{"id":65,"date":"2026-07-21T13:42:20","date_gmt":"2026-07-21T11:42:20","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=65"},"modified":"2026-07-21T13:49:12","modified_gmt":"2026-07-21T11:49:12","slug":"plupart-du-temps","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=plupart-du-temps","title":{"rendered":"Plupart du temps"},"content":{"rendered":"<p>Plupart du temps<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PLUPART DU TEMPS. Ensemble de recueils po\u00e9tiques (1915-1922) de Pierre Reverdy (1889-1960), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1945.<\/p>\n<p>Le Pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer justifie le titre: \u00abVoici un t\u00e9moignage partiel du genre d\u2019activit\u00e9 qui a absorb\u00e9 la plupart de mon temps.\u00bb Vie et \u00e9criture se confondent presque, donnant \u00e0 chaque instant la valeur d\u2019une \u00aboccasion\u00bb d\u2019atteindre la po\u00e9sie qui pourtant \u00abse d\u00e9robe \u00e0 chaque tournant\u00bb et \u00abs\u2019\u00e9vanouit comme une ombre\u00bb. Cette po\u00e9sie en marche, faite d\u2019espoir et de d\u00e9sastre, donne \u00e0 l\u2019existence un rythme o\u00f9 alternent sommeil et \u00e9veil, \u00e9puisement et \u00e9lan, et au po\u00e8me un lyrisme humble, marqu\u00e9 d\u2019une blessure. V\u00e9ritable corps ouvert, le livre d\u00e9livre une intimit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Dans Po\u00e8mes en prose (1915), \u00e0 travers des r\u00e9cits et des descriptions de paysages, dans un d\u00e9cor quotidien, le sujet s\u2019interroge sur son identit\u00e9 et qu\u00eate avidement un signe qui lui permette d\u2019\u00e9chapper au monde clos de la chambre. En Quelques po\u00e8mes (1916), des pi\u00e8ces en vers libres ou en prose disent la solitude et le remords d\u2019un \u00eatre apr\u00e8s un rendez-vous manqu\u00e9. L\u2019\u00e9chec nourrit une po\u00e9sie \u00e9crite du sang du po\u00e8te. Dans la Lucarne ovale (1916), malgr\u00e9 l\u2019ouverture du mur sur un espace o\u00f9 inventorier les objets, le monde demeure accablant. Prose et vers alternent, exprimant le d\u00e9sespoir d\u2019un \u00eatre solitaire, \u00e9mu du moindre tremblement, d\u00e9\u00e7u de ne rien saisir. Les Ardoises sur le toit (1918) donnent \u00e0 la disposition des vers dans le blanc de la page une importance extr\u00eame. La rigueur formelle conf\u00e8re au po\u00e8me la saveur d\u2019un instant o\u00f9 retentit l\u2019\u00e9cho de ce qui se passe \u00abderri\u00e8re\u00bb et qui livre la \u00abmerveille\u00bb, bien que subsistent le trou, la fugacit\u00e9 des signes, la pesanteur du temps. M\u00e9lange de prose et de vers, les Jockeys camoufl\u00e9s (1918), en des r\u00e9cits elliptiques et fantastiques (une course de chevaux c\u00e9lestes, la rencontre d\u2019un ivrogne, la marche d\u2019un pi\u00e9ton) deviennent les all\u00e9gories de l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique tourn\u00e9e vers son objet et ses lecteurs. La Guitare endormie (1919) renoue avec une \u00e9criture a\u00e9r\u00e9e et nimb\u00e9e de blancheur silencieuse: le sujet reste tendu vers l\u2019ext\u00e9rieur, attentif au moindre signe, dans un monde plein, distant, myst\u00e9rieux. Avec la prose d\u2019\u00c9toiles peintes (premier texte \u00e0 ne pas \u00eatre publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur,\u00a01921) resurgit le monde an\u00e9anti, vou\u00e9 \u00e0 la dissolution. C\u0153ur de ch\u00eane (1921), en po\u00e8mes versifi\u00e9s, traduit la m\u00eame angoisse. Comme dans Cravates de chanvre (1922), l\u2019\u00e9lan vers le dehors et l\u2019\u00e9coute des voix \u00e9chouent dans un monde fait de spectacles, artificiel, vou\u00e9 \u00e0 l\u2019effacement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>La po\u00e9sie de Reverdy a faim de r\u00e9alit\u00e9, mais d\u2019un \u00abr\u00e9el absent\u00bb. \u00abC\u2019est cette absence qui fait na\u00eetre tous les po\u00e8mes\u00bb (le Livre de mon bord,\u00a01948). Fond\u00e9e sur un manque, elle d\u00e9nonce un monde imm\u00e9diatement perceptible, o\u00f9 l\u2019homme se satisfait de biens imaginaires (\u201cChacun sa part\u201d) ou du progr\u00e8s illusoire trait\u00e9 avec ironie (\u201cSur les routes de fer et de lumi\u00e8re\u201d). La m\u00e9taphore du spectacle (le r\u00f4le, la course, les foires) rend artificielle la soci\u00e9t\u00e9 et d\u00e9signe l\u2019\u00e9tat de solitude du sujet. Le voyage, en train parfois, n\u2019apporte qu\u2019un faux \u00e9loignement: toujours pareil, il ne justifie m\u00eame pas un r\u00e9cit (\u00abIl ne raconte pas ses voyages\u00bb), car il ne donne rien \u00e0 voir (\u201cUne apparence m\u00e9diocre\u201d). \u00c0 cela, le po\u00e8te pr\u00e9f\u00e8re le petit coin de terre o\u00f9 il aura \u00abla place juste pour mourir\u00bb. Condamner l\u2019artifice n\u2019est donc pas s\u2019\u00e9vader: l\u2019univers quotidien de Reverdy, facilement inventori\u00e9\u00a0\u2014 la chambre, la table, la lampe, la porte, l\u2019arbre qui tremble&#8230;\u00a0\u2014, traduit le d\u00e9sir de d\u00e9passer l\u2019apparence, toutes les apparences, pour atteindre le r\u00e9el. Ces deux vers de Main-d\u2019\u0153uvre (1949) trouvent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent tout leur sens: \u00abDevenir un autre \/ \u00c0 ras de terre.\u00bb<\/p>\n<p>La po\u00e9sie de Reverdy est anim\u00e9e par une \u00abimagination sensible\u00bb, comme l\u2019\u00e9crivait Maurice Raynal d\u00e8s\u00a01921. Les sensations donnent \u00e0 l\u2019\u00e9criture son allure descriptive, mais aussi fantastique (\u00abDes visages flottent l\u00e0-bas dans le brouillard\u00bb). Elles dressent le constat des limites de l\u2019humain, prisonnier d\u2019un monde clos, s\u00e9par\u00e9 de ce \u00e0 quoi il aspire, qui se manifeste soudainement dans une ombre, l\u2019appel d\u2019une voix, le fr\u00e9missement des feuilles. Les phrases nominales, la disposition \u00e9clat\u00e9e des groupes de mots sur le blanc de la page, le s\u00e9mantisme de l\u2019alt\u00e9ration, les conjonctions de coordination \u00abet\/ou\u00bb restituent cette pr\u00e9sence diffuse et labile du monde sensible. L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019espace se double d\u2019une exp\u00e9rience du temps: le pass\u00e9 encombre l\u2019\u00eatre (\u201cPar tous les bouts\u201d) et le futur ne promet que l\u2019\u00e9ternel retour des m\u00eames travaux et des m\u00eames jours. Au contraire, il est des instants qu\u2019il faut savoir saisir par la \u00ablucarne ovale\u00bb ou lire sur les \u00abardoises du toit\u00bb. Mais il est \u00ab3 heures\u00a01\/4 \/ Dans la vie je me serai toujours lev\u00e9 trop tard\u00bb (\u201cO\u201d). Comme l\u2019a montr\u00e9 Jean-Pierre Richard, la conscience reverdienne se situe entre deux mondes, d\u00e9sesp\u00e9rant de pouvoir atteindre son objet, peut-\u00eatre parce que l\u2019espace \u00e9pur\u00e9 (la neige, le gel, l\u2019hiver) n\u2019est que silence: \u00abL\u2019hiver, c\u2019est l\u2019intervalle du silence\u00bb (\u201cl\u2019Air meurtri\u201d). Le rien\u00a0\u2014 la Chose du po\u00e9tique selon Michel Deguy\u00a0\u2014 surgit souvent en ces po\u00e8mes, attendu avec hantise: \u00abSi rien n\u2019allait venir\u00bb (\u201cAuberge\u201d).<\/p>\n<p>Descriptif, le po\u00e8te est aussi narratif. Il dit souvent une tentative, une esp\u00e9rance et un \u00e9chec suivi d\u2019une r\u00e9signation angoiss\u00e9e (le cheminement inverse, possible, est plus rare). Organis\u00e9s autour d\u2019un point central o\u00f9 s\u2019accomplit le retournement, les po\u00e8mes, \u00abentrelacs de plus en plus ind\u00e9chiffrables de traits et de retraits\u00bb (le Livre de mon bord), m\u00ealent sur un mode vertigineux le bonheur au malaise. Le r\u00e9cit ne produit pas une transformation: il met en place une tension o\u00f9 un actant, souvent anonyme (il, eux, tu, vous, un doigt, un profil), mu par l\u2019\u00abexplosion indispensable de l\u2019\u00eatre dilat\u00e9 par l\u2019\u00e9motion vers l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb (le Gant de crin,\u00a01927), assume de mani\u00e8re toute transitive, universelle presque, l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Certes le moi peut la vivre dans l\u2019euphorie (\u201cDans le moment\u201d). Mais aussi, plac\u00e9 en retrait (\u201cPassage clandestin\u201d), il la conteste, se tenant \u00e0 distance. Le lyrisme jaillit alors de ce questionnement solitaire ou de cette exclusion qui expose le sujet aux autres sans qu\u2019il obtienne de r\u00e9ponse: \u00abEt seul je suis perdu l\u00e0 devant vous, devant vous tous et je ne peux plus m\u2019en aller\u00bb (\u201cEncore marcher\u201d).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":67,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-65","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/65","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/67"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=65"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}