{"id":542,"date":"2026-08-04T09:46:45","date_gmt":"2026-08-04T07:46:45","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=542"},"modified":"2026-08-04T09:46:45","modified_gmt":"2026-08-04T07:46:45","slug":"le-barbier-de-seville","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-barbier-de-seville","title":{"rendered":"le Barbier de S\u00e9ville"},"content":{"rendered":"<p>Barbier de S\u00e9ville (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BARBIER DE S\u00c9VILLE (le) ou la Pr\u00e9caution inutile. Com\u00e9die en quatre actes et en prose de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise le\u00a023 (version en cinq actes) et le\u00a026\u00a0f\u00e9vrier 1775 (version d\u00e9finitive), et publi\u00e9e avec une Lettre mod\u00e9r\u00e9e sur la chute et la critique du \u00abBarbier de S\u00e9ville\u00bb \u00e0 Paris chez Ruault la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Barbier de S\u00e9ville est issu du Sacristain, \u00abinterm\u00e8de imit\u00e9 de l\u2019espagnol\u00bb sans doute compos\u00e9 par Beaumarchais peu apr\u00e8s son voyage \u00e0 Madrid (1764-1765), et qui fut vraisemblablement repr\u00e9sent\u00e9 chez le financier Lenormant d\u2019\u00c9tioles avec sa parade Jean-B\u00eate \u00e0 la foire, \u00e0 une \u00e9poque par cons\u00e9quent o\u00f9 sa production officielle ne semblait vou\u00e9e qu\u2019au path\u00e9tique du drame bourgeois (Eug\u00e9nie,\u00a01767, en chantier depuis\u00a01762; les Deux Amis,\u00a01770). Cet interm\u00e8de\u00a0\u2014 fort incomplet, et publi\u00e9 seulement en\u00a01974\u00a0\u2014 r\u00e9unit, dans son premier \u00e9tat, le trio traditionnel form\u00e9 d\u2019un vieux mari impuissant et jaloux qui d\u00e9j\u00e0 s\u2019appelle Bartholo, d\u2019une \u00e9pouse d\u00e9lur\u00e9e, Pauline, et d\u2019un galant vigoureux et entreprenant nomm\u00e9 Lindor. Diverses additions au texte font appara\u00eetre un nouveau personnage: Figaro, tandis que Lindor, lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 celui-ci des t\u00e2ches subalternes de l\u2019intrigue, peut devenir \u00able Comte\u00bb. Quant \u00e0 Pauline, point encore mari\u00e9e, elle prend le nom de Rosine. L\u2019\u00e9volution du Sacristain conduit ainsi \u00e0 la situation du Barbier: \u00abUn vieillard amoureux pr\u00e9tend \u00e9pouser demain sa pupille; un jeune amant plus adroit le pr\u00e9vient, et ce jour m\u00eame en fait sa femme, \u00e0 la barbe et dans la maison du tuteur\u00bb (Lettre mod\u00e9r\u00e9e). \u00c0 la com\u00e9die de l\u2019adult\u00e8re, avec ses gauloiseries aff\u00e9rentes, se substitue d\u00e9sormais un projet conjugal de plus haute tenue. Le Sacristain comportait de nombreuses parties chant\u00e9es, et la pi\u00e8ce, maintenant sous son nom d\u00e9finitif, devint tout naturellement un op\u00e9ra-comique dont ne restent que quelques fragments; pr\u00e9sent\u00e9 aux com\u00e9diens-italiens, il fut refus\u00e9 par eux en\u00a01772. Enfin, le\u00a03\u00a0janvier\u00a01773, le Barbier de S\u00e9ville fut re\u00e7u par les com\u00e9diens-fran\u00e7ais et annonc\u00e9 pour le prochain carnaval. Mais une querelle de Beaumarchais avec le duc de Chaulnes, puis ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s judiciaires avec le juge Go\u00ebzman (1773-1774, voir M\u00e9moires contre Go\u00ebzman) provoqu\u00e8rent des ajournements successifs: la premi\u00e8re ne put avoir lieu que le\u00a023\u00a0f\u00e9vrier\u00a01775. Malheureusement, l\u2019auteur avait entre-temps surcharg\u00e9 sa pi\u00e8ce d\u2019allusions \u00e0 ses m\u00e9saventures, d\u2019\u00e9paisses sc\u00e8nes de farce et de lourdes plaisanteries qui d\u00e9sorient\u00e8rent aussi bien les com\u00e9diens que le public: ce Barbier en cinq actes \u00abtomba\u00bb aussit\u00f4t pour se relever triomphalement trois jours plus tard, apr\u00e8s que Beaumarchais fut revenu pour l\u2019essentiel \u00e0 son texte initial\u00a0\u2014 conservant toutefois la c\u00e9l\u00e8bre tirade de la calomnie (II,\u00a08), r\u00e9ponse \u00e9tincelante \u00e0 Go\u00ebzman et \u00e0 ses acolytes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le Sacristain. S\u2019\u00e9veillant d\u2019un songe empli d\u2019images amoureuses, Pauline, mari\u00e9e au vieux Bartholo qui la s\u00e9questre, \u00e9voque la vigueur de son amant Lindor, et les d\u00e9guisements sous lesquels il parvient \u00e0 tromper le jaloux et \u00e0 s\u2019introduire dans la maison. Elle rabroue Bartholo, pr\u00e9occup\u00e9 par des bruits suspects qu\u2019il attribue \u00e0 des revenants, et lui reproche ses d\u00e9ficiences. Survient Lindor, d\u00e9guis\u00e9 cette fois en sacristain, qui pr\u00e9tend donner \u00e0 Pauline une le\u00e7on de musique.<\/p>\n<p>Le texte s\u2019arr\u00eate ici. Deux fragments montrent un \u00e9change aigre-doux entre Bartholo et le jeune couple qu\u2019il vient de surprendre, et Lindor se f\u00e9licitant du succ\u00e8s de ses \u00abvacarmes nocturnes\u00bb qui chassent Bartholo du lit conjugal et \u00ablaisse[nt] enfin Pauline au sacristain\u00bb.<\/p>\n<p>Le Barbier de S\u00e9ville. Une rue de S\u00e9ville, devant la maison du docteur Bartholo. Le comte Almaviva attend l\u2019apparition quotidienne, derri\u00e8re sa jalousie, de la jolie Rosine qu\u2019il suit depuis Madrid. Survient, composant une chanson, son ancien valet Figaro, devenu barbier-chirurgien, qui lui raconte sa vie mouvement\u00e9e. La jalousie s\u2019ouvre soudain, et Rosine laisse tomber un billet pour Almaviva. Celui-ci la croit d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9e au vieux docteur; mais apprenant par Figaro qu\u2019elle n\u2019est encore que sa pupille, il d\u00e9cide de l\u2019\u00e9pouser. Avec l\u2019aide de Figaro, qui \u00e0 titre de chirurgien a ses entr\u00e9es dans la maison, il tentera d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer d\u00e9guis\u00e9 en officier ivrogne. Pour l\u2019instant, sous le simple nom de Lindor (\u00abMon triomphe en aura plus de charmes\u00bb), il improvise une chanson d\u2019amour, \u00e0 laquelle Rosine r\u00e9pond depuis sa fen\u00eatre, et se retire plein d\u2019espoir (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Chez Bartholo. Figaro confirme \u00e0 Rosine les sentiments de \u00abLindor\u00bb; elle lui remet une lettre pour son soupirant, avant d\u2019essuyer une sc\u00e8ne de jalousie de la part du docteur, exasp\u00e9r\u00e9 de surcro\u00eet par Figaro dont les drogues ont \u00e9clop\u00e9 toute la maisonn\u00e9e. Rosine s\u2019\u00e9tant retir\u00e9e (mais non pas Figaro, cach\u00e9 dans un cabinet attenant), arrive Bazile, ma\u00eetre \u00e0 chanter de Rosine et factotum de Bartholo: il l\u2019informe de la pr\u00e9sence d\u2019Almaviva \u00e0 S\u00e9ville, sugg\u00e8re d\u2019employer contre ce dernier l\u2019arme de la calomnie, et promet d\u2019organiser pour le lendemain le mariage du docteur avec sa pupille. Celle-ci doit affronter de nouveau la jalousie de Bartholo, qui a d\u00e9couvert son doigt tach\u00e9 d\u2019encre ainsi que la disparition d\u2019une feuille de papier. Heureuse diversion: le Comte se pr\u00e9sente en cavalier pris de vin, et nanti d\u2019un bon de logement, chez Bartholo. Il le houspille devant Rosine, \u00e0 laquelle il remet un billet doux. Mais le docteur parvient \u00e0 faire sortir le trublion, puis r\u00e9clame le billet \u00e0 Rosine, qui feint de s\u2019\u00e9vanouir et substitue au billet compromettant une lettre inoffensive: malgr\u00e9 sa finesse, Bartholo est bern\u00e9 (Acte\u00a0II).<\/p>\n<p>Nouvelle apparition du Comte, cette fois sous l\u2019apparence du musicien Alonzo, pr\u00e9tendument agent de Bazile malade, lequel l\u2019aurait envoy\u00e9 donner le\u00e7on \u00e0 sa place. Pour d\u00e9sarmer les soup\u00e7ons de Bartholo, \u00abAlonzo\u00bb lui remet la lettre re\u00e7ue de Rosine, en pr\u00e9tendant l\u2019avoir \u00abd\u00e9couverte\u00bb. Rassur\u00e9, Bartholo va chercher Rosine, qui, elle, reconna\u00eet aussit\u00f4t son amoureux: duo lyrique sur l\u2019air de la \u00abPr\u00e9caution inutile\u00bb. Bartholo s\u2019endort, puis s\u2019efforce gauchement de chanter \u00e0 son tour avant de reprocher vivement \u00e0 Figaro, venu pour le raser, de jouer les entremetteurs entre Rosine et Almaviva. Rest\u00e9s seuls un instant gr\u00e2ce \u00e0 une ruse du barbier, les deux jeunes gens conviennent d\u2019un rendez-vous pour la nuit m\u00eame. Entr\u00e9e soudaine de Bazile. Effroi g\u00e9n\u00e9ral. Le Comte lui glisse une bourse pour le faire partir, et Bartholo lui-m\u00eame le fait taire afin que, par inadvertance, il ne d\u00e9masque pas Alonzo! Mais une imprudence d\u2019Almaviva compromet tout, et Bartholo suffoque de fureur (Acte\u00a0III).<\/p>\n<p>\u00c9claircissement entre Bazile et Bartholo. Les deux complices conviennent d\u2019avancer le mariage \u00e0 quatre heures du matin. Il n\u2019est que minuit et Rosine attend \u00abLindor\u00bb, quand Bartholo lui montre la lettre qu\u2019\u00abAlonzo\u00bb lui a remise, et dont Almaviva se serait fait un \u00abtroph\u00e9e\u00bb; quant \u00e0 Lindor, il ne serait que le \u00abvil agent\u00bb du Comte&#8230; Rosine, horrifi\u00e9e, s\u2019offre alors au vieillard, et l\u2019avertit du rendez-vous. Bartholo sort aussit\u00f4t pour faire arr\u00eater Figaro et \u00abLindor\u00bb. Ceux-ci, qui ont subtilis\u00e9 la cl\u00e9 de la jalousie, arrivent par la fen\u00eatre; Rosine accable \u00abLindor\u00bb de reproches, mais il d\u00e9voile sa v\u00e9ritable identit\u00e9 et le malentendu se dissipe. Le notaire convoqu\u00e9 par Bazile (que l\u2019or d\u2019Almaviva fait d\u00e9finitivement changer de camp) est pri\u00e9 de conclure le mariage sur-le-champ; l\u2019alcade amen\u00e9 par Bartholo pour arr\u00eater les intrus se range \u00e9galement du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Almaviva, et Bartholo, \u00e0 qui on laisse la fortune de Rosine, doit se r\u00e9signer \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable (Acte\u00a0IV).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le sujet du Barbier de S\u00e9ville, r\u00e9sum\u00e9 cette fois par Figaro (\u00abQuand la jeunesse et l\u2019amour sont d\u2019accord pour tromper un vieillard&#8230;\u00bb,\u00a0IV,\u00a08), ne brille pas par sa nouveaut\u00e9, et les sourciers litt\u00e9raires ont pu ais\u00e9ment le retrouver chez Scarron (la Pr\u00e9caution inutile,\u00a01661), Moli\u00e8re (l\u2019\u00c9cole des femmes,\u00a01662), et surtout dans d\u2019innombrables com\u00e9dies et parades du temps. Beaumarchais, pour sa part, a donn\u00e9 comme anc\u00eatres \u00e0 sa pi\u00e8ce, non sans ironie, l\u2019Avare et m\u00eame Mithridate, en application du principe selon lequel \u00able genre d\u2019une pi\u00e8ce\u00a0[&#8230;] d\u00e9pend moins du fond des choses que des caract\u00e8res qui les mettent en \u0153uvre\u00bb (Lettre mod\u00e9r\u00e9e). Ce qui conduit \u00e0 ajouter \u00e0 cette liste une autre pi\u00e8ce, de Beaumarchais cette fois: son drame d\u2019Eug\u00e9nie (1767), dont l\u2019h\u00e9ro\u00efne, pour \u00e9viter d\u2019\u00e9pouser un vieux militaire choisi par son p\u00e8re, s\u2019est imprudemment jet\u00e9e dans les bras d\u2019un grand seigneur libertin&#8230; De fait, toujours dans la Lettre mod\u00e9r\u00e9e, l\u2019auteur inqui\u00e8te son public sur la fragilit\u00e9 des sentiments d\u2019Almaviva (\u00abLe jeune amant, qui n\u2019e\u00fbt peut-\u00eatre eu qu\u2019un go\u00fbt de fantaisie pour cette beaut\u00e9 s\u2019il l\u2019e\u00fbt rencontr\u00e9e dans le monde, en devient amoureux parce qu\u2019elle est enferm\u00e9e\u00bb), voire de Rosine elle-m\u00eame, devenue son \u00e9pouse et \u00abvivant avec son mari comme un ange, quoiqu\u2019elle ne l\u2019aime plus\u00bb (ibid.). Du reste, celle-ci, dans le Barbier, n\u2019est-elle pas mue avant tout par le d\u00e9sir de go\u00fbter une libert\u00e9 et des plaisirs que lui refuse un vieux jaloux? \u00abOui, je le dis tout haut: je donnerai mon c\u0153ur et ma main \u00e0 celui qui pourra m\u2019arracher de cette horrible prison\u00bb (III,\u00a012); le Barbier en cinq actes, sans parler du Sacristain, insistait lourdement sur les insuffisances de Bartholo. Et lorsque au d\u00e9nouement le Comte lui appara\u00eet dans toute sa gloire, Rosine s\u2019exclame \u00abAh! Lindor!\u00bb, comme si leur union ne devait pas survivre \u00e0 la situation qui l\u2019a fait na\u00eetre. La m\u00eame ambigu\u00eft\u00e9 appara\u00eet chez Bartholo, qui apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 son mariage comme une question de vie ou de mort (IV,\u00a01), renonce assez ais\u00e9ment au corps de Rosine en \u00e9change de sa fortune que le Comte n\u00e9gligemment lui abandonne: \u00ab\u00c0 la bonne heure, je garde\u00a0[l\u2019argent]\u00bb (IV,\u00a08). Bartholo jouait-il donc au vieillard amoureux? Que l\u2019on compare la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 bougonne avec laquelle il accueille son \u00e9chec, au d\u00e9sespoir d\u2019Arnolphe renvoy\u00e9 \u00e0 sa solitude et qui \u00abs\u2019enfuit sans rien dire\u00bb (l\u2019\u00c9cole des femmes,\u00a0V,\u00a010). Le Barbier de S\u00e9ville est donc une com\u00e9die du malentendu\u00a0\u2014 plus ou moins sciemment cultiv\u00e9\u00a0\u2014, une com\u00e9die de l\u2019amour que se donnent, sous le regard amus\u00e9 et sceptique de Figaro, un trio o\u00f9 l\u2019un cherche \u00e0 rendre du piquant \u00e0 la conqu\u00eate amoureuse (vouloir, tel Almaviva, \u00ab\u00eatre aim\u00e9 pour soi-m\u00eame\u00bb est une g\u00e2terie d\u2019aristocrate: voir la Double Inconstance de Marivaux, etc.); la deuxi\u00e8me, \u00e0 \u00absortir d\u2019esclavage\u00bb (I,\u00a03); tandis que le troisi\u00e8me comprend avec sagesse que chaque \u00e2ge a ses plaisirs. On voit ainsi le d\u00e9calage qu\u2019instaure Beaumarchais avec une tradition que les personnages interpr\u00e8tent \u00e0 leur mani\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire sans trop y croire: ambigu\u00eft\u00e9 figur\u00e9e par le statut m\u00eame de Figaro, \u00e0 la fois \u00abbarbier de S\u00e9ville\u00bb et valet d\u2019intrigue le temps d\u2019une br\u00e8ve aventure o\u00f9 il conserve toujours son autonomie.<\/p>\n<p>Si toutefois, en ces quelques heures, les protagonistes n\u2019ont pas d\u00e9couvert la passion, du moins se sont-ils d\u00e9couverts eux-m\u00eames en mettant en \u0153uvre des potentialit\u00e9s qu\u2019ils ignoraient jusque-l\u00e0. \u00c0 l\u2019\u00e9preuve, note Beaumarchais, le pr\u00e9sent tuteur \u00abse r\u00e9v\u00e8le un peu moins sot que tous ceux que l\u2019on trompe au th\u00e9\u00e2tre\u00bb (Lettre mod\u00e9r\u00e9e); Figaro, dans l\u2019emploi du valet d\u2019intrigue, mettra un terme \u00e0 une longue s\u00e9rie d\u2019\u00e9checs (I,\u00a02); l\u2019innocente Rosine se sera transform\u00e9e en \u00abrus\u00e9e signora\u00bb (II,\u00a011); Almaviva surtout, Grand d\u2019Espagne blas\u00e9, aura su se couler avec brio dans le personnage de soldat ivre (II,\u00a012) ou de ma\u00eetre \u00e0 chanter (III,\u00a02), bref se muer en \u00abhomme \u00e0 talents\u00bb, suscitant \u00e0 l\u2019occasion l\u2019hommage de Figaro, expert en la mati\u00e8re (I,\u00a06). L\u2019exp\u00e9rience n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 vaine: ma\u00eetre par sa naissance, le noble l\u2019est devenu par ses qualit\u00e9s personnelles, et illustre ainsi, en mineur, la formule de Beaumarchais dans Tarare (1787): \u00abHomme, ta grandeur sur la terre \/ N\u2019appartient point \u00e0 ton \u00e9tat: \/ Elle est toute \u00e0 ton caract\u00e8re\u00bb (V,\u00a010).<\/p>\n<p>Le chant, la musique qui r\u00e9v\u00e8lent Almaviva \u00e0 lui-m\u00eame et aux autres, et qui opposent cr\u00fbment la comptine prosa\u00efque de Bartholo (\u00abVeux-tu ma Rosinette\u00bb,\u00a0III,\u00a05) \u00e0 l\u2019aria sentimentale de Rosine et Lindor (III,\u00a04), constituent aussi un instrument efficace dans les mains des intrigants. C\u2019est par le chant que les deux jeunes gens peuvent se parler l\u2019un \u00e0 l\u2019autre malgr\u00e9 l\u2019obstacle d\u2019une jalousie grill\u00e9e (I,\u00a06), ou en pr\u00e9sence de Bartholo (III,\u00a04). Moyen de communication, le chant est \u00e9galement la langue du c\u0153ur, du r\u00eave, qui donne l\u2019illusion de go\u00fbter des sentiments \u00e9ternels: symboliquement, le seul \u00e0 n\u2019en pas user ici est Bazile, qui pourtant en fait m\u00e9tier, mais \u00e0 des fins bassement int\u00e9ress\u00e9es, et en d\u00e9tourne les termes techniques (piano, rinforzando) pour \u00e9taler sa perfidie (II,\u00a08). Pratiqu\u00e9e exclusivement par des amateurs plus ou moins dou\u00e9s, la musique n\u2019est donc plus, comme dans le Barbier op\u00e9ra-comique de\u00a01772, un ornement ext\u00e9rieur, mais une n\u00e9cessit\u00e9 interne de l\u2019intrigue: c\u2019est elle qui permet de nouer un dialogue autrement impossible, et qui donne au d\u00e9sir le masque charmant de l\u2019amour vrai.<\/p>\n<p>La dramaturgie de la pi\u00e8ce refl\u00e8te elle aussi cette incertitude savamment entretenue. Malgr\u00e9 quelques \u00e0-coups, un mouvement irr\u00e9sistible pr\u00e9cipite la d\u00e9faite\u00a0\u2014 annonc\u00e9e par un titre proleptique: \u00abla Pr\u00e9caution inutile\u00bb\u00a0\u2014 de Bartholo dont le camp est progressivement d\u00e9sert\u00e9 au profit de celui d\u2019Almaviva, d\u2019abord seul au pied du mur (I,\u00a01), puis rejoint par Figaro (I,\u00a02), jusque-l\u00e0 barbier-chirurgien attach\u00e9 au m\u00e9decin Bartholo, puis par Bazile (IV,\u00a07), tandis qu\u2019entre-temps les deux valets l\u2019\u00c9veill\u00e9 et la Jeunesse ont \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s (II,\u00a06 et\u00a07). Une m\u00eame impression d\u2019engrenage est donn\u00e9e par le d\u00e9cor, qui d\u00e8s l\u2019acte\u00a0II pivote autour de la jalousie, symbole d\u2019enfermement devenu moyen d\u2019\u00e9vasion d\u00e8s que Figaro en a d\u00e9rob\u00e9 la cl\u00e9 (III,\u00a010). Malgr\u00e9 les d\u00e9clarations de Beaumarchais sur l\u2019habilet\u00e9 du tuteur (qu\u2019il paralyse en lui faisant commettre d\u2019opportunes maladresses: voir\u00a0IV,\u00a03), l\u2019obstacle ext\u00e9rieur n\u2019est jamais v\u00e9ritablement inqui\u00e9tant, et il suffirait que le Comte fasse \u00e9talage un peu plus t\u00f4t de son rang et de sa fortune pour parvenir \u00e0 ses fins: il n\u2019est que de voir comment l\u2019or d\u2019Almaviva transforme une sc\u00e8ne potentiellement p\u00e9rilleuse, puisque Bazile pourrait d\u00e9masquer le pr\u00e9tendu Alonzo (III,\u00a011) en chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019allegro vivace comique: \u00abBonsoir, Bazile, bonsoir.\u00bb Sans lire la situation du Barbier de S\u00e9ville \u00e0 partir de l\u2019image d\u00e9compos\u00e9e qu\u2019en renvoie r\u00e9trospectivement le Mariage de Figaro qui lui fait suite, il reste que dans cette intrigue trop lisse le v\u00e9ritable ennemi de la \u00abjeunesse\u00bb et de l\u2019\u00abamour\u00bb n\u2019est pas un vieillard, mais bien la banalit\u00e9 des lendemains de f\u00eate, quand revient la lassitude (\u00abJe suis las des conqu\u00eates&#8230;\u00bb, Barbier,\u00a0I,\u00a01; \u00abLas de courtiser les beaut\u00e9s des environs&#8230;\u00bb, Mariage,\u00a0I,\u00a01), ce mal des salons que l\u2019aristocrate ne dissipe qu\u2019en se livrant \u00e0 des caprices parfois moralement positifs, mais qui peuvent aussi \u00eatre cruels. \u00abJe me presse de rire de tout de peur d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 d\u2019en pleurer\u00bb: cette morale de Figaro (I,\u00a02) est aussi la le\u00e7on du Barbier de S\u00e9ville.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-P.\u00a0DE BEAUMARCHAIS<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-542","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/542","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=542"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}