{"id":515,"date":"2026-08-03T08:32:13","date_gmt":"2026-08-03T06:32:13","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=515"},"modified":"2026-08-03T08:32:13","modified_gmt":"2026-08-03T06:32:13","slug":"traite-sur-la-tolerance","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=traite-sur-la-tolerance","title":{"rendered":"Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance"},"content":{"rendered":"<p>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>TRAIT\u00c9 SUR LA TOL\u00c9RANCE. Ouvrage de Fran\u00e7ois Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), publi\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve chez Cramer en 1763.<\/p>\n<p>L\u2019affaire Calas fut \u00e0 l\u2019origine de ce Trait\u00e9. Le\u00a013\u00a0octobre\u00a01761, des commer\u00e7ants protestants de Toulouse, Jean Calas, son \u00e9pouse et deux de leurs fils, Marc-Antoine et Pierre, passent la soir\u00e9e dans leur appartement au premier \u00e9tage de la rue des Filatiers avec un ami, Gaubert de Lavaysse. Le fils a\u00een\u00e9, Marc-Antoine, s\u2019est retir\u00e9 apr\u00e8s le souper. Vers neuf heures trente, Gaubert de Lavaysse prend cong\u00e9. Le fils cadet, Pierre, descend pour le raccompagner. Au rez-de-chauss\u00e9e, ils d\u00e9couvrent le corps de Marc-Antoine, mort par strangulation. Les voisins s\u2019attroupent. On murmure que Marc-Antoine voulait abjurer le protestantisme et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un crime calviniste. Le capitoul, David de Beaudrigue, fait emprisonner les Calas, Gaubert de Lavaysse et la servante catholique, Jeanne Viguier. Il omet de dresser un proc\u00e8s-verbal. Par z\u00e8le religieux, il va s\u2019acharner contre les pr\u00e9venus. On enterre Marc-Antoine en grande pompe. Le\u00a018\u00a0novembre\u00a01761, un arr\u00eat des capitouls condamne les Calas \u00e0 la torture. Ils font appel de la sentence. Le Parlement de Paris casse cet arr\u00eat, mais condamne Jean Calas car il est \u00abvraisemblablement\u00bb la cause de la mort de son fils. Le\u00a09\u00a0mars\u00a01762, il meurt sur la roue en clamant son innocence.<\/p>\n<p>D\u00e8s la condamnation de Jean Calas, Voltaire avait \u00e9t\u00e9 alert\u00e9. D\u2019abord il ne se prononce point, puis acquiert la conviction qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une monstrueuse erreur judiciaire. Il multiplie les d\u00e9marches, publie en juillet 1762 des Pi\u00e8ces originales concernant la mort des sieurs Calas et le jugement rendu \u00e0 Toulouse, puis une supplique, \u00c0 Monseigneur le Chancelier, une Requ\u00eate au roi en son Conseil, un M\u00e9moire de Donat Calas, une Histoire d\u2019\u00c9lisabeth Canning et des Calas en ao\u00fbt 1762. Le\u00a07\u00a0mars\u00a01763, le Conseil du roi autorise l\u2019appel contre le jugement de Toulouse; Voltaire diffuse le Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Ce Trait\u00e9 prend pour point de d\u00e9part la l\u00e9gislation antiprotestante alors en vigueur: rappel de l\u2019histoire de Jean Calas, cons\u00e9quences de son supplice, id\u00e9e de la R\u00e9forme du\u00a0XVIe si\u00e8cle (chap.\u00a01-3). Le sujet s\u2019\u00e9largit \u00e0 des consid\u00e9rations politiques: si la tol\u00e9rance est dangereuse; comment elle peut \u00eatre admise; si elle est de droit naturel et de droit humain (4-6). Un large survol historique s\u2019ensuit. Les Grecs respectaient la libert\u00e9 de conscience (7); les Romains ne pers\u00e9cut\u00e8rent les chr\u00e9tiens que comme factieux (8-10), tandis que l\u2019\u00c9glise catholique r\u00e8gne par la terreur (11); les juifs, malgr\u00e9 des \u00ablois de sang\u00bb, pratiquent une extr\u00eame tol\u00e9rance (12-13); J\u00e9sus-Christ n\u2019a pr\u00each\u00e9 que l\u2019amour et la douceur (14-15). Voltaire illustre le fanatisme religieux en intercalant dans son expos\u00e9 deux chapitres de fiction: un dialogue entre un mourant et un pr\u00eatre qui d\u00e9nonce l\u2019affaire des \u00abbillets de confession\u00bb, une lettre attribu\u00e9e \u00e0 un j\u00e9suite (16-17). C\u2019est seulement contre ceux qui fomentent des troubles qu\u2019une non-tol\u00e9rance se justifie (18). Th\u00e8me illustr\u00e9 par une nouvelle fiction (19). Il ne faut pas entretenir le peuple dans la superstition, et la vraie religion ne consiste point dans des dogmes, mais dans des vertus (20-21). L\u2019ouvrage culmine avec un appel \u00e0 la tol\u00e9rance universelle et une \u00abPri\u00e8re \u00e0 Dieu\u00bb (22-23). En conclusion, Voltaire revient \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, d\u00e9nonce un \u00absaint libelle\u00bb contre la tol\u00e9rance, commente l\u2019arr\u00eat du Conseil du roi du\u00a07\u00a0mars\u00a01763 qui ouvre une possibilit\u00e9 de r\u00e9vision du proc\u00e8s (24-25). Il ajoutera un Post-scriptum apr\u00e8s la r\u00e9habilitation de Calas le\u00a09\u00a0mars\u00a01765, qu\u2019il c\u00e9l\u00e8bre comme une promesse pour l\u2019avenir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>La tol\u00e9rance n\u2019est pas une id\u00e9e neuve dans l\u2019\u0153uvre de Voltaire. De la Henriade \u00e0 Za\u00efre et Mahomet, des Lettres philosophiques au Po\u00e8me sur la loi naturelle, Voltaire avait combattu en sa faveur. Ce Trait\u00e9, par son contexte et par son influence, donne \u00e0 sa lutte une ampleur in\u00e9gal\u00e9e. Voltaire doit sans doute aux Lettres sur la tol\u00e9rance de Locke, aux ouvrages de Bayle condamnant la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes: Ce que c\u2019est que la France toute catholique sous le r\u00e8gne de Louis le Grand (1686) et le Commentaire philosophique sur ces paroles de J\u00e9sus-Christ: \u00abContrains-les d\u2019entrer\u00bb (1687). Voltaire ne se place pas sur le m\u00eame terrain. L\u00e0 o\u00f9 Locke plaide pour la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, Voltaire envisage de subordonner l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. L\u00e0 o\u00f9 Bayle d\u00e9fend les droits de la \u00abconscience errante\u00bb qu\u2019on ne saurait opprimer lorsqu\u2019elle s\u2019\u00e9gare de bonne foi, Voltaire met l\u2019accent sur le bien de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La l\u00e9gislation antiprotestante n\u2019est pas seulement un d\u00e9ni de justice, mais une erreur politique. Voltaire plaide la cause des calvinistes en tenant compte des mentalit\u00e9s. Qu\u2019on leur conc\u00e8de du moins un \u00e9tat civil: alors de riches familles reviendraient en France. Le gouvernement est fort, aucun d\u00e9sordre n\u2019est \u00e0 craindre: \u00abL\u2019humanit\u00e9 le demande, la raison le conseille, et la politique ne peut s\u2019en effrayer.\u00bb Ainsi, l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris montre que l\u2019intol\u00e9rance doit \u00eatre extirp\u00e9e. Les peuples civilis\u00e9s s\u2019en sont abstenus, autant que faire se peut, m\u00eame s\u2019ils se sont parfois rendus coupables d\u2019erreurs. Aux chr\u00e9tiens, Voltaire rappelle que, s\u2019ils veulent ressembler au Christ, ils doivent \u00eatre des \u00abmartyrs, et non pas des bourreaux\u00bb. Les atrocit\u00e9s des guerres de Religion, la folie des pers\u00e9cutions, ont eu pour origine des dogmes incertains, des disputes incompr\u00e9hensibles. Voltaire pr\u00eache avec conviction pour la tol\u00e9rance universelle qui doit nous faire regarder tous les hommes comme \u00abnos fr\u00e8res\u00bb. Ce plaidoyer trouve ses fondements dans une \u00e9loquente pri\u00e8re au \u00abDieu de tous les \u00eatres, de tous les mondes et de tous les temps\u00bb. Du point de vue de l\u2019\u00c9ternel, de petites diff\u00e9rences s\u00e9parent ces \u00abatomes perdus dans l\u2019immensit\u00e9\u00bb: \u00ablangages insuffisants\u00bb, \u00ablois imparfaites\u00bb, \u00abopinions insens\u00e9es\u00bb, rites r\u00e9duits \u00e0 des pratiques sans importance. Rien qui justifie qu\u2019on s\u2019\u00e9gorge. Pour prouver que l\u2019intol\u00e9rance est aussi absurde qu\u2019horrible, Voltaire varie les tons et les genres, brasse une large \u00e9rudition, introduit dans l\u2019expos\u00e9 un dialogue philosophique, un pamphlet, une fausse relation d\u2019une dispute en Chine, une pri\u00e8re. Le s\u00e9rieux du propos est soutenu par un art tr\u00e8s conscient.<\/p>\n<p>Par son sens de l\u2019universel, Voltaire a su poser un jalon essentiel dans la lente prise de conscience des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>C.\u00a0MERVAUD<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-515","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/515","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}