{"id":610,"date":"2026-08-12T09:16:41","date_gmt":"2026-08-12T07:16:41","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=610"},"modified":"2026-08-12T09:16:41","modified_gmt":"2026-08-12T07:16:41","slug":"athalie","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=athalie","title":{"rendered":"Athalie"},"content":{"rendered":"<p>Athalie<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ATHALIE. Trag\u00e9die en cinq actes et en vers de Jean Racine (1639-1699), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Saint-Cyr en 1691, et publi\u00e9e \u00e0 Paris chez Denis Thierry la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Seconde trag\u00e9die sacr\u00e9e de Racine qui s\u2019inspire ici du livre des Rois et du livre des Chroniques, Athalie est \u00e9galement sa derni\u00e8re pi\u00e8ce. Sa cr\u00e9ation par les demoiselles de Saint-Cyr fut beaucoup moins \u00e9clatante que celle d\u2019Esther. Malgr\u00e9 une repr\u00e9sentation \u00e0 la cour d\u00e8s\u00a01691, le succ\u00e8s ne vint qu\u2019en\u00a01702 et la premi\u00e8re repr\u00e9sentation publique n\u2019eut lieu qu\u2019en\u00a01716 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. La richesse de la pi\u00e8ce \u00e9tait pourtant grande. Par l\u2019emploi sp\u00e9cifique des ch\u0153urs qui fait une \u00abcontinuit\u00e9 d\u2019action\u00bb (Pr\u00e9face) et permet, \u00e0 la mani\u00e8re antique, de ne pas laisser le th\u00e9\u00e2tre vide, Racine donnait \u00e0 voir l\u2019action tragique selon un d\u00e9roulement au tempo original, sans entracte, la musique de J.-B.\u00a0Moreau (renouvel\u00e9e plus tard par Gossec, Bo\u00efeldieu et Mendelssohn) et les chants \u00e9levant la violence jusqu\u2019au lyrisme. De plus, le sujet m\u00eame d\u2019Athalie correspondait bien \u00e0 la r\u00e9flexion politique de l\u2019\u00e9poque sur la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir, puisqu\u2019il mettait en sc\u00e8ne un complot d\u2019origine religieuse pour renverser une reine, infanticide, usurpatrice et impie, et redonner le tr\u00f4ne \u00e0 son d\u00e9tenteur l\u00e9gitime appel\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir le culte du vrai Dieu afin que ses desseins s\u2019accomplissent et gouvernent le monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<br \/>\nAthalie, apr\u00e8s avoir fait massacrer ses petits-enfants, s\u2019est empar\u00e9e du tr\u00f4ne de Juda et a instaur\u00e9 le culte de Baal. Cependant, certains H\u00e9breux continuent d\u2019adorer le vrai Dieu. Abner, officier du royaume, est de ceux-l\u00e0. Venu au temple pour la f\u00eate des Pr\u00e9mices, il fait part de son inqui\u00e9tude au grand pr\u00eatre Joad qui le rassure mais reste myst\u00e9rieux. En fait, Joad a d\u00e9cid\u00e9 de couronner ce jour m\u00eame le seul petit-fils d\u2019Athalie sauv\u00e9 du massacre, Joas, \u00e9lev\u00e9 par lui et sa femme Josabet sous le nom d\u2019Eliacin. La f\u00eate se pr\u00e9pare et le ch\u0153ur chante les louanges de Dieu (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Mais Athalie entre dans le temple en plein milieu du sacrifice des jeunes filles de Juda et reste \u00e9tonn\u00e9e devant Eliacin: elle reconna\u00eet en lui l\u2019enfant qu\u2019un songe lui a pr\u00e9sent\u00e9 comme son meurtrier. Elle veut alors l\u2019interroger. Il r\u00e9pond avec simplicit\u00e9 et sagesse \u00e0 ses questions. Touch\u00e9e, Athalie pr\u00e9tend faire sa fortune. Comme il refuse, elle se fait mena\u00e7ante, puis s\u2019en va. La c\u00e9r\u00e9monie reprend et le ch\u0153ur chante le courage d\u2019Eliacin et le ch\u00e2timent des impies (Acte\u00a0II).<br \/>\nMathan, sacrificateur de Baal, vient r\u00e9clamer Eliacin au nom d\u2019Athalie. Il esp\u00e8re un refus de Joad qui provoquerait la mort de celui-ci. Joad fait fermer le temple. Soudainement inspir\u00e9, il proph\u00e9tise \u00e0 la fois de terribles malheurs pour le peuple juif mais aussi une glorieuse renaissance. Le ch\u0153ur chante son \u00e9motion (Acte\u00a0III).<\/p>\n<p>Joad r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Eliacin sa v\u00e9ritable identit\u00e9. Les l\u00e9vites lui jurent fid\u00e9lit\u00e9. On annonce qu\u2019Athalie assi\u00e8ge le temple et qu\u2019Abner est prisonnier. Le ch\u0153ur chante (Acte\u00a0IV).<br \/>\nAbner est envoy\u00e9 par la reine: elle exige qu\u2019on lui livre Eliacin et le tr\u00e9sor de David qu\u2019elle croit dans le temple. Joad feint d\u2019accepter et propose qu\u2019Athalie vienne elle-m\u00eame les chercher en personne. On lui pr\u00e9sente alors Joas. Elle est faite prisonni\u00e8re. \u00c0 la proclamation de leur nouveau roi, tous les Juifs abandonnent Athalie. Mathan est \u00e9gorg\u00e9 et la reine d\u00e9chue, entra\u00een\u00e9e hors du temple, est mise \u00e0 mort (Acte\u00a0V).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Jamais peut-\u00eatre la violence n\u2019avait \u00e0 ce point domin\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre de Racine. C\u2019est elle qui frappe d\u2019embl\u00e9e, et l\u2019histoire m\u00eame d\u2019Athalie semble ne pas pouvoir s\u2019en dissocier. Cette violence \u00e9tait certes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans la Bible, mais Racine para\u00eet l\u2019avoir choisie pour cimenter l\u2019unit\u00e9 de la pi\u00e8ce, plongeant l\u2019action dans une urgence propre \u00e0 la renforcer. S\u2019il se justifie dans sa Pr\u00e9face d\u2019avoir intitul\u00e9 sa trag\u00e9die Athalie et non Joas en all\u00e9guant la plus grande c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de la reine, on peut voir aussi dans ce choix la marque d\u2019une attention port\u00e9e au caract\u00e8re plus explicitement dramatique d\u2019Athalie. Or l\u2019essentiel de l\u2019action qu\u2019elle met en branle se rapporte \u00e0 la violence: Athalie semble en proie \u00e0 cette \u00abpassion\u00bb d\u00e9peinte comme une fatalit\u00e9 qui poursuit sa famille avec d\u2019autant plus d\u2019acharnement que Dieu l\u2019a choisie pour accomplir ses desseins (le Messie descend de Juda).<\/p>\n<p>Aussi le pr\u00e9sent v\u00e9cu par Athalie est-il encadr\u00e9 par les deux versants d\u2019un songe funeste, l\u2019un rapportant la violence dont sa m\u00e8re fut jadis la victime, l\u2019autre pr\u00e9monitoire de sa mort (II,\u00a05). Le tableau de ces sc\u00e8nes sanglantes va jusqu\u2019au r\u00e9alisme le plus cru, tout juste att\u00e9nu\u00e9 par les biens\u00e9ances classiques: Jezabel, la m\u00e8re d\u2019Athalie, est d\u00e9crite comme \u00abun horrible m\u00e9lange \/ D\u2019os et de chair meurtris et tra\u00een\u00e9s dans la fange \/ Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux\u00bb. De plus, sans cesse sont rappel\u00e9es les exactions d\u2019Athalie et de Mathan, pr\u00eatre ren\u00e9gat qu\u2019elle a institu\u00e9 sacrificateur de Baal et que le meurtre, f\u00fbt-ce celui d\u2019un innocent, n\u2019effraie pas. Les ennemis de la reine eux-m\u00eames \u00e9voquent sa barbarie pour mieux la condamner. Josabet ou Abner cr\u00e9ent ainsi un contrepoint o\u00f9 l\u2019image du tendre nourrisson et de la victime innocente s\u2019oppose aux flots de sang r\u00e9pandus par Athalie.<\/p>\n<p>Cette tension atteint son apog\u00e9e dans le dialogue entre la reine et Eliacin o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, elle semble pouvoir acc\u00e9der aux valeurs de la puret\u00e9 et du Bien. Mais cet espoir est bris\u00e9 d\u00e8s la fin de la sc\u00e8ne qui r\u00e9tablit la violence et fait appara\u00eetre celle-ci comme une v\u00e9ritable fatalit\u00e9. Enfin, l\u2019arri\u00e8re-plan guerrier, toujours pr\u00e9sent, renforce encore cette atmosph\u00e8re de fureur d\u2019autant plus remarquable que l\u2019action se d\u00e9roule tout enti\u00e8re dans le temple lui-m\u00eame. Partout brillent les glaives impies qui prennent le relais du couteau du sacrifice. Racine choisit de repr\u00e9senter le Dieu vengeur de l\u2019Ancien Testament: il donne ainsi \u00e0 sa pi\u00e8ce une force sans pr\u00e9c\u00e9dent, capable d\u2019enthousiasmer le spectateur d\u2019autant plus facilement que l\u2019action s\u2019inscrit exactement dans la dur\u00e9e de la repr\u00e9sentation et cr\u00e9e une illusion renforc\u00e9e par le sentiment de l\u2019urgence.<\/p>\n<p>L\u2019exposition est d\u2019une efficacit\u00e9 irr\u00e9prochable et l\u2019action ne languit jamais, n\u2019\u00e9tant ralentie par aucun entracte ni m\u00eame par aucun monologue. L\u2019utilisation des ch\u0153urs contribue \u00e0 accro\u00eetre la tension. L\u2019insertion de parties chant\u00e9es \u00e0 la fin de chaque acte, except\u00e9 le cinqui\u00e8me, redonne au rythme d\u2019ensemble une impulsion dont les accents path\u00e9tiques ne peuvent manquer de solliciter la sympathie du spectateur, et donc ses craintes pour le sort de Juda. Cet appel au spectateur atteint son sommet lors de la proph\u00e9tie de Joad qui, par son ampleur, d\u00e9passe le cadre de l\u2019action particuli\u00e8re d\u2019Athalie pour exprimer l\u2019avenir de Juda tout entier, c\u2019est-\u00e0-dire pour rappeler au public\u00a0\u2014 dont la culture religieuse est une r\u00e9alit\u00e9 vivante au\u00a0XVIIe si\u00e8cle\u00a0\u2014 qu\u2019il est lui-m\u00eame concern\u00e9 par les menaces qui p\u00e8sent sur Joas, puisque, sans son r\u00e9tablissement sur le tr\u00f4ne, la venue du Christ sera compromise. Cette proph\u00e9tie est un morceau de bravoure particuli\u00e8rement audacieux, invent\u00e9 de toute pi\u00e8ce par Racine. Outre son effet dans l\u2019ensemble de la pi\u00e8ce\u00a0\u2014 elle concourt \u00e0 pr\u00e9cipiter l\u2019action tout autant qu\u2019\u00e0 en magnifier le path\u00e9tique\u00a0\u2014, elle offre des vertus p\u00e9dagogiques incontestables par le rappel de la filiation christique.<\/p>\n<p>Les ch\u0153urs, dans leurs diff\u00e9rentes interventions, participent, de la m\u00eame fa\u00e7on que la proph\u00e9tie de Joad, \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019une atmosph\u00e8re de po\u00e9sie biblique o\u00f9 abondent les images du Dieu vengeur, donc la peinture de la violence, mais aussi celles de l\u2019innocence et d\u2019une simplicit\u00e9 pleine de fra\u00eecheur dont le lis peut servir d\u2019embl\u00e8me. Ils concourent ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre de la pi\u00e8ce, \u00e0 l\u2019intrigue de laquelle ils s\u2019int\u00e8grent de plus en plus. D\u2019un simple commentaire de l\u2019action (I), ils entrent v\u00e9ritablement dans son d\u00e9roulement, exprimant le trouble que la proph\u00e9tie de Joad a fait na\u00eetre, puis la peur du combat lorsque le temple est assi\u00e9g\u00e9 (IV). On peut ainsi expliquer l\u2019absence de ch\u0153ur \u00e0 l\u2019acte V: Athalie morte, l\u2019ordre est revenu, et Racine pr\u00e9f\u00e8re laisser le spectateur sur cette image qui est comme la le\u00e7on supr\u00eame \u00e0 m\u00e9diter. La r\u00e9flexion politique sur la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir et les devoirs d\u2019un bon roi se greffe sur les louanges rendues \u00e0 Dieu. Le ch\u0153ur ne chante plus (\u00e0 la diff\u00e9rence de ce qui se passe dans Esther) car la liesse ne doit pas effacer l\u2019image d\u2019une usurpatrice d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Si la proph\u00e9tie de Joad replace l\u2019action d\u2019Athalie dans une perspective universelle, l\u2019exemple particulier de la reine constitue aussi une le\u00e7on politique: que Joad fasse pr\u00eater serment \u00e0 Joas en ce sens (IV,\u00a02) est d\u2019autant moins innocent que Racine associait explicitement ce dernier au duc de Bourgogne dans sa Pr\u00e9face. On a \u00e9galement vu de possibles allusions dans cette pi\u00e8ce au sort de Jacques\u00a0II Stuart, souverain l\u00e9gitime d\u2019Angleterre dont la France souhaitait le r\u00e9tablissement sur le tr\u00f4ne. Athalie se pr\u00e9sente donc bien comme une r\u00e9flexion sur les devoirs du bon souverain et sur la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir. Elle se rapproche ainsi du Discours sur l\u2019Histoire universelle de Bossuet. Elle en est comme une page qui serait mise en sc\u00e8ne. Elle en a la pompe et la dignit\u00e9 que la sc\u00e8ne rend remarquablement sensible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.\u00a0GAUTHIER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-610","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/610","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=610"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}