{"id":483,"date":"2026-07-31T19:23:07","date_gmt":"2026-07-31T17:23:07","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=483"},"modified":"2026-07-31T19:23:07","modified_gmt":"2026-07-31T17:23:07","slug":"les-passions-de-lame","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=les-passions-de-lame","title":{"rendered":"les Passions de l&#8217;\u00e2me"},"content":{"rendered":"<p>Passions de l\u2019\u00e2me (les)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PASSIONS DE L\u2019\u00c2ME (les). Trait\u00e9 philosophique de Ren\u00e9 Descartes (1596-1650), publi\u00e9 \u00e0 Amsterdam et \u00e0 Paris chez Le Gras en 1649.<\/p>\n<p>La philosophie dans son ensemble est compar\u00e9e par Descartes \u00e0 un arbre \u00abdont les racines sont la m\u00e9taphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se r\u00e9duisent \u00e0 trois principales, \u00e0 savoir la m\u00e9decine, la m\u00e9canique et la morale\u00bb (Lettre-pr\u00e9face au traducteur des Principia,\u00a01647). Dans son ambition de traiter de toute la philosophie par ordre, jusqu\u2019o\u00f9 Descartes s\u2019est-il avanc\u00e9 et o\u00f9 situer les Passions de l\u2019\u00e2me dans la r\u00e9alisation de son dessein? La m\u00e9taphysique est \u00e9lucid\u00e9e dans les Meditationes (1641) et la premi\u00e8re partie des Principia philosophiae, r\u00e9dig\u00e9s en latin (1644); les trois autres parties de ce dernier ouvrage contiennent \u00abtout ce qu\u2019il y a de plus g\u00e9n\u00e9ral en physique\u00bb. Pour le compl\u00e9ter, une explication physiologique de l\u2019homme serait n\u00e9cessaire, apr\u00e8s quoi pourraient \u00eatre expos\u00e9es la m\u00e9decine, la m\u00e9canique et la morale. Aucun trait\u00e9 achev\u00e9 ne viendra remplir exactement ce programme: l\u2019arbre cart\u00e9sien est coup\u00e9 aux deux tiers de son tronc. Des circonstances ext\u00e9rieures vont permettre cependant au philosophe de donner comme en abr\u00e9g\u00e9 le reste de son syst\u00e8me. La princesse \u00c9lisabeth de Boh\u00eame, en effet, la plus c\u00e9l\u00e8bre des correspondantes de Descartes avec la reine Christine de Su\u00e8de, insiste pour qu\u2019il prenne \u00abla peine de d\u00e9crire comment\u00a0[l\u2019] agitation particuli\u00e8re des esprits sert \u00e0 former toutes les passions que nous exp\u00e9rimentons\u00bb (lettre du\u00a028\u00a0octobre\u00a01645). C\u2019est pour elle que Descartes trace, pendant l\u2019hiver\u00a01645-1646, un premier crayon du trait\u00e9 des Passions de l\u2019\u00e2me. En\u00a01647, il en envoie une version probablement retouch\u00e9e \u00e0 la reine Christine: \u00e0 partir de l\u00e0, l\u2019existence du manuscrit s\u2019\u00e9bruite en France et les amis de Descartes le pressent de consentir \u00e0 la publication\u00a0\u2014 \u00e0 quoi il se r\u00e9sout en\u00a01649, apr\u00e8s avoir augment\u00e9 son texte d\u2019un tiers \u00abpour le rendre plus intelligible\u00bb. Le th\u00e8me des passions fournissait \u00e0 Descartes l\u2019occasion de pr\u00e9senter au public\u00a0\u2014 moins d\u2019un an avant sa mort\u00a0\u2014 l\u2019agencement de sa morale avec une physiologie purement m\u00e9caniste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie. \u00abDes passions en g\u00e9n\u00e9ral et, par occasion, de toute la nature de l\u2019homme\u00bb. Les pens\u00e9es sont de deux sortes: les unes sont des actions de l\u2019\u00e2me, \u00e0 savoir ses volont\u00e9s; les autres sont ses passions, \u00e0 savoir \u00abtoutes les sortes de perceptions ou connaissances qui se trouvent en nous\u00bb (article\u00a017). Ces perceptions sont rapport\u00e9es ou aux objets de nos sens (la lumi\u00e8re), ou \u00e0 notre corps (la faim), ou \u00e0 notre \u00e2me (la joie): les derni\u00e8res seules constituent des passions au sens strict. Celles-ci sont caus\u00e9es et entretenues par les \u00abesprits animaux\u00bb selon qu\u2019ils impriment tel ou tel mouvement \u00e0 la glande pin\u00e9ale, point de jonction dans le cerveau entre l\u2019\u00e2me et le corps. L\u2019\u00e2me, pour sa part, ne peut pas ma\u00eetriser directement ses passions, mais elle peut indirectement les exciter ou les vaincre \u00abpar la repr\u00e9sentation des choses qui ont coutume d\u2019\u00eatre jointes avec les passions que nous voulons avoir et qui sont contraires \u00e0 celles que nous voulons rejeter\u00bb (45)\u00a0\u2014 cette repr\u00e9sentation ayant la force de changer le cours des esprits qui affluent contre la glande.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me partie. \u00abDu nombre et de l\u2019ordre des passions, et de l\u2019explication des six primitives\u00bb. \u00abL\u2019usage de toutes les passions consiste en cela seul qu\u2019elles disposent l\u2019\u00e2me \u00e0 vouloir les choses que la nature dicte nous \u00eatre utiles et \u00e0 persister en cette volont\u00e9\u00bb (52). Le nombre des passions d\u00e9pendra donc des diverses fa\u00e7ons dont les sens peuvent, \u00e0 notre avantage, \u00eatre mus par leurs objets. Il se ram\u00e8ne en derni\u00e8re analyse \u00e0 six, les autres \u00e9motions n\u2019\u00e9tant que des esp\u00e8ces ou des combinaisons de l\u2019admiration, de l\u2019amour, de la haine, du d\u00e9sir, de la joie et de la tristesse. Toutes nous portant \u00e0 l\u2019action par l\u2019entremise du d\u00e9sir, c\u2019est \u00e0 r\u00e9gler celui-ci que s\u2019attache essentiellement la morale, et l\u2019on ne saurait mieux le borner qu\u2019en lui donnant pour unique objet les choses qui d\u00e9pendent de nous.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me partie. \u00abDes passions particuli\u00e8res\u00bb. Il s\u2019agit de celles qui d\u00e9rivent des six passions primitives analys\u00e9es dans la deuxi\u00e8me partie. L\u2019admiration, par exemple, se divise en deux esp\u00e8ces: l\u2019estime\u00a0\u2014 qui engendre l\u2019orgueil, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et la v\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u2014, le m\u00e9pris\u00a0\u2014 qui engendre l\u2019humilit\u00e9, la bassesse et le d\u00e9dain. D\u2019autres r\u00e9sultent de la combinaison de deux passions primitives, comme la piti\u00e9 (o\u00f9 la tristesse se m\u00eale d\u2019amour) et la col\u00e8re (o\u00f9 le d\u00e9sir accompagne la haine). En rep\u00e9rant leurs g\u00e9n\u00e9alogies et leurs diff\u00e9rences, on apprend \u00e0 les conna\u00eetre et par l\u00e0 \u00e0 se pr\u00e9munir contre leurs mauvais usages et leurs exc\u00e8s. La sagesse toutefois ne pr\u00e9tend pas nous en exempter, mais se mesure \u00e0 la joie qu\u2019elle peut tirer de toutes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>En produisant un \u00abtrait\u00e9 des passions\u00bb, Descartes s\u2019inscrit dans une longue tradition qui culmine avec la scolastique m\u00e9di\u00e9vale (notamment, dans la Summa theologica de saint Thomas d\u2019Aquin, les questions\u00a022 \u00e0\u00a048 de la prima secundae) et prolif\u00e8re particuli\u00e8rement dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du\u00a0XVIIe si\u00e8cle (le Tableau des passions humaines de Co\u00ebffeteau en\u00a01615; les Caract\u00e8res des passions par Cureau de La Chambre en\u00a01640; De l\u2019usage des passions par le P.\u00a0Senault en\u00a01641, etc.). Mais, sans daigner les nommer en particulier\u00a0\u2014 \u00e0 l\u2019exception de Viv\u00e8s, auteur en\u00a01538 d\u2019un De anima et vita\u00a0\u2014, il marque la distance qui le s\u00e9pare de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et de ses contemporains: la distinction entre app\u00e9tit concupiscible et app\u00e9tit irascible est abandonn\u00e9e, puisqu\u2019il n\u2019y a point de parties en l\u2019\u00e2me; les passions fondamentales ne sont plus onze (comme chez saint Thomas), mais six. Surtout, la perspective a chang\u00e9. \u00abMon dessein, explique Descartes dans une Lettre-pr\u00e9face, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u2019expliquer les passions en orateur, ni m\u00eame en philosophe moral, mais seulement en physicien.\u00bb De l\u00e0, les descriptions du trajet suppos\u00e9 des esprits animaux dans la gen\u00e8se des diverses passions; de l\u00e0, les explications fantasmatiques de la conversion des vapeurs en eau pour produire les larmes, de la rougeur des r\u00e9jouis, du teint plomb\u00e9 des envieux. Mais, s\u2019il est aujourd\u2019hui facile de sourire de la physiologie cart\u00e9sienne, le principe m\u00e9caniste sur lequel elle repose est celui justement qui a permis \u00e0 la physiologie de na\u00eetre comme science: les Passions de l\u2019\u00e2me, en d\u00e9crivant les fonctions de notre corps sur le mod\u00e8le du mouvement des rouages \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une montre ou d\u2019un automate, rompent de fa\u00e7on d\u00e9cisive avec le pr\u00e9jug\u00e9 vitaliste.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elles soient caus\u00e9es par le sang et les esprits animaux (qui en sont les plus subtiles parties), les passions ne demeurent pas moins passions de l\u2019\u00e2me. Avec elles, on se trouve par excellence dans le domaine\u00a0\u2014 probl\u00e9matique pour le dualisme cart\u00e9sien\u00a0\u2014 de l\u2019union de l\u2019\u00e2me et du corps. Or, ce qui devait se dire en termes m\u00e9canistes dans la description du corps doit se dire en termes finalistes dans la description du compos\u00e9 humain. \u00c0 l\u2019explication des passions s\u2019ajoute maintenant leur justification, qui n\u2019est autre qu\u2019assurer la survie\u00a0\u2014 voire le contentement\u00a0\u2014 du corps d\u2019o\u00f9 elles prennent naissance: \u00abLeur usage naturel est d\u2019inciter l\u2019\u00e2me \u00e0 consentir et contribuer aux actions qui peuvent servir \u00e0 conserver le corps, o\u00f9 \u00e0 le rendre en quelque fa\u00e7on plus parfait\u00bb (137). Les passions, en soi, sont donc bonnes. Davantage: ce sont les \u00e9motions qu\u2019elles suscitent qui nous font go\u00fbter \u00able plus de douceur en cette vie\u00bb (212). Enfin, non seulement les passions fournissent \u00e0 la vertu sa mati\u00e8re, mais elles peuvent elles-m\u00eames devenir vertus et nous faire acc\u00e9der, sous les esp\u00e8ces de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, au plus haut point de l\u2019estime que l\u2019homme se peut l\u00e9gitimement accorder.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0FERREYROLLES<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-483","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}