{"id":521,"date":"2026-08-03T15:02:41","date_gmt":"2026-08-03T13:02:41","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=521"},"modified":"2026-08-03T15:02:41","modified_gmt":"2026-08-03T13:02:41","slug":"lidee-fixe","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=lidee-fixe","title":{"rendered":"l&#8217;Id\u00e9e fixe"},"content":{"rendered":"<p>Id\u00e9e fixe (l\u2019)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ID\u00c9E FIXE (l\u2019) ou Deux Hommes \u00e0 la mer. Dialogue de Paul Val\u00e9ry (1871-1945), publi\u00e9 sous la direction de Robert Lang \u00e0 Paris par les Laboratoires Martinet en 1932. Destin\u00e9 \u00e0 l\u2019origine \u00e0 un public de m\u00e9decins, ce texte fut r\u00e9\u00e9dit\u00e9 deux ans plus tard chez Gallimard.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Un \u00e9crivain, en proie \u00e0 une id\u00e9e fixe qui le fait souffrir, erre sans pouvoir trouver le soulagement. Il parvient au bord de la mer o\u00f9 il rencontre un m\u00e9decin de sa connaissance qui, sujet, lui, au \u00abmal de l\u2019activit\u00e9\u00bb, feint de peindre et de p\u00eacher pour occuper ses loisirs. La discussion s\u2019engage. L\u2019\u00e9crivain pr\u00e9tend qu\u2019il ne peut y avoir d\u2019id\u00e9es \u00abfixes\u00bb car, l\u2019esprit \u00e9tant perp\u00e9tuel mouvement, il existe seulement quelques id\u00e9es \u00abomnivalentes\u00bb. La conversation vagabonde et passe de la nature des id\u00e9es \u00e0 celle de l\u2019univers ou des profondeurs int\u00e9rieures. Pour traduire la vie de son esprit, le litt\u00e9rateur s\u2019est forg\u00e9 un langage compos\u00e9 d\u2019expressions \u00e9tranges: \u00abomnivalence\u00bb, \u00abn\u00e9buleuse mentale\u00bb, \u00abimplexe\u00bb, \u00abperroquet\u00bb. Le docteur lui oppose les objections du positivisme et du bon sens, mais se prend bien vite au jeu de cette divagation. Son interlocuteur lui recommande d\u2019\u00e9crire une histoire de la th\u00e9rapeutique. De la morale, la discussion passe aux automatismes de la vie moderne, puis aux maladies de l\u2019esprit dont l\u2019homme de lettres discerne les germes chez chaque bien portant. Les progr\u00e8s de la science ont conduit les id\u00e9es \u00e0 vivre dangereusement. Mais le jour tombe et le m\u00e9decin part avec cet \u00e9trange patient qu\u2019il ne veut plus quitter, car \u00abun homme seul est toujours en mauvaise compagnie\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Ce dialogue cher \u00e0 Val\u00e9ry contraste avec la gravit\u00e9 un peu empes\u00e9e des autres dialogues d\u2019inspiration antique (Eupalinos, l\u2019\u00c2me et la Danse, Dialogue de l\u2019arbre). En effet, les id\u00e9es n\u2019y sont que \u00abl\u2019accessoire d\u2019un jeu dont la vitesse est l\u2019essentiel\u00bb. Et si un auteur habituellement si exigeant se laisse pour une fois aller \u00e0 \u00e9crire \u00abcomme on parle\u00bb\u00a0\u2014 pour des raisons qu\u2019il \u00e9voque dans l\u2019Avis au lecteur (\u00abCe livre est enfant de la h\u00e2te\u00bb)\u00a0\u2014, il pr\u00e9cise aussit\u00f4t que toutefois, \u00e0 cette \u00e9poque, \u00abon parlait bien\u00bb. Malgr\u00e9 une assez longue introduction narrative, ni le lieu, ni la date de la discussion, ni l\u2019identit\u00e9 des personnages ne sont pr\u00e9cis\u00e9s: on sait seulement qu\u2019au bord de la mer un m\u00e9decin et un homme de lettres conversent librement. Cette ind\u00e9termination, li\u00e9e sans doute au refus par Val\u00e9ry des conventions du romanesque, a aussi pour but de conserver au dialogue son caract\u00e8re de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. M\u00eame l\u2019id\u00e9e fixe que fuit le litt\u00e9rateur n\u2019est jamais explicitement formul\u00e9e; le lecteur ne conna\u00eet que son lien avec \u00abl\u2019absurde\u00bb. Cependant, on notera que dans l\u2019\u00e9dition de\u00a01936 des \u0152uvres, les r\u00e9pliques, au lieu d\u2019\u00eatre simplement annonc\u00e9es par un tiret, \u00e9taient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es de la mention: \u00abMoi\u00bb ou \u00able Docteur\u00bb. Ainsi l\u2019homme de lettres est-il le reflet changeant de l\u2019auteur Paul Val\u00e9ry, qui attribue avec humour, par la bouche du m\u00e9decin, l\u2019un des aphorismes de Tel Quel \u00e0 \u00abun auteur peu lisible&#8230;, un herm\u00e9tique\u00bb.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le m\u00e9decin incarnant le bon sens positiviste face au r\u00eaveur \u00e9veill\u00e9 qu\u2019est son protagoniste, l\u2019\u00e9change appara\u00eet comme essentiellement cr\u00e9atif. L\u2019\u00e9laboration commune des id\u00e9es (\u00abAttendez que j\u2019aie trouv\u00e9\u00bb) est \u00e0 l\u2019image du fonctionnement de l\u2019esprit; et l\u2019univers lui-m\u00eame appara\u00eet comme \u00abune gigantesque op\u00e9ration de transformation\u00bb qui serait \u00e0 la recherche d\u2019une pens\u00e9e (\u00abSon id\u00e9e fixe\u00bb, sugg\u00e8re le docteur). C\u2019est pourquoi le litt\u00e9rateur s\u2019est vou\u00e9 \u00e0 une entreprise de r\u00e9novation du langage et de chasse aux expressions toutes faites, qu\u2019il qualifie de \u00abperroquets\u00bb. \u00abId\u00e9e fixe\u00bb par exemple n\u2019a aucun sens; il faut plut\u00f4t parler d\u2019id\u00e9e \u00abomnivalente\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qui \u00abs\u2019accroche \u00e0 tout\u00bb. De m\u00eame, la notion de profondeur aboutit \u00e0 des paradoxes insondables: \u00abCe qu\u2019il y a de plus profond dans l\u2019homme, c\u2019est la peau\u00bb (l\u2019ectoderme est en effet \u00e0 l\u2019origine du cerveau). En revanche, il n\u2019existe pas de mot pour d\u00e9signer \u00abce en quoi et par quoi nous sommes \u00e9ventuels\u00bb. Ce mot-l\u00e0, il faut l\u2019inventer: c\u2019est l\u2019\u00abimplexe\u00bb. L\u2019homme de l\u2019esprit, isol\u00e9 au milieu des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, doit donc cr\u00e9er ses propres outils. \u00abJe me consid\u00e8re comme un Robinson intellectuel\u00bb, dit l\u2019\u00e9crivain. L\u2019\u00e9criture appara\u00eet alors comme l\u2019op\u00e9ration qui consiste \u00e0 \u00abr\u00e9soudre une n\u00e9buleuse\u00bb afin de restituer la seule v\u00e9rit\u00e9 de \u00abnous-m\u00eames\u00bb qui est celle de l\u2019instant. Quant au scientifique, il lui faut d\u00e9sormais \u00eatre capable d\u2019adopter des \u00abpoints de vue d\u2019architecture\u00bb et devenir comme Einstein un artiste de premier ordre.<\/p>\n<p>Le genre du dialogue appara\u00eet ici, dans son aptitude \u00e0 porter la contradiction, comme le plus apte \u00e0 mettre en \u00e9vidence \u00abla nature de l\u2019id\u00e9e\u00a0[qui] est d\u2019intervenir\u00bb. Les m\u00e9andres d\u2019une conversation \u00e0 b\u00e2tons rompus et dont la fantaisie est le seul guide permettent aux deux interlocuteurs de \u00abnager, barboter dans ce qu\u2019on ignore au moyen de ce qu\u2019on sait! C\u2019est divin\u00bb. La souffrance obsessionnelle qui pousse l\u2019\u00e9crivain \u00e0 aller se changer les id\u00e9es se mue bien vite en humour absurde. Ainsi le m\u00e9decin se livre-t-il sans vergogne \u00e0 la \u00abpeinture virtuelle\u00bb et \u00e0 la \u00abp\u00eache n\u00e9gative\u00bb tandis que le litt\u00e9rateur \u00abextermine le cacato\u00e8s\u00bb et pourfend l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue. Les Pens\u00e9es de Pascal, plusieurs fois cit\u00e9es, sont d\u00e9tourn\u00e9es de leur sens \u00e0 des fins humoristiques; et la d\u00e9mence de la vie moderne est soulign\u00e9e par la vigueur de l\u2019expression. C\u2019est ainsi que le travail des m\u00e9nag\u00e8res consiste \u00e0 \u00abfaire sous le nom de mayonnaise des acrobaties collo\u00efdales\u00bb, et que les examens de m\u00e9decine ont toujours pour fin de mesurer \u00abla quantit\u00e9 de souvenirs par unit\u00e9 de temps\u00bb. La structure en mouvement du dialogue cr\u00e9e des boucles o\u00f9 la r\u00e9flexion, \u00e0 la fois vagabonde et insistante, repasse de temps \u00e0 autre par les m\u00eames points; et l\u2019enrichissant \u00abcombat des magiciens\u00bb que se livrent les deux acolytes n\u2019est pas sans rappeler, la na\u00efvet\u00e9 en moins, Bouvard et P\u00e9cuchet dans leur volont\u00e9 syst\u00e9matique d\u2019inventaire et de mise \u00e0 mal des \u00e9vidences de la b\u00eatise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHAFFNER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-521","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/521","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=521"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}