{"id":559,"date":"2026-08-04T10:49:58","date_gmt":"2026-08-04T08:49:58","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=559"},"modified":"2026-08-04T10:49:58","modified_gmt":"2026-08-04T08:49:58","slug":"dom-juan","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=dom-juan","title":{"rendered":"Dom Juan"},"content":{"rendered":"<p>Dom Juan<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DOM JUAN ou le Festin de Pierre. Com\u00e9die en cinq actes et en prose de Moli\u00e8re, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris au th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal le\u00a015\u00a0f\u00e9vrier 1665, et publi\u00e9e (de mani\u00e8re expurg\u00e9e) dans l\u2019\u00e9dition La Grange des \u0152uvres de Moli\u00e8re \u00e0 Paris chez Thierry en 1682.<\/p>\n<p>Dans la somptueuse semaine des F\u00eates de Versailles (du\u00a07 au\u00a015\u00a0mai\u00a01664), dites des \u00abPlaisirs de l\u2019\u00eele enchant\u00e9e\u00bb, Moli\u00e8re donne \u00e0 la satisfaction quasi g\u00e9n\u00e9rale le Tartuffe, ou l\u2019Hypocrite. Certains d\u00e9vots cependant, ceux notamment qui se retrouvent au sein de la secr\u00e8te Compagnie du Saint-Sacrement, se scandalisent d\u2019une pi\u00e8ce o\u00f9 la vraie religion pourrait souffrir des attaques port\u00e9es contre sa caricature perverse (Tartuffe) ou son ab\u00e2tardissement niais (Orgon, Mme\u00a0Pernelle). Ils obtiennent du roi l\u2019interdiction des repr\u00e9sentations publiques, mettant ainsi Moli\u00e8re dans l\u2019urgente n\u00e9cessit\u00e9 de renouveler le r\u00e9pertoire de sa troupe. \u00c0 quel sujet recourir?<\/p>\n<p>Le Misanthrope est sans doute en chantier, mais Moli\u00e8re se refuse \u00e0 pr\u00e9cipiter la r\u00e9daction d\u2019une \u00abgrande com\u00e9die\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire une com\u00e9die en cinq actes et en vers). Il se tourne alors vers l\u2019id\u00e9e d\u2019une pi\u00e8ce en prose\u00a0\u2014 plus rapide \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u2014 dont le sujet puisse attirer la foule des spectateurs et subsidiairement le venger des censeurs du Tartuffe. L\u2019histoire de Dom Juan se pr\u00eate \u00e0 ce double objectif. Elle permet \u00e0 Moli\u00e8re d\u2019exasp\u00e9rer ses adversaires en portant de nouveau la religion \u00e0 la sc\u00e8ne, tout en se couvrant du c\u00f4t\u00e9 du ma\u00eetre par le ch\u00e2timent de l\u2019impie: Dom Juan \u00abn\u2019est pas r\u00e9compens\u00e9\u00bb, observa Louis\u00a0XIV avec une satisfaction laconique. Davantage, par la transformation qu\u2019il op\u00e8re \u00e0 l\u2019acte\u00a0V du libertin en d\u00e9vot, Moli\u00e8re sugg\u00e8re que les pieux d\u00e9tracteurs du Tartuffe pourraient n\u2019\u00eatre eux-m\u00eames que des libertins d\u00e9guis\u00e9s. Mais l\u2019avantage principal de Dom Juan aux yeux du dramaturge est qu\u2019il s\u00e9duit le public. Depuis sa cr\u00e9ation en\u00a01630 par l\u2019Espagnol Tirso de Molina (l\u2019Abuseur de S\u00e9ville et le Convive de pierre), le \u00abmythe\u00bb de Don Juan a touch\u00e9 l\u2019Italie par deux adaptations de Cicognini et de Giliberto avant d\u2019atteindre la sc\u00e8ne fran\u00e7aise gr\u00e2ce \u00e0 la troupe italienne de Paris qui le joue en commedia dell\u2019arte (1658). Deux com\u00e9diens-auteurs fran\u00e7ais reprennent le sujet sous la forme de tragi-com\u00e9dies en cinq actes et en vers: Dorimond fait jouer son Festin de pierre ou le Fils criminel \u00e0 Lyon en\u00a01658, et Villiers, une pi\u00e8ce au titre identique \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de Bourgogne l\u2019ann\u00e9e suivante. \u00ab\u00c0 la fin de\u00a01661, \u00e9crit A.\u00a0Adam, on jouait le Festin de pierre sur trois sc\u00e8nes de Paris.\u00bb Moli\u00e8re peut donc se flatter de traiter un th\u00e8me \u00e0 la mode.<\/p>\n<p>L\u2019accueil du public lui donne raison: la premi\u00e8re de Dom Juan est un tr\u00e8s grand succ\u00e8s. Moli\u00e8re jouait le r\u00f4le de Sganarelle, celui du protagoniste revenant au jeune premier La Grange. \u00c0 la diff\u00e9rence de Tartuffe, aucune interdiction officielle ne vient interrompre la carri\u00e8re de la pi\u00e8ce apr\u00e8s sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation. Un indice cependant: d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour, la fameuse sc\u00e8ne du Pauvre (III,\u00a02) doit \u00eatre \u00e9dulcor\u00e9e. Dom Juan continue n\u00e9anmoins jusqu\u2019\u00e0 la rel\u00e2che de P\u00e2ques (20\u00a0mars) sous de favorables auspices. \u00c0 la r\u00e9ouverture, la pi\u00e8ce a disparu de l\u2019affiche: Moli\u00e8re \u00e9videmment c\u00e8de \u00e0 un pressant \u00abconseil\u00bb venu d\u2019en haut\u00a0\u2014 signe que le parti d\u00e9vot est toujours puissant dans l\u2019\u00c9tat: il se manifeste d\u2019ailleurs par l\u2019incisif pamphlet de Rochemont paru en mai 1665, les Observations sur une com\u00e9die de Moli\u00e8re intitul\u00e9e \u00able Festin de pierre\u00bb. Deux \u00e9crits\u00a0\u2014 la R\u00e9ponse aux observations et la Lettre sur les observations\u00a0\u2014 ont beau justifier le dramaturge, celui-ci ne reprend pas les repr\u00e9sentations. Dom Juan ne sera plus jou\u00e9 du vivant de son auteur; il ne sera pas davantage publi\u00e9.<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce maudite attendra longtemps de refaire surface. L\u2019\u00e9dition La Grange de\u00a01682 est triplement expurg\u00e9e: par Moli\u00e8re lui-m\u00eame (qui a amput\u00e9 la sc\u00e8ne du Pauvre), par La Grange, par la censure enfin. Une \u00e9dition faite \u00e0 Amsterdam en\u00a01683 r\u00e9tablit les passages supprim\u00e9s: elle sombre tout de suite dans l\u2019oubli. Ce n\u2019est qu\u2019en\u00a01819, avec l\u2019\u00e9dition Auger, que le texte authentique est effectivement port\u00e9 \u00e0 la connaissance du public. Sur sc\u00e8ne, le d\u00e9lai est plus long encore. Le\u00a0XVIIIe si\u00e8cle ne conna\u00eet que la transcription versifi\u00e9e et affadie par les soins de Thomas Corneille en\u00a01677. Il faut attendre\u00a01841 pour que renaisse, sur les planches de l\u2019Od\u00e9on, le v\u00e9ritable Dom Juan. Mais un si\u00e8cle sera encore n\u00e9cessaire pour que Louis Jouvet, en\u00a01947, lui conf\u00e8re toute sa dimension de chef-d\u2019\u0153uvre sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<br \/>\nDom Juan est \u00e0 la fois en fuite et en chasse. Il vient d\u2019abandonner la derni\u00e8re de ses \u00e9pouses, Elvire, qu\u2019il avait pourtant eu bien du mal \u00e0 enlever de son couvent. C\u2019est que la conqu\u00eate seule l\u2019int\u00e9resse, comme il l\u2019explique \u00e0 son valet Sganarelle. Le voici libre de poursuivre une nouvelle proie. Elvire cependant survient, qui demande des comptes \u00e0 son volage s\u00e9ducteur: Dom Juan, embarrass\u00e9, se r\u00e9fugie dans une impudente hypocrisie, \u00e0 laquelle il est r\u00e9pondu par impr\u00e9cations et menaces de vengeance (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Dom Juan a \u00e9chou\u00e9 dans sa tentative d\u2019enl\u00e8vement sur la personne d\u2019une jeune fianc\u00e9e qu\u2019il voulait assaillir sur mer. Une bourrasque a retourn\u00e9 sa barque et il a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, en compagnie de Sganarelle, par le paysan Pierrot. L\u2019aventure n\u2019a cependant pas temp\u00e9r\u00e9 ses ardeurs: il entreprend de s\u00e9duire Charlotte\u00a0\u2014 l\u2019\u00abaccord\u00e9e\u00bb de Pierrot\u00a0\u2014, lui proposant le mariage pour garantie de sa bonne foi. Pierrot proteste et s\u2019interpose, mais doit quitter le terrain sous les soufflets de l\u2019homme qu\u2019il vient d\u2019arracher \u00e0 la mer. Plus g\u00eanante pour Dom Juan, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une autre paysanne\u00a0\u2014 Mathurine\u00a0\u2014, forte elle aussi d\u2019une promesse d\u2019\u00e9pousailles: pris entre deux feux, le gentilhomme s\u2019esquive, d\u2019autant plus vite qu\u2019il apprend que douze hommes \u00e0 cheval le recherchent (Acte\u00a0II).<\/p>\n<p>Toujours accompagn\u00e9 de Sganarelle, \u00e0 qui il t\u00e9moigne son scepticisme sur la m\u00e9decine et son incroyance religieuse, Dom Juan fait route \u00e0 travers une for\u00eat. \u00c0 un pauvre qu\u2019il rencontre, le libertin tente vainement de faire renier Dieu. Plus loin, il met la main \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e pour d\u00e9fendre un homme\u00a0\u2014 Dom Carlos\u00a0\u2014 attaqu\u00e9 par des brigands: il sauve ainsi sans le savoir un des fr\u00e8res d\u2019Elvire partis \u00e0 sa poursuite. Dom Alonse, un autre fr\u00e8re d\u2019Elvire, les rejoint et reconna\u00eet en Dom Juan son ennemi: celui-ci se voit accorder un d\u00e9lai de gr\u00e2ce d\u2019une journ\u00e9e. Reprenant son chemin, il p\u00e9n\u00e8tre dans le mausol\u00e9e d\u2019un Commandeur qu\u2019il avait tu\u00e9 en duel six mois auparavant. Par l\u2019interm\u00e9diaire de Sganarelle, il invite la statue du d\u00e9funt \u00e0 d\u00eener: elle baisse la t\u00eate en signe d\u2019acceptation (Acte\u00a0III).<\/p>\n<p>Dom Juan, de retour chez lui, r\u00e9clame son d\u00eener. Mais les importuns se succ\u00e8dent: M.\u00a0Dimanche, le cr\u00e9ancier, qu\u2019il faut \u00e9conduire avec de belles paroles; Dom Louis, p\u00e8re de Dom Juan, qui vient accabler son fils de reproches; Elvire enfin, touch\u00e9e par la gr\u00e2ce et n\u2019aspirant plus qu\u2019\u00e0 la conversion de celui qu\u2019elle aime d\u00e9sormais en Dieu. Vaines exhortations: Dom Juan songe surtout \u00e0 passer \u00e0 table. Il avait cependant oubli\u00e9 un convive, la statue du Commandeur, qui ne manque pas le rendez-vous et invite Dom Juan \u00e0 souper pour le lendemain (Acte\u00a0IV).<\/p>\n<p>Coup de th\u00e9\u00e2tre: le libertin s\u2019est mu\u00e9 en d\u00e9vot\u00a0\u2014 en hypocrite seulement. Dom Juan fait l\u2019essai de sa tartuferie nouvelle sur Dom Carlos apr\u00e8s Dom Louis, trompant celui-ci mais non celui-l\u00e0. Cet affront est le dernier que peut endurer le Ciel: il envoie un spectre appeler Dom Juan au repentir puis, sur le refus du m\u00e9cr\u00e9ant, laisse intervenir la statue qui plonge l\u2019obstin\u00e9 en enfer, tandis que Sganarelle r\u00e9clame vainement ses gages (Acte\u00a0V).<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>La simple narration des faits permet de l\u2019entrevoir: Dom Juan se situe au carrefour de la tragi-com\u00e9die et de la pi\u00e8ce \u00e0 machines.<br \/>\nIl tient de la premi\u00e8re la succession pressante des aventures h\u00e9ro\u00efco-amoureuses d\u2019un protagoniste qui pr\u00e9tend vivre comme un \u00abnouvel Alexandre\u00bb sa fr\u00e9n\u00e9sie de conqu\u00eates: embarqu\u00e9 avec ses spadassins pour enlever une belle, il fait naufrage, s\u2019enfonce dans une for\u00eat pour \u00e9chapper \u00e0 une troupe de cavaliers, d\u00e9ga\u00eene contre une attaque de brigands et meurt sur le point de se rendre \u00e0 un duel. L\u2019histoire de Dom Juan est celle d\u2019une double traque o\u00f9 peu \u00e0 peu le chasseur est r\u00e9duit au r\u00f4le de gibier. Il poursuit tout d\u2019abord et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019acte\u00a0II\u00a0\u2014 la jeune fianc\u00e9e, Mathurine, Charlotte\u00a0\u2014, mais depuis le d\u00e9but aussi, et jusqu\u2019au d\u00e9nouement, il est poursuivi: par les perp\u00e9tuelles remontrances de son valet; par Elvire, qui veut le ramener \u00e0 elle puis le convertir; par les fr\u00e8res d\u2019Elvire, qui veulent se venger; par M.\u00a0Dimanche, qui veut son argent; par son p\u00e8re, qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 le faire incarc\u00e9rer; par la statue enfin, qui vient exercer la justice divine. Comme dans la tragi-com\u00e9die, ce n\u2019est pas le lieu, le temps ni l\u2019action qui donnent son unit\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce. Aux cinq actes de Dom Juan correspondent en effet six emplacements diff\u00e9rents: deux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une ville de Sicile qui n\u2019est pas nomm\u00e9e (un palais \u00e0 l\u2019acte\u00a0I, l\u2019appartement de Dom Juan \u00e0 l\u2019acte\u00a0IV), trois \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (la campagne au bord de la mer \u00e0 l\u2019acte\u00a0II, une for\u00eat et un mausol\u00e9e \u00e0 l\u2019acte\u00a0III), un dernier aux portes de la ville (V). Cette dispersion est la traduction spatiale d\u2019un app\u00e9tit universel de conqu\u00eates qu\u2019aucune fid\u00e9lit\u00e9 ne vient unifier en empire. \u00abEh mon Dieu! s\u2019exclame Sganarelle, je sais mon Dom Juan sur le bout du doigt, et connais votre c\u0153ur pour le plus grand coureur du monde: il se pla\u00eet \u00e0 se promener de liens en liens, et n\u2019aime gu\u00e8re \u00e0 demeurer en place\u00bb (I,\u00a02). Rupture \u00e9galement de l\u2019unit\u00e9 de temps, puisque l\u2019intrigue inclut l\u2019intervalle d\u2019une nuit: c\u2019est le signe de l\u2019excessive mis\u00e9ricorde divine, qui accorde au libertin un d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire pour se repentir, mais aussi du morcellement de la dur\u00e9e donjuanesque\u00a0\u2014 le s\u00e9ducteur vit dans l\u2019instant, sans remords du pass\u00e9 ni crainte pour l\u2019avenir. \u00c9clatement enfin de l\u2019unit\u00e9 d\u2019action, puisque les deux p\u00e9rils principaux, repr\u00e9sent\u00e9s par les fr\u00e8res d\u2019Elvire et par la statue, ne sont li\u00e9s par aucune connexion n\u00e9cessaire (\u00e0 la diff\u00e9rence des autres versions de la l\u00e9gende, o\u00f9 le Commandeur est le p\u00e8re de la jeune fille abandonn\u00e9e). Ce triple \u00e9cart par rapport aux normes dramaturgiques du classicisme invite \u00e0 rechercher, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique ant\u00e9rieure de la tragi-com\u00e9die, l\u2019unit\u00e9 de la pi\u00e8ce dans la personne du h\u00e9ros\u00a0\u2014 en l\u2019occurrence dans son \u00abseul couple indissoluble\u00bb (J.\u00a0Scherer), celui que forment Dom Juan et Sganarelle, pr\u00e9sents ensemble dans vingt-cinq sc\u00e8nes sur vingt-sept.<\/p>\n<p>Dom Juan se rattache aussi au genre de la \u00abpi\u00e8ce \u00e0 machines\u00bb, d\u2019origine italienne et baroque. \u00c0 l\u2019acte\u00a0III, lorsque s\u2019ouvre le tombeau du Commandeur, la sc\u00e8ne d\u2019ext\u00e9rieur (bois et verdure) se m\u00e9tamorphose sous nos yeux en sc\u00e8ne d\u2019int\u00e9rieur (avec des vo\u00fbtes, des piliers et la statue miraculeuse); au dernier acte, un spectre appara\u00eet qui \u00abchange de figure et repr\u00e9sente le Temps avec sa faux \u00e0 la main\u00bb, puis s\u2019envole quand Dom Juan veut le frapper de son \u00e9p\u00e9e; enfin, \u00e0 la derni\u00e8re sc\u00e8ne, le tonnerre tombe sur Dom Juan \u00abavec un grand bruit et de grands \u00e9clairs\u00bb, pr\u00e9c\u00e9dant de peu l\u2019ouverture flamboyante de l\u2019enfer sous les pieds du libertin foudroy\u00e9. L\u2019usage des machines est donc li\u00e9 \u00e0 la manifestation du surnaturel: alors qu\u2019habituellement elles n\u2019ont d\u2019autre finalit\u00e9 que le spectaculaire, elles introduisent ici une dimension transcendante en principe absente de la com\u00e9die. L\u2019au-del\u00e0 se fait palpable pour tous, sauf\u00a0\u2014 jusqu\u2019au dernier instant\u00a0\u2014 pour Dom Juan qui, \u00e0 vrai dire, lui oppose moins une foi rationaliste (\u00abJe crois que deux et deux sont quatre\u00a0[&#8230;] et que quatre et quatre sont huit\u00bb,\u00a0III,\u00a01) que le d\u00e9fi lucif\u00e9rien de l\u2019orgueil (\u00abNon, non, il ne sera pas dit, quoi qu\u2019il arrive, que je sois capable de me repentir\u00bb,\u00a0V,\u00a05).<\/p>\n<p>Le spectateur, fascin\u00e9 par l\u2019\u00abange radieux du d\u00e9sir\u00bb (J.\u00a0Rousset) et saisi en m\u00eame temps par l\u2019\u00abhorreur de la Nature toute nue\u00bb (J.\u00a0Guicharnaud), est sollicit\u00e9 par deux normes contradictoires dans cette pi\u00e8ce d\u2019o\u00f9 a disparu le traditionnel p\u00f4le d\u2019identification qu\u2019incarnait chez Moli\u00e8re le personnage du raisonneur. Face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 moralisatrice et grandiloquente\u00a0\u2014 \u00e0 l\u2019image du p\u00e8re, Dom Louis\u00a0\u2014 qu\u2019il d\u00e9mystifie par son silence ou son laconisme superbe, Dom Juan fait office de norme; mais cette m\u00eame norme est \u00e9branl\u00e9e (les didascalies peignent plusieurs fois le protagoniste dans l\u2019embarras), ridiculis\u00e9e (apr\u00e8s le naufrage), disqualifi\u00e9e (le gentilhomme manque \u00e0 sa parole et se ravale au rang de tartufe) et finalement an\u00e9antie par le dramaturge. Le d\u00e9mystificateur est en parall\u00e8le l\u2019objet de la d\u00e9mystification du texte, mais Dom Juan acquiert par l\u00e0 une ambivalence qui\u00a0\u2014 plus encore que chez son cr\u00e9ateur espagnol\u00a0\u2014 le transfigure en mythe pour la modernit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0FERREYROLLES<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-559","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}