{"id":533,"date":"2026-08-04T06:53:52","date_gmt":"2026-08-04T04:53:52","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=533"},"modified":"2026-08-04T06:53:52","modified_gmt":"2026-08-04T04:53:52","slug":"la-condition-humaine","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=la-condition-humaine","title":{"rendered":"la Condition humaine"},"content":{"rendered":"<p>Condition humaine (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CONDITION HUMAINE (la). Roman d\u2019Andr\u00e9 Malraux (1901-1976), publi\u00e9 \u00e0 Paris en extraits dans la Nouvelle Revue fran\u00e7aise et dans Marianne, et en volume chez Gallimard en 1933. Prix Goncourt.<\/p>\n<p>La Condition humaine cl\u00f4t le cycle des romans que Malraux a situ\u00e9s en Extr\u00eame-Orient (voir les Conqu\u00e9rants et la Voie royale). Son exp\u00e9dition dans la brousse indochinoise \u00e0 la recherche de fragments arch\u00e9ologiques (1923) s\u2019\u00e9tait termin\u00e9e par des poursuites judiciaires qui le contraignirent \u00e0 faire plusieurs s\u00e9jours \u00e0 Saigon (1923-1925). Militant dans les milieux anticolonialistes, cofondateur du mouvement Jeune-Annam, il se rendit \u00e9galement \u00e0 Hongkong. L\u2019effervescence r\u00e9gnait alors dans cette r\u00e9gion du monde. En Chine, aux g\u00e9n\u00e9raux nordistes (les \u00abgouvernementaux\u00bb dans la Condition humaine) soutenus par les Occidentaux des concessions internationales, s\u2019opposait l\u2019arm\u00e9e nationaliste du Kouo-min-tang, domin\u00e9e bient\u00f4t par le g\u00e9n\u00e9ral Chang Ka\u00ef-chek avec lequel le Komintern, repr\u00e9sent\u00e9 par une d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 Han-k\u2019eou, avait nou\u00e9 une fragile alliance, provisoire et tactique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le roman se compose de deux s\u00e9quences relativement courtes, nourries d\u2019\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u2014 pr\u00e9paratifs et triomphe d\u2019une insurrection communiste \u00e0 Chang-hai (Ire et\u00a0IIe parties); r\u00e9pression du mouvement et ex\u00e9cution des insurg\u00e9s (IVe,\u00a0Ve et\u00a0VIe parties)\u00a0\u2014 s\u00e9par\u00e9es par le r\u00e9cit plus lent d\u2019une mission \u00e0 Han-k\u2019eou aupr\u00e8s de la d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019Internationale communiste (Komintern) dont d\u00e9pend le sort des insurg\u00e9s (IIIe partie). Un finale transporte le lecteur \u00e0 Paris et au Japon, d\u2019o\u00f9 la r\u00e9volte de Chang-hai ne fait plus figure que d\u2019\u00e9v\u00e9nement mineur.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie (21\u00a0mars). En poignardant un trafiquant d\u2019armes, Tchen parvient \u00e0 subtiliser l\u2019ordre de livraison qui permettra \u00e0 Kyo et \u00e0 Katow de r\u00e9cup\u00e9rer la cargaison d\u2019un bateau ancr\u00e9 dans le port. Pour conclure l\u2019op\u00e9ration, les deux r\u00e9volutionnaires s\u2019assurent la complicit\u00e9 d\u2019un aventurier besogneux, le baron de Clappique. Armes et munitions sont ensuite distribu\u00e9es aux sections post\u00e9es \u00e0 travers la ville. En marge de l\u2019action principale, deux dialogues: l\u2019un entre Kyo et sa compagne May; l\u2019autre, entre Gisors (le p\u00e8re de Kyo) et Tchen qui lui confie sa solitude de \u00abtueur\u00bb.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me partie (22\u00a0mars). Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale puis explosion du soul\u00e8vement communiste. Ferral, le pr\u00e9sident de la chambre de commerce fran\u00e7aise, repr\u00e9sentant local des int\u00e9r\u00eats capitalistes, suppute avec les autorit\u00e9s locales chinoises les chances de succ\u00e8s de l\u2019op\u00e9ration, que les relations ambigu\u00ebs entre Chang Ka\u00ef-chek et Moscou rendent incertaines. Cependant, dans un grand \u00e9lan d\u2019h\u00e9ro\u00efsme fraternel, l\u2019insurrection triomphe dans presque toute la ville. Inquiet, Ferral envisage de se concilier Chang en le soudoyant, puis va rejoindre sa ma\u00eetresse Val\u00e9rie. De leur c\u00f4t\u00e9, les insurg\u00e9s s\u2019alarment de l\u2019attitude attentiste du Kouo-min-tang. Un envoy\u00e9 de Chang les prie de lui remettre leurs armes.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me partie (29\u00a0mars). Kyo d\u00e9cide de se rendre \u00e0 Han-k\u2019eou, o\u00f9 si\u00e8ge la d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019Internationale communiste dirig\u00e9e par Borodine. Ses interlocuteurs, Vologuine et Possoz, lui apprennent que la tactique de Moscou est de s\u2019effacer momentan\u00e9ment derri\u00e8re le Kouo-min-tang. Venu de son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 Han-k\u2019eou, Tchen y rencontre Kyo: il ne voit plus d\u2019issue que dans le meurtre de Chang, dont il est pr\u00eat \u00e0 se charger. Retour s\u00e9par\u00e9 des deux hommes \u00e0 Chang-hai.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me partie (11\u00a0avril). La r\u00e9pression s\u2019organise \u00e0 Chang-hai. Compromis dans l\u2019affaire de la cargaison d\u2019armes, Clappique est pr\u00e9venu par la police qu\u2019il doit quitter la ville. Il se rend chez Kyo, malencontreusement absent, et lui fixe par l\u2019interm\u00e9diaire de Gisors un rendez-vous dans un bar o\u00f9, moyennant finances, il le renseignera. Cependant Tchen, avec deux conjur\u00e9s, monte sans succ\u00e8s un premier attentat contre Chang, cherche refuge aupr\u00e8s du camarade Hemmelrich et d\u00e9cide, \u00e0 l\u2019avenir, d\u2019agir seul. De son c\u00f4t\u00e9, d\u00e9sabus\u00e9 sur le compte de Chang, Kyo propage l\u2019ordre d\u2019enterrer les armes. En revanche, Ferral dont les int\u00e9r\u00eats co\u00efncident avec la politique n\u00e9obourgeoise de Chang, apprenant que celui-ci s\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection, se rend, satisfait, \u00e0 un rendez-vous avec Val\u00e9rie; les relations entre les deux amants tournent mal. Tchen laisse la vie dans un nouvel attentat contre la voiture de Chang.<\/p>\n<p>Cinqui\u00e8me partie (sans date). Clappique s\u2019attarde dans une maison de jeu au lieu de se rendre au bar o\u00f9 l\u2019attendent Kyo et May. Arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la sortie, Kyo est jet\u00e9 en prison. Apprenant le nouvel attentat contre Chang, Hemmelrich se rend \u00e0 la permanence communiste pour s\u2019enqu\u00e9rir de Tchen; \u00e0 son retour chez lui, il trouve sa femme et son enfant massacr\u00e9s. Il participe alors avec Katow \u00e0 un ultime combat contre les troupes de Chang et parvient in extremis \u00e0 s\u2019enfuir. Gisors prie Clappique d\u2019intervenir en faveur de son fils aupr\u00e8s du policier K\u00f6nig, ce qui ne fait que d\u00e9t\u00e9riorer la situation du jeune homme.<\/p>\n<p>Sixi\u00e8me partie (sans date). Clappique parvient sous un d\u00e9guisement \u00e0 s\u2019embarquer sur un bateau en partance tandis que K\u00f6nig offre \u00e0 Kyo la vie sauve contre sa collaboration. Refus de Kyo qui rejoint alors sous un pr\u00e9au ses camarades condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9s vifs dans la chaudi\u00e8re d\u2019une locomotive dont on entend le sifflement \u00e0 proximit\u00e9. Kyo \u00e9vite le supplice en se suicidant avec une pastille de cyanure qu\u2019il tenait cach\u00e9e. En revanche, Katow partage la sienne entre deux jeunes Chinois \u00e9tendus \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, et marche au supplice.<\/p>\n<p>Septi\u00e8me partie (Paris, juillet, et Kob\u00e9). \u00c0 Paris, Ferral expose au minist\u00e8re les mobiles \u00e9conomiques et nationaux de son action \u00e0 Chang-hai, sans pour autant sauver le consortium dont il avait la charge. \u00c0 Kob\u00e9, au Japon, chez le peintre Kama, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 poursuivre le combat sous la banni\u00e8re communiste, May rend visite \u00e0 Gisors qui cherche la paix dans l\u2019art et la m\u00e9ditation.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>La Condition humaine romance l\u2019insurrection communiste dont l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019ouvrir les portes de Chang-hai \u00e0 Chang Ka\u00ef-chek. Mais aussit\u00f4t la ville conquise, le chef du Kouo-min-tang se retourna contre les insurg\u00e9s, faisant ex\u00e9cuter leurs chefs sous l\u2019\u0153il complaisant des Occidentaux (1927). Le roman de Malraux s\u2019ins\u00e8re donc dans l\u2019Histoire. Cependant, pas plus que les Conqu\u00e9rants, lus \u00e0 tort par Trotski comme un document sur la gr\u00e8ve de Canton, ce texte-ci n\u2019est orient\u00e9 vers le reportage: \u00e0 lui seul, le titre l\u2019annonce. En r\u00e9alit\u00e9, la Condition humaine se situe dans le champ de la cr\u00e9ation esth\u00e9tique, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019id\u00e9e que Malraux se fait du roman moderne. \u00abForme privil\u00e9gi\u00e9e\u00bb capable d\u2019accueillir le \u00abtragique de l\u2019homme\u00bb (Ga\u00e9tan Picon), le roman est en d\u00e9finitive l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une trag\u00e9die antique avec un environnement et une \u00e9criture de notre temps. Le fatum se pr\u00e9sente ici sous la figure de la R\u00e9volution, au sein de laquelle une douzaine de personnages exemplaires forgent leur destin en fonction des valeurs qu\u2019ils symbolisent. Incarnant la libert\u00e9 et la fraternit\u00e9, les insurg\u00e9s lancent au destin, apr\u00e8s leur d\u00e9faite, un d\u00e9fi qui transcende la politique vers la m\u00e9taphysique et la morale: \u00abMourir le plus haut possible\u00bb, dit Tchen; et d\u2019une mort qu\u2019on aura choisie: le suicide pour Kyo (\u00abMourir est passivit\u00e9 mais se tuer est acte\u00bb), le supplice lucidement accept\u00e9 pour Katow afin d\u2019\u00e9pargner la torture du feu \u00e0 deux jeunes militants. Contre ces h\u00e9ros positifs se dresse un faisceau de forces disparates rassembl\u00e9es par la conjoncture: en effet les strat\u00e9gies oppos\u00e9es du capitalisme occidental (dont Ferral incarne la volont\u00e9 de puissance) et du communisme sovi\u00e9tique (Vologuine, Possoz, fanatiquement soumis au Comit\u00e9 central) se rencontrent pour favoriser ou laisser se perp\u00e9trer le massacre des insurg\u00e9s par le Kouo-min-tang et la police gouvernementale (Martial, K\u00f6nig). Mais dans un espace interm\u00e9diaire, impliqu\u00e9s \u00e0 leur corps d\u00e9fendant, deux autres h\u00e9ros symbolisent la relation au monde des hommes dont une cause ne structure pas la volont\u00e9. L\u2019un s\u2019abandonne aux hasards d\u2019un monde indiff\u00e9rent aux finalit\u00e9s humaines: c\u2019est le baron de Clappique, aventurier mythomane qui r\u00eave sa vie au lieu de chercher \u00e0 la ma\u00eetriser; l\u2019autre, Gisors (le p\u00e8re de Kyo), partant des m\u00eames pr\u00e9misses, demande \u00e0 l\u2019opium et \u00e0 la contemplation un rem\u00e8de \u00e0 l\u2019angoisse li\u00e9e au sentiment de la pr\u00e9carit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Mais la psychologie des h\u00e9ros n\u2019est jamais univoque: les r\u00e9f\u00e9rences symboliques se marient avec des conduites contradictoires en un jeu ambigu qui fortifie la cr\u00e9dibilit\u00e9 des personnages. Ainsi, d\u00e9fenseur de la libert\u00e9, y compris celle des sexes, Kyo n\u2019en est pas moins jaloux lorsque sa compagne May le trompe avec un autre. M\u00eame contraste chez Ferral dont la brutalit\u00e9 n\u2019exclut ni le d\u00e9pit amoureux ni la crainte de l\u2019opinion. Bref, sous le masque moral ou social, le lecteur devine le \u00abmyst\u00e8re poignant de l\u2019\u00eatre\u00bb, les faiblesses de ce \u00abmonstre incomparable, pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 tout, que tout \u00eatre est pour soi-m\u00eame\u00bb (Ire partie). Le moi profond explose notamment dans le monologue int\u00e9rieur\u00a0\u2014 un proc\u00e9d\u00e9 largement utilis\u00e9 dans la Condition humaine\u00a0\u2014 o\u00f9 fusionnent le discours du narrateur et celui du personnage (l\u2019assassinat du marchand d\u2019armes par Tchen,\u00a0Ire partie). L\u2019un et l\u2019autre avancent du m\u00eame pas, d\u00e9couvrant ensemble l\u2019espace o\u00f9 se joue le drame (la chambre du marchand d\u2019armes,\u00a0Ire partie; le pr\u00e9au,\u00a0VIe partie), et, par les voies m\u00eal\u00e9es de la sensation, de la kinesth\u00e9sie et de la conscience, d\u00e9voilant au lecteur l\u2019affectivit\u00e9 du h\u00e9ros: \u00abTchen frissonna: un insecte courait sur sa peau. Non; c\u2019\u00e9tait le sang de son bras qui coulait goutte \u00e0 goutte. Et toujours cette sensation de mal de mer\u00bb (Ire partie). Renfor\u00e7ant l\u2019illusion r\u00e9aliste, un ensemble de proc\u00e9d\u00e9s fabrique \u00e9galement une personnalit\u00e9 physique au h\u00e9ros: l\u2019accent chantant de Tchen est rendu graphiquement sensible par l\u2019addition de \u00abg\u00bb \u00e0 la fin des mots d\u2019une syllabe; les tics de langage s\u2019associent chez Clappique \u00e0 l\u2019emphase du discours tandis que le narrateur souligne par la caricature le trac\u00e9 d\u2019une silhouette, l\u2019allure g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un personnage: Katow ressemble \u00e0 un \u00abPierrot russe\u00bb (Ire partie), et Gisors, \u00e0 \u00abun tr\u00e8s vieux Chinois a t\u00eate de mandarin de la Compagnie des Indes\u00bb (Ire partie). Quant aux figures historiques introduites dans la fiction, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de leur patronyme, suppos\u00e9 connu du lecteur, suffit \u00e0 les identifier sans autre indication (Chang Ka\u00ef-chek, Borodine).<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit se d\u00e9ploie suivant un tempo dont diff\u00e9rents styles modulent les variations. Le langage de l\u2019action est bref, pr\u00e9cipit\u00e9, voire t\u00e9l\u00e9graphique. Parmi les nombreux dialogues qui jalonnent le texte, les uns sont de type socratique: les id\u00e9es \u00e9mergent lentement, semblant na\u00eetre \u00e0 mesure que jaillit la parole (le dialogue entre Gisors et Tchen,\u00a0Ire partie). En revanche, lorsque s\u2019affrontent positions politiques ou tactiques, l\u2019\u00e9criture fluide est d\u2019une transparente intelligibilit\u00e9 (Kyo \u00e0 Han-k\u2019eou,\u00a0IIIe partie). La cadence des monologues int\u00e9rieurs est \u00e9galement changeante: la tension active de la conscience retombe parfois, laissant fuser l\u2019imagination visuelle, voire cosmique du personnage ( Tchen d\u00e9couvrant la ville endormie et le ciel nocturne,\u00a0Ire partie), qu\u2019orchestre lyriquement le narrateur. Mais \u00e0 celui-ci, omnipr\u00e9sent et anonyme, appartient en propre, outre ces \u00absignes au lecteur\u00bb destin\u00e9s \u00e0 clarifier l\u2019imbroglio politique, une \u00e9criture caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019attention fix\u00e9e sur la gestuelle des personnages que captent avec pr\u00e9cision de br\u00e8ves m\u00e9taphores (poignarder \u00ab\u00e0 longueur de bras d\u2019un mouvement courbe comme celui du swing\u00bb,\u00a0Ire partie).<\/p>\n<p>Autant s\u2019impose fortement la pr\u00e9sence des personnages, autant restent dans le flou le pittoresque et l\u2019exotisme du d\u00e9cor: certes, des images visuelles, olfactives ou sonores ponctuent le r\u00e9cit, signalant que l\u2019intrigue se d\u00e9roule dans le grand port chinois. Mais elles rappellent surtout au lecteur la mis\u00e8re et l\u2019humiliation d\u2019une foule de petites gens pris dans les remous d\u2019un conflit qui les d\u00e9passe. Parfois une \u00e9chapp\u00e9e vers un ciel balay\u00e9 de nuages ou constell\u00e9 vient apporter l\u2019apaisement, mais sans jamais cesser de souligner la pr\u00e9carit\u00e9 de la \u00abminuscule\u00bb agitation humaine. En d\u00e9finitive, comme dans une trag\u00e9die, l\u2019attention du lecteur est confisqu\u00e9e au profit des protagonistes et tendue vers le d\u00e9nouement de la crise: apoth\u00e9ose pour les uns dans une mort qui signe leur vie; fuite pour les autres ou retour au monde du \u00abnon-sens\u00bb (VIIe partie) r\u00e9gi par des forces \u00e9conomiques qui dominent les hommes au lieu de les servir.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019\u00e9pilogue japonais (VIIe partie) transmet un message de foi en l\u2019action, que l\u2019auteur confie \u00e0 May. L\u2019\u00abeffort des hommes\u00bb\u00a0\u2014 le travail r\u00e9volutionnaire des insurg\u00e9s de Chang-hai\u00a0\u2014, loin d\u2019\u00eatre perdu, p\u00e9n\u00e8tre l\u2019Histoire d\u2019un germe d\u2019esp\u00e9rance, comme si se formait entre les g\u00e9n\u00e9rations une cha\u00eene de fraternit\u00e9. Cette p\u00e9riodicit\u00e9 de la r\u00e9volte contre une humiliation m\u00e9taphysique, m\u00e9taphoris\u00e9e dans ce roman en frustration sociologique et nationale, fonde en dignit\u00e9, pour le Malraux de\u00a01933\u00a0\u2014 et bient\u00f4t pour l\u2019auteur de l\u2019Espoir\u00a0\u2014 notre condition humaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>M.-A.\u00a0DE BEAUMARCHAIS<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-533","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/533","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}