{"id":468,"date":"2026-07-31T17:02:33","date_gmt":"2026-07-31T15:02:33","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=468"},"modified":"2026-07-31T17:02:33","modified_gmt":"2026-07-31T15:02:33","slug":"cinquieme-livre","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=cinquieme-livre","title":{"rendered":"Cinqui\u00e8me Livre"},"content":{"rendered":"<p>Cinqui\u00e8me Livre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CINQUI\u00c8ME LIVRE des faits et dits h\u00e9ro\u00efques du bon Pantagruel. Dernier r\u00e9cit du cycle des g\u00e9ants de Fran\u00e7ois Rabelais (vers\u00a01483-1553), publi\u00e9 apr\u00e8s sa mort. Il existe trois versions diff\u00e9rentes de l\u2019ouvrage: l\u2019Isle sonante, publi\u00e9e en 1562, comportait\u00a016 chapitres; le Cinqui\u00e8me Livre, en\u00a01564, comprenait\u00a047 chapitres dont les\u00a016 premiers diff\u00e9raient sensiblement de l\u2019Isle sonante; enfin, un manuscrit anonyme et non dat\u00e9 de la Biblioth\u00e8que nationale contient un fragment de prologue et\u00a046 chapitres semblables \u00e0 ceux du volume pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>On s\u2019interroge, depuis la fin du\u00a0XVIe si\u00e8cle, sur la part r\u00e9elle qui revient \u00e0 Rabelais dans ce Cinqui\u00e8me Livre: les all\u00e9gories laborieuses, les descriptions incolores font un contraste trop \u00e9vident avec la verve des r\u00e9cits pr\u00e9c\u00e9dents; il reste n\u00e9anmoins\u00a0\u2014 et c\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se la plus couramment admise aujourd\u2019hui\u00a0\u2014 que le dessein d\u2019ensemble ne peut appartenir qu\u2019\u00e0 Rabelais: tel auteur, ou \u00e9diteur a pu s\u2019emparer des notes de l\u2019\u00e9crivain apr\u00e8s sa mort, pour les mettre en forme et leur donner l\u2019allure d\u2019un r\u00e9cit achev\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<br \/>\nPantagruel et ses compagnons font escale dans l\u2019\u00abIsle sonante\u00bb, peupl\u00e9e uniquement d\u2019oiseaux, \u00abClergaux, Monagaux, Prestregaux, Abbegaux, Evesgaux, Cardingaux, et Papegaut, qui est unique en son esp\u00e8ce\u00bb (chap.\u00a01-8). Dans l\u2019\u00eele du Guichet, la troupe est faite prisonni\u00e8re par les Chats-Fourr\u00e9s, avant d\u2019\u00eatre rel\u00e2ch\u00e9e (11-15). Elle d\u00e9barque ensuite dans l\u2019\u00eele d\u2019Ent\u00e9l\u00e9chie, dont la reine Quinte Essence gu\u00e9rit les maladies en chantant (18-24). Les contr\u00e9es fabuleuses se succ\u00e8dent: l\u2019\u00abIsle des Esclots\u00bb, o\u00f9 les moines ne r\u00e9pondent jamais que par monosyllabes, le pays de Satin, o\u00f9 les hommes s\u2019assemblent autour d\u2019un bossu nomm\u00e9 Ou\u00ef-Dire (26-30).<\/p>\n<p>Enfin, les voyageurs atteignent leur but: le temple de la Dive Bouteille (33). Au terme d\u2019un long trajet souterrain, ils sont accueillis par la pontife Bacbuc, qui, consult\u00e9e au sujet de la destin\u00e9e de Panurge, obtient de la Bouteille ce seul mot: \u00abTrinch\u00bb\u00a0[bois] (44). Bacbuc commente l\u2019oracle en ces termes: \u00abLa Dive Bouteille vous y envoye, soyez vous mesmes interpr\u00e8tes de vostre entreprinse\u00bb (45-47).<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le Quart Livre avait laiss\u00e9 en suspens l\u2019odyss\u00e9e de Pantagruel et de ses compagnons. Le Cinqui\u00e8me Livre continue d\u2019\u00e9grener les \u00eeles grotesques, et d\u00e9livre l\u2019oracle tant attendu de Panurge. Mais l\u2019\u00e9criture s\u2019essouffle, et le r\u00e9cit languit indiscutablement. Vid\u00e9e de l\u2019imaginaire carnavalesque qui en faisait tout le prix, la satire devient exsangue: les chapitres consacr\u00e9s \u00e0 la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique (l\u2019Isle Sonante) ou \u00e0 la mise en sc\u00e8ne du pouvoir royal (Quinte Essence) immobilisent le r\u00e9cit dans d\u2019interminables descriptions. La verve pantagru\u00e9liste et la joyeuse fantasmatique du corps n\u2019\u00e9clatent plus qu\u2019en de rares occasions, il est vrai d\u00e9sopilantes: l\u2019\u00e9vocation de l\u2019\u00eele d\u2019Outre (chap.\u00a016) et de ses habitants goulus qui \u00abdeschiquetoient leur peau pour y faire bouffer la graisse\u00bb ne d\u00e9parerait niPantagruel ni Gargantua.<\/p>\n<p>Si des auteurs peu talentueux ont mis la main \u00e0 ce Cinqui\u00e8me Livre, la conclusion ne peut appartenir qu\u2019\u00e0 Rabelais. Fausse conclusion d\u2019ailleurs, qui ach\u00e8ve moins le r\u00e9cit qu\u2019elle n\u2019\u00e9veille Panurge au sens de sa responsabilit\u00e9, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e9sormais d\u2019inventer son propre destin. Le candidat au mariage n\u2019esp\u00e9rait-il pas une injonction qui le d\u00e9livrerait de ses perplexit\u00e9s? Au lieu de quoi, d\u00e9cevante tautologie, l\u2019oracle (\u00abTrinch\u00bb) le renvoie \u00e0 sa condition de buveur: \u00abAllons, dist Panurge, de par Dieu. Je suis aussi sage que antan\u00bb (chap.\u00a044). C\u2019est que la Dive Bouteille rabelaisienne ne ressemble nullement aux autres oracles, et n\u2019entend pas dicter aux hommes le sens de leur vie: elle d\u00e9nonce m\u00eame, dans la joyeuse exclamation du \u00abTrinch\u00bb, l\u2019inanit\u00e9 de tout oracle. \u00abPossible n\u2019est, dist Pantagruel, mieux dire que fait ceste v\u00e9n\u00e9rable Pontife. Autant vous en dis-je, lorsque premi\u00e8rement m\u2019en parlastes\u00bb (chap.\u00a045). Faut-il en conclure que la troupe des pantagru\u00e9listes aurait pu se dispenser du voyage? Certainement pas. D\u2019\u00eele imaginaire en archipel de cauchemar, une \u00e9vidence a fini par s\u2019imposer: dans sa syntaxe d\u00e9sarticul\u00e9e, son morcellement et son opacit\u00e9, le monde n\u2019\u00e9nonce aucune v\u00e9rit\u00e9 sur laquelle l\u2019homme pourrait s\u2019appuyer. La Dive Bouteille fonde l\u2019irr\u00e9ductible libert\u00e9, et donc le r\u00e8gne de l\u2019individu: c\u2019est \u00e0 lui, \u00e0 sa volont\u00e9 de questionnement et \u00e0 son pouvoir de d\u00e9cision, qu\u2019il revient de donner une signification au monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.\u00a0MARI<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-468","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}