00e9 l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure exhib\u00e9e: le \u00abcas\u00bb Artaud ne peut \u00eatre compar\u00e9 au cas Schreber ou \u00e0 celui d\u2019Anna O. d\u00e9crits par Freud, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il produit une \u00ab\u0153uvre\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-M.\u00a0LANT\u00c9RI<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-84","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/84","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=84"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}