{"id":49,"date":"2026-07-21T11:31:27","date_gmt":"2026-07-21T09:31:27","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=49"},"modified":"2026-07-21T11:54:41","modified_gmt":"2026-07-21T09:54:41","slug":"les-champs-magnetiques","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=les-champs-magnetiques","title":{"rendered":"Les champs magn\u00e9tiques"},"content":{"rendered":"<p>Champs magn\u00e9tiques (les)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CHAMPS MAGN\u00c9TIQUES (les). Recueil po\u00e9tique en prose d\u2019Andr\u00e9 Breton (1896-1966) et Philippe Soupault (1897-1990), publi\u00e9 \u00e0 Paris aux \u00c9ditions Au Sans Pareil en 1920. L\u2019\u0153uvre ne sera ensuite r\u00e9\u00e9dit\u00e9e qu\u2019en\u00a01967, chez Gallimard, accompagn\u00e9e de deux dialogues, divis\u00e9s en actes et sc\u00e8nes, dus \u00e9galement \u00e0 la collaboration des deux \u00e9crivains: \u00abS\u2019il vous pla\u00eet\u00bb (paru dans Litt\u00e9rature en septembre-octobre\u00a01920) et \u00abVous m\u2019oublierez\u00bb (paru dans Litt\u00e9rature le\u00a01er septembre 1922).<\/p>\n<p>La majeure partie des Champs magn\u00e9tiques a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e au printemps\u00a01919, c\u2019est-\u00e0-dire avant que le groupe d\u2019\u00e9crivains rassembl\u00e9s autour de la revue Litt\u00e9rature ne se tourne vers le mouvement dada. L\u2019ouvrage participe d\u2019une sorte de projet exp\u00e9rimental visant \u00e0 explorer les m\u00e9canismes de l\u2019\u00e9criture automatique. Les deux \u00e9crivains, pendant une ou deux semaines (six \u00e0 huit jours d\u2019apr\u00e8s Breton et une quinzaine d\u2019apr\u00e8s Soupault), s\u2019adonn\u00e8rent de fa\u00e7on tr\u00e8s intense \u00e0 leur entreprise, \u00e9crivant parfois \u00abhuit ou dix heures cons\u00e9cutives\u00bb (Breton, Entretiens).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Les sept premiers chapitres (\u00abla Glace sans tain\u00bb, \u00abSaisons\u00bb, \u00ab\u00c9clipses\u00bb, \u00abEn\u00a080 jours\u00bb, \u00abBarri\u00e8res\u00bb, \u00abNe bougeons plus\u00bb, \u00abGants blancs\u00bb) sont en prose et constituent la plus grande partie du recueil. Viennent ensuite deux chapitres en vers intitul\u00e9s \u00abLe pagure dit\u00bb. Le texte se termine par une signature ironique; le dernier \u00abpo\u00e8me\u00bb du recueil s\u2019intitule en effet \u201cla Fin de tout\u201d et participe de la pratique po\u00e9tique du collage (voir Mont de pi\u00e9t\u00e9) ch\u00e8re \u00e0 Breton: le nom des deux auteurs est encadr\u00e9 sur la page, accompagn\u00e9 de la mention \u00abBois et Charbons\u00bb, l\u2019ensemble figurant une sorte d\u2019enseigne ou de carte n\u00e9crologique. Une d\u00e9dicace \u00e0 Jacques Vach\u00e9 cl\u00f4t l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>La division du livre en chapitres correspond \u00e0 des variations de vitesse de l\u2019\u00e9criture automatique. Les auteurs ont volontairement m\u00eal\u00e9 leurs voix pour produire un unique ouvrage commun. L\u2019examen des manuscrits et les t\u00e9moignages ult\u00e9rieurs de Breton et Soupault permettent toutefois de pr\u00e9ciser le mode de composition des textes. Certains chapitres ont \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement \u00e9crits par l\u2019un des auteurs: \u00abSaisons\u00bb, \u00abEn\u00a080 jours\u00bb et les deux pi\u00e8ces intitul\u00e9es \u00abLe pagure dit\u00bb. D\u2019autres passages, en revanche, sont des sortes de dialogues que Breton et Soupault \u00e9crivaient alternativement: \u00abL\u2019un de nous lisait \u00e0 haute voix ce qu\u2019il venait d\u2019\u00e9crire rapidement et l\u2019autre y r\u00e9pondait sans r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019instant m\u00eame par \u00e9crit\u00bb, dira Soupault \u00e0 Serge Fauchereau en\u00a01983 (Digraphe n\u00b0\u00a030, juin 1983). Ce proc\u00e9d\u00e9 concerne essentiellement \u00abBarri\u00e8res\u00bb. La fa\u00e7on dont ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s les autres chapitres, qui comportent des apports issus des deux \u00e9crivains, est moins facile \u00e0 reconstituer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Les auteurs avaient tout d\u2019abord envisag\u00e9 d\u2019intituler le livre les Pr\u00e9cipit\u00e9s, peut-\u00eatre en songeant \u00e0 une phrase d\u2019\u00ab\u00c9clipses\u00bb: \u00abCe qui pr\u00e9c\u00e8de a trait aux singularit\u00e9s chimiques, aux beaux pr\u00e9cipit\u00e9s certains.\u00bb Le titre les Champs magn\u00e9tiques conserve en tout cas une image emprunt\u00e9e au domaine de la physique, ce qui concorde bien avec l\u2019aspect exp\u00e9rimental de l\u2019ouvrage. Le titre d\u00e9finitif, \u00e0 travers l\u2019image du magn\u00e9tisme, souligne en outre le caract\u00e8re double de l\u2019\u00e9criture, les deux \u00e9crivains formant comme les deux p\u00f4les d\u2019un aimant. Julien Gracq commente la formule en ces termes: \u00abNul doute que Breton, en intitulant son premier ouvrage proprement surr\u00e9aliste les Champs magn\u00e9tiques, nous ait livr\u00e9\u00a0[&#8230;] une dominante imaginative, un sch\u00e9ma moteur inn\u00e9, vital, qui intervient \u00e0 chaque instant pour dynamiser les contacts, substituer au rapprochement l\u2019attirance et au chaos apparent des impulsions le jeu de forces ordonnatrices invisibles\u00bb (Andr\u00e9 Breton,\u00a01948). Enfin, le titre renvoie \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a quelque chose d\u2019extraordinaire tout en \u00e9tant explicable scientifiquement. Il en va de m\u00eame pour l\u2019\u00e9criture automatique: elle est source de toutes les magies po\u00e9tiques et trouve son origine dans les pratiques cliniques et les d\u00e9couvertes de Freud.<\/p>\n<p>Dans le premier des Manifestes du surr\u00e9alisme, Breton rattache directement la naissance de l\u2019\u00e9criture automatique aux travaux de Freud: \u00abTout occup\u00e9 que j\u2019\u00e9tais encore de Freud \u00e0 cette \u00e9poque et familiaris\u00e9 avec ses m\u00e9thodes d\u2019examen\u00a0[&#8230;] je r\u00e9solus d\u2019obtenir de moi\u00a0[&#8230;] un monologue de d\u00e9bit aussi rapide que possible, sur lequel l\u2019esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne s\u2019embarrasse, par suite, d\u2019aucune r\u00e9ticence, et qui soit aussi exactement que possible la pens\u00e9e parl\u00e9e. Il m\u2019avait paru\u00a0[&#8230;] que la vitesse de la pens\u00e9e n\u2019est pas sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la parole, et qu\u2019elle ne d\u00e9fie pas forc\u00e9ment la langue, ni m\u00eame la plume qui court. C\u2019est dans ces dispositions que Philippe Soupault\u00a0[&#8230;] et moi nous entrepr\u00eemes de noircir du papier, avec un louable m\u00e9pris de ce qui pourrait s\u2019ensuivre litt\u00e9rairement.\u00bb<\/p>\n<p>La po\u00e9sie qui advient ainsi se trouve d\u00e9gag\u00e9e de l\u2019emprise de la raison. De plus, elle prouve l\u2019existence d\u2019un substrat commun enfoui, et c\u2019est justement pour cela que Breton ne voulait pas \u00e9crire l\u2019ouvrage seul. Il appr\u00e9cie ainsi les r\u00e9sultats obtenus: \u00abDans l\u2019ensemble, ceux de Soupault et les miens pr\u00e9sentaient une remarquable analogie: m\u00eame vice de construction, d\u00e9faillances de m\u00eame nature, mais aussi, de part et d\u2019autre, l\u2019illusion d\u2019une verve extraordinaire, beaucoup d\u2019\u00e9motion, un choix consid\u00e9rable d\u2019images d\u2019une qualit\u00e9 telle que nous n\u2019eussions pas \u00e9t\u00e9 capables d\u2019en pr\u00e9parer une seule de longue main, un pittoresque tr\u00e8s sp\u00e9cial et, de-ci de-l\u00e0, quelque proposition d\u2019une bouffonnerie aigu\u00eb\u00bb (premier Manifeste du surr\u00e9alisme).<\/p>\n<p>L\u2019automatisme syst\u00e9matique du texte lui conf\u00e8re tout son int\u00e9r\u00eat mais indique aussi ses limites: \u00abLe Combat de Coqs de J\u00e9r\u00f4me \/ Une rupture de bans suivie de prospectus \/ Sable noir \/ Mon livre de paradis \/ Inspection solaire puis fra\u00eecheur r\u00e9elle \/ Je songe \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 dans le dortoir \/ On m\u2019a dit Qu\u2019avez-vous \u00e0 la place du c\u0153ur\u00bb (\u00abLe pagure dit\u00bb,\u00a0I). Non seulement le statut litt\u00e9raire de l\u2019\u0153uvre est probl\u00e9matique mais, en outre, c\u2019est le langage lui-m\u00eame, en tant que processus de signification, qui est mis en question. L\u2019exp\u00e9rience est toutefois pr\u00e9cieuse, et elle a laiss\u00e9 de durables traces tant dans les \u0153uvres surr\u00e9alistes que dans l\u2019ensemble de la litt\u00e9rature moderne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":51,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-49","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/49","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/51"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=49"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}