{"id":416,"date":"2026-07-30T14:36:08","date_gmt":"2026-07-30T12:36:08","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=416"},"modified":"2026-07-30T14:36:08","modified_gmt":"2026-07-30T12:36:08","slug":"la-rose-publique","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=la-rose-publique","title":{"rendered":"la Rose publique"},"content":{"rendered":"<p>Rose publique (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ROSE PUBLIQUE (la). Recueil po\u00e9tique de Paul \u00c9luard, pseudonyme d\u2019Eug\u00e8ne Paul Grindel (1895-1952), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1934.<\/p>\n<p>Le recueil rassemble des in\u00e9dits, \u00e0 l\u2019exception de quelques po\u00e8mes \u00e9dit\u00e9s dans la R\u00e9volution surr\u00e9aliste et de \u201cOser et l\u2019espoir\u201d qui figurait dans l\u2019ensemble intitul\u00e9 \u00abAvec les m\u00eames mots\u00bb, originellement paru dans un collectif destin\u00e9 \u00e0 prendre la d\u00e9fense de Violette Nozi\u00e8res (condamn\u00e9e pour le meurtre de son p\u00e8re, qui l\u2019avait viol\u00e9e) en\u00a01933, et surtout de \u201cComme deux gouttes d\u2019eau\u201d, r\u00e9dig\u00e9 durant l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a01932, et publi\u00e9 en plaquette chez Jos\u00e9 Corti en\u00a01933.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, les po\u00e8mes sont compos\u00e9s d\u2019assez longues s\u00e9quences en vers libres, qui tendent parfois au verset (\u201cUne personnalit\u00e9&#8230;\u201d), \u00e0 l\u2019exception d\u2019un unique po\u00e8me en prose en fin de recueil (\u201cPar un apr\u00e8s-midi tr\u00e8s froid&#8230;\u201d). Le trait stylistique marquant de la Rose publique r\u00e9side dans les titres qui se pr\u00e9sentent souvent comme des po\u00e8mes \u00e0 part enti\u00e8re, ne serait-ce que par une typographie en capitales et une syntaxe de phrase compl\u00e8te. Loin d\u2019annoncer le contenu du po\u00e8me, d\u2019en donner l\u2019argument, ces titres d\u00e9veloppent un conte autonome: \u201cELLE SE FIT \u00c9LEVER UN PALAIS QUI RESSEMBLAIT \u00c0 UN \u00c9TANG DANS UNE FOR\u00caT, CAR TOUTES LES APPARENCES R\u00c9GL\u00c9ES DE LA LUMI\u00c8RE \u00c9TAIENT ENFOUIES DANS DES MIROIRS, ET LE TR\u00c9SOR DIAPHANE DE SA VERTU REPOSAIT AU FIN FOND DES ORS ET DES \u00c9MERAUDES COMME UN SCARAB\u00c9E\u201d, ou, plus souvent, un \u00abproverbe\u00bb: \u201cBONNES ET MAUVAISES LANGUES PR\u00c9TENDENT QUE LE MAL EST BIEN FAIT; AINSI, LE FAUX, LE N\u00c9GATIF OBLIGENT LA\u00a0VIE \u00c0 SE HA\u00cfR\u201d, ou encore un aphorisme sur la po\u00e9sie: \u201cL\u2019OBJECTIVIT\u00c9 PO\u00c9TIQUE N\u2019EXISTE QUE DANS LA SUCCESSION DE TOUS LES \u00c9L\u00c9MENTS SUBJECTIFS DONT LE PO\u00c8TE EST, JUSQU\u2019\u00c0 NOUVEL ORDRE, NON LE MA\u00ceTRE, MAIS L\u2019ESCLAVE\u201d. Outre les 152 proverbes mis au go\u00fbt du jour par \u00c9luard et P\u00e9ret en\u00a01925, ces titres \u00e9voquent parfois le style proph\u00e9tique de Ren\u00e9 Char, rencontr\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant, et avec qui \u00c9luard est alors tr\u00e8s li\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Breton, dans les Entretiens sur le surr\u00e9alisme (1952), n\u2019a pas manqu\u00e9 de critiquer le titre la Rose publique, r\u00e9v\u00e9lateur selon lui du souci esth\u00e9tique d\u2019\u00c9luard tandis que Ren\u00e9 Crevel \u00e9crivit un article amical, rest\u00e9 in\u00e9dit jusqu\u2019\u00e0 sa publication posthume en\u00a01956 dans les Cahiers du Sud, pour en rendre compte: \u00abLa rose est le symbole du sexe f\u00e9minin. La femme se trouve donc rendue \u00e0 la libert\u00e9, au regard, \u00e0 la ferveur de l\u2019homme, de tous les hommes, par le po\u00e8te dont la critique tr\u00e8s justement s\u2019accorde \u00e0 reconna\u00eetre que, depuis Baudelaire, il \u00e9crit les plus beaux vers d\u2019amour de la langue fran\u00e7aise.\u00bb Le recueil tout entier est sous-tendu par cette image \u00e9rotique, qui, comme Mourir de ne pas mourir (voir Capitale de la douleur), s\u2019inscrit encore dans la tradition du lyrisme amoureux de la Renaissance, sur lequel \u00c9luard fait de nombreuses variations: \u00abPuis une femme au col de roses rouges \/ De roses rouges qu\u2019on ouvre comme des coquillages \/ Qu\u2019on brise comme des \u0153ufs \/ Qu\u2019on br\u00fble comme de l\u2019alcool&#8230;\u00bb Mais comment ne pas lire l\u00e0 en outre\u00a0\u2014 comme chez Ronsard d\u2019ailleurs\u00a0\u2014 une repr\u00e9sentation en abyme de la po\u00e9sie que la rose m\u00e9taphorise, selon un topos bien connu? Car la rose signifie aussi le \u00abdon du po\u00e8me\u00bb par lequel l\u2019\u00e9change amoureux s\u2019\u00e9tablit: \u00abIl offrait \u00e0 \/ Toutes les femmes \/ Une rose privil\u00e9gi\u00e9e \/ Une rose de ros\u00e9e&#8230;\u00bb Ainsi le titre de la Rose publique rejoint celui de l\u2019Amour, la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>\u201cComme deux gouttes d\u2019eau\u201d montre que le recueil est encore plac\u00e9 sous le signe des \u00abann\u00e9es-Gala\u00bb et de l\u2019\u00abamour unique\u00bb qui \u00abtendait tous les pi\u00e8ges du prisme\u00bb, et dont il dresse en somme le bilan en t\u00eate de l\u2019ouvrage, rappelant la rencontre au sanatorium de Calvadel, et la naissance de C\u00e9cile: \u00abOn a bris\u00e9 le globe alpestre \/ O\u00f9 le couple \u00e9rotique semblait r\u00eaver \/ Une petite fille \u00e9tait figur\u00e9e \/ Sur ses flancs p\u00e2les \/ Elle riait d\u2019un mariage ridicule \/ D\u2019une vie enviable.\u00bb<\/p>\n<p>Mais Nusch n\u2019est pas moins pr\u00e9sente, notamment \u00e0 travers le po\u00e8me \u201cSon avidit\u00e9 n\u2019a d\u2019\u00e9gal que moi\u201d, qui renouvelle l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019amour: \u00abViens l\u00e0 docile viens oublier \/ Pour que tout recommence.\u00bb C\u2019est donc entre un pass\u00e9 \u00e0 oublier et un pr\u00e9sent \u00e0 construire dans une perp\u00e9tuelle gen\u00e8se que le recueil semble tendu. C\u2019est dire que, plus que les pr\u00e9c\u00e9dents recueils, solidement ancr\u00e9s dans le pr\u00e9sent, la Rose publique d\u00e9veloppe une m\u00e9ditation sur le temps de l\u2019amour et ses contradictions. Le pass\u00e9 dans \u201cComme deux gouttes d\u2019eau\u201d est \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 travers de longues s\u00e9quences narratives \u00e0 l\u2019imparfait ou au pass\u00e9 compos\u00e9, o\u00f9 pr\u00e9domine la troisi\u00e8me personne, qui met \u00e0 distance le couple: \u00abL\u2019homme \/ Ses bizarres id\u00e9es de bonheur l\u2019avaient abandonn\u00e9 \/ Il imposait sa voix inqui\u00e8te \/ \u00c0 la chevelure d\u00e9nou\u00e9e \/ Il cherchait cette chance de cristal&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Le pass\u00e9 compos\u00e9, temps de l\u2019accompli, est par excellence celui du bilan: \u00abDe tout ce que j\u2019ai dit de moi que reste-t-il \/ J\u2019ai conserv\u00e9 de faux tr\u00e9sors dans des armoires vides&#8230;\u00bb \u00c9luard retrouve alors les accents rimbaldiens du \u201cBateau ivre\u201d: \u00abJ\u2019ai vu le soleil quitter la terre\u00a0[&#8230;] \/ J\u2019ai vu le sablier du ciel et la mer se renverser\u00a0[&#8230;] \/ J\u2019ai vu une femme regarder son enfant nouveau-n\u00e9\u00a0[&#8230;] \/ J\u2019ai vu mon meilleur ami \/ Creuser dans les rues de la ville\u00a0[&#8230;] \/ Et j\u2019ai vu na\u00eetre l\u2019imperceptible \/ La nuit r\u00eav\u00e9e.\u00bb L\u2019anamn\u00e8se remonte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e\u00a01924, et au myst\u00e9rieux voyage autour du monde, \u00ablorsque les tropiques voguaient sur la mer des \u00e9toiles \/ Lorsque le ciel pav\u00e9 d\u2019oiseaux chantait dans les banlieues\u00bb. Nusch, en revanche, ouvre sur un avenir radieux: \u00abElle est future\u00bb (\u201c\u00c0 moudre le chemin\u201d). Cette dialectique temporelle est th\u00e9matis\u00e9e par les po\u00e8mes, qui ne cessent de dire la \u00abnaissance perp\u00e9tuelle\u00bb (\u201cle Baiser\u201d), la cr\u00e9ation d\u2019un temps nouveau, plac\u00e9 cette fois sous le signe d\u2019un \u00abnous\u00bb qui exprime le partage: \u00abNous passons notre vie \/ \u00c0 renverser les heures \/ Nous inventons le temps\u00bb (\u201cSon avidit\u00e9 n\u2019a d\u2019\u00e9gal que moi\u201d). Le temps po\u00e9tique se forme ainsi dans la r\u00e9p\u00e9tition ind\u00e9finie de l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0COMBE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-416","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/416","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=416"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}