{"id":544,"date":"2026-08-04T09:55:01","date_gmt":"2026-08-04T07:55:01","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=544"},"modified":"2026-08-04T09:55:01","modified_gmt":"2026-08-04T07:55:01","slug":"la-mere-coupable","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=la-mere-coupable","title":{"rendered":"la M\u00e8re coupable"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>M\u00e8re coupable (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>M\u00c8RE COUPABLE (la) [l\u2019Autre Tartuffe ou la M\u00e8re coupable]. Drame en cinq actes et en prose de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Paris au Th\u00e9\u00e2tre du Marais le\u00a026\u00a0juin 1792, et publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Maradan en 1793. Cette premi\u00e8re \u00e9dition, expurg\u00e9e de toute allusion ou expression pouvant blesser les oreilles jacobines, parut gr\u00e2ce aux soins d\u2019amis de Beaumarchais alors proscrit. Celui-ci, apr\u00e8s son retour en\u00a01796, publia chez Rondonneau en\u00a01797 la pi\u00e8ce pr\u00e9tendument restitu\u00e9e dans son \u00abpremier \u00e9tat\u00bb, mais en r\u00e9alit\u00e9 discr\u00e8tement adapt\u00e9e \u00e0 la nouvelle actualit\u00e9.<\/p>\n<p>Am\u00e8re conclusion du Barbier de S\u00e9ville et du Mariage de Figaro, cette \u00abderni\u00e8re \u00e9poque\u00bb a la tristesse des lendemains de f\u00eate. Tandis que le couple Almaviva, install\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 Paris et flanqu\u00e9 de deux enfants naturels, solde dans la douleur les \u00e9garements de sa folle jeunesse, Beaumarchais, pour sa part, r\u00e8gle ses comptes avec Nicolas Bergasse, l\u2019avocat dont les impr\u00e9cations (\u00abMis\u00e9rable, tu sues le crime!\u00bb) au cours de la t\u00e9n\u00e9breuse affaire Kornmann ont fait de lui un parvenu jalous\u00e9 mais sympathique, un objet d\u2019ex\u00e9cration g\u00e9n\u00e9rale. En Bergasse, caricatur\u00e9 dans la pi\u00e8ce sous l\u2019anagramme de B\u00e9gearss, l\u2019auteur et ses personnages \u00abespagnols\u00bb ont donc un ennemi commun: du c\u00f4t\u00e9 de la fiction, un aventurier qui circonvient et ach\u00e8ve de d\u00e9sunir deux \u00e9poux afin de s\u2019emparer de leurs biens; dans la r\u00e9alit\u00e9, un calomniateur devenu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Constituante, ami de Brissot, et, en juin 1792, pass\u00e9 au \u00abmod\u00e9rantisme\u00bb. \u00c0 travers sa pi\u00e8ce, Beaumarchais peut donc s\u2019en prendre \u00e0 la fois \u00e0 une R\u00e9volution qui, pour paraphraser Chamfort, travestit la vertu en \u00abmoyen de parvenir aux places\u00bb, et, en pr\u00eatant \u00e0 \u00abB\u00e9gearss\u00bb des accointances avec la tr\u00e8s r\u00e9actionnaire cour d\u2019Espagne (V,\u00a07), rappeler son ennemi \u00e0 la vindicte des Jacobins.<\/p>\n<p>Pourtant, la date de naissance de cet \u00abautre Tartuffe\u00bb est probl\u00e9matique. Car la M\u00e8re coupable, \u00e0 en croire la Pr\u00e9face (1785) du Mariage de Figaro, se trouvait d\u00e9j\u00e0 sur le \u00abchantier\u00bb de l\u2019auteur, que Bergasse, lui, n\u2019\u00e9tait pas encore entr\u00e9 dans la vie de Beaumarchais; le feuilliste M\u00e9tra avait m\u00eame annonc\u00e9 la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce pour le printemps de\u00a01785 sous le titre La femme comme il y en a tant. \u00c0 cette date, le tra\u00eetre devait donc porter un autre nom; figurait-il m\u00eame dans l\u2019intrigue? Car celle-ci n\u2019en a pas v\u00e9ritablement besoin: les fausses confidences gr\u00e2ce auxquelles B\u00e9gearss parvient \u00e0 semer la confusion chez ses protecteurs auraient pu \u00eatre remplac\u00e9es par ce \u00abhasard\u00bb si souvent invoqu\u00e9 par Beaumarchais, et duquel Almaviva croit ici tenir la preuve de son infortune conjugale (I,\u00a08). La M\u00e8re coupable serait donc devenue l\u2019Autre Tartuffe\u00a0\u2014 intitul\u00e9 auquel, du reste, ne font allusion ni M\u00e9tra ni surtout la Pr\u00e9face de\u00a01785\u00a0\u2014 lorsque, r\u00e9digeant en\u00a01790-1791 la pi\u00e8ce que nous connaissons, Beaumarchais entendra simultan\u00e9ment assouvir une vengeance personnelle et banaliser une R\u00e9volution qui l\u2019inqui\u00e8te en incarnant la face noire de celle-ci (hypocrisie, rapacit\u00e9&#8230;) dans une figure h\u00e9rit\u00e9e de la tradition moli\u00e9resque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00ab\u00e0 la fin de\u00a01790\u00bb dans le Paris r\u00e9volutionnaire o\u00f9 B\u00e9gearss, un aventurier irlandais, a entra\u00een\u00e9 la \u00abfamille Almaviva\u00bb afin de mieux la d\u00e9pouiller. Myst\u00e8re, deuil et lassitude: pour quel \u00abhomme qui n\u2019est plus\u00bb Suzanne, fatigu\u00e9e d\u00e8s le matin, dispose-t-elle des fleurs sombres chez sa ma\u00eetresse la comtesse Almaviva? Pourquoi le comte Almaviva, depuis la mort de son libertin de fils a\u00een\u00e9, cherche-t-il \u00e0 d\u00e9sh\u00e9riter L\u00e9on, son vertueux fils cadet, en \u00abd\u00e9naturant\u00bb ses biens au profit de sa pupille Florestine? Comment B\u00e9gearss s\u2019y prendra-t-il, ainsi qu\u2019il l\u2019annonce \u00e0 Suzanne qu\u2019il croit son alli\u00e9e, pour \u00e9pouser Florestine, en r\u00e9alit\u00e9 fille du Comte, et pour faire chasser \u00e0 la fois la Comtesse, L\u00e9on son rival aupr\u00e8s de Florestine, et Figaro l\u2019\u00e9poux de Suzanne? L\u2019\u00e9nigme se dissipe d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du Comte: celui-ci soup\u00e7onne en effet L\u00e9on d\u2019\u00eatre le fils de L\u00e9on d\u2019Astorga (le Ch\u00e9rubin du Mariage de Figaro) dont ce jour est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019anniversaire de la mort. Soup\u00e7ons mu\u00e9s en certitude lorsque, gr\u00e2ce \u00e0 B\u00e9gearss, le Comte d\u00e9couvre dans le double fond du coffret \u00e0 bijoux de la Comtesse une correspondance amoureuse avec Ch\u00e9rubin. Il promet \u00e0 B\u00e9gearss la main de Florestine, et interdit rudement \u00e0 L\u00e9on de l\u2019appeler \u00abmon p\u00e8re\u00bb (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Rest\u00e9 seul, le Comte parcourt am\u00e8rement la derni\u00e8re lettre de la Comtesse \u00e0 Ch\u00e9rubin, et la r\u00e9ponse de celui-ci: remords, d\u00e9sespoir, \u00e9ternel adieu trac\u00e9 en caract\u00e8res sanglants. \u00abDe malheureux insens\u00e9s\u00bb, soupire le Comte, qui accueille Florestine avec tendresse: \u00abAppelle-moi ton p\u00e8re.\u00bb Au grand d\u00e9pit de B\u00e9gearss, Figaro interrompt ces effusions en amenant la Comtesse, qui croit son secret toujours \u00e0 couvert. Puis il arrache \u00e0 Guillaume, stupide valet allemand de B\u00e9gearss, le nom d\u2019un complice de celui-ci afin d\u2019intercepter leur correspondance. Pein\u00e9 par l\u2019hostilit\u00e9 de son \u00abp\u00e8re\u00bb, L\u00e9on ouvre son c\u0153ur \u00e0 Florestine; mais ayant appris par B\u00e9gearss le secret de sa naissance, elle refuse avec horreur l\u2019amour de celui qu\u2019elle croit son fr\u00e8re. D\u2019abord furieux contre B\u00e9gearss qu\u2019il accuse de ce changement, L\u00e9on tombe dans ses bras lorsqu\u2019il lui d\u00e9voile \u00e0 son tour la naissance de Florestine. Le Comte demande \u00e0 Figaro de remettre \u00e0 B\u00e9gearss la dot de la jeune fille qu\u2019il a en d\u00e9p\u00f4t: mais Figaro gagne du temps, et B\u00e9gearss exasp\u00e9r\u00e9 obtient qu\u2019on envoie l\u2019encombrant valet \u00e0 Malte avec L\u00e9on (Acte\u00a0II).<\/p>\n<p>Tandis que la Comtesse s\u2019inqui\u00e8te du trouble inexplicable de Florestine et du comportement de son mari envers son fils, B\u00e9gearss le rassure en l\u2019informant elle aussi sur l\u2019origine de Florestine: le Comte, en fait, ne saurait rien de la naissance de L\u00e9on, et redouterait donc un inceste entre les deux jeunes gens! B\u00e9gearss s\u2019offre \u00e0 \u00e9pouser Florestine le soir m\u00eame, ce que la Comtesse accepte avec soulagement. Mais en contrepartie de cette \u00abunion qui r\u00e9pare tout\u00bb, il exige de la Comtesse qu\u2019elle br\u00fble sur-le-champ toutes les lettres de Ch\u00e9rubin. Devant le Comte amen\u00e9 par Figaro, B\u00e9gearss se tire avec brio d\u2019une situation g\u00eanante; l\u2019\u00e9viction de l\u2019\u00abinsolent valet\u00bb est acquise, mais non celle de la Comtesse car le Comte refuse de divorcer (Acte\u00a0III).<\/p>\n<p>B\u00e9gearss croit la victoire \u00e0 sa port\u00e9e, s\u2019en vante aupr\u00e8s de Suzanne, et conseille \u00e0 L\u00e9on\u00a0\u2014 qui ne comprend plus l\u2019hostilit\u00e9 de son p\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard d\u00e8s lors que Florestine \u00e9pouse B\u00e9gearss\u00a0\u2014 de demander \u00e0 sa m\u00e8re de s\u2019entremettre. Dans une sc\u00e8ne path\u00e9tique, la Comtesse plaide pour son fils, constate avec effroi que son mari sait tout, et manque de devenir folle en d\u00e9couvrant sur son bracelet le portrait de Ch\u00e9rubin\u00a0\u2014 qu\u2019Almaviva en fait avait substitu\u00e9 au sien pour tendre un pi\u00e8ge \u00e0 sa femme. D\u00e9lire, \u00e9vanouissement. Le Comte \u00e9perdu appelle \u00e0 l\u2019aide Figaro et L\u00e9on (\u00abMon fils!\u00bb). La Comtesse ayant retrouv\u00e9 ses esprits, L\u00e9on d\u00e9cide dignement de partir avec elle, et de s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Le Comte s\u2019y oppose, et le d\u00e9bat\u00a0\u2014 ainsi qu\u2019une lettre capt\u00e9e par Figaro\u00a0\u2014 fait appara\u00eetre la noirceur de B\u00e9gearss. Mais comment lui reprendre la dot de Florestine, maintenant entre ses mains (Acte\u00a0IV)?<\/p>\n<p>Effusions familiales (\u00abMa fille!\u00bb, \u00abMon fils!\u00bb), interrompues par l\u2019arriv\u00e9e du notaire, puis de B\u00e9gearss. Pour mettre celui-ci en confiance, Figaro feint de solliciter sa protection aupr\u00e8s du Comte, et obtient par un stratag\u00e8me qu\u2019il restitue l\u2019argent. Le Comte peut alors d\u00e9masquer et chasser le mis\u00e9rable, qui sort en prof\u00e9rant d\u2019affreuses menaces, tandis que se pr\u00e9pare l\u2019union de L\u00e9on et de Florestine (Acte\u00a0V).<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Comme le constate Figaro, Florestine et L\u00e9on sont \u00ab\u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre\u00bb, tant par la nature puisque n\u00e9s d\u2019un double adult\u00e8re, que par la loi puisque l\u00e9galement Florestine est la pupille d\u2019Almaviva, et L\u00e9on son fils. Rien par cons\u00e9quent ne s\u2019oppose \u00e0 leur mariage, qui r\u00e9unirait enfin, au prix de quelque m\u00e9lange et d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration perdue, le sang des deux \u00e9poux. Rien, sinon les r\u00e9v\u00e9lations partielles et calcul\u00e9es de B\u00e9gearss, qui attise chez le Comte le d\u00e9sir de se venger en d\u00e9sh\u00e9ritant L\u00e9on condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de chevalier de Malte (I,\u00a08), chez la Comtesse la crainte de voir son secret d\u00e9couvert (III,\u00a02), et chez les deux jeunes gens la hantise de l\u2019inceste (II,\u00a012 et\u00a020). Et si B\u00e9gearss, au moment de tenir \u00abla pupille et l\u2019argent\u00bb, perd la partie parce que la grande explication a lieu trop t\u00f4t (IV,\u00a03) et s\u2019ach\u00e8ve par un pardon inattendu (IV,\u00a013-18), sa d\u00e9faite est seulement pr\u00e9cipit\u00e9e par les man\u0153uvres parall\u00e8les d\u2019un Figaro pass\u00e9 vieux serviteur, dont le r\u00f4le se borne finalement \u00e0 d\u00e9tourner une lettre et \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer par un stratag\u00e8me la dot de Florestine (V,\u00a07). La M\u00e8re coupable est bien en ce sens \u00abune intrigue de com\u00e9die fondue dans le path\u00e9tique d\u2019un drame\u00bb (Beaumarchais, \u00abUn mot sur la M\u00e8re coupable\u00bb,\u00a01797) m\u00eame si le sch\u00e9ma moli\u00e9resque du Tartuffe se r\u00e9duit ici \u00e0 sa plus simple expression, et semble de peu de poids face \u00e0 l\u2019essentiel: une m\u00e9ditation r\u00e9trospective de l\u2019auteur sur l\u2019insouciance heureuse des com\u00e9dies, o\u00f9 chacun courait apr\u00e8s le plaisir sans souci du lendemain.<\/p>\n<p>Car la M\u00e8re coupable soumet le couple seigneurial \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps. Si en effet les \u00abtrois ann\u00e9es\u00bb qui, dans la fiction, s\u00e9paraient le Barbier du Mariage notaient conventionnellement le d\u00e9lai n\u00e9cessaire \u00e0 la distension (provisoire et r\u00e9versible) du lien amoureux, les \u00abvingt ans apr\u00e8s\u00bb de la pr\u00e9sente pi\u00e8ce obligent cette fois les protagonistes \u00e0 assumer dans la dur\u00e9e, et non plus sur le mode discontinu d\u2019une succession de \u00abfolles journ\u00e9es\u00bb, la responsabilit\u00e9 de leurs actes. En l\u2019occurrence, de ce foisonnement d\u2019enfants naturels, qui, parvenus \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, viennent perturber la juste d\u00e9volution des patrimoines. Beaumarchais peut bien, d\u00e8s lors, parler du \u00abroman de la famille Almaviva\u00bb.<\/p>\n<p>Mais ce temps est aussi celui de l\u2019Histoire. Le Comte et la Comtesse apurent leur contentieux pass\u00e9 au moment o\u00f9 s\u2019\u00e9croule l\u2019ancien monde, et o\u00f9 en surgit un autre dans lequel il faut tenter de vivre. Au d\u00e9nouement, parmi ces Espagnols calfeutr\u00e9s dans leur h\u00f4tel, si mal \u00e0 l\u2019aise dans un \u00abpays remu\u00e9 de fond en comble\u00bb (I,\u00a02), nul ne songe \u00e0 repasser les Pyr\u00e9n\u00e9es: la translation spatiale qui les a conduits \u00e0 Paris semble aussi irr\u00e9versible qu\u2019un voyage dans le temps. Le cocon douillet d\u2019Aguas Frescas est bien mort, comme est mort \u00abdeux ans\u00bb auparavant l\u2019h\u00e9ritier l\u00e9gitime\u00a0\u2014 mais aussi duelliste et libertin\u00a0\u2014 des Almaviva, symbole outr\u00e9 et irr\u00e9cup\u00e9rable des tares du pass\u00e9. En\u00a01790 (et plus encore en\u00a01792, date de la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce, quelques semaines avant la journ\u00e9e du\u00a010-Ao\u00fbt et les massacres de Septembre), la R\u00e9volution h\u00e9site sur son devenir, et Beaumarchais en inscrit les deux orientations possibles dans les figures de B\u00e9gearss et de L\u00e9on: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019aventurier drap\u00e9 dans sa vertu, et, \u00abmod\u00e9rantisme\u00bb mis \u00e0 part, pr\u00e9figuration de l\u2019Incorruptible; de l\u2019autre, un id\u00e9aliste authentique, admirateur de Washington et dissertant dans les clubs sur l\u2019\u00ababus des v\u0153ux monastiques\u00bb (I,\u00a012). La version sc\u00e9nique de\u00a01792 noue par d\u2019adroites polys\u00e9mies la victoire de la \u00abbonne\u00bb R\u00e9volution et celle de L\u00e9on: \u00abQuelle heureuse R\u00e9volution! Un jour a chang\u00e9 notre \u00e9tat! plus d\u2019oppresseur, d\u2019hypocrite insolent\u00a0[&#8230;].\u00bb Victoire toute provisoire: si en effet la M\u00e8re coupable ach\u00e8ve le destin du couple Almaviva, la \u00abfamille\u00bb, en revanche, demeure soumise aux intemp\u00e9ries politiques. D\u2019o\u00f9 peut-\u00eatre le projet, inabouti, d\u2019une suite qui aurait eu pour titre la Vengeance de B\u00e9gearss ou le Mariage de L\u00e9on.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des moments de d\u00e9licate nostalgie\u00a0\u2014 \u00abun certain L\u00e9on d\u2019Astorga, qui fut jadis mon page, et que l\u2019on nommait Ch\u00e9rubin\u00bb, (I,\u00a08)\u00a0\u2014 devant la jeunesse enfuie, l\u2019insouciance perdue; malgr\u00e9 le violent path\u00e9tique de la grande sc\u00e8ne de l\u2019acte\u00a0IV qui pr\u00e9pare entre les \u00e9poux l\u2019\u00ab\u00e9change\u00bb de leur \u00abindulgence\u00bb, la pleine reconnaissance de L\u00e9on (\u00abMon fils!\u00bb dit le Comte) et la seconde mort de Ch\u00e9rubin; malgr\u00e9 enfin le plaisir esth\u00e9tique donn\u00e9 par une pi\u00e8ce \u00abbien faite\u00bb (A.\u00a0R.\u00a0Pugh), les personnages de la M\u00e8re coupable sont victimes du vice cong\u00e9nital du drame, du moins chez Beaumarchais (voir Eug\u00e9nie), qui ne vise qu\u2019\u00e0 la r\u00e9conciliation et \u00e0 l\u2019oubli du pass\u00e9. Aspirant \u00e0 la vertu, et donc au conformisme, ils se refusent d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019action, et renient cet impetus qui jadis leur avait donn\u00e9 l\u2019\u00eatre. Mais ici, cette passivit\u00e9 que Figaro et B\u00e9gearss tentent de secouer peut aussi se lire comme le choc en retour d\u2019une Histoire qui transforme un couple aristocratique en \u00abMonsieur\u00bb et \u00abMadame\u00bb Almaviva, leur destin\u00e9e en drame bourgeois, et la M\u00e8re coupable, cette fois, en authentique trag\u00e9die.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-P.\u00a0DE BEAUMARCHAIS<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-544","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/544","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=544"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}