{"id":519,"date":"2026-08-03T09:04:01","date_gmt":"2026-08-03T07:04:01","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=519"},"modified":"2026-08-03T09:04:01","modified_gmt":"2026-08-03T07:04:01","slug":"en-attendant-godot","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=en-attendant-godot","title":{"rendered":"En attendant Godot"},"content":{"rendered":"<p>En attendant Godot<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>EN ATTENDANT GODOT. Pi\u00e8ce en deux actes et en prose de Samuel Beckett (Irlande, 1906-1989), publi\u00e9e \u00e0 Paris aux \u00c9ditions de Minuit en 1952, et cr\u00e9\u00e9e dans une mise en sc\u00e8ne de Roger Blin \u00e0 Paris au th\u00e9\u00e2tre Babylone le\u00a05\u00a0janvier 1953.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Deux personnages, Estragon (dit Gogo) et Vladimir (surnomm\u00e9 Didi), se retrouvent sur une route de campagne, pr\u00e8s d\u2019un arbre, dans un paysage tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9. Il s\u2019agit de deux clochards dont le dialogue r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s vite la raison de leur pr\u00e9sence en ce lieu: ils attendent un troisi\u00e8me personnage nomm\u00e9 Godot. Ils ne sont pas du tout s\u00fbrs qu\u2019il viendra et ne savent m\u00eame pas exactement qui il est ni ce qu\u2019ils souhaitent obtenir de lui. Cependant, pour patienter jusqu\u2019au moment de son arriv\u00e9e, ils engagent une conversation \u00e0 b\u00e2tons rompus o\u00f9 se succ\u00e8dent plaintes, \u00e9vocations de vagues souvenirs, petites chamailleries suivies de r\u00e9conciliations et diverses interrogations: Vladimir s\u2019\u00e9tonne par exemple subitement qu\u2019un seul des quatre \u00e9vang\u00e9listes ait \u00e9voqu\u00e9 le salut de l\u2019un des deux larrons crucifi\u00e9s en m\u00eame temps que le \u00abSauveur\u00bb. Ils sont ensuite rejoints par deux protagonistes qui composent un \u00e9trange couple: l\u2019un (Pozzo) tient l\u2019autre (Lucky) attach\u00e9 par une longue corde et entretient avec lui des rapports de ma\u00eetre cruel \u00e0 serviteur soumis \u00e0 ses moindres caprices et supportant en silence ses insultes et ses coups. Estragon et Vladimir s\u2019offusquent de cette fa\u00e7on de traiter un \u00eatre humain et demandent \u00e0 Pozzo pourquoi Lucky ne pose jamais ses bagages. C\u2019est parce qu\u2019 \u00abil cherche \u00e0 m\u2019apitoyer, r\u00e9pond Pozzo, pour que je renonce \u00e0 me s\u00e9parer de lui\u00bb avant d\u2019ajouter que Lucky joue pour lui le r\u00f4le de \u00abknouk\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de bouffon. Apr\u00e8s une explication sur la fa\u00e7on abrupte dont la nuit tombe en cette contr\u00e9e, Pozzo propose aux deux comp\u00e8res de faire danser et penser Lucky. Celui-ci ob\u00e9it et, apr\u00e8s une courte \u00abdanse du filet\u00bb, se lance dans une longue et p\u00e9nible tirade philosophique, t\u00e2tonnante et herm\u00e9tique. Apr\u00e8s le d\u00e9part de Pozzo et Lucky, un jeune gar\u00e7on vient annoncer \u00e0 Gogo et Didi que Godot ne viendra pas ce soir mais \u00abs\u00fbrement demain\u00bb (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Les deux personnages pr\u00e9c\u00e9dents se retrouvent au m\u00eame endroit apr\u00e8s s\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s pour la nuit. Estragon a tout oubli\u00e9 ou presque de ce qui s\u2019est pass\u00e9 la veille. Ils reprennent leur conversation. Gogo a trouv\u00e9 une paire de chaussures: Didi l\u2019incite \u00e0 les essayer en guise de distraction. Apr\u00e8s avoir eu recours sans conviction \u00e0 divers moyens de passer le temps (imiter Pozzo et Lucky, faire de la gymnastique), ils sont satisfaits de voir revenir Pozzo et Lucky. Le premier est devenu aveugle et, apr\u00e8s une chute, implore qu\u2019on lui apporte de l\u2019aide pour se remettre debout. Didi, ayant voulu lui porter secours, tombe \u00e0 son tour sans parvenir \u00e0 se redresser. Estragon conna\u00eet ensuite le m\u00eame sort. Apr\u00e8s une p\u00e9riode de reptation tout le monde parvient cependant \u00e0 se relever tant bien que mal. Didi interroge Pozzo pour savoir de quand datent sa c\u00e9cit\u00e9 et le mutisme de Lucky. Mais l\u2019autre, irrit\u00e9 de ces questions concernant le temps, quitte la sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son esclave. Le m\u00eame jeune gar\u00e7on revient ensuite porter \u00e0 Vladimir et Estragon le m\u00eame message qu\u2019\u00e0 l\u2019acte\u00a0I.\u00a0Ceux-ci prennent la d\u00e9cision de partir et de revenir le lendemain&#8230; mais ils ne bougent pas (Acte\u00a0II).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce qui fut jou\u00e9e depuis sa cr\u00e9ation sur de nombreuses sc\u00e8nes du monde entier a donn\u00e9 lieu \u00e0 une multitude d\u2019interpr\u00e9tations: elle doit sans aucun doute cette efflorescence \u00e0 sa structure d\u2019\u0153uvre \u00abouverte\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire con\u00e7ue comme un moule o\u00f9 les significations les plus diverses peuvent se trouver l\u00e9gitim\u00e9es. Mais en m\u00eame temps elle r\u00e9siste admirablement\u00a0\u2014 et c\u2019est en partie la fa\u00e7on dont elle exhibe la d\u00e9rision qui lui donne cette force\u00a0\u2014 \u00e0 toute explication d\u00e9finitive. Elle tire probablement son intensit\u00e9 de conviction du th\u00e8me universel qui la parcourt, qui la hante d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre: celui, bien entendu, de l\u2019attente. Mais cette attente pr\u00e9sente ici la particularit\u00e9 de ne pas \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e, de ne pas tendre \u00e0 un objectif pr\u00e9cis: obscur appel, convocation impr\u00e9cise, promesse incertaine (\u00abune sorte de pri\u00e8re\u00bb, \u00abune vague supplique\u00bb) dont les deux protagonistes ne savent trop ce qu\u2019ils doivent en escompter.<\/p>\n<p>Rien d\u2019\u00e9tonnant, d\u00e8s lors, que de nombreux commentateurs se soient sentis invit\u00e9s \u00e0 combler ce vide. De la lecture th\u00e9ologique (\u00e0 partir du passage sur les deux larrons et de la possibilit\u00e9 d\u2019entendre dans le nom Godot l\u2019anglais god\u00a0[dieu]), qui insiste sur la d\u00e9solation d\u2019un monde o\u00f9 Dieu est mort (\u00abElles accouchent \u00e0 cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c\u2019est la nuit \u00e0 nouveau\u00bb, Pozzo, Acte\u00a0II), \u00e0 l\u2019analyse consistant, en partie \u00e0 cause de l\u2019insignifiance des dialogues, \u00e0 rattacher cette pi\u00e8ce au courant dit de \u00abl\u2019absurde\u00bb en vogue au moment de sa cr\u00e9ation, les ex\u00e9g\u00e8ses n\u2019ont pas manqu\u00e9. Certains ont assimil\u00e9 cette \u0153uvre, eu \u00e9gard \u00e0 la vivacit\u00e9 parfois farcesque des r\u00e9pliques et \u00e0 la gestualit\u00e9 bouffonne des personnages, au spectacle de cirque, voire de music-hall (on songe \u00e9galement \u00e0 Chaplin); d\u2019autres, non sans raison, y ont vu une repr\u00e9sentation de la d\u00e9marche th\u00e9\u00e2trale elle-m\u00eame, autoris\u00e9s en cela par de nombreux clins d\u2019\u0153il de l\u2019auteur (comme par exemple lorsque Pozzo demande \u00e0 Didi et Gogo ce que ceux-ci pensent d\u2019une tirade qu\u2019il vient de d\u00e9biter tr\u00e8s pompeusement: \u00abComment m\u2019avez-vous trouv\u00e9? Bon? Moyen? Passable? Quelconque? Franchement mauvais?\u00bb). Mais on s\u2019est aussi interrog\u00e9 pour savoir si l\u2019on peut encore parler de \u00abth\u00e9\u00e2tre\u00bb \u00e0 propos de cette pi\u00e8ce qui semble explorer les limites de toute composition dramatique et o\u00f9, comme il lui a souvent \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9, \u00abil ne se passe rien\u00bb (c\u2019est d\u2019ailleurs en ces m\u00eames termes qu\u2019Estragon exprime son ennui: \u00abRien ne se passe, personne ne vient, personne ne s\u2019en va, c\u2019est terrible\u00bb). \u00abJ\u2019ai commenc\u00e9 d\u2019\u00e9crire Godot pour me d\u00e9tendre, pour fuir l\u2019horrible prose que j\u2019\u00e9crivais \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00bb, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un jour Beckett, ajoutant, non sans quelque provocation, qu\u2019il ne fallait voir dans cette \u0153uvre \u00abrien d\u2019autre qu\u2019une merveilleuse diversion lib\u00e9ratrice\u00bb. Cette d\u00e9claration \u00e9voque la p\u00e9riode o\u00f9, venant de terminer Malone meurt, il se sent, au dire de son entourage, dans un \u00e9tat de doute, bien peu s\u00fbr encore de voir port\u00e9 \u00e0 l\u2019attention d\u2019autrui l\u2019immense travail de romancier qu\u2019il vient d\u2019accomplir et qui se poursuit. En ce sens on peut en effet consid\u00e9rer la pi\u00e8ce comme une sorte de contrepoids \u00e0 l\u2019asc\u00e8se romanesque. \u00c0 la s\u00e9cheresse du monologue narratif r\u00e9pond ici la p\u00e9tulance des innombrables r\u00e9pliques, emprunt\u00e9es, et ceci est un trait vraiment nouveau au th\u00e9\u00e2tre \u00e0 cette \u00e9poque, au discours le plus quotidien puisque des proches y ont reconnu certains \u00e9changes de Beckett et de sa compagne Suzanne. \u00c0 l\u2019immobilit\u00e9 du narrateur des romans s\u2019oppose la pr\u00e9sence des corps sur les planches (l\u2019importance des indications sc\u00e9niques a souvent \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e). L\u2019auteur a jou\u00e9 en fait avec un grand bonheur de ce que l\u2019on pourrait appeler l\u2019\u00abeffet de couple\u00bb: on songe bien entendu \u00e0 Bouvard et P\u00e9cuchet. Comme si l\u2019artifice du partenaire (une m\u00eame voix qui s\u2019offre le r\u00e9confort de l\u2019\u00e9cho) permettait de dire avec pudeur, sous le masque de la bouffonnerie triviale des paroles \u00e9chang\u00e9es, un immense besoin de reconnaissance: \u00abEt puis, nous, on ne nous reconna\u00eet jamais\u00bb, dit en passant Vladimir, vite interrompu par Estragon. Le contraste est flagrant avec l\u2019autre paire, Pozzo-Lucky, qui a \u00e9galement fait couler beaucoup d\u2019encre. Comme si ces deux-ci repr\u00e9sentaient \u00e0 chaque acte le rappel \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du monde et \u00e0 son caract\u00e8re implacable, oppos\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive fantasmatique des deux comp\u00e8res Didi et Gogo, tourment\u00e9s, comme nous le sommes tous, par une aspiration sans visage, un d\u00e9sir de changement sans but pr\u00e9cis et que l\u2019on pourrait aussi qualifier de \u00abmortel\u00bb. Ce n\u2019est qu\u2019en biaisant, en faisant \u00abdiversion\u00bb que l\u2019on peut parvenir, comme en se jouant, \u00e0 n\u00e9gocier avec une semblable demande.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0COGEZ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-519","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/519","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=519"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}