{"id":66,"date":"2026-07-21T13:46:19","date_gmt":"2026-07-21T11:46:19","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=66"},"modified":"2026-07-21T13:58:42","modified_gmt":"2026-07-21T11:58:42","slug":"main-doeuvre","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=main-doeuvre","title":{"rendered":"Main d&#8217;oeuvre"},"content":{"rendered":"<p>Main-d\u2019\u0153uvre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MAIN-D\u2019\u0152UVRE. Po\u00e8mes 1939-1949. Recueil po\u00e9tique de Pierre Reverdy (1889-1960), publi\u00e9 \u00e0 Paris au Mercure de France en 1949. Cette \u00e9dition collective comprend des ensembles d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s \u00e0 cette date: Grande Nature (1925, \u00c9ditions des Cahiers libres), la Balle au bond (1928, \u00c9ditions des Cahiers du Sud), Sources du vent (1929, chez Maurice Sachs), Pierres blanches (1930, chez Jordy, Carcassonne), \u00abFerraille\u00bb (les Cahiers du Journal des Po\u00e8tes, s\u00e9rie po\u00e9tique, collection\u00a01937, n\u00b0\u00a030), Plein Verre (juin\u00a01940, \u00c9ditions des \u00eeles de L\u00e9rins, Nice), le Chant des morts, po\u00e8mes\u00a01944-1948 (\u00c9ditions T\u00e9riade); \u00e0 quoi il faut ajouter deux in\u00e9dits: \u00abCale s\u00e8che\u00bb (1913-1915) et \u00abBois vert\u00bb (1946-1949).<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Grande Nature, la Balle au bond, Sources du vent, Pierres blanches appartiennent \u00e0 une premi\u00e8re p\u00e9riode. Sur des rythmes multiples et contrast\u00e9s (\u201cSi\u00e8cle\u201d), ou tendant \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 (\u201cApr\u00e8s le r\u00eave\u201d), parfois en prose (\u201cla Balle au bond\u201d), c\u2019est la po\u00e9sie toujours recommenc\u00e9e, toujours nouvelle: dans un d\u00e9cor ais\u00e9ment d\u00e9composable (mur, fa\u00e7ade, porte, fen\u00eatre, barri\u00e8re, tableau, chemin, rue, gare), \u00e0 des moments qui l\u2019\u00e9meuvent (aurore, cr\u00e9puscule, midi, minuit) et font des astres (soleil, \u00e9toiles) des agents du drame de l\u2019\u00eatre, le sujet, solitaire, reste lucide face \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence des autres. Malgr\u00e9 la peur et le remords, il regarde le monde qui s\u2019efface, \u00e9coute des voix anonymes apport\u00e9es, emport\u00e9es par le vent, ou suit des traces qui ne m\u00e8nent nulle part. Le mouvement (marche, voyage) conna\u00eet rarement un terme heureux (\u201cVoyage en Gr\u00e8ce\u201d). Le temps est la proie de la m\u00eame labilit\u00e9 et de la m\u00eame cl\u00f4ture. La po\u00e9sie de ce qui \u00abreste apr\u00e8s avoir v\u00e9cu\u00bb ressasse cette exp\u00e9rience du temps pass\u00e9, perdu, du temps pr\u00e9sent, passant, rarement domin\u00e9 (\u201cTous les rivages\u201d), du temps \u00e0 venir, \u00e9ternel recommencement mesur\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle cosmique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sept ann\u00e9es de silence, Reverdy publie \u00abFerraille\u00bb qui, avec Plein Verre et le Chant des morts, constitue la seconde p\u00e9riode du recueil. En ces po\u00e8mes de la maturit\u00e9, l\u2019amour pour \u00abce qui passe\u00bb, \u00abd\u00e9chire\u00a0[le] c\u0153ur et meurt \u00e0 la surface \/ du ciel ferm\u00e9 devant le d\u00e9sir qui s\u2019\u00e9teint\u00bb, est pareil au sel qui avive la blessure. Le sujet, attach\u00e9 au monde, \u00e9mu par \u00abl\u2019or de l\u2019incertitude\u00bb, plac\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re, doublement sollicit\u00e9 et d\u00e9\u00e7u, esp\u00e8re et d\u00e9sesp\u00e8re, s\u2019\u00e9lance et tombe, rompt pour affirmer sa solitude. La d\u00e9r\u00e9liction rend plus radicale l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00abinconnu\u00bb, qui engendre haine et violence, et qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019absence et au Rien. \u00abRien ne me donne rien\u00bb (\u201cSourdine\u201d). \u00abBois vert\u00bb reprend cette conscience du vide (\u201cDans ce d\u00e9sert\u201d), faisant de \u00abl\u2019amour \/ l\u2019amer sourire de la mort\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Une lecture rapide peut laisser croire \u00e0 la monotonie r\u00e9p\u00e9titive de ces po\u00e8mes. En rassemblant des textes \u00e9crits sur plus de trente ann\u00e9es, Pierre Reverdy n\u2019a-t-il tenu qu\u2019\u00e0 mettre en \u00e9vidence la continuit\u00e9 de son \u0153uvre? Le recueil comprend deux p\u00e9riodes qui rendent distinctes la chronologie et l\u2019\u00e9criture. \u00c0 partir de\u00a01926, Reverdy v\u00e9cut retir\u00e9 \u00e0 Solesmes, pr\u00e8s de l\u2019abbaye b\u00e9n\u00e9dictine: \u00abBesoin d\u2019absolu. Je quitte Paris pour Solesmes: \u00eatre ou n\u00e9ant.\u00bb Bon nombre des po\u00e8mes publi\u00e9s en recueils collectifs, y compris ceux de Pierres blanches, sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits et parfois connus du public. La Balle au bond, par exemple, sort d\u2019un recueil in\u00e9dit achev\u00e9 d\u00e8s\u00a01915, le Cadran quadrill\u00e9. Cette retraite s\u2019accompagne de longs moments de silence: Reverdy ne publie rien de\u00a01930 \u00e0\u00a01937.<\/p>\n<p>D\u00e8s les po\u00e8mes in\u00e9dits de \u00abCale s\u00e8che\u00bb, o\u00f9 la syntaxe classique est \u00e0 peu pr\u00e8s respect\u00e9e, domine l\u2019ind\u00e9termination qui sera la qualit\u00e9 premi\u00e8re des po\u00e8mes \u00e9crits jusqu\u2019en\u00a01930. Les notations ponctuelles, sans logique et sans causalit\u00e9, l\u2019absence d\u2019intrigue dans ce qui a l\u2019allure d\u2019un r\u00e9cit, tracent les contours d\u2019une conscience distante du monde et d\u2019autrui. Les groupes nominaux \u00e9gr\u00e8nent les instants, quand la raret\u00e9 des verbes ne supprime pas toute action et toute perception d\u2019un changement. Cette d\u00e9liaison universelle, les d\u00e9terminants en montrent le myst\u00e8re \u00e0 l\u2019incipit des po\u00e8mes, tandis que les indicateurs d\u00e9signent un monde dont seul le po\u00e8te poss\u00e8de la cl\u00e9, des personnages sans identit\u00e9 (\u00abon\u00bb, \u00abcelui qui\u00bb). Le monde est envelopp\u00e9 dans un terme neutre qui proclame son illusoire pr\u00e9sence: \u00abTout est install\u00e9\u00bb, le d\u00e9cor est plant\u00e9 sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire d\u2019en dire davantage. Est-ce impuissance de la parole qui, d\u00e8s \u00abCale s\u00e8che\u00bb, souffre d\u2019utiliser \u00abtous ces vieux mots\u00bb \u00e0 la \u00abvie puissante\u00bb qui \u00abrappellent en arri\u00e8re\u00bb et rendent l\u2019\u00e9nonciation encore plus douloureuse, ou qui redoute de manquer des \u00abmots que les autres ont pris\u00bb et rendus anonymes et incompr\u00e9hensibles? Les motifs du passant qui ne se retourne pas ou de l\u2019autre qui n\u2019\u00e9coute pas trouvent dans ce contexte leur valeur: \u00abtout le monde conna\u00eet la vieille chanson\u00bb, mais chacun doit la \u00abfaire sienne\u00bb.<\/p>\n<p>Les po\u00e8mes de \u00abFerraille\u00bb portent des traces de l\u2019Histoire contemporaine. La mont\u00e9e des p\u00e9rils dans les ann\u00e9es\u00a01930 et la Seconde Guerre mondiale influencent l\u2019\u00e9criture: la violence envahit l\u2019univers reverdien, avec son cort\u00e8ge de sang, de meurtres, de destructions. Le po\u00e8te ne projette pourtant pas d\u2019intervenir dans l\u2019Histoire, sinon en t\u00e9moignant de ce qu\u2019il ressent. La pr\u00e9sence obs\u00e9dante de la mort rend plus aigu\u00eb la d\u00e9sesp\u00e9rante perception du vide: \u00abIl est perdu dans l\u2019univers\u00bb (\u201cle C\u0153ur \u00e9cartel\u00e9\u201d). Le po\u00e8me se cl\u00f4t sur \u00able point mort\u00bb (\u201cFigure\u201d), la \u00abfin du monde\u00bb (\u201cPente douce\u201d), \u00abrien\u00bb (\u201cUne seule vague\u201d), alors que, dans certains textes de la premi\u00e8re p\u00e9riode, le moi semblait faire acte de pr\u00e9sence au fil ou au terme du po\u00e8me (\u201cChemin tournant\u201d, \u201c\u00c9pine\u201d, \u201cSolitude\u201d). La coupure avec le monde s\u2019av\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diable: sa radicalit\u00e9 n\u2019a d\u2019\u00e9gale que celle de la perte du pass\u00e9 et du myst\u00e8re (\u00abL\u2019in\u00e9dit qui garde ses chansons\u00bb). Ainsi prend forme une morale\u00a0\u2014 qui fait de la libert\u00e9 un fant\u00f4me et donne \u00e0 \u00abl\u2019aile exquise du hasard\u00bb le r\u00f4le de mener chacun dans les \u00aborni\u00e8res\u00bb du monde.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces orni\u00e8res que se figent, pourtant, les \u00abflaques de verre\u00bb, miroirs de mis\u00e8re o\u00f9 saisir \u00abl\u2019or et l\u2019incertitude\u00bb (\u201cGrand Caract\u00e8re\u201d). D\u00e8s \u00abFerraille\u00bb, le rythme gagne en ampleur et en r\u00e9gularit\u00e9. L\u2019ind\u00e9termination fait place \u00e0 la d\u00e9cision. Le constat du n\u00e9ant (\u00abMais je tourne autour du n\u00e9ant\u00bb) impose un sursaut que la modalisation, le souhait (je voudrais \/ il suffit), le jussif (infinitif, il faut, futur) ou l\u2019affirmation p\u00e9remptoire (\u00abJe jetterai mon sort vide dans le foss\u00e9 \/ Et les d\u00e9sirs \/ Et les retours\u00bb) expriment tour \u00e0 tour. Le pessimisme, assur\u00e9 et lucide, commande une po\u00e9sie d\u00e9sormais pauvre en moments de repos: cette discipline n\u2019a d\u2019autre issue que de chanter la mort. La grandeur du po\u00e8te r\u00e9side alors dans sa clairvoyance: il sait voir les limites de l\u2019entreprise po\u00e9tique (\u00abSous le peu qu\u2019il avait \u00e0 dire \/ Il a retenu le n\u00e9ant\u00bb, \u201cles Fen\u00eatres nues de l\u2019exil\u201d), ou il sait, nouvel Hamlet, qu\u2019il ne faut pas se leurrer avec des images, comme s\u2019il revenait sur la d\u00e9finition qu\u2019il en donnait jadis dans la revue Nord-Sud (voir Flaques de verre): \u00abDes images \/ Des images \/ Sans aucune r\u00e9alit\u00e9 pour se nourrir\u00bb (\u201cPrison\u201d).<\/p>\n<p>Et pourtant, l\u2019image garde le pouvoir \u00e9motif que le po\u00e8te lui accordait. Fond\u00e9e sur la perception, qui favorise l\u2019\u00e9change de qualit\u00e9s (\u00abLe bleu des feuilles \/ Et les arbres de la mer\u00bb, \u00abLa montagne press\u00e9e derri\u00e8re la maison\u00bb), ou sur la sensation (\u00abnuit mouill\u00e9e\u00bb, \u00abheures gluantes\u00bb), ou sur le rapprochement de deux r\u00e9alit\u00e9s distantes l\u2019une de l\u2019autre (le corps et le monde \u00e9changent leurs substances pour mieux unir leurs destin\u00e9es), elle r\u00e9concilie l\u2019\u00eatre avec le monde concret et mat\u00e9riel. L\u2019aventure spirituelle a son paysage: \u00abSon c\u0153ur obscur jet\u00e9 aux crevasses du doute\u00bb, et le paysage banal porte en lui l\u2019aventure po\u00e9tique. Loin du surr\u00e9el, la po\u00e9sie s\u2019\u00e9crit \u00ab\u00e0 ras de terre\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":69,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-66","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/66","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/69"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=66"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}