{"id":484,"date":"2026-08-02T14:35:45","date_gmt":"2026-08-02T12:35:45","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=484"},"modified":"2026-08-02T14:35:45","modified_gmt":"2026-08-02T12:35:45","slug":"dun-chateau-lautre","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=dun-chateau-lautre","title":{"rendered":"D&#8217;un Ch\u00e2teau l&#8217;autre"},"content":{"rendered":"<p>D\u2019un ch\u00e2teau l\u2019autre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019UN CH\u00c2TEAU L\u2019AUTRE. Roman de Louis-Ferdinand C\u00e9line, pseudonyme de Louis Ferdinand Destouches (1894-1961), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1957.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Si le sujet, autobiographique, du roman est bien le s\u00e9jour de C\u00e9line \u00e0 Sigmaringen en compagnie des collaborateurs en d\u00e9route, sa structure binaire est celle d\u2019un va-et-vient chronologique entre les ann\u00e9es de Meudon (moment de l\u2019\u00e9criture) et les quelques mois de Sigmaringen (moment de l\u2019action). L\u2019unit\u00e9 de l\u2019ouvrage, compos\u00e9 de visions \u00e9clat\u00e9es, tient donc avant tout \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de la voix du narrateur ainsi qu\u2019\u00e0 la r\u00e9currence de certains th\u00e8mes narratifs: la maladie de Mme\u00a0Ni\u00e7ois, vieille patiente de C\u00e9line \u00e0 Meudon, les rapports difficiles de C\u00e9line avec ses \u00e9diteurs, les trajets incessants du m\u00e9decin en exil \u00e0 Sigmaringen\u00a0\u2014 du ch\u00e2teau o\u00f9 sont somptueusement log\u00e9s les anciens dignitaires du r\u00e9gime de Vichy, aux ruelles du village o\u00f9 les r\u00e9fugi\u00e9s suscitent des \u00e9meutes de la faim. De cette \u00abhistoire bris\u00e9e\u00bb \u00e9mergent des morceaux de bravoure inoubliables: l\u2019apparition fantastique \u00e0 Meudon d\u2019un monde de revenants asservis au nocher Caron du bateau la Publique; la promenade du mar\u00e9chal P\u00e9tain, impassible sous la mitraille; les toilettes d\u00e9bordant sur le palier \u00e0 Sigmaringen; la capture du commissaire Papillon qui a tent\u00e9 de franchir la fronti\u00e8re suisse; le d\u00eener chez Otto Abetz, ambassadeur d\u2019Allemagne \u00e0 Paris, o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain Alphonse de Ch\u00e2teaubriant pulv\u00e9rise toute la vaisselle; la visite \u00e0 Pierre Laval qui nomme C\u00e9line gouverneur de Saint-Pierre-et-Miquelon (sic); le calamiteux voyage en train \u00e0 Hohenlychen pour les obs\u00e8ques de l\u2019ancien ministre Bichelonne. Le roman s\u2019interrompt alors que C\u00e9line vient de porter secours \u00e0 une femme pr\u00eate \u00e0 accoucher dans le train de Sigmaringen; \u00e0 Meudon, Mme\u00a0Ni\u00e7ois vient de rentrer chez elle apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, au service des canc\u00e9reux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le choix fait par C\u00e9line d\u2019\u00e9voquer son s\u00e9jour \u00e0 Sigmaringen appara\u00eet, apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019oubli et de proscription, comme une d\u00e9cision d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de faire para\u00eetre \u00abun ouvrage qui est malgr\u00e9 tout assez public, puisqu\u2019il parle de faits bien connus\u00a0[&#8230;] une petite partie\u00a0[&#8230;] de l\u2019histoire de France\u00bb. L\u2019effet de scandale (que justifiait fort peu le contenu du livre) fut accentu\u00e9 par la parution dans l\u2019Express d\u2019un entretien avec la journaliste Madeleine Chapsal intitul\u00e9 \u00abVoyage au bout de la haine\u00bb o\u00f9 C\u00e9line ne marquait aucun regret de ses prises de positions antis\u00e9mites dans Bagatelles pour un massacre, les justifiant par son pacifisme, et d\u00e9clarait notamment: \u00abAu fond, j\u2019avais raison.\u00bb Apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019exil et de bannissement intellectuel, C\u00e9line rentrait ainsi en litt\u00e9rature par un effet de scandale analogue, mais moins glorieux que celui qui avait suivi la publication de Voyage au bout de la nuit. Cependant, la plupart des comptes rendus dans la presse furent favorables et salu\u00e8rent la renaissance d\u2019un grand \u00e9crivain.<\/p>\n<p>Sigmaringen, c\u2019est ce gros village du Bade-Wurtemberg o\u00f9, de septembre 1944 \u00e0 avril 1945, les Allemands avaient parqu\u00e9 les hommes politiques ayant jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le gouvernement de Vichy. C\u00e9line y avait fait un s\u00e9jour de quatre mois \u00e0 partir de novembre 1944. L\u2019action du roman se situe donc entre la premi\u00e8re et la seconde moiti\u00e9 de Rigodon. Le soin est laiss\u00e9 au lecteur de r\u00e9tablir la chronologie, comme il l\u2019est aussi de faire le lien narratif entre les diff\u00e9rents \u00e9pisodes de l\u2019aventure qui lui sont pr\u00e9sent\u00e9s. Plus encore que les romans pr\u00e9c\u00e9dents, D\u2019un ch\u00e2teau l\u2019autre joue\u00a0\u2014 pour cr\u00e9er la confusion entre autobiographie et roman\u00a0\u2014 de la complicit\u00e9 entre le lecteur et le narrateur. Les interventions d\u2019auteur finissent par constituer l\u2019amorce d\u2019un v\u00e9ritable dialogue et comme une seconde trame du livre, qui ferait pendant au balancement de la narration entre le pr\u00e9sent parisien et le pass\u00e9 allemand: \u00abAucun ordre dans mon r\u00e9cit?&#8230; vous vous retrouverez bien!&#8230; ni queue ni t\u00eate?&#8230; peste!&#8230;\u00a0[&#8230;] vous vous retrouverez je l\u2019esp\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>Cette chronique qui n\u2019en est pas une\u00a0\u2014 C\u00e9line a toujours pr\u00e9sent\u00e9 son \u0153uvre comme un roman\u00a0\u2014 m\u00eale inextricablement les fils de l\u2019histoire (personnelle ou g\u00e9n\u00e9rale) et de la fiction. Au cours du r\u00e9cit, on croise certes des figures historiques comme P\u00e9tain ou Laval; d\u2019autres, de moindre importance, Brinon, Marion ou Bichelonne, font des apparitions. Mais les \u00e9v\u00e9nements ou les personnages r\u00e9els, eux-m\u00eames remani\u00e9s, ne sont la plupart du temps qu\u2019un arri\u00e8re-plan n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9volution d\u2019individus purement fictifs ou extr\u00eamement transpos\u00e9s. Ainsi, la sc\u00e8ne o\u00f9 Laval emp\u00eache une tuerie n\u2019a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par aucun t\u00e9moin. De m\u00eame, si la r\u00e9surrection de l\u2019Empire carolingien \u00e9tait une des id\u00e9es-forces d\u2019Abetz, la destruction de toute sa vaisselle par Ch\u00e2teaubriant semble un pur produit de l\u2019imagination c\u00e9linienne. \u00abCertes, il n\u2019est presque aucun moment du r\u00e9cit auquel ne correspond un souvenir du r\u00e9el. Mais jamais non plus le r\u00e9cit ne se contente de dire ou de d\u00e9crire ce qui a \u00e9t\u00e9\u00bb, conclut Henri Godard.<\/p>\n<p>Plus que de rendre sensible par mille petits d\u00e9tails vrais une \u00e9poque r\u00e9volue, le dessein de C\u00e9line, dans ce qui n\u2019est que la premi\u00e8re partie d\u2019une trilogie allemande comprenant Nord et Rigodon, semble bien avoir \u00e9t\u00e9 de restituer, par la structure m\u00eame de la narration et du style, l\u2019incoh\u00e9rence d\u2019un monde bris\u00e9 en mille \u00e9clats par la guerre. Les th\u00e8mes c\u00e9liniens traditionnels de l\u2019oppression des pauvres par les nantis (le ch\u00e2teau \/ le village), de la r\u00e9sistance de la mati\u00e8re (les cabinets d\u00e9bordants) ou de l\u2019agitation st\u00e9rile (le voyage \u00e0 Hohenlychen) sont emport\u00e9s dans un tourbillon o\u00f9 narration et commentaire sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9s. La barque des Enfers, la Publique, peupl\u00e9e de revenants terrifi\u00e9s par le nocher Caron, poursuit son \u00e9ternelle errance \u00e0 travers un monde profond\u00e9ment d\u00e9vast\u00e9. L\u2019\u00e9clatement du r\u00e9cit amplifie l\u2019effet de la prolif\u00e9ration des points de suspension amorc\u00e9e dans Mort \u00e0 cr\u00e9dit et Guignol\u2019s Band; et l\u2019art de C\u00e9line trouve un nouvel essor dans cette mati\u00e8re apocalyptique que l\u2019\u00e9laboration du souvenir transpose. \u00ab\u00c7a a fait du bruit, des bouillonnements, des fus\u00e9es, des cataractes. J\u2019\u00e9tais dedans, j\u2019en ai profit\u00e9. J\u2019ai utilis\u00e9 cette mati\u00e8re.\u00bb Du ch\u00e2teau de Sigmaringen \u00e0 celui de Meudon, une \u0153uvre, un nouveau ch\u00e2teau imaginaire a ainsi pu s\u2019\u00e9difier. On trouvait d\u00e9j\u00e0 mention de cette f\u00e9conde analogie dix ans plus t\u00f4t dans une lettre \u00e0 Milton Hindus: \u00abJe n\u2019\u00e9prouve aucun mal \u00e0 concevoir un roman et toujours \u201cj\u2019ob\u00e9is\u201d au m\u00eame proc\u00e9d\u00e9\u00a0\u2014 Je ne b\u00e2tis pas de plan\u00a0\u2014 Tout est d\u00e9j\u00e0 fait dans l\u2019air il me semble. J\u2019ai ainsi vingt ch\u00e2teaux dans l\u2019air o\u00f9 je n\u2019aurai jamais le temps d\u2019aller\u00a0\u2014 Mais ils sont complets tout y est\u00a0\u2014 Ils m\u2019appartiennent.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHAFFNER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-484","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/484","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=484"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}