{"id":518,"date":"2026-08-03T09:02:27","date_gmt":"2026-08-03T07:02:27","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=518"},"modified":"2026-08-03T09:02:27","modified_gmt":"2026-08-03T07:02:27","slug":"oh-les-beaux-jours","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=oh-les-beaux-jours","title":{"rendered":"Oh les beaux jours"},"content":{"rendered":"<p>Oh les beaux jours<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>OH LES BEAUX JOURS. Pi\u00e8ce en deux actes et en prose de Samuel Beckett (Irlande, 1906-1989), publi\u00e9e \u00e0 Paris aux \u00c9ditions de Minuit en 1963. \u00c9crite en anglais (Happy Days) en\u00a01960-1961, traduite en fran\u00e7ais par l\u2019auteur en\u00a01962, elle sera cr\u00e9\u00e9e \u00e0 New York et \u00e0 Berlin en\u00a01961, jou\u00e9e \u00e0 Londres en\u00a01962, puis \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019Od\u00e9on en\u00a01963, avec Madeleine Renaud dans le r\u00f4le de Winnie.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Sur sc\u00e8ne deux personnages: l\u2019un est une femme, Winnie, \u00abla cinquantaine, de beaux restes, blonde de pr\u00e9f\u00e9rence, grassouillette\u00bb. Au premier acte, elle est enfonc\u00e9e \u00abjusqu\u2019au-dessus de la taille\u00bb dans une petite \u00e9minence de terre, couverte d\u2019herbe br\u00fbl\u00e9e, d\u2019o\u00f9 ses bras d\u00e9passent. Derri\u00e8re ce petit \u00abmamelon\u00bb, sur lequel reposent divers objets (un grand sac, une ombrelle), se trouve son mari, Willie, invisible du public la plupart du temps. Pendant toute la dur\u00e9e de la pi\u00e8ce c\u2019est Winnie qui parle, s\u2019adressant \u00e0 Willie (qui ne lui r\u00e9pond que tr\u00e8s rarement), ou monologuant le plus souvent, tout en manipulant les quelques accessoires qu\u2019elle retire de son sac. Il lui suffit alors de le savoir l\u00e0, tout simplement, \u00ab\u00e0 port\u00e9e de voix\u00bb. Elle \u00e9voque le pass\u00e9 et commente ses propres gestes au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils s\u2019accomplissent, tr\u00e8s attentive \u00e0 ne pas en pr\u00e9cipiter le d\u00e9roulement afin que la journ\u00e9e ne comporte pas de temps mort. Au second acte elle est \u00abenterr\u00e9e jusqu\u2019au cou\u00bb et ne peut plus bouger que les yeux. Son discours se fait moins r\u00e9solument optimiste qu\u2019au premier acte. Elle attend le moment propice pour pouvoir chanter: elle ne le fera qu\u2019\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, alors qu\u2019entre-temps Willie se sera montr\u00e9 et aura tent\u00e9\u00a0\u2014 mais en vain\u00a0\u2014 de gravir \u00e0 quatre pattes le mamelon pour la rejoindre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Ainsi r\u00e9duites \u00e0 leur plus simple expression, \u00e0 leur d\u00e9rision, les mille ruses auxquelles la raison a recours pour soustraire l\u2019\u00eatre \u00e0 la tyrannie du temps prennent ici un relief saisissant. Chaque geste, chaque parole tirent leur densit\u00e9 du combat pour durer dont ils constituent l\u2019aboutissement. Car il s\u2019agit de parer \u00e0 tout prix l\u2019angoisse du temps mort: \u00abIl arrive que tout est fini, pour la journ\u00e9e, tout fait, tout dit, tout pr\u00eat, pour la nuit, et la journ\u00e9e pas finie, loin d\u2019\u00eatre finie, la nuit pas pr\u00eate, loin d\u2019\u00eatre pr\u00eate.\u00bb Pour s\u2019\u00e9viter cette douleur, il suffit d\u2019un peu de m\u00e9thode, et Winnie poss\u00e8de \u00e0 merveille l\u2019art d\u2019am\u00e9nager la dur\u00e9e de chaque jour. Elle encha\u00eene toujours \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames occupations dans le m\u00eame ordre, et se r\u00e9jouit de chaque petite circonstance impr\u00e9vue qui peut venir s\u2019y ajouter. Sa parole, qui semble in\u00e9puisable, ponctue le d\u00e9roulement de la journ\u00e9e et certaines formules y reviennent comme un leitmotiv de conjuration (\u00ab\u00c7a que je trouve si merveilleux\u00bb). \u00c0 moins que les mots eux-m\u00eames ne soient sujets \u00e0 d\u00e9faillance, car \u00abil est des moments o\u00f9 m\u00eame eux vous l\u00e2chent\u00bb, et en particulier ceux qui d\u00e9signent le temps, signes d\u2019une m\u00e9moire qui s\u2019effrite. Il peut m\u00eame arriver \u00e0 Winnie la gagneuse, l\u2019optimiste imp\u00e9nitente, de perdre parfois son assurance: \u00abIl y a si peu qu\u2019on puisse dire.\u00a0[&#8230;] On dit tout.\u00a0[&#8230;] Tout ce qu\u2019on peut\u00a0[&#8230;]. Et pas un mot de vrai nulle part.\u00bb Mais elle balaie ces assombrissements d\u2019une incantation jubilante en tirant par exemple de la pr\u00e9sence de Willie, aussi r\u00e9duite soit-elle, motif \u00e0 se f\u00e9liciter. Car, m\u00eame s\u2019ils ne peuvent rien l\u2019un pour l\u2019autre, ces deux \u00eatres parviennent parfois \u00e0 se masquer leur impuissance sous une tendre bouff\u00e9e de complicit\u00e9, exprim\u00e9e dans un \u00e9change de regards ou une explosion de rire. Dans l\u2019ensemble de son th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est bien ici l\u2019une des rares \u00e9chappatoires au n\u00e9ant que Beckett nous propose.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0COGEZ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-518","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/518","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}