{"id":522,"date":"2026-08-03T15:48:42","date_gmt":"2026-08-03T13:48:42","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=522"},"modified":"2026-08-03T15:48:42","modified_gmt":"2026-08-03T13:48:42","slug":"le-lys-dans-la-vallee","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-lys-dans-la-vallee","title":{"rendered":"le Lys dans la vall\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Lys dans la vall\u00e9e (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LYS DANS LA VALL\u00c9E (le). Roman d\u2019Honor\u00e9 de Balzac (1799-1850), publi\u00e9 pour les deux premi\u00e8res parties, \u00ables Deux Enfances\u00bb et \u00ables Premi\u00e8res Amours\u00bb, dans la Revue de Paris de novembre \u00e0 d\u00e9cembre 1835, publication interrompue \u00e0 la suite de d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec Buloz, et en volume (avec deux parties suppl\u00e9mentaires: \u00ables Deux Femmes\u00bb et la r\u00e9ponse de Natalie \u00ab\u00c0 Monsieur le comte F\u00e9lix de Vandenesse\u00bb) chez Werdet en 1836, puis chez Charpentier en\u00a01839 et au tome\u00a0VII de la Com\u00e9die humaine, dans les \u00abSc\u00e8nes de la vie de province\u00bb \u00e0 Paris chez Furne, Dubochet et Hetzel en\u00a01844.<\/p>\n<p>Le Lys dans la vall\u00e9e, aujourd\u2019hui l\u2019un des romans les plus c\u00e9l\u00e8bres de Balzac, exalte un mysticisme sentimental, r\u00e9plique au mysticisme religieux de S\u00e9raph\u00eeta. Ce r\u00e9cit de la jeunesse et d\u2019une \u00e9ducation amoureuse, derri\u00e8re lequel se laissent deviner, en d\u00e9pit des d\u00e9n\u00e9gations du romancier, les amours de Balzac pour Mme\u00a0de Berny et d\u2019autres femmes, se pr\u00e9sente \u00e0 la fois comme le r\u00e9cit d\u2019une enfance malheureuse, un hymne lyrique \u00e0 la Touraine, l\u2019histoire d\u2019une double initiation du c\u0153ur et des sens, un roman \u00e9difiant, un drame de la frustration\u00a0\u2014 et une r\u00e9ponse \u00e0 Volupt\u00e9 de Sainte-Beuve, que Balzac jugeait trop facile.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>\u00abLes Deux Enfances\u00bb. Cadet d\u2019une famille aristocratique, F\u00e9lix de Vandenesse adresse \u00e0 sa ma\u00eetresse, Natalie de Manerville, le r\u00e9cit de son enfance et de sa jeunesse entre une m\u00e8re peu aimante, son fr\u00e8re Charles, le favori, des s\u0153urs peu affectueuses et une triste pension. \u00c0 Tours, \u00e0 la veille de la Restauration (mai\u00a01814), il assiste \u00e0 un bal o\u00f9 la beaut\u00e9 d\u2019une jeune femme provoque en lui une passion irr\u00e9sistible. Il d\u00e9pose un baiser sur ses \u00e9paules mais l\u2019inconnue s\u2019\u00e9loigne offens\u00e9e. Il la retrouve en vacances au ch\u00e2teau de Clochegourde, sur les bords de l\u2019Indre. \u00abLys de cette vall\u00e9e\u00bb, la comtesseBlanche Henriette de Mortsauf vit une existence douloureuse entre le comte, son violent et sombre \u00e9poux, et ses enfants maladifs, Madeleine et Jacques. L\u2019hypocondriaque M.\u00a0de Mortsauf prend F\u00e9lix comme partenaire de jeu, qui peut alors \u00e9changer des confidences avec celle qu\u2019il appelle d\u00e9sormais Henriette.<\/p>\n<p>\u00abLes Premi\u00e8res Amours\u00bb. Un amour discret et chaste na\u00eet, exprim\u00e9 par des bouquets de fleurs. Le bonheur se prolonge pendant quelques mois. Appel\u00e9 en octobre \u00e0 Paris pour y faire carri\u00e8re, muni d\u2019une longue lettre d\u2019Henriette lui expliquant comment r\u00e9ussir, F\u00e9lix y brille et, gr\u00e2ce \u00e0 Louis\u00a0XVIII, devient ma\u00eetre des requ\u00eates. En\u00a01817, il passe un cong\u00e9 en Touraine. Il se rapproche encore plus d\u2019Henriette, et tous deux soignent M.\u00a0de Mortsauf, tomb\u00e9 malade.<br \/>\n\u00abLes Deux Femmes\u00bb. \u00c0 Paris, F\u00e9lix devient l\u2019amant de la sensuelle lady Arabelle Dudley sans oublier l\u2019\u00ab\u00e9pouse de l\u2019\u00e2me\u00bb, avec qui il correspond r\u00e9guli\u00e8rement. Apprenant son infid\u00e9lit\u00e9, Henriette cesse de lui \u00e9crire, l\u2019accueille froidement en juin 1820 et finit par lui pardonner, tout en doutant de sa vie, de sa vertu et d\u2019elle-m\u00eame. Arabelle s\u2019installe pr\u00e8s de Clochegourde, et, plac\u00e9 dans une situation intol\u00e9rable, F\u00e9lix doit renoncer \u00e0 partager entre les deux femmes ses jours et ses nuits. Rentr\u00e9 \u00e0 Paris, lass\u00e9 de son Anglaise, F\u00e9lix accourt \u00e0 Clochegourde d\u00e8s qu\u2019il apprend l\u2019\u00e9tat alarmant de Mme\u00a0de Mortsauf, et il assiste aux derniers jours d\u2019Henriette. \u00c0 l\u2019agonie, elle exhale am\u00e8rement son d\u00e9sespoir de n\u2019avoir pas v\u00e9cu, contrainte par la morale. Sous l\u2019effet de l\u2019opium et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Fran\u00e7ois Birotteau (voir le Cur\u00e9 de Tours), elle retrouve son ang\u00e9lique puret\u00e9 et meurt chr\u00e9tiennement, apr\u00e8s avoir remis \u00e0 F\u00e9lix une lettre. Les obs\u00e8ques achev\u00e9es, F\u00e9lix lit cette missive o\u00f9 Henriette lui r\u00e9v\u00e8le que son d\u00e9vouement \u00e0 sa famille \u00e9tait la ran\u00e7on de sa passion. Elle lui demande de veiller sur les siens et d\u2019\u00e9pouser Madeleine. Mais celle-ci repousse F\u00e9lix et lui interdit l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Clochegourde. De retour \u00e0 Paris, F\u00e9lix se plonge dans le travail et commence une carri\u00e8re politique \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Charles\u00a0X en\u00a01824. Il termine son r\u00e9cit en sollicitant l\u2019amour \u00abpur et d\u00e9vou\u00e9\u00bb de sa ma\u00eetresse.<\/p>\n<p>Dans sa r\u00e9ponse, Natalie de Manerville le juge s\u00e9v\u00e8rement et lui annonce qu\u2019elle rompt. Elle craint que les images de la pure Henriette de Mortsauf et de la belle Arabelle ne s\u2019interposent sans cesse entre eux, et se d\u00e9clare incapable de r\u00e9unir \u00abl\u2019eau et le feu\u00bb.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Finalement class\u00e9 dans les \u00abSc\u00e8nes de la vie de province\u00bb, le roman traite la campagne comme un d\u00e9cor, v\u00e9ritable \u00e9crin de la femme-fleur, et constitue le domaine de Clochegourde en lieu clos id\u00e9al o\u00f9 une \u00e2me d\u2019\u00e9lite cherche \u00e0 faire r\u00e9gner le bien, \u00e0 l\u2019instar des h\u00e9ros du M\u00e9decin de campagne ou du Cur\u00e9 de village. Or si ces deux derniers romans installent une utopie politico-sociale, la marque de l\u2019Histoire proc\u00e8de ici de la date de l\u2019intrigue: car la Restauration fait miroiter \u00e0 ce vieillard terrass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, l\u2019\u00e9migr\u00e9 Mortsauf, l\u2019illusion d\u2019une renaissance de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Mais Henriette, qui s\u2019efforce de faire prosp\u00e9rer Clochegourde, se heurte aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s sociales. Si F\u00e9lix, en bon ma\u00eetre des requ\u00eates, d\u00e9fend la politique de Louis\u00a0XVIII, le comte s\u2019enferme dans l\u2019ultraroyalisme. Henriette, en complet d\u00e9calage avec les forces qui dynamisent la soci\u00e9t\u00e9 des Rastignac ou des Nucingen, donne \u00e0 F\u00e9lix des conseils parfaitement anachroniques, lui recommandant de se m\u00e9fier des jeunes femmes et exaltant l\u2019honneur, la politesse et la loyaut\u00e9 comme armes chevaleresques de la fortune. Au cynisme de l\u2019arriviste, elle oppose la morale du devoir.<\/p>\n<p>Curieux roman par lettres, puisque le r\u00e9cit de F\u00e9lix, pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019ironique r\u00e9ponse de Natalie, se donne comme une missive de plusieurs centaines de pages o\u00f9 s\u2019ins\u00e8rent des lettres d\u2019Henriette, le Lys dans la vall\u00e9e met d\u2019abord en sc\u00e8ne des \u00eatres dou\u00e9s d\u2019une exceptionnelle sensibilit\u00e9. Jumeaux affectifs, F\u00e9lix et Henriette entretiennent des rapports ambigus. Enfant de la maison, F\u00e9lix se trouve plac\u00e9 entre un mari frustr\u00e9, habit\u00e9 par de violents d\u00e9sirs, et une \u00e9pouse apparemment froide, mais en fait sensuelle, qui ne se donne \u00e0 aucun de ses deux hommes. Henriette sera mortellement jalouse de la voluptueuse Arabelle, tout en ayant affect\u00e9 de rester une m\u00e8re pour F\u00e9lix, \u00abfils\u00bb adoptif incestueux. C\u2019est dire combien le sexe joue un r\u00f4le central pour cette \u00abfemme de trente ans\u00bb mal mari\u00e9e. De l\u00e0 le d\u00e9lire de l\u2019agonie, ce r\u00eave ultime de jouissance exprim\u00e9 devant celui qui sublimait son d\u00e9sir par des bouquets de fleurs. Plus r\u00e9v\u00e9latrice encore est la lettre posthume o\u00f9, rappelant le baiser du bal, ce premier et seul instant de jouissance, elle d\u00e9clare cr\u00fbment: \u00abAh! si dans ces moments o\u00f9 je redoublais de froideur, vous m\u2019eussiez prise dans vos bras, je serais morte de bonheur.\u00bb<\/p>\n<p>Cette Vierge sur terre contraste trop parfaitement avec Arabelle, la ma\u00eetresse du corps, pour que l\u2019on mette en doute sa virginale puret\u00e9. En elle se livre le terrible combat de l\u2019\u00e2me et des sens \u00e9lud\u00e9 par F\u00e9lix, partag\u00e9 de mani\u00e8re finalement confortable entre son ange et sa \u00absultane\u00bb, un F\u00e9lix que sa position narrative installe aussi comme celui qui cherche \u00e0 s\u00e9duire et \u00e9mouvoir par sa \u00abconfession\u00bb le destinataire absent, Natalie. Ce jeune homme est-il d\u2019ailleurs un h\u00e9ros qui se refuse \u00e0 profaner Henriette, ou un l\u00e2che qui lui refuse le plaisir qui la comblerait? Natalie lui \u00e9crit lucidement qu\u2019il a fait \u00abmourir de chagrin\u00bb la \u00abVierge de Clochegourde\u00bb et lui prouve que son c\u0153ur sec ne conna\u00eet pas les femmes. Jalousie ou solidarit\u00e9 f\u00e9minine? Elle renvoie en tout cas ce petit gar\u00e7on \u00e0 sa qu\u00eate d\u2019une maman en toute femme.<\/p>\n<p>Plus profond\u00e9ment, le roman peut se lire comme une \u0153uvre catholique. La mort d\u2019Henriette consacre le difficile triomphe de la vertu au terme d\u2019une v\u00e9ritable passion. R\u00e9concili\u00e9e avec Dieu apr\u00e8s son \u00abCantique des cantiques\u00bb, Henriette, si elle se venge peut-\u00eatre par sa derni\u00e8re lettre, se sauve par sa mort, retrouvant ainsi sa v\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00e9pouse, tout en mourant \u00e0 l\u2019amour. Terrible triomphe de la Loi, qui la pr\u00e9serve non de la passion amoureuse, mais de son coupable accomplissement. Femme fid\u00e8le, gardienne de la famille, m\u00e8re sulpicienne, Henriette a finalement synth\u00e9tis\u00e9 dans son rapport \u00e0 F\u00e9lix les vertus maternelles et familiales comme m\u00e8re et s\u0153ur de compensation pour un \u00eatre priv\u00e9 d\u2019enfance. L\u2019adult\u00e8re moral s\u2019efface alors derri\u00e8re cette victoire spirituelle.<\/p>\n<p>\u00c0 ce catholicisme po\u00e9tique, s\u2019ajoute dans la fiction l\u2019impr\u00e9gnation d\u2019une doctrine th\u00e9osophique, le martinisme issu de l\u2019Homme de d\u00e9sir de Saint-Martin, le \u00abphilosophe inconnu\u00bb. Ce sto\u00efcisme ang\u00e9lique inspire \u00e0 Henriette sa th\u00e9orie des devoirs et lui fait partout percevoir le doigt de Dieu, \u00e9rigeant sa vie en aventure spirituelle. Les \u00e9preuves subies lui font parcourir les cercles de l\u2019Enfer avant de la conduire au Ciel, cette surnature, alors que la soci\u00e9t\u00e9, par ses codes et ses lois\u00a0\u2014 pleinement assum\u00e9s par l\u2019h\u00e9ro\u00efne\u00a0\u2014, contrarie la nature, \u00e0 laquelle elle choisit douloureusement de rester sourde. S\u2019explique ainsi le recours au langage m\u00e9taphorique et symbolique des fleurs (les bouquets de F\u00e9lix) et de l\u2019\u00e9motion esth\u00e9tique dans le cadre tourangeau. De la volupt\u00e9, le roman d\u2019amour de F\u00e9lix et Henriette ne connaitra que d\u2019enivrants parfums au bord d\u2019une rivi\u00e8re, lien liquide de leur bonheur. Le Lys dans la vall\u00e9e, roman du silence et de la suggestion, est l\u2019un des po\u00e8mes les plus riches de la Com\u00e9die humaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-522","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/522","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=522"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}