{"id":527,"date":"2026-08-03T18:41:04","date_gmt":"2026-08-03T16:41:04","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=527"},"modified":"2026-08-03T18:41:04","modified_gmt":"2026-08-03T16:41:04","slug":"babylone","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=babylone","title":{"rendered":"Babylone"},"content":{"rendered":"<p>Babylone<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BABYLONE. Roman de Ren\u00e9 Crevel (1900-1935), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Kra en 1927.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Apr\u00e8s que Cynthia, rousse \u00e9tincelante, eut enlev\u00e9 son p\u00e8re, une petite fille assiste \u00e0 l\u2019\u00e9croulement de sa digne famille: la bonne cambriole; la grand-m\u00e8re se teint en blonde et fauche \u00e0 sa fille le nouveau gendre qu\u2019elle lui destinait. On remarie alors la femme d\u00e9laiss\u00e9e avec MacLouf, homme d\u2019\u00abun m\u00e8tre carr\u00e9\u00bb, ex-trafiquant devenu missionnaire chr\u00e9tien dans une Afrique rigolarde et sensuelle. L\u2019enfant grandit, comprenant qu\u2019il faut pour vivre \u00abressusciter le vent\u00bb, quand la famille se retrouve dans un Marseille o\u00f9 le sexe est omnipr\u00e9sent. Le grand-p\u00e8re, psychiatre positiviste, ne se d\u00e9partira de sa docte c\u00e9cit\u00e9 que pour y mourir, tandis que la m\u00e8re et son demi-pr\u00eacheur partent pour l\u2019Afrique, et qu\u2019\u00abAmie\u00bb\u00a0\u2014 la grand\u2019m\u00e8re\u00a0\u2014 devient folle sans avoir pu r\u00e9aliser son r\u00eave de construire une petite villa au nom discret de \u00abBabylone\u00bb. Reste une \u00abenfant qui devient femme\u00bb, bless\u00e9e, r\u00e9volt\u00e9e, et plus libre encore dans \u00abla ville de chair\u00bb que son propre d\u00e9sir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Une famille bourgeoise d\u00e9glingu\u00e9e par l\u2019irruption du d\u00e9sir, que personnifie la flamboyante Cynthia; une bonne qui se saoule au p\u00e9trole; une raide grand-m\u00e8re qui finit en Carabosse, sorte de Folle de Chaillot n\u2019ayant trouv\u00e9 meilleur refuge, apr\u00e8s sa coca\u00efne, que la tombe de son digne \u00e9poux, jusqu\u2019au bout in\u00e9branlable dans ses convictions de scientiste \u00e9triqu\u00e9&#8230; Jeu de massacre jubilatoire, entre la pol\u00e9mique et le po\u00e8me en prose, Babylone condense en effet dans son th\u00e9\u00e2tre de marionnettes caricaturales toutes les r\u00e9voltes du surr\u00e9aliste Crevel. Contre la bourgeoisie, d\u2019abord, sa pudibonderie cynique, ses pr\u00e9jug\u00e9s de classe, son mauvais go\u00fbt m\u00eame (au jardin, \u00abun saule pleureur, platement, imite l\u2019Andromaque des matin\u00e9es classiques\u00bb); contre une psychiatrie \u00e9triqu\u00e9e qui met en axiomes et en cages l\u2019effervescence de l\u2019imaginaire, baptisant \u00abactes champignons\u00bb ceux dont elle ne peut rendre compte; contre la religion, \u00e9touffante, morbide et de mauvaise foi, repr\u00e9sent\u00e9e par le lamentable nabot MacLouf; contre l\u2019Occident missionnaire, distribuant aux Africains comme au peuple de Marseille des livres saints inefficaces, puisque, entre deux \u00e9treintes, les marins \u00abs\u2019\u00e9tonnent qu\u2019il y ait des gens assez salauds pour jeter des pierres \u00e0 la femme adult\u00e8re\u00bb; contre le snobisme litt\u00e9raire enfin quand la grand-m\u00e8re devenue \u00abAmie\u00bb troque Racine contre Baudelaire dans les citations dont elle \u00e9maille un discours d\u00e9risoire. Mais la redoutable satire et le r\u00e8glement de comptes de Crevel avec sa propre enfance ne se limitent ni \u00e0 la r\u00e9ussite des effets comiques ni \u00e0 la seule provocation. Port\u00e9e par une incomparable respiration, Babylone, plaidoyer pour tous ceux qui ont \u00abvoulu ressusciter le vent\u00bb, constitue d\u2019abord un hymne \u00e0 la sensualit\u00e9, un appel d\u00e9bordant au plaisir: \u00abDouce saison des pivoines, les corps apr\u00e8s l\u2019amour ont l\u2019odeur du pain chaud. Les matafs qui demain vogueront, aujourd\u2019hui, narines fr\u00e9missantes, accordent tout ce qu\u2019ils veulent aux beaux Anglais, aux couples coloniaux et aux petites filles sans \u00e2ge.\u00bb Mais comme l\u2019esth\u00e9tique grotesque fait passer la charge pol\u00e9mique, la nervosit\u00e9 du phras\u00e9 \u00e9vite la saturation en images propre \u00e0 certains textes surr\u00e9alistes: accord\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans la fr\u00e9n\u00e9sie de la phrase, qui peut balancer du pamphlet \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration lyrique, les deux dangers de l\u2019impr\u00e9cation et de la boursouflure sont alors esquiv\u00e9s, d\u00e9bord\u00e9s dans la pulsation rageuse de Crevel. Rapport\u00e9 \u00e0 son seul contenu id\u00e9ologique, le propos pourrait certes passer pour simpliste et dat\u00e9 dans son \u00e9loge de la libert\u00e9 sexuelle\u00a0\u2014 pourtant probl\u00e9matique chez les surr\u00e9alistes eux-m\u00eames\u00a0\u2014, de l\u2019enfance, de l\u2019imaginaire associ\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie, ou d\u2019une Afrique r\u00eav\u00e9e; mais tout y est port\u00e9 par l\u2019accomplissement du rythme, qui joint le hal\u00e8tement des phrases br\u00e8ves aux plus complexes p\u00e9riodes. L\u2019image de Babylone demeure, qui plus est, ambivalente, d\u00e9signant non seulement l\u2019intensit\u00e9 d\u2019une Cynthia, la sympathique d\u00e9b\u00e2cle de la famille, mais aussi la putr\u00e9faction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 jug\u00e9e moribonde. L\u2019enfant qui devient femme, incarnation romanesque de la po\u00e9sie, luttera d\u2019\u00abindiff\u00e9rence\u00bb avec la ville prostitu\u00e9e, semblant proposer une existence plus souveraine et transparente que la seule hyst\u00e9rie des corps. Reste alors, dans un discours moins univoque qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, une \u00e9criture extraordinairement puissante, qui joue avec bonheur et pr\u00e9cision de ses propres exc\u00e8s en harmonisant sur son clavecin Diderot et L\u00e9on Bloy.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>O.\u00a0BARBARANT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-527","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/527","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=527"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}