{"id":552,"date":"2026-08-04T10:21:09","date_gmt":"2026-08-04T08:21:09","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=552"},"modified":"2026-08-04T10:21:09","modified_gmt":"2026-08-04T08:21:09","slug":"les-trois-discours","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=les-trois-discours","title":{"rendered":"les Trois discours"},"content":{"rendered":"<p>Trois Discours (les)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>TROIS DISCOURS (les). Textes th\u00e9oriques de Pierre Corneille (1606-1684), publi\u00e9s en t\u00eate de chacun des trois volumes de son Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Paris chez Courb\u00e9 et de Luyne en 1660.<\/p>\n<p>C\u2019est au cours de ses ann\u00e9es de retraite apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de Pertharite que Corneille r\u00e9digea ses Discours. Compl\u00e9t\u00e9s par les \u00abExamens\u00bb qu\u2019il joignit \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de ses pi\u00e8ces, ils constituent un ensemble coh\u00e9rent qui lui permet de revenir sur ses \u0153uvres, parfois pour les critiquer, et surtout d\u2019expliquer et de d\u00e9fendre sa pratique de l\u2019art dramatique. Textes pol\u00e9miques (parmi les cibles, on retrouve ses anciens adversaires de la querelle du Cid ainsi que d\u2019Aubignac), o\u00f9 se dit aussi l\u2019essentiel d\u2019une dramaturgie contest\u00e9e mais admir\u00e9e, avec le public pour t\u00e9moin face aux \u00abdoctes\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Discours de l\u2019utilit\u00e9 et des parties du po\u00e8me dramatique. Corneille reconna\u00eet que le th\u00e9\u00e2tre a un but moral et s\u2019interroge sur les moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour assurer l\u2019\u00abutile\u00bb; il \u00e9voque donc les sentences, la peinture des passions, les d\u00e9nouements, et r\u00e9serve la \u00abpurgation des passions\u00bb pour le deuxi\u00e8me discours. Il \u00e9tudie ensuite la composition du po\u00e8me dramatique.<\/p>\n<p>Discours de la trag\u00e9die. Il examine d\u2019abord la purgation des passions (notamment au travers des personnages et du sujet), puis en vient au vraisemblable et au n\u00e9cessaire, se r\u00e9servant la possibilit\u00e9 de s\u2019affranchir du premier.<\/p>\n<p>Discours des trois unit\u00e9s. Revenant sur l\u2019unit\u00e9 d\u2019action, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e dans le discours pr\u00e9c\u00e9dent, il d\u00e9finit l\u2019unit\u00e9 d\u2019intrigue pour la com\u00e9die, l\u2019unit\u00e9 de p\u00e9ril pour la trag\u00e9die; il aborde ensuite les unit\u00e9s de temps et de lieu pour montrer qu\u2019il a su les respecter, mais que l\u2019auteur dramatique peut se trouver contraint de leur faire quelque violence.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019ouverture du premier discours, le ton est clair, le but avou\u00e9: l\u2019auteur se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Aristote, rappelle que ses pi\u00e8ces ont su plaire alors m\u00eame qu\u2019elles ne respectaient pas toujours les \u00abpr\u00e9ceptes de l\u2019art\u00bb. C\u2019est que ceux-ci manquent de clart\u00e9: \u00e0 son tour Corneille en donnera son interpr\u00e9tation, se proposant de lever les obscurit\u00e9s en homme d\u2019exp\u00e9rience, non en th\u00e9oricien abstrait. La pol\u00e9mique s\u2019installe d\u2019embl\u00e9e, m\u00eame si personne n\u2019est nomm\u00e9: certains interpr\u00e8tes d\u2019Aristote se satisfont trop facilement d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s qu\u2019ils contribuent \u00e0 entretenir, et sous couvert desquelles ils condamnent sans vergogne. Les derni\u00e8res phrases du dernier discours, laissant percer quelque ironie, scellent l\u2019unit\u00e9 du projet: \u00abVoil\u00e0 mes opinions, ou si vous voulez, mes h\u00e9r\u00e9sies, touchant les principaux points de l\u2019art.\u00bb Corneille se dit pr\u00eat \u00e0 suivre ceux qui trouveraient de meilleurs moyens de concilier les \u00abr\u00e8gles anciennes\u00bb et le th\u00e9\u00e2tre moderne: il les suivra lorsqu\u2019ils auront mis ces moyens \u00aben pratique aussi heureusement qu\u2019on y a vu les\u00a0[s]iens\u00bb. Chacun aura reconnu d\u2019Aubignac, sa Pratique du th\u00e9\u00e2tre et ses \u00e9checs retentissants \u00e0 la sc\u00e8ne&#8230;<\/p>\n<p>Adapter les antiques pr\u00e9ceptes au th\u00e9\u00e2tre contemporain, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un public chr\u00e9tien et monarchiste, avide des \u00abagr\u00e9ments modernes\u00bb: telle est donc sa pratique de dramaturge, et son dessein n\u2019est pas de l\u2019\u00e9riger en dogme infaillible, mais de la commenter pour la l\u00e9gitimer. Sa m\u00e9thode consiste \u00e0 raisonner en refusant la p\u00e9danterie et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de certains ouvrages th\u00e9oriques, en usant plut\u00f4t de son exp\u00e9rience\u00a0\u2014 et non en partant, comme le faisait un d\u2019Aubignac, de la raison: pour lui, les r\u00e8gles reposent moins sur celle-ci que sur une tradition, par nature susceptible d\u2019\u00eatre am\u00e9nag\u00e9e. Pour soutenir sa d\u00e9marche et lui conf\u00e9rer les garanties n\u00e9cessaires, il recourt souvent, f\u00fbt-ce sur le mode de l\u2019allusion, \u00e0 la Po\u00e9tique d\u2019Aristote et \u00e0 ses diff\u00e9rentes traductions ou ex\u00e9g\u00e8ses: il travaille le m\u00eame mat\u00e9riau que les doctes, mais en pragmatique. Il discute diverses explications pour mieux prouver qu\u2019il ne r\u00e9cuse pas l\u2019autorit\u00e9 par principe, mais parce qu\u2019elle peut \u00eatre non fond\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche n\u2019est pas sans lien avec sa position: admettre les pr\u00e9ceptes dans la mesure o\u00f9 ils n\u2019entravent pas la libert\u00e9 du dramaturge, son g\u00e9nie propre. Ainsi de la question essentielle du vraisemblable: le vrai peut lui \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, le vraisemblable ne doit intervenir que lorsque le po\u00e8te invente. La vraisemblance rel\u00e8ve donc d\u2019un choix plus que d\u2019une obligation. De m\u00eame les unit\u00e9s de temps et de lieu peuvent souffrir quelques entorses ou quelque flou pourvu que le th\u00e9\u00e2tre y trouve avantage: la loi ne prime jamais sur la n\u00e9cessit\u00e9 interne \u00e0 la pi\u00e8ce, sur ce qui para\u00eet indispensable au dramaturge pour assurer, avec la qualit\u00e9 de son \u0153uvre, le plaisir du spectateur. Corneille adopte une attitude normative, qui vise d\u2019abord certains \u00abpr\u00e9ceptes antiques\u00bb mal compris ou inconciliables avec le th\u00e9\u00e2tre moderne. Mais ces normes valent avant tout pour ses propres \u0153uvres. \u00c0 chaque dramaturge d\u2019adapter la doctrine \u00e0 sa pratique et \u00e0 son esth\u00e9tique: c\u2019est moins son th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il propose comme mod\u00e8le qu\u2019une certaine attitude, \u00e0 certains \u00e9gards proprement anti-acad\u00e9mique.<\/p>\n<p>Reste que les Discours sont aussi un plaidoyer et une l\u00e9gitimation de son propre point de vue, et qu\u2019aucune ex\u00e9g\u00e8se n\u2019\u00e9claire mieux qu\u2019eux (compl\u00e9t\u00e9s par certains textes liminaires et les \u00abExamens\u00bb) ses pi\u00e8ces. Il y d\u00e9finit et y d\u00e9fend en effet la trag\u00e9die \u00e0 fin heureuse qu\u2019il a souvent pratiqu\u00e9e, l\u2019importance de la \u00absuspension\u00bb dans la conduite de l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale, l\u2019exemplarit\u00e9 du \u00abh\u00e9ros\u00bb jusque dans le mal\u00a0\u2014 c\u2019est-\u00e0-dire, pour les pi\u00e8ces, une mani\u00e8re particuli\u00e8re d\u2019\u00ab\u00e9difier\u00bb\u00a0\u2014, et conjointement cette \u00abadmiration\u00bb, au sens propre, qu\u2019il tend \u00e0 substituer aux tr\u00e8s aristot\u00e9liciennes terreur et piti\u00e9. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que Rodogune soit l\u2019une des pi\u00e8ces souvent cit\u00e9es. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas davantage que Clitandre, pi\u00e8ce condamn\u00e9e dans ses \u00abExamens\u00bb et pr\u00e9sent\u00e9e, a posteriori, comme une \u00abbravade\u00bb\u00a0\u2014 \u00e9crire une pi\u00e8ce respectant l\u2019unit\u00e9 de temps \u00abmais qui ne vaudrait rien du tout\u00bb\u00a0\u2014, et l\u2019Illusion comique, \u00ab\u00e9trange monstre\u00bb reposant tout entier sur l\u2019esth\u00e9tique de la surprise, restent dans l\u2019ombre. Les Discours ne pouvaient peut-\u00eatre s\u2019accommoder de telles r\u00e9f\u00e9rences, l\u2019une trop maladroite ou provocante, l\u2019autre trop centrale et trop peu noble tout \u00e0 la fois: il n\u2019\u00e9tait plus temps pour Corneille d\u2019appara\u00eetre en magicien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0MONCOND\u2019HUY<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-552","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/552","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}