{"id":539,"date":"2026-08-04T09:36:57","date_gmt":"2026-08-04T07:36:57","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=539"},"modified":"2026-08-04T09:36:57","modified_gmt":"2026-08-04T07:36:57","slug":"le-poete-assassine","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-poete-assassine","title":{"rendered":"le Po\u00e8te assassin\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Po\u00e8te assassin\u00e9 (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PO\u00c8TE ASSASSIN\u00c9 (le). Recueil de contes de Guillaume Apollinaire, pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky (1880-1918), publi\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 la Biblioth\u00e8que des Curieux en 1916. De nombreux textes du Po\u00e8te assassin\u00e9 avaient tout d\u2019abord paru dans diff\u00e9rentes revues, d\u00e8s\u00a01901, mais surtout entre\u00a01911 et\u00a01913.<\/p>\n<p>Longuement m\u00fbri au cours d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019ouvrage est quasiment achev\u00e9 au d\u00e9but de la guerre. Il est le fruit de l\u2019assemblage de textes divers qui, \u00e0 l\u2019origine, ne participaient pas d\u2019un projet commun: certains s\u2019inscrivaient dans une entreprise autobiographique, d\u2019autres \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 un roman que l\u2019auteur voulait intituler la Gloire de l\u2019olive, d\u2019autres encore sont des parties demeur\u00e9es inutilis\u00e9es de l\u2019Enchanteur pourrissant. Apollinaire a transform\u00e9 ces mat\u00e9riaux disparates afin de les int\u00e9grer \u00e0 son \u0153uvre, notamment au premier r\u00e9cit intitul\u00e9 \u00able Po\u00e8te assassin\u00e9\u00bb. Le recueil parut apr\u00e8s la longue convalescence d\u2019Apollinaire cons\u00e9cutive \u00e0 sa grave blessure \u00e0 la t\u00eate re\u00e7ue en mars 1916 sur le front de Champagne. Ses amis f\u00eat\u00e8rent sa rentr\u00e9e litt\u00e9raire par un banquet et la critique se montra dans l\u2019ensemble favorable, voire \u00e9logieuse. L\u2019ouvrage fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie Goncourt mais, tout comme en\u00a01910, Apollinaire eut la d\u00e9ception de ne pas obtenir le prix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le recueil comprend seize r\u00e9cits de longueur in\u00e9gale, les deux premiers\u00a0\u2014 \u00able Po\u00e8te assassin\u00e9\u00bb et \u00able Roi-Lune\u00bb\u00a0\u2014 constituant \u00e0 eux seuls plus de la moiti\u00e9 du livre. \u00abLe Po\u00e8te assassin\u00e9\u00bb relate, en dix-huit chapitres, la vie du po\u00e8te Croniamantal, depuis sa \u00abProcr\u00e9ation\u00bb (II) et sa \u00abGestation\u00bb (III) jusqu\u2019\u00e0 son \u00abAssassinat\u00bb (XVII) et son \u00abApoth\u00e9ose\u00bb (XVIII). Dans \u00able Roi-Lune\u00bb, le narrateur, qui s\u2019est \u00e9gar\u00e9 durant une promenade, se r\u00e9fugie pour la nuit dans une grotte o\u00f9 il d\u00e9couvre un univers fantastique dans lequel le pass\u00e9 revit et les d\u00e9sirs les plus fous sont satisfaits. Les quatorze textes suivants utilisent parfois les ressorts du surnaturel\u00a0\u2014 dans \u00able D\u00e9part de l\u2019ombre\u00bb, Louise Ancelette perd son ombre peu avant sa mort\u00a0\u2014 mais, dans l\u2019ensemble, ils rel\u00e8vent davantage du tableau de m\u0153urs: \u00abGiovanni Moroni\u00bb rapporte les souvenirs d\u2019un Italien \u00abemploy\u00e9 dans un \u00e9tablissement de cr\u00e9dit\u00bb dont les \u00abpropos ne sort[ent] g\u00e9n\u00e9ralement point de la r\u00e9alit\u00e9 courante\u00bb; \u00abla Favorite\u00bb campe le portrait de la Cichina, une \u00abfemme du peuple\u00bb qui pr\u00e9tend avoir eu pour amant le roi Victor-Emmanuel. Toutefois, l\u2019atmosph\u00e8re et la vis\u00e9e des r\u00e9cits ne sont jamais r\u00e9alistes. Apollinaire privil\u00e9gie le pittoresque et l\u2019insolite, qu\u2019il porte aux fronti\u00e8res de l\u2019extraordinaire, voire du farfelu. Dans \u00abSainte Adorata\u00bb, le corps de la sainte pr\u00e9tendument \u00abmartyris\u00e9e aux premiers temps du christianisme\u00bb dont le tombeau a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert \u00abvoil\u00e0 pr\u00e8s de soixante ans\u00bb et dont la \u00abch\u00e2sse tr\u00e8s v\u00e9n\u00e9r\u00e9e\u00bb se trouve dans une \u00e9glise hongroise, fut en fait la ma\u00eetresse d\u2019un homme devenu aujourd\u2019hui un \u00abpetit vieillard\u00bb; celui-ci raconte au narrateur comment il fit embaumer sa ma\u00eetresse puis l\u2019ensevelit dans un sarcophage achet\u00e9 chez un antiquaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le titre de l\u2019ouvrage met en relief le premier r\u00e9cit et pose la figure du po\u00e8te comme \u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur du recueil. Le dernier conte, intitul\u00e9 \u00abCas du brigadier masqu\u00e9 c\u2019est-\u00e0-dire le po\u00e8te ressuscit\u00e9\u00bb, se pr\u00e9sente comme le pendant du \u00abPo\u00e8te assassin\u00e9\u00bb. Il fait en outre r\u00e9appara\u00eetre divers personnages dont le destin simultan\u00e9 s\u2019offre soudain \u00e0 la vision totalisante du po\u00e8te ressuscit\u00e9.<br \/>\n\u00abLe Po\u00e8te assassin\u00e9\u00bb, au-del\u00e0 des divers aspects autobiographiques que l\u2019on peut y d\u00e9celer, dessine une figure mythique, ainsi qu\u2019en t\u00e9moignent l\u2019allusion implicite \u00e0 Hom\u00e8re plac\u00e9e au d\u00e9but du premier chapitre et la comparaison avec Orph\u00e9e sur laquelle s\u2019ouvre l\u2019avant-dernier chapitre. Croniamantal a d\u2019embl\u00e9e une dimension universelle: la multiplicit\u00e9 des peuples recens\u00e9s dans le premier chapitre prouve que sa gloire s\u2019\u00e9tend au monde entier. Victime de l\u2019incompr\u00e9hension hostile de la foule qui le lynche, il parle en proph\u00e8te avant de mourir: \u00abJe suis Croniamantal, le plus grand des po\u00e8tes vivants. J\u2019ai souvent vu Dieu face \u00e0 face. J\u2019ai support\u00e9 l\u2019\u00e9clat divin que mes yeux humains temp\u00e9raient. J\u2019ai v\u00e9cu l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Mais les temps \u00e9tant venus, je suis venu me dresser devant toi\u00bb (\u00abAssassinat\u00bb,\u00a0XVII).<\/p>\n<p>Le destin h\u00e9ro\u00efque et tragique du po\u00e8te est toutefois \u00e9voqu\u00e9 dans un registre essentiellement parodique. Ainsi, le monument qu\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 sa m\u00e9moire son ami sculpteur dans le dernier chapitre (\u00abApoth\u00e9ose\u00bb,\u00a0XVIII) est \u00abune profonde statue en rien, comme la po\u00e9sie et comme la gloire\u00bb. Dans sa verve excessive et loufoque, la prose d\u2019Apollinaire n\u2019est pas d\u00e9pourvue d\u2019accents rabelaisiens. Canulars\u00a0\u2014 \u00e0 la fin d\u2019\u00abArthur roi pass\u00e9 roi futur\u00bb, l\u2019auteur pr\u00e9cise que le texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00ab\u00e0 la date du premier avril\u00bb\u00a0\u2014, jeux de mots et incongruit\u00e9s s\u2019y c\u00f4toient pour camper un univers plein d\u2019une euphorique fantaisie. La po\u00e9sie elle-m\u00eame est l\u2019objet, dans maintes nouvelles, d\u2019une d\u00e9capante d\u00e9rision: les noms de Tzara et du mouvement Dada sont all\u00e8grement estropi\u00e9s\u00a0\u2014 \u00abLes n\u00e8gres le nomment Tsatsa ou Dzadza\u00bb (\u00able Po\u00e8te assassin\u00e9\u00bb,\u00a0I); la nouvelle intitul\u00e9e \u00abPetites Recettes de magie moderne\u00bb raille l\u2019art po\u00e9tique en l\u2019apparentant \u00e0 l\u2019art culinaire.<\/p>\n<p>Les jeux du langage et de l\u2019imaginaire \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le Po\u00e8te assassin\u00e9 vont de pair avec une vision du monde plut\u00f4t pessimiste. Breton, qui salue en Apollinaire un pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme, ne s\u2019y trompe pas: \u00abApollinaire a dit, \u00e0 propos de Giorgio De Chirico, que \u201cpour d\u00e9peindre le caract\u00e8re fatal des choses modernes, la surprise est le ressort le plus moderne auquel on puisse avoir recours\u201d. Le Po\u00e8te assassin\u00e9 est comme la d\u00e9fense et l\u2019illustration de ce principe\u00bb (les Pas perdus,\u00a01924). La mort se trouve au d\u00e9nouement de nombre de contes et la souffrance se laisse apercevoir derri\u00e8re l\u2019ironie ou le grotesque. Les \u00abpetites bombes pleines d\u2019angoisse et de folie\u00bb qui, dans le \u00abCas du brigadier masqu\u00e9\u00bb, font magiquement surgir les divers personnages pourraient bien constituer une m\u00e9taphore des nouvelles du Po\u00e8te assassin\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-539","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/539","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=539"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}