{"id":505,"date":"2026-08-02T16:49:27","date_gmt":"2026-08-02T14:49:27","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=505"},"modified":"2026-08-02T16:49:27","modified_gmt":"2026-08-02T14:49:27","slug":"candide","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=candide","title":{"rendered":"Candide"},"content":{"rendered":"<p>Candide<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CANDIDE ou l\u2019Optimisme. Conte de Fran\u00e7ois Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), publi\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve chez Cramer en 1759; r\u00e9\u00e9dition augment\u00e9e en\u00a01761.<\/p>\n<p>\u00abQu\u2019est-ce qu\u2019une brochure intitul\u00e9e Candide qu\u2019on d\u00e9bite, dit-on, avec scandale&#8230; On pr\u00e9tend qu\u2019il y a des gens assez impertinents pour m\u2019imputer cet ouvrage que je n\u2019ai jamais vu\u00bb: Voltaire multiplie les faux d\u00e9saveux, heureux de n\u2019\u00eatre point cru, pour ce Candide ou l\u2019Optimisme, traduit de l\u2019allemand de M.\u00a0le Docteur Ralph. Ce docteur Ralph d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Minden, l\u2019an de gr\u00e2ce\u00a01759, pr\u00e9cise l\u2019\u00e9dition de\u00a01761. Il avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 dans la Correspondance de Voltaire par un certain M.\u00a0Desmal ou D\u00e9mad, puis par son fr\u00e8re, \u00abcapitaine au r\u00e9giment de Brunswick\u00bb. Succ\u00e8s de l\u2019ouvrage. Candide reste le plus grand titre de gloire de Voltaire.<\/p>\n<p>Candide n\u2019a point \u00e9t\u00e9 improvis\u00e9. Lu sans doute dans une premi\u00e8re version \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur palatin auquel Voltaire rendit visite \u00e0 Mannheim en juillet 1758, il est achev\u00e9 en octobre de la m\u00eame ann\u00e9e. On dispose d\u2019un manuscrit envoy\u00e9 au duc de La Valli\u00e8re o\u00f9 se trouvent plusieurs versions du chapitre parisien. Candide est publi\u00e9 en janvier et f\u00e9vrier 1759. Ces quelques rep\u00e8res ne peuvent rendre compte de la gen\u00e8se d\u2019une \u0153uvre qui, sous une forme condens\u00e9e, est la somme des exp\u00e9riences, pens\u00e9es et lectures de Voltaire: tous les th\u00e8mes de Candide sont pr\u00e9sents dans la Correspondance entre\u00a01755 et\u00a01757. Le r\u00eave du jardin a pris corps avec l\u2019installation aux D\u00e9lices (1755). Le tremblement de terre de Lisbonne (1er novembre 1755), puis, en\u00a01756-1757, les horreurs de la guerre de Sept Ans infligent de cruels d\u00e9mentis aux sectateurs de l\u2019optimisme, dont la leibnizienne duchesse de Saxe-Gotha. La recherche des sources est sans fin: les \u00e9ditions critiques ont multipli\u00e9 les rapprochements sans \u00e9puiser sans doute la mati\u00e8re pour l\u2019auteur d\u2019une histoire universelle. Mais ce grand liseur est manifestement inspir\u00e9 quand il r\u00e9dige les aventures de son Candide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Jeune b\u00e2tard, Candide, esprit simple mais droit, vit en Westphalie dans le ch\u00e2teau de son oncle, le baron de Thunder-ten-Tronckh. Son ma\u00eetre Pangloss lui enseigne que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Il le croit, mais se fait chasser du \u00abparadis\u00bb pour un baiser donn\u00e9 \u00e0 sa cousine, Cun\u00e9gonde (chap.\u00a01). Enr\u00f4l\u00e9 par des recruteurs (2), t\u00e9moin d\u2019une \u00abboucherie h\u00e9ro\u00efque\u00bb entre troupes abares et bulgares, il d\u00e9serte et d\u00e9couvre en Hollande l\u2019intol\u00e9rance (3). Il retrouve Pangloss que la v\u00e9role a d\u00e9figur\u00e9. Pangloss lui raconte la destruction du \u00abplus beau des ch\u00e2teaux\u00bb, la mort de ses habitants. Candide et Pangloss sont recueillis par un bon anabaptiste, Jacques, qui les emm\u00e8ne au Portugal o\u00f9 il va commercer (4). Jacques p\u00e9rit au cours d\u2019une horrible temp\u00eate. Lorsque Candide et Pangloss arrivent \u00e0 Lisbonne, la terre se met \u00e0 trembler. Ils sont d\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019Inquisition pour quelques discours suspects (5). On fait un \u00abbel autodaf\u00e9\u00bb pour emp\u00eacher la terre de trembler de nouveau. Pangloss est pendu, Candide fess\u00e9 (6). Soign\u00e9 par une vieille, Candide retrouve Cun\u00e9gonde qui lui raconte son histoire (7-8). Elle partage ses faveurs entre le Juif don Issachar et le grand inquisiteur. Candide tue les deux amants de sa belle. Il s\u2019enfuit avec Cun\u00e9gonde et la vieille (9). Ils embarquent pour l\u2019Am\u00e9rique (10). La vieille, pendant la travers\u00e9e, leur raconte comment, fille d\u2019un pape et d\u2019une princesse, elle est devenue, apr\u00e8s maintes tribulations, servante et comment elle eut une fesse coup\u00e9e (11-12). Les fugitifs abordent \u00e0 Buenos-Aires dont le gouverneur s\u2019\u00e9prend pour Cun\u00e9gonde d\u2019une violente passion. Candide, recherch\u00e9 par la police, doit fuir (13). En compagnie de son valet Cacambo, il se rend chez les j\u00e9suites du Paraguay. Il retrouve le fr\u00e8re de Cun\u00e9gonde (14). Celui-ci s\u2019oppose au mariage de sa s\u0153ur avec un b\u00e2tard. Candide, fou de rage, le tue (15). Fuite de Candide et de Cacambo au pays des Oreillons qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 les manger, mais leur font gr\u00e2ce comme ennemis des j\u00e9suites (16). Ils arrivent dans l\u2019Eldorado, pays o\u00f9 tout va bien: richesses inou\u00efes, d\u00e9isme sans clerg\u00e9, monarchie \u00e9clair\u00e9e. Ils en repartent pourtant, munis de diamants, d\u00e9sireux de retrouver Cun\u00e9gonde et de s\u2019acheter un royaume (17-18). \u00c0 Surinam, apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 un n\u00e8gre victime de l\u2019esclavage, ils se s\u00e9parent. Cacambo part pour Buenos Aires; Candide, vol\u00e9 par un n\u00e9gociant hollandais, s\u2019embarque pour l\u2019Europe, accompagn\u00e9 du philosophe Martin (19). La travers\u00e9e se passe \u00e0 discuter avec Martin qui pense que tout va mal (20). En France, Candide est dup\u00e9 et vol\u00e9. Il trompe Cun\u00e9gonde \u00e0 Paris avec une fausse marquise (21-22). Oblig\u00e9s de fuir, Candide et Martin embarquent \u00e0 Dieppe, longent les c\u00f4tes anglaises et assistent \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un amiral (23), puis arrivent \u00e0 Venise o\u00f9 ils rencontrent P\u00e2quette, ancienne servante de Cun\u00e9gonde et amante de Pangloss, en compagnie d\u2019un th\u00e9atin, fr\u00e8re Girofl\u00e9e (24). Candide rend visite au seigneur Pococurant\u00e9. Combl\u00e9 de biens, celui-ci est blas\u00e9 (25). Pendant le carnaval, Candide soupe avec six rois d\u00e9tr\u00f4n\u00e9s. Il retrouve Cacambo; Cun\u00e9gonde est esclave en Turquie (26). Ils partent pour Constantinople, reconnaissent parmi les gal\u00e9riens Pangloss et le jeune baron \u00abressuscit\u00e9\u00bb (27) qui racontent leurs aventures (28). Candide rach\u00e8te Cun\u00e9gonde et la vieille. Il \u00e9pouse Cun\u00e9gonde devenue affreusement laide, malgr\u00e9 le refus de son fr\u00e8re (29). Le jeune baron ayant \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 aux gal\u00e8res, Candide ach\u00e8te, avec les derniers diamants de l\u2019Eldorado, une m\u00e9tairie. Tous sont r\u00e9unis et, \u00e0 l\u2019exemple d\u2019un bon vieillard turc du voisinage, ils vont \u00abcultiver\u00a0[leur] jardin\u00bb (30).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Comme Voltaire l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait avec Zadig ou la Destin\u00e9e, Memnon ou la Sagesse humaine, le titre associe le nom du h\u00e9ros, Candide, \u00e0 celui d\u2019une question philosophique, l\u2019optimisme. Ce couplage prend ici une valeur provocante parce qu\u2019il unit des mots aux connotations contradictoires: d\u2019une part, l\u2019innocence ou la na\u00efvet\u00e9 li\u00e9es au nom propre, d\u2019autre part, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la doctrine leibnizienne. Le h\u00e9ros n\u2019incarne pas ce courant de pens\u00e9e, on ne le dit pas optimiste: il est aux prises avec une philosophie, l\u2019optimisme. Cette confrontation s\u2019accomplit dans le cadre d\u2019un roman de formation. Le h\u00e9ros, dou\u00e9 d\u2019un \u00abesprit simple\u00bb, va conqu\u00e9rir difficilement son identit\u00e9 propre tant sa candeur native le pr\u00e9dispose \u00e0 croire ing\u00e9nument. Accentu\u00e9e par la philosophie du \u00abtout est bien\u00bb qui bloque toute remise en question, elle fait de lui le disciple d\u2019un ma\u00eetre qui l\u2019a \u00e9bloui. Son \u00abjugement assez droit\u00bb devrait lui permettre de penser par lui-m\u00eame, mais il lui faudra du temps pour conqu\u00e9rir son autonomie. Jusqu\u2019aux derni\u00e8res pages, il reste un t\u00e9moin comparant inlassablement les articles du cat\u00e9chisme inculqu\u00e9 par Pangloss aux horreurs du monde, sans vraiment en tirer de cons\u00e9quences. Il ne prononce qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re ligne le mot ambigu de la fin.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 un espace narratif largement exploit\u00e9 par Voltaire qui fait d\u00e9filer les formes multiples du mal, des catastrophes naturelles aux violences de l\u2019Histoire. Les exp\u00e9riences de Candide, lanc\u00e9 dans le vaste monde, sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019un inventaire de base. Celui-ci n\u2019est pas lin\u00e9aire. \u00c0 chacun des personnages crois\u00e9s par le h\u00e9ros s\u2019attache une nouvelle r\u00e9capitulation des mis\u00e8res et souffrances des hommes. Le malheur, l\u2019absurde, l\u2019odieux sont omnipr\u00e9sents. Ils offrent des variantes masculines ou f\u00e9minines (le destin des femmes, c\u2019est le viol ou la prostitution), des nuances sociales (les rois sont d\u00e9tr\u00f4n\u00e9s, le philosophe rong\u00e9 par la v\u00e9role). Et toujours, ces r\u00e9alit\u00e9s hideuses re\u00e7oivent une interpr\u00e9tation panglossienne qui para\u00eet aberrante.<\/p>\n<p>Les discours sont sans cesse d\u00e9mentis par les faits. Le \u00abtout est bien\u00bb, d\u00e9nonc\u00e9 avec une ironie grin\u00e7ante, trouve un semblant de confirmation dans l\u2019utopique Eldorado; mais Cun\u00e9gonde en est absente et toute affirmation individuelle impossible. Candide et Cacambo s\u2019empressent de quitter ce monde clos, sans avenir, condamn\u00e9 par sa perfection \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter ind\u00e9finiment. Le retour dans le monde r\u00e9el est sign\u00e9 par une nouvelle invasion du mal, m\u00eame si les richesses de l\u2019Eldorado permettent \u00e0 Candide d\u2019en moins souffrir. Il l\u2019est aussi sur le plan id\u00e9ologique par le \u00abtout est mal\u00bb du philosophe Martin. Tiraill\u00e9 entre deux philosophies contradictoires, Candide va p\u00e9niblement s\u2019acheminer vers le refus des syst\u00e8mes. Il fait taire l\u2019incorrigible Pangloss en le rappelant \u00e0 l\u2019ordre: \u00abMais il faut cultiver notre jardin.\u00bb Le b\u00e2tard est devenu ma\u00eetre d\u2019une communaut\u00e9 dont on a d\u00fb expulser l\u2019arrogant jeune baron, repr\u00e9sentant de valeurs aristocratiques qui n\u2019ont plus cours sur les bords de la Propontide. Les beaux ch\u00e2teaux ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9s; reste une m\u00e9tairie, en marge, pour rescap\u00e9s du naufrage de la vie. Fin de la candeur et mort de l\u2019optimisme: la vie humaine n\u2019a point d\u2019autre sens que celui qu\u2019on lui donne. La qu\u00eate d\u2019une belle, s\u2019achevant dans le d\u00e9risoire, les poursuites, enl\u00e8vements, naufrages, fausses morts, captivit\u00e9s, revers de fortune, toute cette mascarade des destins aboutit \u00e0 ce finale d\u00e9senchant\u00e9 et tonique. Le petit groupe s\u2019est mis au travail; malgr\u00e9 les d\u00e9sillusions et les insatisfactions, la rage de vivre l\u2019emporte. Sans vivre bien, du moins peut-on vivre mieux. Par-del\u00e0 ce d\u00e9nouement \u00abb\u00eate comme la vie\u00bb, reste l\u2019enchantement de pages \u00e0 la gaiet\u00e9 corrosive.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C.\u00a0MERVAUD<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-505","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/505","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=505"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}