{"id":438,"date":"2026-07-30T19:15:01","date_gmt":"2026-07-30T17:15:01","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=438"},"modified":"2026-07-30T19:15:01","modified_gmt":"2026-07-30T17:15:01","slug":"pantagruel","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=pantagruel","title":{"rendered":"Pantagruel"},"content":{"rendered":"<p>Pantagruel<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PANTAGRUEL. Deuxi\u00e8me r\u00e9cit du cycle des g\u00e9ants de Fran\u00e7ois Rabelais (vers\u00a01483-1553), dont le titre complet est: Pantagruel, roi des Dipsodes. Restitu\u00e9 \u00e0 son naturel, avec ses faits et prouesses \u00e9pouvantables, publi\u00e9 sous le pseudonyme anagrammatique d\u2019Alcofrybas Nasier \u00e0 Lyon chez Claude Nourry en 1532. Il se pr\u00e9sente comme la suite des Grandes et Inestimables Chroniques du grand et \u00e9norme g\u00e9ant Gargantua, ouvrage anonyme (\u00e0 ne pas confondre avec le Gargantua de Rabelais), qui remporta un vif succ\u00e8s la m\u00eame ann\u00e9e. Apr\u00e8s plusieurs r\u00e9\u00e9ditions, c\u2019est en\u00a01542 que le texte est fix\u00e9 dans sa forme d\u00e9finitive (\u00e0 Lyon chez Fran\u00e7ois Juste): la richesse verbale s\u2019y accro\u00eet, tandis que certaines formulations subversives disparaissent.<\/p>\n<p>D\u00e8s le Prologue, o\u00f9 le narrateur-bonimenteur fait tout ensemble l\u2019\u00e9loge des romans de chevalerie et de leurs parodies populaires, l\u2019ouvrage s\u2019inscrit dans une double filiation: les mod\u00e8les litt\u00e9raires sont vraisemblablement les Macaron\u00e9es de Folengo (1517) et le Morgante de Pulci (1481), o\u00f9 des g\u00e9ants pleins de force, d\u2019app\u00e9tit et de bonhomie s\u2019entourent de compagnons qui incarnent chacun une vertu ou un pouvoir particulier; mais le r\u00e9cit se nourrit surtout de la tradition carnavalesque, o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence omnipr\u00e9sente au corps transforme en bouffonnerie l\u2019ordre social, politique et religieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Fils de Gargantua, et dernier d\u2019une lign\u00e9e de g\u00e9ants, Pantagruel en naissant provoque la mort de sa m\u00e8re Badebec. D\u00e8s son enfance, il montre une force physique et un app\u00e9tit peu communs (chap.\u00a01-4). Gargantua prend tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur l\u2019\u00e9ducation du jeune g\u00e9ant: il lui donne de savants compagnons, l\u2019envoie faire la tourn\u00e9e des universit\u00e9s, et lui adresse, \u00e0 Paris, une lettre qui contient un vaste programme intellectuel. Devenu \u00ababysme de science\u00bb, Pantagruel parvient \u00e0 d\u00e9m\u00ealer un proc\u00e8s inextricable, ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Salomon (5-8). Un jour, il rencontre Panurge, vagabond h\u00e2bleur pour qui il se prend aussit\u00f4t d\u2019une vive amiti\u00e9. Homme de toutes les prouesses verbales, Panurge n\u2019est jamais en peine d\u2019espi\u00e8gleries, et ne d\u00e9daigne pas les plaisanteries de mauvais go\u00fbt (9-22). Lorsque Pantagruel apprend que les Dipsodes ont envahi le pays de son p\u00e8re, il quitte Paris, suivi de tous ses compagnons. Il remporte de faciles victoires sur les troupes ennemies, qu\u2019il noie dans son urine, avant de vaincre en combat singulier Loup Garou, chef des g\u00e9ants mercenaires des Dipsodes (23-31). Les hasards de la guerre font entrer le narrateur, ma\u00eetre Alcofrybas Nasier, dans l\u2019\u00e9norme bouche de Pantagruel, o\u00f9 il d\u00e9couvre un \u00abnouveau monde\u00bb, peupl\u00e9 d\u2019\u00eatres vivants et curieusement semblable au n\u00f4tre (32-34).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit se compose de trois ensembles\u00a0\u2014 enfance et adolescence, \u00e9ducation, guerre et victoire\u00a0\u2014 qui correspondent \u00e0 une triple affirmation de la force du h\u00e9ros: \u00e0 la vigueur physique de l\u2019enfant, expression de la brutalit\u00e9 anarchique des instincts, succ\u00e8de l\u2019acuit\u00e9 intellectuelle de l\u2019\u00e9tudiant, puis l\u2019\u00e9nergie du guerrier qui d\u00e9fend sa terre contre l\u2019envahisseur. Cette progression est conforme au v\u0153u exprim\u00e9 par Gargantua dans la fameuse lettre \u00e0 son fils: \u00abQue je voie un abysme de science: car dor\u00e9navant que tu deviens homme et te fais grand, il te faudra yssir\u00a0[sortir] de cette tranquillit\u00e9 et repos d\u2019estude, et apprendre la chevalerie et les armes pour d\u00e9fendre ma maison\u00a0[&#8230;] contre les assaulx des malfaisans.\u00bb<\/p>\n<p>La structure de l\u2019\u0153uvre n\u2019en est pas moins probl\u00e9matique: Rabelais juxtapose des \u00e9pisodes dont le contenu et la tonalit\u00e9 sont tr\u00e8s diff\u00e9rents (chap.\u00a07-9), les indications temporelles sont vagues et d\u00e9sinvoltes (\u00abQuelque jour&#8230;\u00bb, \u00abUn jour, je ne s\u00e7ays quand&#8230;\u00bb), et certains d\u00e9veloppements (16-17,\u00a021-22) rel\u00e8guent le h\u00e9ros au second plan, quand ils ne le font pas totalement oublier. Cette discontinuit\u00e9, trop syst\u00e9matique pour n\u2019\u00eatre pas concert\u00e9e, est en fait une revendication de libert\u00e9. Aux contraintes de l\u2019ordre lin\u00e9aire, le r\u00e9cit pr\u00e9f\u00e8re une logique de la rupture, o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment suscite son contraire. L\u2019\u00e9pisode initial est \u00e0 cet \u00e9gard r\u00e9v\u00e9lateur. La naissance de Pantagruel est \u00e0 la fois douleur (la mort de Badebec) et joie (la beaut\u00e9 du nouveau-n\u00e9), larmes et rires entre lesquels Gargantua ne cesse d\u2019osciller: \u00abEt ce disant, pleuroit comme une vache; mais tout soudain rioit comme un veau, quand Pantagruel lui venoit en m\u00e9moire\u00bb (3).<\/p>\n<p>Les \u00e9pisodes suivants, prouesses du savoir et des armes, ob\u00e9iront \u00e0 la m\u00eame disposition binaire: tout \u00e9l\u00e9ment s\u00e9rieux y sera l\u2019objet d\u2019un d\u00e9tr\u00f4nement et d\u2019un travestissement bouffons. Comme l\u2019a soulign\u00e9 Mikha\u00efl Bakhtine, il ne faut pas y voir une ironie n\u00e9gative, mais l\u2019affirmation simultan\u00e9e, joyeuse, de l\u2019endroit s\u00e9rieux et de l\u2019envers bouffon des choses.<br \/>\nEn associant la sagesse humaniste \u00e0 la farce la plus d\u00e9brid\u00e9e, le r\u00e9cit s\u2019installe dans une ambivalence qui rend ind\u00e9cidable le sens de certains \u00e9pisodes. La situation du chapitre\u00a08, o\u00f9 Gargantua, tr\u00e8s solennellement, recense les mati\u00e8res et les objectifs du programme humaniste, en est la meilleure preuve: la lettre du g\u00e9ant \u00e0 son fils est encadr\u00e9e par l\u2019\u00e9num\u00e9ration des livres ineptes de la biblioth\u00e8que Saint-Victor (7) et les prouesses d\u2019un Panurge capable de ma\u00eetriser langues vivantes et langues anciennes (9); \u00e0 l\u2019allure didactique d\u2019un programme soucieux de coh\u00e9rence, les chapitres\u00a07 et\u00a09 opposent un joyeux h\u00e9t\u00e9roclisme, ivre de sa richesse verbale. Mais il y a plus: Pantagruel, qui a re\u00e7u l\u2019ordre d\u2019apprendre les langues (grec, latin, h\u00e9breu), est confront\u00e9 brusquement \u00e0 un vagabond polyglotte, qui lui renvoie, comme en un miroir bris\u00e9, la caricature de l\u2019id\u00e9al humaniste. O\u00f9 est l\u2019image rabelaisienne du savoir\u00a0\u2014 dans la fac\u00e9tie ou dans la r\u00e9flexion p\u00e9dagogique? Il serait vain de chercher une \u00abv\u00e9rit\u00e9\u00bb du r\u00e9cit qui exclurait l\u2019une ou l\u2019autre de ces dimensions: sa force tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce brassage de l\u2019humanisme militant et de la culture populaire.<\/p>\n<p>Au fil des chapitres, il devient \u00e9vident que cette dualit\u00e9 s\u2019incarne dans les deux personnages principaux, Pantagruel et Panurge. Une fois son \u00e9ducation termin\u00e9e, le g\u00e9ant se fait porte-parole d\u2019un humanisme chr\u00e9tien, o\u00f9 l\u2019action de l\u2019homme n\u2019a de sens et de valeur qu\u2019au regard de la toute-puissance divine (29). Par contraste, Panurge est prompt \u00e0 justifier son inconduite avec une inqui\u00e9tante virtuosit\u00e9: au chapitre\u00a017, il accommode \u00e0 sa fa\u00e7on le \u00abcentuplum accipies\u00bb\u00a0[\u00abTu recevras au centuple\u00bb] de l\u2019\u00c9vangile, en pillant les troncs des \u00e9glises chaque fois qu\u2019il y glisse une pi\u00e8ce. Le narrateur, effray\u00e9, a beau lui objecter qu\u2019il se damne, Panurge semble ne craindre ni gibet ni enfer. Il est l\u2019homme de tous les app\u00e9tits corporels, affam\u00e9, assoiff\u00e9, et harcel\u00e9 de d\u00e9sirs sexuels. Son nom Panurge\u00a0[le bon \u00e0 tout] t\u00e9moigne de cette prodigieuse mobilit\u00e9 physique, psychologique et morale, tandis que Pantagruel semble peu \u00e0 peu se figer dans un r\u00f4le social et intellectuel.<\/p>\n<p>L\u2019importance donn\u00e9e par le r\u00e9cit aux actes et fonctions de la vie corporelle pr\u00e9c\u00e8de n\u00e9anmoins l\u2019apparition de Panurge, et d\u00e9passe son personnage. Nourriture, boisson et sexualit\u00e9 sont les embl\u00e8mes d\u2019une vie abondante, o\u00f9 le corps franchit all\u00e8grement les limites qui le s\u00e9parent du monde et des autres corps. Le r\u00e9cit est rythm\u00e9 par des engloutissements: Pantagruel enfant d\u00e9vore une vache enti\u00e8re (4), Panurge boit en quantit\u00e9 un vin qui n\u2019apaise pas sa soif (14), et le narrateur s\u2019enfonce dans la bouche abyssale du g\u00e9ant (32). Le corps s\u2019assimile le monde, au point de prendre lui-m\u00eame la forme d\u2019un monde: la bouche de Pantagruel renferme des montagnes, des plaines, et des hommes vivant en soci\u00e9t\u00e9. Inversement, le monde n\u2019est-il pas un organisme vivant, puisque la terre a \u00abbu\u00bb le sang du juste Abel (1), et qu\u2019elle \u00absue\u00bb lors de la naissance de Pantagruel (2)? Le corps n\u2019est ni clos ni achev\u00e9, il participe en permanence au mouvement des \u00e9changes universels. Celui qui d\u00e9vore risque lui-m\u00eame d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9, comme en t\u00e9moignent les m\u00e9saventures d\u2019un Panurge \u00e0 demi r\u00f4ti par les Turcs (14).<\/p>\n<p>Nourriture, boisson et sexualit\u00e9 arrachent donc le corps \u00e0 ses d\u00e9terminations traditionnelles, et le d\u00e9forment \u00e0 l\u2019envi dans des situations grotesques: Panurge est mis en broche avant d\u2019\u00eatre assailli par des chiens qui se disputent ses \u00ablardons\u00bb (14); le m\u00eame Parnurge propose d\u2019\u00e9difier un mur avec les sexes des Parisiennes qui cracheraient la v\u00e9role sur les attaquants (15); enfin il lance, \u00e0 l\u2019assaut de la dame qui l\u2019a d\u00e9daign\u00e9, six cents chiens en rut qui urinent sur elle (22). Le corps humain, brusquement, glisse dans le r\u00e8gne animal ou min\u00e9ral. Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que ces trois \u00e9pisodes d\u00e9cha\u00eenent les rires des protagonistes: rire, c\u2019est se r\u00e9jouir de cette mall\u00e9abilit\u00e9 du corps qui le fait \u00e9chapper \u00e0 un ordre univoque et fig\u00e9. \u00c0 tous ceux, th\u00e9ologiens, p\u00e9dants et femmes prudes, qui veulent draper l\u2019homme dans de fausses dignit\u00e9s, le rire convivial oppose ses vertus lib\u00e9ratrices.<\/p>\n<p>Autour du g\u00e9ant se constitue en effet un groupe joyeux d\u00e8s les frasques universitaires du chapitre\u00a05. Tout au long des quatre Livres suivants (voir Gargantua, Tiers Livre, Quart Livre et Cinqui\u00e8me Livre), l\u2019aventure restera collective. Dans chaque p\u00e9rip\u00e9tie, l\u2019esprit de dialogue est naturellement privil\u00e9gi\u00e9. Jamais, pour Pantagruel et ses compagnons, la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est dogme ni \u00e9vidence; elle est fruit du d\u00e9bat, effort commun de d\u00e9chiffrement. C\u2019est que les occasions de perplexit\u00e9 et d\u2019interrogation ne manquent pas: jargon de l\u2019\u00ab\u00e9colier limousin\u00bb (6), langues multiples de Panurge (9), r\u00e9bus envoy\u00e9 par une noble dame \u00e0 Pantagruel (23), ou strat\u00e9gie de l\u2019ennemi (24 et\u00a026).<\/p>\n<p>Omnipr\u00e9sente et n\u00e9cessaire, la parole n\u2019en est pas moins guett\u00e9e par divers \u00e9cueils. Le premier tient \u00e0 sa richesse m\u00eame: nombreux sont les \u00e9pisodes o\u00f9 la parole explore, en toute jubilation, les multiples possibilit\u00e9s du langage\u00a0\u2014 contamination du fran\u00e7ais et du latin (6), juxtaposition interminable de langues (9), \u00e9change de discours ineptes (11-13), et m\u00eame abolition de la parole au profit du geste et de la mimique (19). De cette ivresse d\u00e9coule un paradoxe: comment le langage fera-t-il \u0153uvre d\u2019\u00e9lucidation s\u2019il ajoute sa propre \u00e9nigme au cours embrouill\u00e9 des choses? Pantagruel l\u2019avait bien senti, qui stigmatisait le jargon de l\u2019\u00e9colier limousin, et faisait l\u2019apologie du \u00ablangage usit\u00e9\u00bb. Tel est le probl\u00e8me que pose le r\u00e9cit: faire de la parole l\u2019instrument et l\u2019objet d\u2019une cr\u00e9ation perp\u00e9tuelle, c\u2019est risquer l\u2019herm\u00e9tisme et le non-sens; mais privil\u00e9gier \u00e0 tout prix la clart\u00e9, c\u2019est \u00e9touffer les virtualit\u00e9s ludiques et po\u00e9tiques du langage.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9cueil est celui d\u2019une perversion sophistiqu\u00e9e de la parole, garante de tous les exc\u00e8s: Panurge le sait bien, qui retire le centuplum accipies de son contexte \u00e9vang\u00e9lique, et se livre \u00e0 une explication philosophique guid\u00e9e par le seul app\u00e9tit du gain. Il y a sans doute, dans cet \u00e9pisode fondamental, une satire de la doctrine protestante du libre examen, mais au-del\u00e0, l\u2019inconduite de Panurge pose le probl\u00e8me des rapports entre langage et action: si chacun est libre de donner aux mots le sens qui lui convient, l\u2019action de l\u2019homme risque de n\u2019\u00eatre plus que satisfaction des besoins, dans la n\u00e9gation de toute autorit\u00e9 ou moralit\u00e9. Pour conjurer ce danger, la parole doit \u00eatre encadr\u00e9e, r\u00e9gl\u00e9e par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00c9criture; elle doit s\u2019en nourrir constamment. Tel \u00e9tait le v\u0153u de Gargantua au chapitre\u00a08, lorsqu\u2019il recommandait \u00e0 son fils de \u00abvisiter les saintes lettres\u00bb quotidiennement, avant de dialoguer avec les \u00abgens lettr\u00e9s\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019esprit de dialogue, si caract\u00e9ristique du livre, ne s\u2019impose pas seulement aux personnages: il est le souci du narrateur dans ses rapports avec le lecteur. Le contraste est frappant, \u00e0 cet \u00e9gard, entre le Prologue et le dernier chapitre. Le narrateur, au d\u00e9but, se comporte en bateleur de foire qui vante sa marchandise et maudit le lecteur qui ne croirait pas \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9rale du r\u00e9cit: \u00abComme Sodome et Gomorrhe puissiez tomber en soulphre, en feu et en abysme, en cas que vous ne croyez fermement tout ce que je vous racompteray en ceste pr\u00e9sente cronicque!\u00bb<\/p>\n<p>Tout autre est le sens de son intervention finale, qui scelle un pacte d\u2019amiti\u00e9 avec le lecteur sensible \u00e0 la \u00abgaiet\u00e9\u00bb des aventures (\u00abSy pour passe-temps joyeux les lisez, comme passant temps les escriptvoys\u00bb); l\u2019impr\u00e9cation vise d\u00e9sormais les menteurs et les hypocrites, inaccessibles \u00e0 un art de vivre \u00abpantagru\u00e9lique\u00bb (\u00abIceux fuyez, abhorrissez et ha\u00efssez autant que je fay, et vous en trouverez bien, sur ma foy\u00bb). Cette \u00e9volution participe de la logique de renversement et de d\u00e9tr\u00f4nement, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans tout le r\u00e9cit. Aux mal\u00e9dictions pleines de morgue du d\u00e9but s\u2019opposent, dans les derniers chapitres, des aveux comiques d\u2019impuissance: le narrateur, d\u00e9vor\u00e9 par son personnage, prive le lecteur de la fin du r\u00e9cit, et admet enfin qu\u2019il a \u00ables registres du cerveau\u00bb trop \u00abbrouill\u00e9s\u00bb par le vin pour prolonger l\u2019histoire. Ce renversement est la condition d\u2019un nouveau rapport avec le lecteur, et d\u2019une nouvelle \u00e9thique de la narration, o\u00f9 l\u2019imposition du sens c\u00e8de la place \u00e0 l\u2019\u00e9change convivial. Toutes les p\u00e9rip\u00e9ties du livre semblent converger dans ces derni\u00e8res lignes, o\u00f9 le narrateur abandonne son masque de charlatan et se fait joyeux compagnon: ma\u00eetre Alcofrybas Nasier rejoint, ainsi, la cohorte des personnages qui s\u2019enflaient de pr\u00e9tention, et que l\u2019humeur fac\u00e9tieuse du r\u00e9cit a ramen\u00e9s \u00e0 la \u00abpetite fragilit\u00e9 de leur humanit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.\u00a0MARI<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-438","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/438","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=438"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}