{"id":489,"date":"2026-08-02T14:54:55","date_gmt":"2026-08-02T12:54:55","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=489"},"modified":"2026-08-02T14:54:55","modified_gmt":"2026-08-02T12:54:55","slug":"le-laboratoire-central","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-laboratoire-central","title":{"rendered":"le Laboratoire central"},"content":{"rendered":"<p>Laboratoire central (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LABORATOIRE CENTRAL (le). Recueil po\u00e9tique de Max Jacob (1876-1944), publi\u00e9 \u00e0 Paris aux \u00c9ditions Au Sans Pareil en 1921.<\/p>\n<p>Max Jacob a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Marcel B\u00e9alu avoir \u00e9crit le Laboratoire central \u00abcomme \u00e7a\u00bb, \u00abpour se distraire\u00bb, et donc avoir fait une \u00aberreur\u00bb. Ce jugement, tardif et s\u00e9v\u00e8re, ne peut cependant condamner un recueil qui, dans sa composition, laisse deviner les temps forts de l\u2019itin\u00e9raire biographique et spirituel qui mena, en\u00a01921, le po\u00e8te \u00e0 la retraite de Saint-Beno\u00eet-sur-Loire.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Quatre parties se succ\u00e8dent, sans titres, sans que l\u2019ordre soit enti\u00e8rement inspir\u00e9 par la simple chronologie de la composition. Dans la premi\u00e8re partie, le po\u00e8te \u00e9voque les paysages de sa Bretagne natale (\u201cle D\u00e9part\u201d, \u201cQuimper\u201d, \u201cCancale\u201d, \u201cle Cr\u00e9puscule\u201d), qu\u2019il lui faut quitter. Cette s\u00e9paration, semblable \u00e0 celle du marin, fait de lui un \u00abinconnu\u00bb, un \u00abcitadin\u00bb en rupture avec la nature, un exil\u00e9 livr\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure dans une nouvelle Babylone, un \u00eatre qui doit, tel Hercule, choisir entre vice et vertu. Ces \u00abincertitudes\u00bb, les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me parties du recueil les d\u00e9veloppent. Malgr\u00e9 la fantaisie onirique et la volont\u00e9 de d\u00e9rision qui les animent, maintes pi\u00e8ces opposent un monde fou, r\u00e9gent\u00e9 par l\u2019astrologie dont Max Jacob se pr\u00e9tendait f\u00e9ru, en proie \u00e0 la violence et aux \u00abplaisirs fous\u00bb qui se dissimulent sous les masques de la f\u00eate, \u00e0 un autre monde o\u00f9 situer la po\u00e9sie (\u201cla Rue Ravignan\u201d), habit\u00e9 par le Christ, souvent inaccessible. Le po\u00e8te vit ce d\u00e9chirement entre deux univers (\u201cPlaintes d\u2019un prisonnier\u201d). La quatri\u00e8me partie, au contraire, est toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de l\u2019ardeur de la foi chr\u00e9tienne: les deux mondes se r\u00e9concilient (\u201cRenaissance de l\u2019esprit religieux\u201d); le po\u00e8te trouve, dans son amour, la force qui donne des accents proph\u00e9tiques \u00e0 sa d\u00e9nonciation du monde mat\u00e9rialiste (\u201cM\u00e9ditation pour le jour de No\u00ebl\u201d), ou il sait, dans ses pri\u00e8res, telle Marie-Madeleine, d\u00e9passer sa condition de p\u00e9cheur et se rapprocher de ses \u00abamis morts \u00e0 la guerre\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Peu de r\u00e9gularit\u00e9 en ces po\u00e8mes, o\u00f9 domine le vers libre, t\u00e9moignage de la libert\u00e9 que revendique le po\u00e8te en suivant l\u2019impulsion donn\u00e9e par les mots: \u00abAutour d\u2019un mot, se coagule une phrase, un vers, une strophe, une id\u00e9e.\u00bb Plus spontan\u00e9e que raisonn\u00e9e, en de v\u00e9ritables ricochets qui d\u00e9fient les lois pesantes de la logique, la po\u00e9sie emporte le lecteur, le surprend, le d\u00e9route. Le calembour, en particulier, est roi, source d\u2019incongruit\u00e9 et de discontinuit\u00e9 au centre d\u2019un po\u00e8me aux pr\u00e9tentions narratives: \u00abIl s\u2019amuse, oubli\u00e9 en quelque Moravie, \/ Des jeux divers d\u2019un mot ravi.\u00bb Le recours aux clich\u00e9s produira les m\u00eames effets; voici un pantalon digne des surr\u00e9alistes, aux airs de trombone: \u00abce pantalon est \u00e0 coulisse\u00bb. Max Jacob exp\u00e9rimente m\u00eame, dans son \u00ablaboratoire central\u00bb, toute la tradition litt\u00e9raire: fables de La Fontaine (\u201cle Renard au corbeau\u201d), ballade de Villon (\u201cVillonelle\u201d), invitation baudelairienne au voyage, idylle (\u201cV\u00e9ritable Petit Orchestre\u201d), \u00e9pop\u00e9e et mythologie (\u201cPetite Ville anglaise\u201d).<\/p>\n<p>Pourquoi un tel travail de d\u00e9cantation? \u00abL\u2019ironie qui se laisse ou qui ne se laisse pas voir donne \u00e0 l\u2019\u0153uvre cet \u00e9loignement sans lequel il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation.\u00bb Il faut prendre ses distances vis-\u00e0-vis du monde, \u00e0 des fins \u00e9thiques et esth\u00e9tiques. \u00c0 quoi bon la science, qui sert une soci\u00e9t\u00e9 mercantile? Mieux vaut utiliser \u00e0 une apocalypse tous les jeunes talents (\u201cLes volontaires espagnols quittent Paris\u201d). Ainsi, une voix \u00e9thique s\u2019\u00e9l\u00e8ve souvent dans le recueil, qui tance les p\u00e9cheresses (\u201c\u00c0 la chaudi\u00e8re\u201d), condamne le corps et le vice, \u00abPassage de la terre. \u00c9preuve de nos sens\u00bb. Mais ce discours \u00e9thique permet aussi le retour de ce qu\u2019il veut exclure: \u00e0 la faveur d\u2019une lettre, d\u2019un dialogue, autres manifestations de la diversit\u00e9 formelle du recueil, s\u2019insinue le fantasme (\u201cSommeil! Soleil!\u201d, \u201c\u00c0 mon beau-fr\u00e8re\u201d). Distant d\u2019un monde qu\u2019il condamne, le po\u00e8te trouve ainsi, dans la personne divine, un mod\u00e8le esth\u00e9tique (\u00abpriant Dieu et croyant \u00e0 la beaut\u00e9 des choses\u00bb). Pourtant, ne nous y trompons pas: Max Jacob aimait la f\u00eate et le divertissement. Et, po\u00e8te, il d\u00e9pendait de \u00abl\u2019argent,\u00a0[de] l\u2019opinion,\u00a0[de] la b\u00eatise d\u2019autrui\u00bb. Situ\u00e9 entre deux mondes, d\u00e9chir\u00e9 entre deux tentations, le sujet est un \u00eatre double, th\u00e8me que le recueil illustre volontiers (\u201cDoit et avoir\u201d), l\u2019habillant des costumes et des masques du bal. La d\u00e9rision sert le lyrisme bless\u00e9 d\u2019un \u00eatre qui, d\u00e8s son d\u00e9part de la Bretagne, a perdu son innocence et son \u00c9den. Dans un m\u00eame po\u00e8me (\u201cla Cor\u00e9e\u201d) ou d\u2019un po\u00e8me \u00e0 l\u2019autre (\u201c\u00c0 la chaudi\u00e8re\u201d, \u201cAux astres descendus\u201d) se succ\u00e8dent et se c\u00f4toient le rire et la d\u00e9tresse, et tous ces autres que d\u00e9nigre ou agresse un sujet accabl\u00e9 et d\u00e9chir\u00e9. Le po\u00e8te est l\u00e0, dans cette alternance de tons, d\u2019objets et d\u2019\u00eatres, riant d\u2019un rire qui le dissimule: ces voix superpos\u00e9es, qui entrent en conflit sans se r\u00e9concilier, le cr\u00e9ent. \u00abJ\u2019ai mes perdrix aussi, ce sont les \u00e2mes mortes \/ Qui colorent mon \u00e2me en vert, en jaune, en gris \/ Qui me disent s\u2019il faut que j\u2019entre ou que je sorte \/ Que je prenne l\u2019\u00e9p\u00e9e, que je tende la main.\u00bb La fantaisie trouve dans cette pluralit\u00e9 son plus tragique fondement. Jamais, ou presque (\u201cRenaissance de l\u2019esprit religieux\u201d), Max Jacob ne parle d\u2019une seule voix. Le po\u00e8me, tendu vers un absolu qui \u00e9chappe, est un chant d\u2019affrontements: \u00abPoussins d\u2019oiseaux de Paradis \/ Cui Cui! \/ Voulez-vous bien vous taire.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-489","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/489","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}