{"id":485,"date":"2026-08-02T14:46:26","date_gmt":"2026-08-02T12:46:26","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=485"},"modified":"2026-08-02T14:46:26","modified_gmt":"2026-08-02T12:46:26","slug":"destinee-arbitraire","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=destinee-arbitraire","title":{"rendered":"Destin\u00e9e arbitraire"},"content":{"rendered":"<p>Destin\u00e9e arbitraire<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DESTIN\u00c9E ARBITRAIRE. Recueil po\u00e9tique de Robert Desnos (1900-1945), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1975. Les po\u00e8mes composant ce recueil posthume sont en partie in\u00e9dits (nombreuses pi\u00e8ces de \u00abPeine perdue\u00bb, \u00abYouki\u00a01930 Po\u00e9sie\u00bb, \u00ables Nuits blanches\u00bb, \u00able Parterre d\u2019Hyacinthe\u00bb, \u00abla G\u00e9om\u00e9trie de Daniel\u00bb); d\u2019autres ont paru en revue; enfin certains ensembles ont fait l\u2019objet d\u2019une publication s\u00e9par\u00e9e, du vivant de l\u2019auteur (C\u2019est les bottes de sept lieues cette phrase \u00abJe me vois\u00bb,\u00a01926, \u00c9ditions de la Galerie Simon; \u00c9tat de veille, chez R.-J.\u00a0Godet, Paris,\u00a01943; le Bain avec Androm\u00e8de, \u00c9ditions de Flore, Paris,\u00a01944) ou apr\u00e8s sa mort (Mines de rien, chez Broder, Paris,\u00a01957).<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent recueil, qui doit son titre au premier po\u00e8me de C\u2019est les bottes\u00a0[&#8230;], est r\u00e9parti en trois sections correspondant chacune \u00e0 une p\u00e9riode de la vie de Robert Desnos.<br \/>\nDe\u00a01919 \u00e0\u00a01926, de Prospectus \u00e0 C\u2019est les bottes\u00a0[&#8230;], sont compos\u00e9s des po\u00e8mes marqu\u00e9s par l\u2019activit\u00e9 surr\u00e9aliste et la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la langue, pratique ch\u00e8re \u00e0 Desnos d\u00e8s ses premiers essais po\u00e9tiques.<br \/>\nDe\u00a01930 \u00e0\u00a01939, Desnos qui a perdu Yvonne George, chanteuse de music-hall, objet d\u2019un amour violent qui ne fut pas partag\u00e9, vit avec Youki Foujita, une des reines de Montparnasse; son activit\u00e9 de journaliste et d\u2019homme de radio lui prend beaucoup de temps. Ses \u0153uvres po\u00e9tiques sont marqu\u00e9es par sa vie priv\u00e9e (il \u00e9crit pour Youki \u00ables Nuits blanches\u00bb, pour les enfants de ses amis \u00able Parterre d\u2019Hyacinthe\u00bb, \u00abla M\u00e9nagerie de Tristan\u00bb, \u00abla G\u00e9om\u00e9trie de Daniel\u00bb) ou influenc\u00e9es par son activit\u00e9 professionnelle, la r\u00e9daction de textes publicitaires qui exigent de concilier un texte concis et un rythme musical (\u00abBagatelles\u00bb, Mines de rien). Les po\u00e8mes d\u2019amour alternent donc avec les fables: l\u2019attente, l\u2019angoisse, le d\u00e9sir se marient ou c\u00e8dent la place \u00e0 l\u2019humour, \u00e0 la fantaisie et \u00e0 la tendresse.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me section r\u00e9unit des po\u00e8mes datant de\u00a01943-1944: tandis que certains ensembles (le Bain avec Androm\u00e8de, \u00abSens\u00bb) t\u00e9moignent d\u2019une recherche de formes nouvelles (po\u00e8mes longs, d\u2019inspiration mythologique, en alexandrins ou octosyllabes, formant une suite o\u00f9 le po\u00e8te reprend des th\u00e8mes anciens dans son \u0153uvre, l\u2019amour, le double monstrueux et fascinant), d\u2019autres sont inspir\u00e9s par son engagement dans la R\u00e9sistance, chantent la libert\u00e9 (\u00abCe c\u0153ur qui ha\u00efssait la guerre\u00bb) et ass\u00e8nent \u00e0 l\u2019adversaire la crudit\u00e9 de la langue populaire, dont les accents ne pouvaient que s\u00e9duire le po\u00e8te Robert Desnos (\u00ab\u00c0 la caille\u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le recueil couvre donc vingt-cinq ann\u00e9es d\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, s\u2019ouvrant sur une guerre d\u00e9nonc\u00e9e par Desnos, se fermant sur une autre guerre o\u00f9 le po\u00e8te retrouve des accents patriotiques qui lui avaient valu, d\u00e8s avant\u00a01939, bien des sarcasmes. Malgr\u00e9 les dates et l\u2019apparente disparate, certaines constantes s\u2019imposent \u00e0 la lecture. La po\u00e9sie reste ouverte \u00e0 toutes les sources d\u2019inspiration: les textes publicitaires, les inscriptions lues dans les rues (ICI ON PEUT APPORTER SON MANGER, CUISINE BOURGEOISE), les textes anonymes et les exp\u00e9riences les plus intimes (r\u00e9cits en forme de r\u00e9cits de r\u00eaves comme \u201cPoint du jour\u201d, in \u00abPeine perdue\u00bb).<\/p>\n<p>\u00abAu-del\u00e0 de la po\u00e9sie libre, il y a le po\u00e8te libre.\u00bb La libert\u00e9 semble le ma\u00eetre mot en ces po\u00e8mes, qu\u2019elle soit exerc\u00e9e sur les mots eux-m\u00eames (double sens de \u00abcuisine\u00bb dans \u00abcuisine bourgeoise\u00bb), qu\u2019elle use d\u2019images surr\u00e9alistes qui transfigurent le quotidien (\u00abL\u2019informe logique astique ses meubles \u00e0 la moelle des os\u00bb, \u00abPeine perdue\u00bb), qu\u2019elle fonde les exp\u00e9riences personnelles dans des mod\u00e8les narratifs emprunt\u00e9s au conte (\u00abla Belle au bois dormant\u00bb et \u00able Petit Poucet\u00bb, repris respectivement dans \u201cla Laide au bois dormant\u201d et \u201cUn conte\u201d, in \u00abYouki\u00a01930 Po\u00e9sie\u00bb), qu\u2019elle emprunte \u00e0 la tradition litt\u00e9raire certains topoi en les inversant (telle la femme vieillie qui ne sera plus aim\u00e9e, dans \u201cla Belle que voil\u00e0\u201d, ibid.), qu\u2019elle introduise au c\u0153ur m\u00eame de ce qui est enseign\u00e9 aux enfants\u00a0\u2014 la g\u00e9om\u00e9trie, les fables\u00a0\u2014 une fantaisie \u00e9tonnante (\u201cL\u2019\u00e9l\u00e9phant qui n\u2019a qu\u2019une patte\u201d, in \u00abla M\u00e9nagerie de Tristan\u00bb), o\u00f9 la po\u00e9sie sort des carcans de la science et retrouve ses pouvoirs de rassemblement universel (\u00abPar un point situ\u00e9 sur un plan\u00a0[&#8230;] on peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre\u00bb). Robert Desnos reste ainsi fid\u00e8le \u00e0 son projet po\u00e9tique, dict\u00e9 par la m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des syst\u00e8mes contraignants, par sa confiance dans les ressources de la langue, par sa r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 toutes les manifestations du \u00abmyst\u00e8re enclos dans la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. On ne saurait cependant minimiser les diff\u00e9rences entre le po\u00e8te qui charme les enfants (ce qui annonce les Chantefables et Chantefleurs,\u00a01952) et le po\u00e8te-amant d\u00e9chir\u00e9 par un \u00e9ros impossible (\u00abMais je suis ta victime autant que ton vainqueur\u00bb).<\/p>\n<p>Cette libert\u00e9 cr\u00e9atrice est aussi abandon de soi \u00e0 une parole qui jaillit (\u00abJ\u2019\u00e9crirai donc comme je parle et puis tant pis\u00bb): une parole riche de mots simples (\u201cMa sir\u00e8ne\u201d, in \u00ables Nuits blanches\u00bb), nourrie d\u2019expressions populaires (\u00abMar\u00e9chal Ducono se page avec m\u00e9fiance\u00bb, in \u00ab\u00c0 la caille\u00bb) qui disent la foi en des valeurs simples en des temps de menaces. Les techniques surr\u00e9alistes, dans les ann\u00e9es trente, sont remplac\u00e9es par des rythmes emprunt\u00e9s \u00e0 la chanson: les po\u00e8mes \u00e9num\u00e9ratifs, par exemple, fond\u00e9s sur le retour d\u2019une m\u00eame structure syntaxique (\u00abPeine perdue\u00bb, \u00abla Dissection des cr\u00e2nes\u00bb) disparaissent au profit de po\u00e8mes plus homog\u00e8nes quant au sens, construits sur des r\u00e9p\u00e9titions qui ont valeur de refrains. Desnos subit alors l\u2019exigence d\u2019un \u00abretour aux r\u00e8gles proprement populaires en mati\u00e8re de rythme\u00bb. Il tente aussi d\u2019\u00abunir le langage populaire, le plus populaire, \u00e0 une atmosph\u00e8re inexprimable, \u00e0 une imagerie aigu\u00eb\u00bb (\u00abR\u00e9flexions sur la po\u00e9sie\u00bb, publi\u00e9es dans Domaine public en\u00a01944). Cette annexion au domaine po\u00e9tique de registres non nobles donne \u00e0 certains po\u00e8mes un ton gouailleur (\u201cIl a su toucher mon c\u0153ur\u201d, \u201cla Famille Dupanard de Vitry-sur-Seine\u201d, Mines de rien) ou glorifie la lutte des plus humbles pour les valeurs les plus hautes (\u00ab\u00c0 la caille\u00bb). \u00abLa grande po\u00e9sie peut \u00eatre n\u00e9cessairement actuelle, de circonstances&#8230; elle peut donc \u00eatre fugitive\u00bb (\u00abR\u00e9flexions sur la po\u00e9sie\u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-485","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}