{"id":571,"date":"2026-08-04T14:00:32","date_gmt":"2026-08-04T12:00:32","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=571"},"modified":"2026-08-04T14:00:32","modified_gmt":"2026-08-04T12:00:32","slug":"orphee","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=orphee","title":{"rendered":"Orph\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Orph\u00e9e<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ORPH\u00c9E. \u00abTrag\u00e9die\u00bb en un acte et en prose de Jean Cocteau (1889-1963), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris par la compagnie Pito\u00ebff au th\u00e9\u00e2tre des Arts en juin 1926, et publi\u00e9e \u00e0 Paris chez Delamain et Boutelleau en 1927.<\/p>\n<p>Inlassablement repris par Jean Cocteau, le mythe d\u2019Orph\u00e9e a donn\u00e9 naissance \u00e0 un cycle o\u00f9 le h\u00e9ros grec incarne d\u2019abord les affres de la cr\u00e9ation po\u00e9tique, puis devient le fil conducteur d\u2019un v\u00e9ritable rituel initiatique: Orph\u00e9e (trag\u00e9die),\u00a01926; le Sang d\u2019un po\u00e8te (film),\u00a01930; Orph\u00e9e (adaptation cin\u00e9matographique de la pi\u00e8ce),\u00a01950; le Testament d\u2019Orph\u00e9e (film),\u00a01960.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>En Thrace, au domicile d\u2019Orph\u00e9e. Celui-ci \u00e9coute les messages de l\u2019au-del\u00e0 transmis par un cheval frappeur tandis que son \u00e9pouse, Eurydice, lui reproche de trop s\u2019occuper de po\u00e9sie et pas assez d\u2019elle. Aussi, en l\u2019absence d\u2019Orph\u00e9e, se propose-t-elle de tuer le cheval avec l\u2019aide d\u2019un curieux vitrier qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve parfois dans les airs: Heurtebise. Aglaonice, reine des bacchantes, lui a justement remis du poison sous la forme d\u2019un sucre et d\u2019une enveloppe qu\u2019Eurydice l\u00e8che \u00e0 son insu: elle meurt. De retour chez lui, Orph\u00e9e constate que sa femme a disparu. Pour la retrouver, il doit traverser un miroir et descendre au royaume des morts. Il en revient avec Eurydice\u00a0\u2014 qu\u2019il ne doit pas regarder. Interdiction qu\u2019il enfreint par maladresse. Il la perd. Cependant, Aglaonice et les bacchantes se d\u00e9cha\u00eenent contre lui, le d\u00e9membrent et le d\u00e9capitent. La police m\u00e8ne son enqu\u00eate avec pour interlocuteurs la t\u00eate d\u2019Orph\u00e9e et Heurtebise. Dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne, alors que le d\u00e9cor dispara\u00eet, Orph\u00e9e et Eurydice rentrent par la glace. Ils sont conduits par Heurtebise: le vitrier volant \u00e9tait leur ange gardien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Si elle suit les grandes lignes de la l\u00e9gende, cette \u00abtrag\u00e9die en un acte et un intervalle\u00bb n\u2019en est pas moins un mod\u00e8le d\u2019irrespect \u00e0 l\u2019\u00e9gard du chantre de Thrace. La fantaisie de Cocteau s\u2019exerce sous la forme parodique ch\u00e8re aux surr\u00e9alistes. Multipliant les effets sc\u00e9niques invraisemblables, accumulant les anachronismes, le po\u00e8te d\u00e9mythifie aussi les conventions du th\u00e9\u00e2tre bourgeois, r\u00e9aliste et s\u00e9rieux. L\u2019univers de sa pi\u00e8ce est celui du surnaturel: si Eurydice est en qu\u00eate de simplicit\u00e9, Orph\u00e9e, lui, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00abtraquer l\u2019inconnu\u00bb, d\u00fbt-il se couvrir de ridicule.<\/p>\n<p>Les personnages de la fable antique sont en effet trait\u00e9s sur le mode d\u00e9risoire des pr\u00e9occupations quotidiennes, et n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 la trivialit\u00e9. Orph\u00e9e se rend-il seulement compte que l\u2019acrostiche que lui souffle le ciel, \u00abMadame Eurydice Reviendra Des Enfers\u00bb, forme le mot de Cambronne? Mais ils rencontrent aussi une autre mythologie, non moins d\u00e9risoire, celle du monde moderne, avec ses gadgets, sa technicit\u00e9 de pacotille, ses clich\u00e9s culturels tels que Roland Barthes les recensera, justement, dans Mythologies. Ainsi la mort communique ses ordres avec une \u00abmachine \u00e9lectrique\u00bb; les bacchantes deviennent l\u2019all\u00e9gorie du public malveillant, des cabales qui d\u00e9chirent l\u2019artiste; le sacrifice du po\u00e8te lui-m\u00eame semble n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de son \u0153uvre. Le symbole de la t\u00eate statufi\u00e9e souligne ce paradoxe: pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, il faut savoir donner sa vie en p\u00e2ture aux critiques.<\/p>\n<p>\u00c0 cet inventaire de situations tragiques mais toujours irr\u00e9elles sinon ubuesques, il convient d\u2019ajouter les hantises personnelles de Cocteau, la pr\u00e9sence \u00e9nigmatique du vitrier, l\u2019obsession des miroirs (\u00abCes portes par lesquelles la mort va et vient\u00bb), l\u2019identification quasi compl\u00e8te enfin aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes de la l\u00e9gende. Cocteau s\u2019est suffisamment expliqu\u00e9 dans son journal sur la m\u00e9taphore du vitrier dont la hotte figure les ailes de l\u2019ange, et sur le glissement de Gabriel \u00e0 Heurtebise. La gen\u00e8se d\u2019Orph\u00e9e est \u00e9clairante. On peut y voir une fable biblique se m\u00e9tamorphoser en drame du n\u00e9opaganisme pour donner naissance \u00e0 une mise en sc\u00e8ne \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e de l\u2019inspiration po\u00e9tique: \u00abMa pi\u00e8ce devait \u00eatre primitivement une histoire de la Vierge et de Joseph, des ragots qu\u2019ils subirent \u00e0 cause de l\u2019ange (aide-charpentier), de la malveillance de Nazareth en face d\u2019une grossesse inexplicable, de l\u2019obligation o\u00f9 cette malveillance d\u2019un village mit le couple de prendre la fuite. L\u2019intrigue se pr\u00eatait \u00e0 de telles m\u00e9prises que j\u2019y renon\u00e7ai. Je lui substituai le th\u00e8me orphique o\u00f9 la naissance inexplicable des po\u00e8mes remplacerait celle de l\u2019Enfant divin.\u00bb<\/p>\n<p>Un tel \u00e9clectisme est caract\u00e9ristique de la modernit\u00e9 de Cocteau, parfois consid\u00e9r\u00e9, du fait m\u00eame de ses outrances, de sa d\u00e9sinvolture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des valeurs \u00e9tablies, comme un mystificateur. Non conformiste, de l\u2019aveu m\u00eame de l\u2019auteur, la pi\u00e8ce s\u2019inscrit n\u00e9anmoins dans le courant de d\u00e9sacralisation des mythes qui ira en s\u2019amplifiant aussi bien dans le th\u00e9\u00e2tre de Giraudoux (voir \u00c9lectre) que chez Anouilh (Antigone) ou Sartre (les Mouches). La profanation, la provocation sont omnipr\u00e9sentes, au m\u00eame titre que l\u2019humour: la mort prend des gants (de caoutchouc!) pour n\u00e9gocier avec les humains. Le r\u00f4le d\u2019Heurtebise est soulign\u00e9 par l\u2019in\u00e9vitable jeu de mots sur le vol, dont Eurydice \u00e9voque incidemment l\u2019inqui\u00e9tante polys\u00e9mie: \u00abJe n\u2019aime pas les fournisseurs qui volent\u00bb, dit-elle avec une m\u00e9fiance toute pr\u00e9monitoire! Ainsi le destin path\u00e9tique d\u2019Orph\u00e9e est-il largement compens\u00e9 par le comique de situation, le visage familier de la mort, l\u2019intimit\u00e9 de la sc\u00e8ne finale: l\u2019orphisme y prend les allures d\u2019un drame domestique. Sa dimension v\u00e9ritablement m\u00e9taphysique n\u2019appara\u00eetra que dans les \u0153uvres destin\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cran, plus particuli\u00e8rement dans le Testament d\u2019Orph\u00e9e, o\u00f9 l\u2019itin\u00e9raire du h\u00e9ros, remontant jusqu\u2019au culte d\u2019Osiris, empruntera la voie r\u00e9serv\u00e9e aux initi\u00e9s des religions les plus v\u00e9n\u00e9rables de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>B.\u00a0VALETTE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-571","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}