{"id":547,"date":"2026-08-04T10:00:06","date_gmt":"2026-08-04T08:00:06","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=547"},"modified":"2026-08-04T10:00:37","modified_gmt":"2026-08-04T08:00:37","slug":"amphitryion","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=amphitryion","title":{"rendered":"Amphitryon"},"content":{"rendered":"<p>Amphitryon<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>AMPHITRYON. Com\u00e9die en trois actes et en vers libres de Moli\u00e8re, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris au th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal le\u00a013\u00a0janvier 1668, et publi\u00e9e \u00e0 Paris chez Jean Ribou la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Tartuffe restant d\u00e9cid\u00e9ment interdit\u00a0\u2014 le\u00a05\u00a0ao\u00fbt\u00a01667, Lamoignon avait suspendu les repr\u00e9sentations de sa version adoucie (l\u2019Imposteur), ensuite de quoi la troupe \u00e9tait rest\u00e9e sept semaines sans jouer\u00a0\u2014, Moli\u00e8re directeur de th\u00e9\u00e2tre mit en demeure l\u2019auteur Moli\u00e8re d\u2019\u00e9toffer son r\u00e9pertoire. Celui-ci se tourne alors vers l\u2019Antiquit\u00e9, et pr\u00e9cis\u00e9ment vers Plaute (traduit r\u00e9cemment, en\u00a01658) \u00e0 qui il emprunte successivement le sujet de deux com\u00e9dies, Amphitryon et l\u2019Avare. Double garantie de succ\u00e8s pour Amphitryon: les Sosies de Rotrou (1636) ont cr\u00e9\u00e9 une vogue et l\u2019actualit\u00e9 princi\u00e8re donne un piment nouveau au th\u00e8me du glorieux cocuage. Louis\u00a0XIV vient en effet de ravir son \u00e9pouse au marquis de Montespan qui, pour le moment, se tient coi: \u00abUn partage avec Jupiter \/ N\u2019a rien du tout qui d\u00e9shonore\u00bb (Amphitryon, v.\u00a01\u00a0898-1\u00a0899), il peut m\u00eame susciter des esp\u00e9rances. Celles du marquis furent d\u00e9\u00e7ues, et probablement aussi celles du dramaturge. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence du roi et de la cour le\u00a016\u00a0janvier\u00a01668, malgr\u00e9 un compte rendu enthousiaste du gazetier Robinet, il fallut rapidement soutenir la pi\u00e8ce par l\u2019adjonction du farcesque M\u00e9decin malgr\u00e9 lui. Elle sera imprim\u00e9e d\u00e8s le mois de mars, avec un Sonnet au roi sur la conqu\u00eate de la Franche-Comt\u00e9 qui n\u2019ajoute rien \u00e0 la gloire de Moli\u00e8re. Amphitryon rencontrera un succ\u00e8s honorable \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise jusqu\u2019\u00e0 la fin du\u00a0XVIIIe si\u00e8cle, apr\u00e8s quoi il ne cessera de d\u00e9cliner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<br \/>\nJupiter est de nouveau amoureux d\u2019une mortelle. Il a pris les traits du g\u00e9n\u00e9ral th\u00e9bain Amphitryon, retenu aux arm\u00e9es, pour s\u2019introduire aupr\u00e8s de sa jeune femme Alcm\u00e8ne et jouir de ses faveurs. Mercure vient demander \u00e0 la Nuit de se faire plus lente afin de prolonger les plaisirs du roi des dieux (Prologue).<br \/>\nSosie, valet d\u2019Amphitryon, arrive du camp de son ma\u00eetre pour annoncer \u00e0 Alcm\u00e8ne la victoire des Th\u00e9bains et le proche retour de son \u00e9poux. Mais Mercure, qui a pris la ressemblance de Sosie, fait bonne garde et emp\u00eache \u00e0 coups de b\u00e2ton son \u00aboriginal\u00bb d\u2019accomplir sa mission. Jupiter et Alcm\u00e8ne se s\u00e9parent avant l\u2019aube. Leurs adieux pleins de tendresse \u00e9veillent les regrets de Cl\u00e9anthis, qui d\u00e9plore la froideur de Sosie, son mari depuis quinze ans. Elle en fait reproche \u00e0 Mercure, qu\u2019elle prend pour lui, mais le messager des dieux n\u2019en a cure et conseille \u00e0 la matrone de se choisir un galant (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Amphitryon est de retour. Il ne comprend rien \u00e0 l\u2019histoire que lui raconte Sosie de sa rencontre avec un autre lui-m\u00eame. Alcm\u00e8ne para\u00eet et s\u2019\u00e9tonne de voir revenir si t\u00f4t l\u2019\u00e9poux qu\u2019elle vient, croit-elle, de quitter: cet accueil ne ravit pas Amphitryon, encore plus stup\u00e9fait\u00a0\u2014 et inquiet\u00a0\u2014 d\u2019apprendre d\u2019Alcm\u00e8ne qu\u2019il a pass\u00e9 la nuit avec elle. Il se juge trahi: elle s\u2019indigne de sa mauvaise foi. Les deux \u00e9poux se quittent fort aigris l\u2019un contre l\u2019autre. Sosie craint pareillement que Mercure n\u2019ait abus\u00e9 de sa ressemblance pour prendre sa place aupr\u00e8s de Cl\u00e9anthis: il est vite rassur\u00e9. Mais voici de nouveau Jupiter, \u00absous la forme\u00bb toujours d\u2019Amphitryon. Il r\u00e9ussit, \u00e0 force de langoureux hommages, \u00e0 se faire pardonner par Alcm\u00e8ne les outrageants soup\u00e7ons dont Amphitryon vient d\u2019accabler sa femme. Pour f\u00eater la r\u00e9conciliation, il ordonne \u00e0 Sosie d\u2019aller inviter les officiers de l\u2019arm\u00e9e victorieuse (Acte\u00a0II).<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable Amphitryon se pr\u00e9sente \u00e0 la porte de sa maison pour reprendre avec Alcm\u00e8ne la discussion sur les \u00e9v\u00e9nements de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Mais Mercure a remplac\u00e9 Sosie, et il n\u2019ouvre pas la porte. Non content d\u2019insulter le g\u00e9n\u00e9ral, il lui apprend que l\u2019autre Amphitryon est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur avec Alcm\u00e8ne. Fureur du mari bafou\u00e9: il roue de coups le vrai Sosie qui arrive avec les officiers. Lorsque Jupiter-Amphitryon se montre sur le seuil, ces derniers inclinent \u00e0 le reconna\u00eetre pour leur chef et acceptent son invitation \u00e0 d\u00eener. Sosie veut les rejoindre, mais en est emp\u00each\u00e9 par Mercure. Avec les compagnons qu\u2019il a rassembl\u00e9s pour sa vengeance, Amphitryon revient \u00e0 la charge: Mercure alors d\u00e9voile le myst\u00e8re et Jupiter \u00abdans une nue\u00bb, pour consoler son rival humain, lui annonce qu\u2019Alcm\u00e8ne mettra au monde un h\u00e9ros\u00a0\u2014 Hercule (Acte\u00a0III).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>L\u2019histoire d\u2019Amphitryon est l\u2019un des grands mythes indo-europ\u00e9ens, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez Hom\u00e8re et H\u00e9siode. Il est alors ordonn\u00e9 \u00e0 la geste d\u2019H\u00e9racl\u00e8s et signifie l\u2019union de la Terre et du Ciel dans l\u2019engendrement d\u2019un \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Le mythe cependant se d\u00e9grade vite. Mati\u00e8re \u00e0 \u00e9pop\u00e9e ou trag\u00e9die, il fournit un sujet de drame satirique, puis de com\u00e9die, \u00e0 mesure que les dieux apparaissent plus humains\u00a0\u2014 Zeus\/Jupiter devenant \u00abun coureur de guilledou\u00bb (A.\u00a0Ernoult) \u00e0 qui Herm\u00e8s\/Mercure sert de valet-entremetteur. Le sens religieux dispara\u00eet donc tandis que passent au premier plan la tromperie dont est victime Amphitryon et le moyen de sa r\u00e9ussite, \u00e0 savoir la ressemblance de Jupiter et d\u2019Amphitryon, sur laquelle les textes les plus anciens ne disent mot. Moli\u00e8re se situe \u00e0 l\u2019\u00e9vidence sur cette trajectoire d\u00e9mythificatrice, m\u00eame si la possible identification du Roi-Soleil au roi des dieux le retient dans les bornes d\u2019une courtisanerie au demeurant nuanc\u00e9e d\u2019ironie. Outre que la promesse d\u2019une naissance h\u00e9ro\u00efque n\u2019oriente nullement l\u2019action, qui consiste dans les p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019adult\u00e8re c\u00e9leste, un reste de la mode burlesque des ann\u00e9es\u00a01650 ach\u00e8ve d\u2019humaniser les dieux: Mercure fatigu\u00e9 s\u2019assied sur un nuage (preuve que l\u2019emploi des \u00abmachines\u00bb peut paradoxalement exhiber la faiblesse des puissances), Ph\u00e9bus est accus\u00e9 d\u2019avoir \u00abtrop pris de son vin\u00bb (v.\u00a0275) et le m\u00eame Mercure remonte au ciel se \u00abd\u00e9barbouiller\u00bb (v.\u00a01\u00a0885) avec de l\u2019ambroisie.<\/p>\n<p>Cette mythologie pour \u00abh\u00f4tel du libre-\u00e9change\u00bb est moins l\u2019objet comique de la pi\u00e8ce que l\u2019espace qui permet au comique de se d\u00e9ployer. Celui-ci, au plan des personnages, repose principalement sur Sosie. Non seulement parce qu\u2019il est battu, mais parce que son d\u00e9doublement en Mercure (\u00e0 la diff\u00e9rence du d\u00e9doublement d\u2019Amphitryon) exprime en quelque sorte son essence: Sosie est double d\u00e8s son entr\u00e9e en sc\u00e8ne, quand il joue \u00e0 la fois le r\u00f4le d\u2019Alcm\u00e8ne et le sien propre; il est double en tant qu\u2019esclave, puisqu\u2019il appartient \u00e0 un autre autant qu\u2019\u00e0 soi (v.\u00a0709-712); il est double en tant que l\u00e2che qui doit mettre \u00e0 couvert ses \u00e9paules et son dos par des allures de matamore (\u00abSi je ne suis hardi, t\u00e2chons de le para\u00eetre\u00bb, v.\u00a0305). La structure m\u00eame de la pi\u00e8ce cr\u00e9e le comique en ce qu\u2019elle reproduit tout enti\u00e8re le sch\u00e9ma du double: en inventant le personnage de Cl\u00e9anthis, Moli\u00e8re met simultan\u00e9ment en parall\u00e8le et en opposition le triangle des ma\u00eetres (Jupiter-Amphitryon-Alcm\u00e8ne) et celui des serviteurs (Mercure-Sosie-Cl\u00e9anthis). La souplesse du vers libre lui permet d\u2019accentuer le contraste entre le registre de l\u2019amour noble, o\u00f9 de v\u00e9ritables stances font alterner l\u2019octosyllabe avec l\u2019alexandrin, et celui de la familiarit\u00e9, o\u00f9 pr\u00e9dominent les m\u00e8tres courts. Mais le plus grand plaisir que donne Amphitryon est sans doute celui du quiproquo, car ce qui est incompr\u00e9hensible aux personnages humains de la pi\u00e8ce ne fait pas myst\u00e8re pour le spectateur: par l\u00e0, nous sommes identifi\u00e9s aux dieux, m\u00e9taphores de l\u2019imagination cr\u00e9atrice du dramaturge.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0FERREYROLLES<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-547","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/547","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=547"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}