{"id":488,"date":"2026-08-02T14:52:43","date_gmt":"2026-08-02T12:52:43","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=488"},"modified":"2026-08-02T14:52:43","modified_gmt":"2026-08-02T12:52:43","slug":"le-cornet-a-des","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-cornet-a-des","title":{"rendered":"Le Cornet \u00e0 d\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Cornet \u00e0 d\u00e9s (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CORNET \u00c0 D\u00c9S (le). Recueil po\u00e9tique de Max Jacob (1876-1944), publi\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 compte d\u2019auteur en 1916.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Ces quelque cent soixante r\u00e9cits assez brefs, assortis de r\u00e9flexions teint\u00e9es d\u2019humour ou d\u00e9sabus\u00e9es, trouvent leur mati\u00e8re dans les sujets les plus divers. Max Jacob peut s\u2019inspirer de l\u2019actualit\u00e9 politique nationale (les expositions coloniales), internationale (l\u2019accession du Japon au rang de grande puissance), ou des d\u00e9bats artistiques contemporains (cubisme, modernisme, rejet de la culture classique). Il peut aussi puiser dans le bric \u00e0 brac de ses nombreux souvenirs de lecture, o\u00f9 se c\u00f4toient le Petit Poucet et Fant\u00f4mas, les M\u00e9moires de Sarah Bernhardt ou d\u2019une de ses cons\u0153urs et l\u2019Ancien Testament, o\u00f9 se confrontent les diff\u00e9rents genres (enqu\u00eate journalistique, compte rendu critique, pastiche, roman populaire, etc.). Il peut encore trouver dans sa vie l\u2019origine de certains de ses po\u00e8mes: le pass\u00e9 (l\u2019enfance \u00e0 Quimper), le pr\u00e9sent (la rue Ravignan, sa situation pr\u00e9caire qui affleure dans les notes obs\u00e9dantes de la blanchisseuse). Ces divers \u00e9l\u00e9ments sont repris, non pour eux-m\u00eames, mais fondus ensemble dans le po\u00e8me qui d\u00e9fie toujours toute logique et s\u2019abandonne aux \u00abdonn\u00e9es de l\u2019inconscient\u00bb. Jet\u00e9s au hasard du cornet, les d\u00e9s composent un po\u00e8me \u00e0 la formule toujours nouvelle. Cependant, si l\u2019humour domine dans la premi\u00e8re partie, il fait une place dans la deuxi\u00e8me partie du recueil \u00e0 un lyrisme plus douloureux et parfois d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Max Jacob fut une des figures l\u00e9gendaires de la boh\u00e8me montmartroise, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Andr\u00e9 Salmon et de Guillaume Apollinaire au d\u00e9but de ce si\u00e8cle. L\u2019humour, la fantaisie surgissent dans un jeu de mots (paralysie\/parasitisme), qui annonce parfois les cr\u00e9ations surr\u00e9alistes d\u2019un Desnos (voir Corps et Biens, \u201cRrose S\u00e9lavy\u201d): \u00able godet du gouleau et la goulette du go\u00fbt d\u2019eau\u00bb; ils naissent aussi des effets de surprise cr\u00e9\u00e9s par la r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 un genre litt\u00e9raire (\u201cGenre biographique\u201d, \u201cRoman feuilleton\u201d) et l\u2019exploitation ironique et banalisante qu\u2019en fait l\u2019auteur (\u00abQue venait faire notre h\u00e9ros dans cette vieille cit\u00e9 de Chartres, qui est si connue? Il venait chercher un m\u00e9decin\u00bb), au point de remettre en question, bien avant le Nouveau Roman, et comme Paul Val\u00e9ry, des mod\u00e8les romanesques reconnus et de plonger dans l\u2019embarras la logique rationnelle qui les sous-tend (\u201cles Indigents non ambulants et les autres\u201d, \u201cRoman populaire\u201d). \u00c0 ce plaisir de la mystification est livr\u00e9e toute la tradition litt\u00e9raire, de m\u00eame que toute une tradition po\u00e9tique sera analys\u00e9e dans le Laboratoire central.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il \u00e9crive des po\u00e8mes qui ne sont pas dans le go\u00fbt des siens, bien qu\u2019il adopte une \u00e9criture fond\u00e9e sur le refus de Baudelaire (\u00abMon enfant, ma s\u0153ur, tu pleures aujourd\u2019hui: tu regrettes la foire de Quimper\u00bb), de Rimbaud, de Victor Hugo, au romantisme trop d\u00e9clamatoire et trop \u00e9pique (\u201cPo\u00e8me d\u00e9clamatoire\u201d), bien qu\u2019il prenne souvent le parti de la parodie litt\u00e9raire, faisant se c\u00f4toyer le fantastique Fant\u00f4mas (voir Robert Desnos, Fortunes) et le cygne des symbolistes, livr\u00e9 aux calembours (\u00abSous le nom d\u2019\u00e9der, les cygnes aid\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9dredon\u00bb), Max Jacob a conscience de contribuer \u00e0 la d\u00e9finition du po\u00e8me en prose. Bref, clos sur lui-m\u00eame, souvent narratif, le po\u00e8me en prose, comme toute \u00ab\u0153uvre d\u2019art\u00a0[&#8230;] vaut par\u00a0[lui-m\u00eame] et non par la confrontation qu\u2019on peut faire avec la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. Il doit sa logique \u00e0 l\u2019\u00abesprit nouveau\u00bb dont Max Jacob d\u00e9finit les modes d\u2019expression dans son Art po\u00e9tique (1922) ouvert \u00e0 l\u2019exotisme des voyages, au prosa\u00efsme des \u00abnoms de rues et d\u2019enseignes\u00bb et \u00e0 \u00abl\u2019air de r\u00eave\u00bb, aux \u00abconclusions impr\u00e9vues\u00bb. Car toute cette d\u00e9rision de la litt\u00e9rature n\u2019est pas gratuite: \u00e0 travers le langage et dans la rupture avec la coh\u00e9rence spatio-temporelle du r\u00e9cit r\u00e9aliste, le sujet \u00e9crivant et le lecteur se tournent vers le myst\u00e8re et l\u2019inconnu: \u00abSoleil! Que de myst\u00e8res tu \u00e9claires autour de toi.\u00bb Dans le grand spectacle du monde, le po\u00e8te d\u00e9crypte les signes d\u2019une \u00e9nigme (\u201cMyst\u00e8re du ciel\u201d). Et l\u2019humour recouvre mal l\u2019angoisse d\u2019un \u00eatre qui, pour avoir rompu avec la s\u00e9curisante logique de ses a\u00een\u00e9s, se penche sur des \u00abpr\u00e9cipices\u00bb, habit\u00e9s par \u00abla mort, la mis\u00e8re et l\u2019infamie\u00bb. Quant au retour vers le pass\u00e9 familial, le monde des \u00abivresses\u00bb, il n\u2019est que \u201cRetour philosophique vers ce qui n\u2019est plus\u201d.<\/p>\n<p>Selon Max Jacob, une \u0153uvre doit \u00eatre \u00absitu\u00e9e\u00bb (Pr\u00e9face de\u00a01916): le po\u00e8me ne peut se contenter de d\u00e9crire, mais il doit \u00eatre compos\u00e9 de mat\u00e9riaux que l\u2019artiste assemble en vue de cr\u00e9er une \u00e9motion. Plus son pr\u00e9texte sera d\u00e9natur\u00e9, plus il sera impr\u00e9vu pour le lecteur (\u201cla Guerre\u201d). Cette esth\u00e9tique du d\u00e9paysement, o\u00f9 Max Jacob cherche non \u00e0 surprendre mais \u00e0 \u00abtransplanter\u00bb son lecteur, tourne le dos \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et fait de l\u2019\u0153uvre un objet clos sur lui-m\u00eame, poss\u00e9dant ses lois internes, et mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve son propre langage, comme, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, le cubisme analytique de Picasso et de Braque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-488","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/488","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=488"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}