{"id":603,"date":"2026-08-12T08:52:40","date_gmt":"2026-08-12T06:52:40","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=603"},"modified":"2026-08-12T08:52:40","modified_gmt":"2026-08-12T06:52:40","slug":"comedie-humaine-la","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=comedie-humaine-la","title":{"rendered":"Com\u00e9die humaine (la)"},"content":{"rendered":"<p>Com\u00e9die humaine (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>COM\u00c9DIE HUMAINE (la). Titre g\u00e9n\u00e9ral sous lequel Honor\u00e9 de Balzac (1799-1850) a rassembl\u00e9 l\u2019essentiel de sa production romanesque. La publication des romans ainsi regroup\u00e9s s\u2019\u00e9chelonna entre avril 1842 et novembre 1848 \u00e0 Paris chez Furne, Dubochet, Hetzel et Paulin.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des Sc\u00e8nes de la vie priv\u00e9e (1830-1832), Balzac semble avoir d\u00e9j\u00e0 con\u00e7u un projet d\u2019ensemble, que confirment les \u00c9tudes de m\u0153urs au\u00a0XIXe si\u00e8cle (1834-1836), divis\u00e9es en Sc\u00e8nes de la vie priv\u00e9e, Sc\u00e8nes de la vie parisienne, Sc\u00e8nes de la vie de province. Sont en outre annonc\u00e9es des Sc\u00e8nes de la vie militaire, de la vie politique, de la vie de campagne. Une introduction due \u00e0 F\u00e9lix Davin, fortement inspir\u00e9e par Balzac lui-m\u00eame, indique que les \u00c9tudes de m\u0153urs seront ult\u00e9rieurement compl\u00e9t\u00e9es par des \u00c9tudes philosophiques et des \u00c9tudes analytiques. Les \u00c9tudes philosophiques (1835-1840) regroupent des \u0153uvres ant\u00e9rieurement parues sous les titres Romans et Contes philosophiques (1831), Nouveaux Contes philosophiques (1832) et Livre mystique (1835).<\/p>\n<p>Cette coh\u00e9sion progressivement mise au point proc\u00e8de d\u2019une vision d\u2019ensemble et d\u2019une technique, pens\u00e9e d\u00e8s\u00a01833 et appliqu\u00e9e en\u00a01834 dans le P\u00e8re Goriot: le retour des personnages. Si on ne la trouve pas dans la lettre \u00e0 Mme\u00a0Hanska du\u00a026\u00a0octobre\u00a01834, annon\u00e7ant une \u00e9dition globale devant comprendre\u00a050 volumes sur\u00a04 ans (Balzac parle alors d\u2019\u00c9tudes sociales), l\u2019expression Com\u00e9die humaine, probablement sugg\u00e9r\u00e9e par la Divine Com\u00e9die de Dante, appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en\u00a01839 dans une lettre \u00e0 l\u2019\u00e9diteur Hetzel et figure dans les accords sign\u00e9s le\u00a014\u00a0avril et le\u00a02\u00a0octobre\u00a01841 avec le groupe d\u2019\u00e9diteurs charg\u00e9 d\u2019entreprendre la publication. Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un \u00abAvant-propos\u00bb, l\u2019\u00e9dition ainsi con\u00e7ue est connue sous le nom d\u2019\u00e9dition Furne. Par rapport aux \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes des \u0153uvres progressivement int\u00e9gr\u00e9es, le texte subit plusieurs transformations. Les unes sont dues \u00e0 Balzac lui-m\u00eame, qui multiplie les liens entre les romans pour mieux faire appara\u00eetre la coh\u00e9rence du projet, les autres sont imputables aux exigences d\u2019\u00e9conomie des \u00e9diteurs, et en particulier la suppression des pr\u00e9faces, des divisions en chapitres et de nombreux alin\u00e9as. L\u2019exemplaire personnel de Balzac, sur lequel il inscrivit de nombreuses modifications, s\u2019appelle le \u00abFurne corrig\u00e9\u00bb, et sert de base pour toutes les \u00e9ditions modernes.<\/p>\n<p>La Com\u00e9die humaine est une \u0153uvre inachev\u00e9e. En janvier 1845, qualifiant son entreprise \u00ablitt\u00e9rairement parlant\u00bb de plus vaste que \u00abla cath\u00e9drale de Bourges architecturalement parlant\u00bb, Balzac \u00e9crit \u00e0 son amie Zulma Carraud: \u00abVoil\u00e0 seize ans que j\u2019y suis, et il faut huit autres ann\u00e9es pour terminer.\u00bb Cette m\u00eame ann\u00e9e, Balzac, en vue d\u2019une r\u00e9\u00e9dition en\u00a026 tomes qu\u2019il envisage, dresse un catalogue complet de la Com\u00e9die, publi\u00e9 en\u00a01850 dans l\u2019Assembl\u00e9e nationale. On utilise toujours l\u2019ordre et la num\u00e9rotation adopt\u00e9s pour ce plan. Sur\u00a0137 ouvrages pr\u00e9vus,\u00a091 ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s. Les autres n\u2019existent\u00a0\u2014 au moment o\u00f9 Balzac r\u00e9dige son catalogue\u00a0\u2014 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat de simples titres, d\u2019\u00e9bauches ou de textes incomplets (ils figurent en italique dans le plan ci-dessous). Par ailleurs, quelques \u0153uvres, publi\u00e9es post\u00e9rieurement, n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues, et doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es, sans num\u00e9ro; il s\u2019agit des Parents pauvres: le Cousin Pons et la Cousine Bette, d\u2019Un homme d\u2019affaires, de Gaudissart\u00a0II, et des Petites Mis\u00e8res de la vie conjugale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Catalogue \u00e9tabli par Balzac pour la Com\u00e9die humaine.<br \/>\nPremi\u00e8re partie: \u00c9tudes de m\u0153urs.<br \/>\nSix livres:\u00a01. Sc\u00e8nes de la vie priv\u00e9e;\u00a02. Sc\u00e8nes de la vie de province;\u00a03. Sc\u00e8nes de la vie parisienne;\u00a04. Sc\u00e8nes de la vie politique;\u00a05. Sc\u00e8nes de la vie militaire;\u00a06. Sc\u00e8nes de la vie de campagne.<br \/>\nSC\u00c8NES DE LA\u00a0VIE PRIV\u00c9E (4 volumes, tomes\u00a0I \u00e0\u00a0IV).\u00a0\u2014\u00a01. Les Enfants.\u00a0\u2014\u00a02. Un pensionnat de demoiselles.\u00a0\u2014\u00a03. Int\u00e9rieur de coll\u00e8ge.\u00a0\u2014\u00a04. La Maison du Chat-qui-pelote.\u00a0\u2014\u00a05. Le Bal de Sceaux.\u00a0\u2014\u00a06. M\u00e9moires de deux jeunes mari\u00e9es.\u00a0\u2014\u00a07. La Bourse.\u00a0\u2014\u00a08. Modeste Mignon.\u00a0\u2014\u00a09. Un d\u00e9but dans la vie.\u00a0\u2014\u00a010. Albert Savarus.\u00a0\u2014\u00a011. La Vendetta.\u00a0\u2014\u00a012. Une double famille.\u00a0\u2014\u00a013. La Paix du m\u00e9nage.\u00a0\u2014\u00a014. Madame Firmiani.\u00a0\u2014\u00a015. \u00c9tude de femme.\u00a0\u2014\u00a016. La Fausse Ma\u00eetresse.\u00a0\u2014\u00a017. Une fille d\u2019\u00c8ve.\u00a0\u2014\u00a018. Le Colonel Chabert.\u00a0\u2014\u00a019. Le Message.\u00a0\u2014\u00a020. La Grenadi\u00e8re.\u00a0\u2014\u00a021. La Femme abandonn\u00e9e.\u00a0\u2014\u00a022. Honorine.\u00a0\u2014\u00a023. B\u00e9atrix ou les Amours forc\u00e9es.\u00a0\u2014\u00a024. Gobseck.\u00a0\u2014\u00a025. La Femme de trente ans.\u00a0\u2014\u00a026. Le P\u00e8re Goriot.\u00a0\u2014\u00a027. Pierre Grassou.\u00a0\u2014\u00a028. La Messe de l\u2019ath\u00e9e.\u00a0\u2014\u00a029. L\u2019Interdiction.\u00a0\u2014\u00a030. Le Contrat de mariage.\u00a0\u2014\u00a031. Gendres et Belles-m\u00e8res.\u00a0\u2014\u00a032. Autre \u00c9tude de femme.<\/p>\n<p>SC\u00c8NES DE LA\u00a0VIE DE PROVINCE (4 volumes, tomes\u00a0V \u00e0\u00a0VIII).\u00a0\u2014\u00a033. Le Lys dans la vall\u00e9e.\u00a0\u2014\u00a034. Ursule Mirou\u00ebt.\u00a0\u2014\u00a035. Eug\u00e9nie Grandet.\u00a0\u2014 LES C\u00c9LIBATAIRES:\u00a036. Pierrette.\u00a0\u2014\u00a037. Le Cur\u00e9 de Tours.\u00a0\u2014\u00a038. Un m\u00e9nage de gar\u00e7on en province\u00a0[la Rabouilleuse].\u00a0\u2014 LES PARISIENS EN PROVINCE:\u00a039. L\u2019Illustre Gaudissart.\u00a0\u2014\u00a040. Les Gens rid\u00e9s.\u00a0\u2014\u00a041. La Muse du d\u00e9partement.\u00a0\u2014\u00a042. Une actrice en voyage.\u00a0\u2014\u00a043. La Femme sup\u00e9rieure.\u00a0\u2014 LES RIVALIT\u00c9S:\u00a044. L\u2019Original.\u00a0\u2014\u00a045. Les H\u00e9ritiers Boirouge.\u00a0\u2014\u00a046. La Vieille Fille.\u00a0\u2014 LES PROVINCIAUX \u00c0 PARIS:\u00a047. Le Cabinet des antiques.\u00a0\u2014\u00a048. Jacques de Metz.\u00a0\u2014\u00a049.\u00a0ILLUSIONS PERDUES,\u00a01re partie: les Deux Po\u00e8tes;\u00a02e partie: Un grand homme de province \u00e0 Paris;\u00a03e partie: les Souffrances de l\u2019inventeur.<\/p>\n<p>SC\u00c8NES DE LA\u00a0VIE PARISIENNE (4 volumes, tomes\u00a0IX \u00e0\u00a0XII).\u00a0\u2014 HISTOIRE DES TREIZE:\u00a050. Ferragus (1er \u00e9pisode).\u00a0\u2014\u00a051. La Duchesse de Langeais (2e \u00e9pisode).\u00a0\u2014\u00a052. La Fille aux yeux d\u2019or (3e \u00e9pisode).\u00a0\u2014\u00a053. Les Employ\u00e9s.\u00a0\u2014\u00a054. Sarrasine.\u00a0\u2014\u00a055. Grandeur et d\u00e9cadence de C\u00e9sar Birotteau.\u00a0\u2014\u00a056. La Maison Nucingen.\u00a0\u2014\u00a057. Facino Cane.\u00a0\u2014\u00a058. Les Secrets de la princesse de Cadignan.\u00a0\u2014\u00a059. Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes.\u00a0\u2014\u00a060. La Derni\u00e8re Incarnation de Vautrin.\u00a0\u2014\u00a061. Les Grands, l\u2019H\u00f4pital et le Peuple.\u00a0\u2014\u00a062. Un prince de la boh\u00e8me.\u00a0\u2014\u00a063. Les Comiques s\u00e9rieux (les Com\u00e9diens sans le savoir).\u00a0\u2014\u00a064. \u00c9chantillons de causeries fran\u00e7aises.\u00a0\u2014\u00a065. Une vue du palais.\u00a0\u2014\u00a066. Les Petits Bourgeois.\u00a0\u2014\u00a067. Entre savants. \u00a0\u2014\u00a068. Le Th\u00e9\u00e2tre comme il est.\u00a0\u2014\u00a069. Les Fr\u00e8res de la Consolation\u00a0[l\u2019Envers de l\u2019histoire contemporaine].<\/p>\n<p>SC\u00c8NES DE LA\u00a0VIE POLITIQUE (3 volumes, tomes\u00a0XIII \u00e0\u00a0XV).\u00a0\u2014\u00a070. Un \u00e9pisode sous la Terreur.\u00a0\u2014\u00a071. L\u2019Histoire et le Roman.\u00a0\u2014\u00a072. Une t\u00e9n\u00e9breuse affaire.\u00a0\u2014\u00a073. Les Deux Ambitieux.\u00a0\u2014\u00a074. L\u2019Attach\u00e9 d\u2019ambassade.\u00a0\u2014\u00a075. Comment on fait un minist\u00e8re.\u00a0\u2014\u00a076. Le D\u00e9put\u00e9 d\u2019Arcis.\u00a0\u2014\u00a077. Z.\u00a0Marcas.<br \/>\nSC\u00c8NES DE LA\u00a0VIE MILITAIRE (4 volumes, tomes\u00a0XVI \u00e0\u00a0XIX).\u00a0\u2014\u00a078. Les Soldats de la R\u00e9publique (3 \u00e9pisodes).\u00a0\u2014\u00a079. L\u2019Entr\u00e9e en campagne.\u00a0\u2014\u00a080. Les Vend\u00e9ens\u00a0\u2014\u00a081. Les Chouans.\u00a0\u2014 LES FRAN\u00c7AIS EN \u00c9GYPTE (1er \u00e9pisode):\u00a082. Le proph\u00e8te; (2e \u00e9pisode):\u00a083. Le Pacha; (3e \u00e9pisode):\u00a084. Une passion dans le d\u00e9sert.\u00a0\u2014\u00a085. L\u2019Arm\u00e9e roulante.\u00a0\u2014\u00a086. La Garde consulaire.\u00a0\u2014\u00a087. SOUS\u00a0VIENNE,\u00a01re partie: Un combat;\u00a02e partie: l\u2019Arm\u00e9e assi\u00e9g\u00e9e;\u00a03e partie: La Plaine de Wagram.\u00a0\u2014\u00a088. L\u2019Aubergiste.\u00a0\u2014\u00a089. Les Anglais en Espagne.\u00a0\u2014\u00a090. Moscou.\u00a0\u2014\u00a091. La Bataille de Dresde.\u00a0\u2014\u00a092. Les Tra\u00eenards.\u00a0\u2014\u00a093. Les Partisans.\u00a0\u2014\u00a094. Une croisi\u00e8re.\u00a0\u2014\u00a095. Les Pontons.\u00a0\u2014\u00a096. La Campagne de France.\u00a0\u2014\u00a097. Le Dernier Champ de Bataille.\u00a0\u2014\u00a098. L\u2019\u00c9mir.\u00a0\u2014\u00a099. La P\u00e9nissi\u00e8re.\u00a0\u2014\u00a0100. Le Corsaire alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>SC\u00c8NES DE LA\u00a0VIE DE CAMPAGNE (2 volumes, tomes\u00a0XX et\u00a0XXI).\u00a0\u2014\u00a0101. Les Paysans.\u00a0\u2014\u00a0102. Le M\u00e9decin de campagne.\u00a0\u2014\u00a0103. Le Juge de Paix.\u00a0\u2014\u00a0104. Le Cur\u00e9 de village.\u00a0\u2014\u00a0105. Les Environs de Paris.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me partie: \u00c9tudes philosophiques.<br \/>\n(3 volumes, tomes\u00a0XXII \u00e0\u00a0XXIV).\u00a0\u2014\u00a0106. Le Ph\u00e9don d\u2019aujourd\u2019hui.\u00a0\u2014\u00a0107. La Peau de Chagrin.\u00a0\u2014\u00a0108. J\u00e9sus-Christ en Flandre.\u00a0\u2014\u00a0109. Melmoth R\u00e9concili\u00e9.\u00a0\u2014\u00a0110. Massimilla Doni.\u00a0\u2014\u00a0111. Le Chef-d\u2019\u0153uvre inconnu.\u00a0\u2014\u00a0112. Gambara.\u00a0\u2014\u00a0113. Balthazar Cla\u00ebs ou la Recherche de l\u2019absolu.\u00a0\u2014\u00a0114. Le Pr\u00e9sident Fritot.\u00a0\u2014\u00a0115. Le Philanthrope.\u00a0\u2014\u00a0116. L\u2019Enfant maudit.\u00a0\u2014\u00a0117. Adieu.\u00a0\u2014\u00a0118. Les Marana.\u00a0\u2014\u00a0119. Le R\u00e9quisitionnaire.\u00a0\u2014\u00a0120. El Verdugo.\u00a0\u2014\u00a0121. Un drame au bord de la mer.\u00a0\u2014\u00a0122. Ma\u00eetre Corn\u00e9lius.\u00a0\u2014\u00a0123. L\u2019Auberge rouge.\u00a0\u2014\u00a0124. SUR CATHERINE DE M\u00c9DICIS:\u00a0I.\u00a0Le Martyre calviniste.\u00a0\u2014\u00a0125.\u00a0ID.:\u00a0II.\u00a0La Confession des Ruggieri.\u00a0\u2014\u00a0126.\u00a0ID.:\u00a0III.\u00a0Les Deux R\u00eaves.\u00a0\u2014\u00a0127. Le Nouvel Abeilard.\u00a0\u2014\u00a0128. L\u2019\u00c9lixir de longue vie.\u00a0\u2014\u00a0129. La Vie et les Aventures d\u2019une id\u00e9e.\u00a0\u2014\u00a0130. Les Proscrits.\u00a0\u2014\u00a0131. Louis Lambert.\u00a0\u2014\u00a0132. S\u00e9raph\u00eeta.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me partie: \u00c9tudes analytiques.<br \/>\n(2 volumes, tomes\u00a0XXV et\u00a0XXVI).\u00a0\u2014\u00a0133. Anatomie des corps enseignants.\u00a0\u2014\u00a0134. La Physiologie du mariage.\u00a0\u2014\u00a0135. Pathologie de la vie sociale.\u00a0\u2014\u00a0136. Monographie de la vertu.\u00a0\u2014\u00a0137. Dialogue philosophique et politique sur les perfections du\u00a0XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>L\u2019Avant-propos de\u00a01842 pr\u00e9cise le sens philosophique et historique de cet ensemble m\u00e9dit\u00e9 et m\u00e9thodiquement agenc\u00e9. Si, en\u00a01834, Balzac pr\u00e9sente les \u00c9tudes de m\u0153urs comme les effets sociaux o\u00f9 se mettent en sc\u00e8ne les \u00abindividualit\u00e9s typis\u00e9es\u00bb, les \u00c9tudes philosophiques comme les causes expliquant les \u00abtypes individualis\u00e9s\u00bb et les \u00c9tudes analytiques comme les principes (\u00abLes m\u0153urs sont le spectacle, les causes sont les coulisses et les machines; les principes, c\u2019est l\u2019auteur\u00bb), il explique en\u00a01842 que, parti d\u2019une comparaison entre l\u2019Humanit\u00e9 et l\u2019Animalit\u00e9, il s\u2019est forg\u00e9 une conviction: \u00abLa Soci\u00e9t\u00e9 ressembl[e] \u00e0 la Nature.\u00bb Il s\u2019agit alors de \u00abrendre int\u00e9ressant le drame \u00e0 trois ou quatre mille personnages que pr\u00e9sente une Soci\u00e9t\u00e9\u00bb et d\u2019\u00ab\u00e9tudier les raisons ou la raison de ces effets sociaux\u00bb.<\/p>\n<p>Le titre renvoie autant au th\u00e9\u00e2tre qu\u2019au mod\u00e8le dantesque. Si Balzac a toujours \u00e9t\u00e9 hant\u00e9 par la sc\u00e8ne (sa derni\u00e8re \u0153uvre achev\u00e9e est une pi\u00e8ce, le Faiseur), sa production romanesque interroge en permanence le th\u00e9\u00e2tre du monde. Il suffit de lire cet extrait du Cousin Pons: \u00abCette com\u00e9die, \u00e0 laquelle cette partie du r\u00e9cit sert en quelque sorte d\u2019avant-sc\u00e8ne, a pour acteurs tous les personnages qui jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ont occup\u00e9 la sc\u00e8ne.\u00bb Affectant souvent une structure dramatique (ainsi, le P\u00e8re Goriot est agenc\u00e9 comme une trag\u00e9die et la Peau de chagrin trace la courbe implacable d\u2019une destin\u00e9e in\u00e9luctable), l\u2019esth\u00e9tique romanesque combine la dramatisation, ce \u00absoleil du syst\u00e8me\u00bb (1840) qui soude les \u00e9l\u00e9ments choisis, et la typisation. Th\u00e9\u00e2tralisation du r\u00e9el, qui conf\u00e8re l\u2019unit\u00e9, et cr\u00e9ation de types qui expriment la v\u00e9rit\u00e9: \u00abPersonnage qui r\u00e9sume en lui-m\u00eame les traits caract\u00e9ristiques de tous ceux qui lui ressemblent plus ou moins,\u00a0[le type] est le mod\u00e8le du genre\u00bb (Pr\u00e9face d\u2019Une t\u00e9n\u00e9breuse affaire).<\/p>\n<p>Cette conception g\u00e9n\u00e9rale n\u2019emp\u00eache nullement la diversit\u00e9 des formes, qui trouve sa premi\u00e8re justification dans la loi des contrastes, la \u00abvari\u00e9t\u00e9 dans l\u2019unit\u00e9\u00bb, v\u00e9ritable loi vitale. Outre cette application n\u00e9cessaire du principe de correspondance r\u00e9gissant l\u2019univers balzacien, la maturation de l\u2019\u00e9criture importe. D\u2019une part, la Com\u00e9die humaine rassemble des \u0153uvres \u00e9labor\u00e9es avant la conception g\u00e9n\u00e9rale, mais dont les modifications ult\u00e9rieures n\u2019alt\u00e8rent pas profond\u00e9ment la mani\u00e8re; d\u2019autre part, le roman balzacien a \u00e9volu\u00e9 durant les vingt ann\u00e9es de sa production. Entre Eug\u00e9nie Grandet, premi\u00e8re Sc\u00e8ne de la vie de province (1833), et Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes, \u00e9chafaud\u00e9 en neuf ann\u00e9es, on passe d\u2019un r\u00e9cit assez sobre \u00e0 une \u00e9norme fresque de\u00a0273 personnages. De la nouvelle au conte, du roman \u00e9pistolaire (M\u00e9moires de deux jeunes mari\u00e9es) aux Employ\u00e9s, si richement dialogu\u00e9s, ou aux Com\u00e9diens sans le savoir, si proches du th\u00e9\u00e2tre, du r\u00e9cit fantastique au drame social, Balzac d\u00e9ploie toutes les facettes d\u2019un talent polymorphe. Les multiples aspects du r\u00e9el se donnent \u00e0 voir dans cette architecture romanesque charg\u00e9e de restituer \u00e0 la fois le jeu et ce qu\u2019il cache, l\u2019apparence factice et la r\u00e9alit\u00e9 des coulisses, ou l\u2019envers du d\u00e9cor. On comprend ainsi la valeur embl\u00e9matique d\u2019un titre comme l\u2019Envers de l\u2019histoire contemporaine (1842-1848).<\/p>\n<p>L\u2019ordre chronologique des intrigues s\u2019\u00e9tale de\u00a01308 (les Proscrits) \u00e0\u00a01846 (les Com\u00e9diens), mais la plupart des romans se situent entre la R\u00e9volution et les derni\u00e8res ann\u00e9es de la monarchie de Juillet; C\u2019est que la Com\u00e9die humaine est ins\u00e9parable de l\u2019Histoire contemporaine, comme le souligne l\u2019Avant-propos: \u00abLa Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise allait \u00eatre l\u2019historien, je ne devais \u00eatre que le secr\u00e9taire.\u00bb Sous cette modestie affich\u00e9e, il faut lire l\u2019ambition in\u00e9dite (et jamais \u00e9gal\u00e9e, m\u00eame par le Zola des Rougon-Macquart) de cet \u00abannaliste de son temps\u00bb (le Cabinet des antiques) que doit \u00eatre le romancier moderne: \u00abSurprendre le sens cach\u00e9 dans cet immense assemblage de figures, de passions, d\u2019\u00e9v\u00e9nements\u00bb, \u00abtout savoir du monde\u00bb et le disposer dans ces \u00abMille et Une Nuits de l\u2019Occident\u00bb (26\u00a0octobre\u00a01834). Telle s\u2019\u00e9labore l\u2019invention du roman total, r\u00e9pondant id\u00e9alement aux exigences d\u2019un lecteur qui entend que soient satisfaits les \u00abcinq sens litt\u00e9raires: l\u2019invention, le style, la pens\u00e9e, le savoir, le sentiment\u00bb (la Muse du d\u00e9partement).<\/p>\n<p>D\u00e9passant la perspective de Walter Scott, Balzac \u00abcoordonne une histoire compl\u00e8te, dont chaque chapitre\u00a0[serait] un roman et chaque roman une \u00e9poque\u00bb. La continuit\u00e9 issue de la R\u00e9volution fran\u00e7aise se pr\u00e9sente dans sa totalit\u00e9 \u00e0 ce t\u00e9moin de son temps, ce \u00abSaint-Simon peuple\u00bb selon Taine. S\u2019il \u00e9tudie dans le d\u00e9tail une France nouvelle, r\u00e9volutionn\u00e9e et inconnue de la plupart des lecteurs, il s\u2019agit pourtant d\u2019un pays r\u00e9duit \u00e0 l\u2019espace parisien et \u00e0 la France septentrionale. En effet, Balzac ne situe aucun roman au sud d\u2019une ligne Bordeaux-Limoges, ignore en grande partie le monde rural, en dehors des Paysans (1844) qui traitent avant tout de questions politico-sociales (morcellement des terres et av\u00e8nement d\u2019une bourgeoisie rurale), de m\u00eame qu\u2019il n\u00e9glige le monde ouvrier, simplement \u00e9voqu\u00e9 dans le Prologue de la Fille aux yeux d\u2019or (voir Histoire des Treize). Au centre de cette fresque tr\u00f4nent la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste naissante, \u00e9tag\u00e9e des employ\u00e9s aux banquiers, \u00e0 la t\u00eate de la nouvelle aristocratie d\u2019argent, et le Faubourg Saint-Germain, patrie de l\u2019aristocratie du sang, l\u00e9gitimiste et catholique. \u00ab\u00c0 la fois toute la gloire et toute l\u2019infamie de la France\u00bb (Illusions perdues), Paris est d\u00e9crit tel un Moloch qui pompe l\u2019\u00e9nergie de la nation. Lieu privil\u00e9gi\u00e9 des affaires et de la politique, th\u00e9\u00e2tre de la com\u00e9die sociale la plus \u00e9labor\u00e9e, la capitale brille de tous les prestiges que lui conf\u00e8rent son myst\u00e8re et la fascination qu\u2019elle exerce sur les provinciaux\u00a0\u2014 et sur le romancier lui-m\u00eame. Enfer, bourbier, volcan, elle consume les forces vitales avec une effrayante rapidit\u00e9.<\/p>\n<p>La province, si elle semble p\u00e2tir par comparaison avec la Ville somptueuse et hideuse \u00e0 la fois, fantastique et diabolique, n\u2019en offre pas moins de f\u00e9conds champs d\u2019investigation au romancier. Tout s\u2019y d\u00e9roule plus lentement, mais avec une intensit\u00e9 \u00e9gale, quoique concentr\u00e9e sur des enjeux plus limit\u00e9s. Au chatoiement parisien, elle oppose l\u2019opacit\u00e9 de ses maisons et de ses rues silencieuses. Aux brillantes conversations des salons r\u00e9pondent les obsessions et les potins d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fig\u00e9e. Les individus d\u2019exception y \u00e9touffent: ils c\u00e8dent alors aux sir\u00e8nes parisiennes, quitte \u00e0 revenir, parfois charg\u00e9s de gloire, le plus souvent meurtris par le maelstr\u00f6m des faubourgs. Seuls quelques lieux paisibles, au c\u0153ur d\u2019une nature enchanteresse, offrent-ils alors leur asile aux \u00e2mes bless\u00e9es, nostalgiques ou sages.<\/p>\n<p>Nourrie d\u2019une documentation abondante et scrupuleuse, la Com\u00e9die humaine met avant tout en sc\u00e8ne des personnages fictifs (pr\u00e8s de\u00a02\u00a0500), qui cr\u00e9ent de plus en plus l\u2019illusion de la vie, c\u00f4toyant des personnages r\u00e9els, lesquels n\u2019occupent jamais les premiers r\u00f4les. Faisant concurrence \u00e0 l\u2019\u00e9tat-civil, Balzac invente une soci\u00e9t\u00e9 en r\u00e9duction, o\u00f9 de nombreuses figures \u00e9voluent suffisamment pour m\u00e9riter une biographie, dont l\u2019\u00e9crivain donne d\u2019ailleurs ironiquement le mod\u00e8le en \u00e9tablissant la fiche de Rastignac dans la Pr\u00e9face d\u2019Une fille d\u2019\u00c8ve. Synth\u00e9tisant des mod\u00e8les authentiques parfois affubl\u00e9s de noms emprunt\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, Balzac colore ses fictions comme des r\u00eaves, selon le mot de Baudelaire, et utilise \u00e0 fond sa facult\u00e9 de voyance, qui lui fait concevoir des \u00eatres plus vivants que les hommes, m\u00eame si \u00ables \u00e9crivains n\u2019inventent jamais rien\u00bb, \u00able secret des succ\u00e8s universels\u00a0[\u00e9tant] dans le vrai\u00bb (\u00abLettres sur la litt\u00e9rature\u00bb, Revue parisienne,\u00a01840): l\u2019Art n\u2019est-il pas \u00abla Nature concentr\u00e9e\u00bb (Illusions perdues)?<\/p>\n<p>Cette v\u00e9rit\u00e9 ne tient pas seulement \u00e0 l\u2019observation. Si Balzac la revendique souvent (\u00abCe drame n\u2019est ni une fiction ni un roman\u00bb, \u00e9crit-il \u00e0 propos du P\u00e8re Goriot), c\u2019est autant pour prendre ses distances avec le statut du roman consid\u00e9r\u00e9 comme un genre mineur propre \u00e0 toutes les affabulations, que pour feindre de refl\u00e9ter le monde en dissimulant son pouvoir cr\u00e9ateur et prendre le lecteur au pi\u00e8ge s\u00e9duisant de la mim\u00e9sis. Certes, bien des personnages essentiels transposent tel ou tel aspect de la personnalit\u00e9 du romancier, mais ils n\u2019en demeurent pas moins des fictions, des produits de l\u2019invention d\u2019un auteur qui intervient rarement en tant que tel, ou m\u00eame en tant que narrateur. Pr\u00e9sentation directe d\u2019un monde o\u00f9 se d\u00e9roulent les histoires narr\u00e9es, la Com\u00e9die humaine est cependant inform\u00e9e par les savoirs et les points de vue suppos\u00e9s du savant, du philosophe, de l\u2019historien ou du po\u00e8te, ces hypostases du romancier.<\/p>\n<p>Pourtant, le fantastique y joue un grand r\u00f4le. La Peau de chagrin ou la Recherche de l\u2019absolu (que Balzac tenait pour l\u2019une de ses \u0153uvres les plus importantes) d\u00e9veloppent des th\u00e8mes centraux: la contradiction du vouloir vivre et du pouvoir vivre, la d\u00e9termination des personnages par une id\u00e9e fixe, la puissance des passions. C\u2019est dire que le fantastique tient une place centrale dans la Com\u00e9die humaine; et m\u00eame si Balzac a tout d\u2019abord sacrifi\u00e9 \u00e0 une mode, il invente de nouvelles modalit\u00e9s qui lui servent \u00e0 exprimer le myst\u00e8re, enfoui au plus profond du r\u00e9el, en cr\u00e9ant un fantastique paradoxalement r\u00e9aliste. Il tient \u00e0 la nature des situations, des lieux, des personnages. Est ainsi assur\u00e9 le passage de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019imaginaire: \u00abD\u00e8s que l\u2019homme veut p\u00e9n\u00e9trer dans les secrets de la nature o\u00f9 rien n\u2019est secret, ou il s\u2019agit seulement de voir, il s\u2019aper\u00e7oit que le simple y produit du merveilleux (S\u00e9raph\u00eeta). La vertu didactique d\u2019une telle conception proc\u00e8de d\u2019une philosophie, certes inspir\u00e9e par les lectures th\u00e9osophiques et mystiques de Balzac, mais dont le fondement r\u00e9side dans la profonde unit\u00e9 de l\u2019Esprit et de la Mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Appara\u00eet d\u2019autant mieux l\u2019importance d\u00e9cisive de la description dans la Com\u00e9die humaine. Il ne s\u2019agit pas seulement de peindre, de donner \u00e0 voir, mais surtout d\u2019interpr\u00e9ter. Investigation, la description \u00e9claire la lisibilit\u00e9 de l\u2019univers balzacien. Les lieux ou les objets d\u00e9crits sont autant de signes visibles o\u00f9 s\u2019inscrit en quelque sorte visuellement le drame. Le romancier se fait alors v\u00e9ritable p\u00e9dagogue du regard imaginaire: \u00abToute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne\u00bb, dit-il de la m\u00e8re Vauquer (le P\u00e8re Goriot). Le cadre explique ce qui y vit. Les conditions sociales et les caract\u00e8res se lisent d\u2019abord par ces ext\u00e9rieurs, comme si l\u2019avoir d\u00e9finissait de plus en plus l\u2019\u00eatre. La description rend compte d\u2019un tout: \u00abChez moi, l\u2019observation \u00e9tait devenue intuition, elle p\u00e9n\u00e9trait l\u2019\u00e2me sans n\u00e9gliger le corps; ou plut\u00f4t, elle saisissait si bien les d\u00e9tails ext\u00e9rieurs, qu\u2019elle allait sur-le-champ au-del\u00e0\u00bb (Facino Cane).<\/p>\n<p>Si les lieux ont une physionomie, les personnages eux-m\u00eames rel\u00e8vent plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la physiognomonie, issue des th\u00e9ories de Lavater. Les dispositions intellectuelles et morales de l\u2019individu peuvent se d\u00e9duire de ses traits: ainsi s\u2019explique l\u2019importance des d\u00e9tails physiques dans les portraits, compos\u00e9s de particularit\u00e9s signifiantes. Le narrateur omniscient pr\u00e9sente ses cr\u00e9atures sous tous leurs angles, ce qui permet au lecteur de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un savoir de connivence et de prendre \u00e0 son compte le regard de tel protagoniste sur tel autre. Ainsi la gen\u00e8se de l\u2019amour chez F\u00e9lix de Vandenesse regardant \u00e9bloui Henriette de Mortsauf va-t-il de pair avec le portrait de la ch\u00e2telaine de Clochegourde (le Lys dans la vall\u00e9e). Acteurs pris dans une action, qui, pour \u00eatre th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e, n\u2019en n\u00e9glige pas pour autant toutes les proc\u00e9dures de l\u2019\u00e9criture romanesque, y compris ses proc\u00e9d\u00e9s feuilletonesques (auxquels Balzac sacrifie volontiers \u00e0 partir de la Vieille Fille,\u00a01836), les personnages ob\u00e9issent \u00e0 toutes sortes de d\u00e9terminations que l\u2019on ne saurait r\u00e9duire \u00e0 l\u2019interaction avec le milieu ou au complexe psycho-physiologique. Aux m\u00e9canismes individuels s\u2019ajoutent le poids familial, social ou professionnel, et surtout la logique des passions. Plus que d\u2019empire de la psychologie, correspondant de toute fa\u00e7on aux conceptions du\u00a0XIXe si\u00e8cle, il faudrait parler d\u2019une forme de pessimisme. En effet \u00absi la pens\u00e9e, ou la passion, qui comprend la pens\u00e9e et le sentiment, est l\u2019\u00e9l\u00e9ment social, elle en est aussi l\u2019\u00e9l\u00e9ment destructeur. En ceci, la vie sociale ressemble \u00e0 la vie humaine\u00bb (\u00abAvant-propos\u00bb). Sorte de soci\u00e9t\u00e9 en r\u00e9duction, l\u2019individu ne peut s\u2019int\u00e9grer qu\u2019en acceptant les r\u00e8gles de la com\u00e9die sociale. Sinon, il est condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre broy\u00e9 au terme d\u2019un impitoyable conflit. Aucun accomplissement individuel ne semble possible en dehors des lois de la soci\u00e9t\u00e9. La passion, ce besoin de sortir de soi et de poss\u00e9der, qu\u2019elle soit celle d\u2019un p\u00e8re, d\u2019un collectionneur, d\u2019un \u00e9rotomane, d\u2019un savant, d\u2019un usurier, d\u2019un manipulateur fou de pouvoir, d\u2019un ambitieux, d\u2019un artiste, est toujours recherche d\u2019un absolu. Elle conduit \u00e0 l\u2019impuissance et \u00e0 la mort.<\/p>\n<p>Parmi ces passions domine l\u2019argent. Peut-\u00eatre obsession personnelle de Balzac, il se r\u00e9v\u00e8le plus s\u00fbrement le moteur de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Il est donc celui de la Com\u00e9die humaine. De l\u2019avare Grandet \u00e0 Nucingen, le Napol\u00e9on de l\u2019argent, Balzac d\u00e9monte les m\u00e9canismes de la finance. Surtout, il expose lumineusement comment et pourquoi l\u2019argent dans toute sa puissance est devenu \u00able seul dieu moderne auquel on ait foi\u00bb (Eug\u00e9nie Grandet). L\u00e0 sans doute la force critique du roman balzacien trouve-t-elle son point d\u2019application le plus incontestable. Toute une soci\u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 la tyrannie mat\u00e9rialiste du veau d\u2019or, une circulation fantastique, un grand branle de l\u2019humanit\u00e9, jet\u00e9e dans les ab\u00eemes de la modernit\u00e9, la captation des \u00e9nergies et des sentiments: l\u2019argent est bien le ressort et la fatalit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre du monde.<\/p>\n<p>S\u2019impose \u00e9galement l\u2019amour. Mais, contrairement aux usages romanesques de son temps, Balzac lie l\u2019amour \u00e0 l\u2019argent, au mariage ou \u00e0 l\u2019ambition. De l\u00e0 un certain prosa\u00efsme, qui va de pair avec une lucidit\u00e9 d\u00e9capante. S\u2019il existe de vrais amoureux dans la Com\u00e9die humaine (Eug\u00e9nie Grandet, qui adore son cousin Charles, Lucien et Coralie, dans Illusions perdues, Lucien et Esther dans Splendeurs\u00a0[&#8230;], Rapha\u00ebl et Pauline dans la Peau de chagrin), l\u2019\u00e9motion, le path\u00e9tique proc\u00e8dent avant tout de situations dramatiques, celle des femmes abandonn\u00e9es ou celle n\u00e9e d\u2019une contradiction entre la loi morale ou sociale et le sentiment (le Lys dans la vall\u00e9e). Mais Balzac, dont les romans dessinent une \u00abcarte de Tendre\u00bb dixneuvi\u00e9miste, sait aussi d\u00e9gager des lois du comportement amoureux autant que de la naissance et de la progression de l\u2019amour. Vanit\u00e9, calcul, \u00e9nergie, d\u00e9r\u00e8glement: de la Duchesse de Langeais \u00e0 la Cousine Bette, \u00c9ros joue son \u00e9ternelle com\u00e9die, o\u00f9 figurent en bonne place les tentations homosexuelles (la Fille aux yeux d\u2019or, Vautrin), voire des ambigu\u00eft\u00e9s plus troubles encore (Une passion dans le d\u00e9sert, Sarrasine). Le mariage fournit \u00e0 lui seul une abondante th\u00e9matique. Au trait\u00e9 (Physiologie du mariage), s\u2019ajoutent les variantes romanesques de l\u2019adult\u00e8re, car la femme mari\u00e9e est rarement heureuse dans la Com\u00e9die. Institution avant tout, le mariage est une affaire de Code. Si Balzac, qui \u00e9crit \u00ab\u00e0 la lueur de deux V\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles, la Religion et la Monarchie\u00bb, d\u00e9fend cette cellule sociale que repr\u00e9sente la famille et c\u00e9l\u00e8bre les vertus de la conjugalit\u00e9, il montre surtout les drames de la vie priv\u00e9e, et le r\u00f4le n\u00e9cessaire des courtisanes dans la vie parisienne. Pourtant, le conservatisme oblig\u00e9 l\u2019emporte: la Com\u00e9die humaine comporte une politique.<\/p>\n<p>Si \u00able christianisme a cr\u00e9\u00e9 les peuples modernes\u00bb, le catholicisme vaut d\u2019abord comme \u00absyst\u00e8me complet de r\u00e9pression des tendances d\u00e9prav\u00e9es de l\u2019homme\u00bb. Si l\u2019\u00c9glise est experte au maniement de l\u2019argent, elle offre aussi un contrepoids moral \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie corruptive. La religion n\u2019est pas seulement la garante de l\u2019ordre social, elle peut aussi l\u2019am\u00e9liorer, ou favoriser les tentatives de r\u00e9forme conservatrice (le Cur\u00e9 de village). Mais elle prend tout son sens dans son \u00e9troite liaison avec la monarchie. Le l\u00e9gitimisme balzacien lui permet de juger sans complaisance la politique postr\u00e9volutionnaire. Appuy\u00e9 sur une analyse des r\u00e9alit\u00e9s socio-\u00e9conomiques (notamment les transferts de propri\u00e9t\u00e9, les nouveaux circuits, l\u2019industrie naissante), le romancier d\u00e9c\u00e8le les failles majeures d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la lutte des individus entre eux, d\u00e9termin\u00e9e par la loi de l\u2019int\u00e9r\u00eat, se r\u00e9v\u00e8le un immense d\u00e9r\u00e8glement. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence dans la Com\u00e9die de belles figures r\u00e9publicaines (Michel Chrestien dans Illusions perdues), seul un pouvoir fort, ouvert \u00e0 l\u2019\u00e9conomie moderne, peut alors g\u00e9rer ces contradictions mortelles: \u00abLe grand homme qui nous sauvera du naufrage vers lequel nous courons se servira sans doute de l\u2019individualisme pour refaire la nation\u00bb (le M\u00e9decin de campagne).<\/p>\n<p>Celui qui fait \u00abpartie de l\u2019opposition qui s\u2019appelle la vie\u00bb met enfin en sc\u00e8ne des artistes hant\u00e9s par l\u2019id\u00e9e de beaut\u00e9 (tel Frenhofer dans le Chef-d\u2019\u0153uvre inconnu) ou des g\u00e9nies, comme Louis Lambert. Princes de la volont\u00e9, ils \u00e9chouent certes (avortement de la cr\u00e9ation ou folie), mais ils inscrivent sur cet univers impitoyable la marque ind\u00e9l\u00e9bile de l\u2019art et de la pens\u00e9e. Avec ces mod\u00e8les aust\u00e8res que sont Joseph Bridau (Pierre Grassou) ou Daniel d\u2019Arthez (Illusions perdues et les Secrets de la princesse de Cadignan), ces artistes incarnent l\u2019id\u00e9al balzacien de la po\u00e9sie, qui compl\u00e8te harmonieusement celui de la science. La Com\u00e9die humaine triomphe alors non seulement comme monument litt\u00e9raire unique, mais comme entreprise prom\u00e9th\u00e9enne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-603","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/603","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=603"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}