{"id":537,"date":"2026-08-04T09:29:02","date_gmt":"2026-08-04T07:29:02","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=537"},"modified":"2026-08-04T09:29:02","modified_gmt":"2026-08-04T07:29:02","slug":"parallelement","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=parallelement","title":{"rendered":"Parall\u00e8lement"},"content":{"rendered":"<p>Parall\u00e8lement<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PARALL\u00c8LEMENT. Recueil po\u00e9tique de Paul Verlaine (1844-1896), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez L\u00e9on Vanier en 1889.<\/p>\n<p>Tout comme Sagesse ou Jadis et Nagu\u00e8re, ce recueil contient des po\u00e8mes \u00e9crits durant le s\u00e9jour de Verlaine en prison (de juillet 1973 \u00e0 janvier 1875) et destin\u00e9s \u00e0 Cellulairement, ouvrage auquel le po\u00e8te finit par renoncer. Certaines pi\u00e8ces de Parall\u00e8lement sont plus anciennes encore. Les sonnets des \u00abAmies\u00bb, notamment, avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en plaquette en\u00a01867 chez Poulet-Malassis. Ce n\u2019est toutefois qu\u2019\u00e0 partir de\u00a01885 que Verlaine se consacre \u00e0 la composition de Parall\u00e8lement, contemporaine de celle d\u2019Amour. Ces deux recueils, joints \u00e0 Sagesse\u00a0\u2014 qui les a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s\u00a0\u2014 et \u00e0 Bonheur\u00a0\u2014 qui les suivra\u00a0\u2014, forment pour l\u2019auteur une t\u00e9tralogie. Cette derni\u00e8re, ainsi que Verlaine l\u2019\u00e9crit en\u00a01892 \u00e0 un journaliste, retrace \u00abl\u2019histoire en quelque sorte d\u2019une conversion\u00bb. Parall\u00e8lement y occupe une place particuli\u00e8re, quelque peu d\u00e9cal\u00e9e, \u00abparall\u00e8le\u00bb en effet: alors que les trois autres recueils c\u00e9l\u00e8brent les bienfaits de la foi et les vertus de la religion chr\u00e9tienne, Parall\u00e8lement exalte la chair et ses p\u00e9ch\u00e9s. L\u2019inscription de l\u2019ouvrage dans une t\u00e9tralogie chr\u00e9tienne proc\u00e8de sans doute de la volont\u00e9 de conjurer une tentation charnelle que le condamn\u00e9 exprime pourtant en toute autonomie, sans la r\u00e9prouver mais sans non plus vraiment l\u2019absoudre: \u00abParall\u00e8lement\u00a0[&#8230;], comme son nom l\u2019indique, n\u2019est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des professions de foi d\u2019auparavant et depuis\u00a0[&#8230;] qu\u2019une odieuse\u00a0[&#8230;] confession de bien des torts sensuels\u00a0[&#8230;]. Ce livre ne vient pas le dernier, ni tant s\u2019en faut! le d\u00e9finitif de cette t\u00e9tralogie, laquelle se cl\u00f4t par Bonheur, un livre s\u00e9v\u00e8re et tout, tout chr\u00e9tien\u00bb (ibid.).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement s\u2019ouvre sur un po\u00e8me galant au ton satirique et grin\u00e7ant, adress\u00e9 \u00e0 la \u00abcocodette un peu m\u00fbre\u00bb, \u00e0 la \u00abcoquine d\u00e9testable\u00bb: \u201cD\u00e9dicace\u201d. \u201cAll\u00e9gorie\u201d offre ensuite le tableau d\u2019une somptueuse d\u00e9cr\u00e9pitude de toute chose. La premi\u00e8re section du recueil, \u00ables Amies\u00bb, comporte six po\u00e8mes d\u00e9crivant des amours saphiques. \u00abFilles\u00bb consacre ensuite six pi\u00e8ces aux prostitu\u00e9es c\u00f4toy\u00e9es par le po\u00e8te. Puis vient un cycle de sept po\u00e8mes, \u00abR\u00e9v\u00e9rence parler\u00bb, qui fut compos\u00e9 en prison. La derni\u00e8re section, \u00abLunes\u00bb, est nettement plus longue que les pr\u00e9c\u00e9dentes. Parodique et nostalgique \u00e0 la fois, elle met en perspective l\u2019\u0153uvre ant\u00e9rieure dans des pi\u00e8ces telles que \u201c\u00c0 la mani\u00e8re de Paul Verlaine\u201d, \u201cla Derni\u00e8re F\u00eate galante\u201d ou \u201cPo\u00e8me saturnien\u201d. Le po\u00e8te s\u2019y livre \u00e9galement \u00e0 une sorte de bilan de son existence, par exemple dans \u201cl\u2019Impudent\u201d ou dans \u201cl\u2019Imp\u00e9nitent\u201d. Le souvenir de l\u2019aventure rimbaldienne est \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises; on le trouve notamment dans \u201cExplication\u201d, \u201cAutre explication\u201d et \u201cLaeti et errabundi\u201d, ce dernier texte ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s l\u2019annonce erron\u00e9e, en\u00a01887, de la mort de Rimbaud. L\u2019organisation d\u2019ensemble de Parall\u00e8lement ne semble toutefois pas ob\u00e9ir \u00e0 un rigoureux principe d\u2019unit\u00e9; le recueil est form\u00e9 de po\u00e8mes tr\u00e8s divers dans le ton et l\u2019inspiration.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Verlaine \u00e9crit le\u00a028\u00a0novembre\u00a01887 \u00e0 Lepelletier que Parall\u00e8lement est un \u00ablivre orgiaque, sans trop de m\u00e9lancolie\u00bb. Le corps et les plaisirs de la chair y occupent en effet une place importante, quoique non exclusive. Bravant les interdits de l\u2019homosexualit\u00e9 et de la prostitution, cette po\u00e9sie \u00e9rotique offre le spectacle d\u2019amours transgressives et convie le lecteur, qui devient ainsi complice, \u00e0 y assister. Spectateur d\u2019\u00e9treintes jug\u00e9es coupables par l\u2019opinion, il contemple des unions secr\u00e8tes et intimes et se trouve plac\u00e9 dans une position perverse de voyeur.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture est \u00e0 la fois directe et m\u00e9taphorique, audacieuse et pudique: \u00abLa plus jeune \u00e9tend les bras, et se cambre, \/ Et sa s\u0153ur, les mains sur ses seins, la baise, \/ Puis tombe \u00e0 genoux, puis devient farouche \/ Et tumultueuse et folle, et sa bouche \/ Plonge sous l\u2019or blond, dans les ombres grises\u00bb (\u00ables Amies\u00bb,\u00a0II, \u201cPensionnaires\u201d). Les mots et la mise en sc\u00e8ne cr\u00e9ent un jeu subtil entre ce qui est dit et ce qui n\u2019est que sugg\u00e9r\u00e9, entre ce qui est montr\u00e9 et ce qui se d\u00e9robe. Ainsi, \u201cPer amica silentia\u201d (\u00ables Amies\u00bb,\u00a0III) masque la sc\u00e8ne amoureuse derri\u00e8re de \u00ablongs rideaux de blanche mousseline\u00bb et n\u2019en livre que les bruits. Dans \u201cSur le balcon\u201d (\u00ables Amies\u00bb,\u00a0I), les trois derniers vers ouvrent le rideau, de fa\u00e7on fort th\u00e9\u00e2trale, mais refusent pourtant encore le spectacle de l\u2019\u00e9treinte qui demeure dans l\u2019ombre et que seules des traces permettent de deviner: \u00abDerri\u00e8re elles, au fond du retrait riche et sombre, \/ Emphatique comme un tr\u00f4ne de m\u00e9lodrames \/ Et pleins d\u2019odeurs, le lit, d\u00e9fait, s\u2019ouvrait dans l\u2019ombre.\u00bb Les po\u00e8mes consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 masculine et au souvenir de Rimbaud sont plus voil\u00e9s encore, laissant par exemple ind\u00e9cise l\u2019identit\u00e9 sexuelle des partenaires (\u00abLunes\u00bb, \u201cBallade Sappho\u201d) ou privil\u00e9giant le registre m\u00e9taphorique. Il arrive cependant parfois que le corps soit montr\u00e9 sans d\u00e9tours, que le voile et la retenue verbale c\u00e8dent la place \u00e0 la nudit\u00e9 et \u00e0 la crudit\u00e9: \u00abTes mollets farauds, \/ Ton buste tentant\u00a0[&#8230;] \/ Ton cul ferme et gros\u00bb (\u00abFilles\u00bb,\u00a0V, \u201c\u00c0 Mademoiselle\u201d).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture \u00e9rotique sait varier le plaisir des mots tout autant que celui des amours d\u00e9crites. Cette mani\u00e8re habile de m\u00ealer la nomination directe, voire vulgaire, \u00e0 la m\u00e9taphore suggestive en t\u00e9moigne, tout comme ailleurs l\u2019union d\u2019un ton de badinage galant avec le sarcasme (\u201cD\u00e9dicace\u201d) ou la parodie: \u00abMignonne, allons voir si ton lit \/ A toujours sous le rideau rouge \/ L\u2019oreiller sorcier qui tant bouge \/ Et les draps fous. \u00d4 vers ton lit!\u00bb (\u00abFilles\u00bb,\u00a0I, \u201c\u00c0 la princesse Roukhine\u201d). Ailleurs encore, la savante composition rh\u00e9torique d\u2019un po\u00e8me tout entier fond\u00e9 sur une m\u00e9taphore fil\u00e9e (\u00ables Amies\u00bb,\u00a0IV, \u201cPrintemps\u201d), loin d\u2019\u00eatre un froid exercice de style, atteste une jubilation ludique, une jouissance propre au verbe m\u00eame.<\/p>\n<p>Toutes les pi\u00e8ces de Parall\u00e8lement n\u2019appartiennent pas, toutefois, au registre \u00e9rotique. On retrouve dans le recueil cette propension \u00e0 la confidence personnelle inh\u00e9rente \u00e0 la po\u00e9sie verlainienne et que l\u2019auteur semble impuissant \u00e0 endiguer. Expression du moi, le po\u00e8me devient alors ressassant et discursif. L\u2019intensit\u00e9 po\u00e9tique c\u00e8de le pas \u00e0 une sorte de lin\u00e9arit\u00e9 prosa\u00efque: \u00abJ\u2019ai perdu ma vie et je sais bien \/ Que tout bl\u00e2me sur moi s\u2019en va fondre: \/ \u00c0 cela je ne puis que r\u00e9pondre \/ Que je suis vraiment n\u00e9 Saturnien\u00bb (\u00abR\u00e9v\u00e9rence parler\u00bb,\u00a0I, \u201cPrologue d\u2019un livre dont il ne para\u00eetra que les extraits ci-apr\u00e8s\u201d). Parfois m\u00eame, la po\u00e9sie tourne \u00e0 l\u2019anecdote et se met au service de pol\u00e9miques dont l\u2019enjeu est tout personnel et tr\u00e8s limit\u00e9. L\u2019emprise du souvenir provoque une accentuation du caract\u00e8re narratif, qu\u2019il s\u2019agisse du souvenir de l\u2019union avec Mathilde\u00a0\u2014 dans \u201cGuitare\u201d (\u00abLunes\u00bb) par exemple\u00a0\u2014 ou de celui de la liaison avec Rimbaud\u00a0\u2014 dont \u201cLaeti et errabundi\u201d (\u00abLunes\u00bb) retrace le \u00abroman\u00bb.<\/p>\n<p>Dans certaines pi\u00e8ces cependant se laisse encore entendre la voix verlainienne des po\u00e8mes ant\u00e9rieurs \u00e0 la conversion, celle dont l\u2019\u201cArt po\u00e9tique\u201d (voir Jadis et Nagu\u00e8re) a d\u00e9fini les principes. C\u2019est le cas par exemple dans \u201cImpression fausse\u201d, \u201cAutre\u201d ou \u201cR\u00e9versibilit\u00e9s\u201d, mais de tels \u00e9chos de l\u2019esth\u00e9tique ancienne sont rares, et n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 la suspicion parodique: un titre tel qu\u2019\u201c\u00c0 la mani\u00e8re de Paul Verlaine\u201d (\u00abLunes\u00bb) prouve bien que le po\u00e8te se per\u00e7oit d\u00e9sormais comme capable de s\u2019imiter lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Parall\u00e8lement, qui est \u00aben quelque sorte l\u2019enfer de son \u0152uvre chr\u00e9tien\u00bb (Avertissement de\u00a01894), Verlaine poursuivra cette alternance, ce \u00abparall\u00e9lisme\u00bb entre des recueils mystiques et des recueils \u00aborgiaques\u00bb. La tentative de r\u00e9unir la \u00abChair\u00bb et l\u2019\u00abAmour\u00bb que proposait d\u00e9j\u00e0 le po\u00e8me \u201cLuxures\u201d, dans Jadis et Nagu\u00e8re, demeure un v\u0153u pieux. Furieusement exalt\u00e9e, quoique non sans honte et remords, la sensualit\u00e9 se d\u00e9ploiera encore dans \u201cChansons pour Elle\u201d (1891), \u201cOdes en son honneur\u201d (1893), \u201cChair\u201d (1896) et dans des recueils imprim\u00e9s sous le manteau et jug\u00e9s encore aujourd\u2019hui trop scandaleux pour figurer dans les \u00e9ditions des \u0153uvres po\u00e9tiques de Verlaine, Femmes (\u00e9crit en\u00a01890 et imprim\u00e9 en\u00a01891), Hombres (1891 et\u00a01903). Jamais vraiment innocent\u00e9 en d\u00e9pit de la d\u00e9lectation avec laquelle le po\u00e8te s\u2019y adonne, l\u2019\u00e9rotisme est bien cet \u00abenfer\u00bb de l\u2019\u00ab\u0152uvre chr\u00e9tien\u00bb. Apr\u00e8s Bonheur (1891), les Liturgies intimes (1892) lui redonneront la parole.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-537","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/537","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}