{"id":526,"date":"2026-08-03T16:45:23","date_gmt":"2026-08-03T14:45:23","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=526"},"modified":"2026-08-03T16:45:23","modified_gmt":"2026-08-03T14:45:23","slug":"contre-sainte-beuve","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=contre-sainte-beuve","title":{"rendered":"Contre Sainte-Beuve"},"content":{"rendered":"<p>Contre Sainte-Beuve<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CONTRE SAINTE-BEUVE. Ensemble de textes de Marcel Proust (1871-1922), publi\u00e9s \u00e0 Paris par Bernard de Fallois chez Gallimard en 1954. Pierre Clarac a propos\u00e9 pour la \u00abPl\u00e9iade\u00bb un regroupement des textes diff\u00e9rent chez le m\u00eame \u00e9diteur en\u00a01971.<\/p>\n<p>En\u00a01908-1909 Proust \u00e9crivit divers articles avec le projet d\u2019en faire un roman qui serait aussi un essai d\u2019esth\u00e9tique et de critique litt\u00e9raire. Il h\u00e9sitait sur la forme d\u00e9finitive \u00e0 adopter et renon\u00e7a d\u00e8s\u00a01909 \u00e0 publier un ouvrage sous ce titre. \u00c0 de nombreuses reprises, il avait insist\u00e9 sur sa ferme intention de juxtaposer dans un m\u00eame livre roman et essai. Il avait d\u2019ailleurs d\u00e9crit l\u2019ouvrage qu\u2019il proposait au directeur du Mercure de France, en avril 1909: \u00abJe termine un livre qui malgr\u00e9 son titre provisoire: Contre Sainte-Beuve. Souvenirs d\u2019une matin\u00e9e est un v\u00e9ritable roman et extr\u00eamement impudique en certaines parties.\u00a0[&#8230;] Le livre finit bien par une longue conversation sur Sainte-Beuve et sur l\u2019esth\u00e9tique\u00a0[&#8230;], et quand on aura fini le livre, on verra (je le voudrais) que tout le roman n\u2019est que la mise en \u0153uvre des principes d\u2019art \u00e9mis dans cette derni\u00e8re partie, sorte de pr\u00e9face si vous voulez mise \u00e0 la fin.\u00bb C\u2019est bien le programme m\u00eame d\u2019\u00c0 la recherche du temps perdu qui est exprim\u00e9 ici. Avant le refus de Vallette et d\u00e8s\u00a01908 Proust avait en fait mis en chantier son grand roman, qu\u2019il a continu\u00e9 \u00e0 appeler Contre Sainte-Beuve jusqu\u2019\u00e0 la fin de\u00a01909. Les textes de l\u2019essai proprement dit (qui sont du reste les plus \u00abachev\u00e9s\u00bb et ne figureront plus sous cette forme dans la Recherche) apparaissent donc comme une r\u00e9capitulation du champ esth\u00e9tique dans lequel l\u2019\u00e9crivain situe son travail \u00e0 venir. Ajoutons que la grande perspicacit\u00e9 critique de Proust a \u00e9galement trouv\u00e9 \u00e0 se d\u00e9ployer dans quelques articles importants, notamment sur Flaubert (\u00ab\u00c0 propos du \u201cstyle\u201d de Flaubert\u00bb, Nouvelle Revue fran\u00e7aise, janvier 1920) et Baudelaire (\u00ab\u00c0 propos de Baudelaire\u00bb, Nouvelle Revue fran\u00e7aise, juin 1921).<\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de Bernard de Fallois qui, dans son \u00e9dition, incluait les divers d\u00e9veloppements romanesques (\u00abChambres\u00bb, \u00abSommeils\u00bb, \u00abJourn\u00e9es\u00bb&#8230;), Pierre Clarac, pour la \u00abBiblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00bb, n\u2019a retenu que les pages de critique autour du nom de Sainte-Beuve, consid\u00e9rant les passages narratifs comme des \u00e9bauches de la Recherche.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Un h\u00e9ros \u00abqui dit je\u00bb, en proie \u00e0 l\u2019insomnie, ne se souvient de certains moments cl\u00e9s de son pass\u00e9 qu\u2019\u00e0 la faveur de quelques d\u00e9clics (la saveur d\u2019une biscotte tremp\u00e9e dans du th\u00e9 par exemple) que sa m\u00e9moire lui livre avec une grande nettet\u00e9. Il revoit les diff\u00e9rentes chambres o\u00f9 il a dormi, les r\u00e9veils qu\u2019il y a connus. Les \u00abnoms de personnes\u00bb (ces \u00aburnes d\u2019inconnaissable\u00bb) lui ont fourni autrefois maintes occasions de r\u00eaver combien il serait d\u00e9licieux de vivre dans l\u2019ombre de certains \u00abdieux\u00bb comme les Guermantes. Mais la r\u00e9alit\u00e9 lui a vite inflig\u00e9 de cuisantes d\u00e9ceptions: ces aristocrates, en qui il avait plac\u00e9 tant d\u2019espoirs, manifestent une incontestable m\u00e9diocrit\u00e9, se r\u00e9v\u00e9lant par exemple de pi\u00e8tres lecteurs de Balzac. M\u00eame le charme de la \u00abcomtesse\u00bb se dissipe tr\u00e8s vite. Cependant tous les \u00eatres qu\u2019il a c\u00f4toy\u00e9s (comme ce \u00abmarquis de Quercy\u00bb qui fait partie de la \u00abrace maudite\u00bb des invertis), les lieux qu\u2019il a connus et les impressions qu\u2019il en a retir\u00e9es constituent, pour qui forme le projet d\u2019\u00e9crire, une mati\u00e8re dense et in\u00e9puisable: c\u2019est sa propre singularit\u00e9 que l\u2019\u00e9crivain r\u00e9v\u00e9lera en les \u00e9voquant. Un jour, \u00e0 propos d\u2019un article sur Sainte-Beuve qu\u2019il envisage d\u2019\u00e9crire, le h\u00e9ros va expliquer longuement \u00e0 sa m\u00e8re sur quels principes repose la \u00abm\u00e9thode\u00bb de celui qui a sans doute \u00e9t\u00e9 ind\u00fbment consid\u00e9r\u00e9 comme un grand critique. Son erreur consiste \u00e0 \u00e9valuer l\u2019\u0153uvre d\u2019un \u00e9crivain d\u2019apr\u00e8s la vie qu\u2019il a men\u00e9e et les jugements port\u00e9s par ceux qui l\u2019ont connu. Ce parti pris l\u2019a conduit \u00e0 \u00e9mettre des avis souvent injustes, parfois ridicules ou odieux sur des auteurs comme Balzac, Nerval ou Baudelaire. C\u2019est ainsi un contresens grossier que de consid\u00e9rer l\u2019\u00e9crivain de \u00abSylvie\u00bb comme un doux aquarelliste des paysages d\u2019Ile-de-France, une malhonn\u00eatet\u00e9 intellectuelle de qualifier l\u2019auteur des Fleurs du mal d\u2019\u00abaimable gar\u00e7on, p\u00e9trarquisant sur l\u2019horrible\u00bb, ou de r\u00e9duire Balzac \u00e0 sa soif de r\u00e9ussite sociale, en ne comprenant par ailleurs rien \u00e0 son g\u00e9nie dont l\u2019un des traits a consist\u00e9 par exemple \u00e0 reprendre les m\u00eames personnages d\u2019un roman \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de Sainte-Beuve, devenu assez vite simple \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur, Proust proc\u00e8de surtout ici \u00e0 un bilan de lecture r\u00e9pertoriant les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 partir desquelles il va b\u00e2tir son programme-cadre. De Nerval il retient la puissance du \u00absubjectivisme\u00bb, la vigoureuse aptitude \u00e0 empreindre la r\u00e9alit\u00e9 (et ses \u00abnoms de lieux\u00bb) de la couleur violente d\u2019un r\u00eave, d\u2019un souvenir, pour en extraire une \u00abqualit\u00e9 personnelle de la sensation\u00bb. Il per\u00e7oit dans \u00abSylvie\u00bb (voir les Filles du Feu) et son \u00abatmosph\u00e8re bleu\u00e2tre et pourpr\u00e9e\u00bb l\u2019invention d\u2019un langage au travers de l\u2019effort accompli pour lever par l\u2019\u00e9criture l\u2019\u00e9tranget\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame, pour \u00ab\u00e9clairer des nuances troubles, des lois profondes, des impressions presque insaisissables de l\u2019\u00e2me humaine\u00bb. Cette mise en valeur de moments privil\u00e9gi\u00e9s que le verbe nervalien parvient \u00e0 isoler, Proust la retrouve chez Baudelaire dont l\u2019\u0153uvre est \u00abcomme une plan\u00e8te o\u00f9 lui seul a habit\u00e9 et qui ne ressemblait \u00e0 rien de ce que nous connaissons\u00bb, un monde qui produit \u00abun \u00e9trange sectionnement du temps o\u00f9 seuls de rares jours notables apparaissent\u00bb et \u00abdont chaque po\u00e8me n\u2019est qu\u2019un fragment\u00bb. Proust appr\u00e9cie l\u2019impassibilit\u00e9 lucide avec laquelle le po\u00e8te raille ses propres souffrances et l\u2019usage qu\u2019il fait des objets les plus simples pour symboliser toutes les facettes de son univers spirituel. Contrairement \u00e0 Baudelaire, Balzac (chez qui \u00abil n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler de style\u00bb) a trop souvent c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la facilit\u00e9, dans les sentiments exprim\u00e9s, dans la formulation et dans les mobiles qui guident les personnages de ses romans, presque tous rong\u00e9s par l\u2019ambition sociale et dont les reparties sont insuffisamment caract\u00e9ris\u00e9es. Mais c\u2019est, selon Proust, dans cette \u00abvulgarit\u00e9\u00bb m\u00eame que le romancier, pour qui la vie et la litt\u00e9rature furent \u00e9troitement m\u00eal\u00e9es, puise la force avec laquelle il parvient \u00e0 donner \u00abune sorte de valeur litt\u00e9raire \u00e0 mille choses de la vie qui jusque-l\u00e0 nous paraissaient trop contingentes\u00bb. M\u00eame si Balzac n\u2019est pas parvenu, comme Flaubert, \u00e0 transformer la mati\u00e8re surabondante qu\u2019il livre au lecteur, et \u00e0 lui insuffler la puissance suggestive que Proust appelle pr\u00e9cis\u00e9ment le \u00abstyle\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0COGEZ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-526","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/526","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=526"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}