{"id":70,"date":"2026-07-21T14:02:39","date_gmt":"2026-07-21T12:02:39","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=70"},"modified":"2026-07-21T14:03:29","modified_gmt":"2026-07-21T12:03:29","slug":"flaques-de-verre","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=flaques-de-verre","title":{"rendered":"Flaques de verre"},"content":{"rendered":"<p>Flaques de verre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FLAQUES DE VERRE. Recueil po\u00e9tique de Pierre Reverdy (1889-1960), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1929.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il n\u2019avait publi\u00e9 jusqu\u2019alors que des textes in\u00e9dits dans les ouvrages qu\u2019il donnait au public, Pierre Reverdy constitue deux recueils, l\u2019un de po\u00e8mes versifi\u00e9s, Sources du vent (repris dans Main-d\u2019\u0153uvre), l\u2019autre de po\u00e8mes en prose (Flaques de verre), en\u00a01929. Si l\u2019on excepte Pierres blanches (1930), le po\u00e8te ne publiera plus aucun ouvrage de\u00a01930 \u00e0\u00a01937. Il semble alors soucieux de rassembler les textes provenant de sa collaboration \u00e0 de multiples revues, d\u2019avant-garde (Dada, Sic, Litt\u00e9rature) ou non (Feuilles libres, la Vie des lettres et des arts, le Radeau,\u00a01922-1925), ou \u00e0 la collection dirig\u00e9e par Jacques Maritain et Stanislas Fumet, \u00able Roseau d\u2019or\u00bb (d\u00e9cembre\u00a01925-juillet\u00a01928).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Si les po\u00e8mes conservent la place qu\u2019ils avaient dans les ensembles publi\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, l\u2019ordre chronologique de publication n\u2019est pas respect\u00e9: par exemple, des po\u00e8mes de\u00a01925 trouvent place au d\u00e9but, suivis de po\u00e8mes de\u00a01919. Reverdy a tent\u00e9 de donner une grande unit\u00e9 au recueil: chaque po\u00e8me retentit d\u2019\u00e9chos th\u00e9matiques dont l\u2019origine se trouve, diffuse, dans d\u2019autres po\u00e8mes (dilution, surgissement, pesanteur humaine, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du vent, de l\u2019oiseau) et que renforce parfois la tessiture (nuit\/pluie). Ainsi, le po\u00e8te incite son lecteur \u00e0 participer \u00e0 cette instauration d\u2019une unit\u00e9: en t\u00e9moignent les titres soit contradictoires (\u201cChute\u201d, \u201cVers le ciel\u201d; \u201c&#8230; S\u2019entre-b\u00e2ille\u201d, \u201cPorte du vide\u201d) soit compl\u00e9mentaires (\u201cl\u2019\u00c2me et le corps superpos\u00e9s\u201d, \u201cl\u2019\u00c2me en p\u00e9ril\u201d, \u201cDroit au corps\u201d). Ce souci d\u2019unit\u00e9 rejaillit dans le contexte imm\u00e9diat de chaque po\u00e8me: en v\u00e9ritables cycles, le po\u00e8te conjugue son angoisse, sa solitude \u00e0 la qu\u00eate d\u2019une pr\u00e9sence qui ne soit pas illusoire ou d\u00e9cevante (\u201cCompagnon\u201d, \u201cGlobe\u201d, \u201cTout se tient\u201d, \u201cVers le ciel\u201d, \u201cCaract\u00e8re seul\u201d, \u201cSaison\u201d) ou donne de son art une repr\u00e9sentation qui ne fait aucune concession \u00e0 l\u2019illusion (triptyque de \u201cTrois \u00c9toiles\u201d; \u201c le Vieil Apprenti\u201d, \u201cl\u2019Ami de l\u2019homme ou Parasite\u201d). Enfin, chaque po\u00e8me, qu\u2019il dise un devenir temporel, qu\u2019il d\u00e9crive un paysage ou une sc\u00e8ne banale (\u201c&#8230;S\u2019entre-b\u00e2ille\u201d), est clos sur la confrontation d\u2019un \u00eatre et d\u2019un monde ext\u00e9rieur, inqui\u00e9tant. Certains textes, o\u00f9 la clausule r\u00e9p\u00e8te l\u2019incipit, illustrent formellement cette cl\u00f4ture (\u201cOn ne peut pas sortir\u201d, \u201cCaract\u00e8re seul\u201d).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Dans le Pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer qui ouvre le recueil dans les \u00e9ditions modernes, Pierre Reverdy chante la jeunesse de la po\u00e9sie qui, loin de dormir \u00abdans les livres\u00bb, \u00abplane magistralement sur la vie\u00bb. Cette hauteur et cette verticalit\u00e9 la s\u00e9parent d\u2019une terre o\u00f9 l\u2019homme p\u00e9trifi\u00e9 (\u201cPlus lourd\u201d) est prisonnier de ses miroirs et de ses illusions (\u201cD\u2019une autre rive\u201d, \u201cl\u2019Air de glace\u201d). Le po\u00e8te, solidaire d\u2019un monde qui attend (\u201cSaison\u201d), n\u2019est pourtant pas proph\u00e8te. Sa parole, puis\u00e9e \u00abaux sources du m\u00e9pris\u00bb, n\u2019est pas adress\u00e9e \u00e0 l\u2019Histoire: le refus de la \u00abb\u00eatise et du mensonge\u00bb et \u00abla place tragique des boutiques\u00bb orientent le discours po\u00e9tique dans la qu\u00eate d\u2019une radicale nouveaut\u00e9. L\u2019\u0153il est l\u00e0 (\u201cl\u2019Eau du jour\u201d) pour transfigurer, de l\u2019int\u00e9rieur, ce qui existe et retrouver l\u2019\u00eatre derri\u00e8re le para\u00eetre, \u00able vrai sens de la vie\u00bb, \u00abquelque forme pr\u00e9cise entre les lignes\u00bb (\u201cM\u00e9lange d\u2019ombres\u201d). Cette structuration est salvatrice, quand la ligne d\u2019un mur, d\u2019une rive ou l\u2019aube aux \u00abangles raidis\u00bb donnent existence \u00e0 un \u00abcoin o\u00f9 retrouver l\u2019esprit qui s\u2019est \u00e9teint\u00bb.<\/p>\n<p>Que mettre en ce \u00abcoin\u00bb? Pierre Reverdy, en\u00a01921, s\u2019est converti au catholicisme (voir le Gant de crin): \u201cl\u2019\u00c2me ardente\u201d, et d\u2019autres pi\u00e8ces, pourraient en porter les stigmates. \u00c0 l\u2019abri de Solesmes, l\u2019abbaye o\u00f9 il s\u2019est retir\u00e9 en\u00a01926, le po\u00e8te rejette la \u00ablumi\u00e8re dure\u00bb du monde, r\u00e9v\u00e9latrice des souffrances comme des bassesses humaines, et s\u2019avance dans la nuit. Cette marche dans le silence, l\u2019angoisse, la terreur, nourrie d\u2019espoir, dicte une po\u00e9sie de la nuit, et annonce l\u2019\u0153uvre \u00e0 venir du Ren\u00e9 Char des Feuillets d\u2019Hypnos (voir Fureur et Myst\u00e8re) ou de la Nuit talismanique. Le po\u00e8me doit souvent au jeu des ombres de la \u00abnuit m\u00eal\u00e9e\u00bb ses allures cauchemardesques, parfois justifi\u00e9es par la fi\u00e8vre d\u2019un malade attentif au surgissement des formes: mais cette mutabilit\u00e9 de l\u2019appara\u00eetre du monde, qui d\u00e9joue l\u2019immobilit\u00e9 du jour, ouvre l\u2019\u00eatre et l\u2019\u00e9criture aux sortil\u00e8ges de l\u2019image, dont le po\u00e8te \u00e9crit dans Nord-Sud, sa revue, en\u00a01918, qu\u2019elle na\u00eet \u00abdu rapprochement de deux r\u00e9alit\u00e9s plus ou moins \u00e9loign\u00e9es\u00bb, unissant sa puissance \u00e9motive \u00e0 sa justesse et \u00e0 l\u2019\u00e9loignement de ses composantes. Voici quelques exemples qui illustrent cette pratique: \u00ables mains d\u00e9li\u00e9es de la pluie\u00bb ferment le monde et l\u2019emplissent comme la nuit; la \u00ablanterne\u00bb est \u00ab\u00e9gar\u00e9e\u00bb, le sujet erre dans ce monde clos et inqui\u00e9tant.<\/p>\n<p>Ces Flaques de verre, o\u00f9 se refl\u00e8te le ciel, comme en des flaques d\u2019eau sur la route (\u201cVitesse des mots\u201d), sont diff\u00e9rentes des miroirs qui renvoient au sujet ou \u00e0 l\u2019objet sa propre image. Point de narcissisme chez Reverdy. Au contraire, telles des portes, elles inscrivent la profondeur dans la paroi. Images du po\u00e8me, elles captent le reflet du monde en leur surface souvent rid\u00e9e par le vent au souffle charg\u00e9 de voix fascinantes et effrayantes, venues d\u2019ailleurs (\u201cla Bonne Piste\u201d). Le po\u00e8me porte la marque d\u2019un passage lumineux\u00a0\u2014 soleil, \u00e9toile, flamme, \u00e9clair\u00a0\u2014, manifestation d\u2019une \u00e9vidence qui \u00e9meut, et d\u00e9ment la labilit\u00e9 et la disharmonie d\u2019un monde confus. \u00c0 travers des phrases nominales qui miment le surgissement des choses, se fa\u00e7onne dans le temps et l\u2019espace le moi, fragile et \u00e9mu (\u201cla T\u00eate pleine de beaut\u00e9\u201d). Hymne \u00e0 la lumi\u00e8re, le po\u00e8me c\u00e9l\u00e8bre ainsi l\u2019adh\u00e9sion d\u2019une \u00e2me et d\u2019un corps au myst\u00e8re pr\u00e9sent et d\u00e9rob\u00e9: \u00abToi, source intarissable\u00a0[&#8230;]. Toi, lumi\u00e8re. Toi, sinuosit\u00e9 de l\u2019amour enseveli qui se d\u00e9robe.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":71,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-70","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/70","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/71"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=70"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}