{"id":415,"date":"2026-07-30T14:32:36","date_gmt":"2026-07-30T12:32:36","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=415"},"modified":"2026-07-30T14:32:36","modified_gmt":"2026-07-30T12:32:36","slug":"capitale-de-la-douleur","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=capitale-de-la-douleur","title":{"rendered":"Capitale de la douleur"},"content":{"rendered":"<p>Capitale de la douleur<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CAPITALE DE LA DOULEUR. Recueil po\u00e9tique de Paul \u00c9luard, pseudonyme d\u2019Eug\u00e8ne Paul Grindel (1895-1952), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1926.<\/p>\n<p>\u00c9luard r\u00e9unit dans son premier grand recueil de l\u2019\u00e9poque surr\u00e9aliste des po\u00e8mes publi\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment en plaquettes sous les titres: R\u00e9p\u00e9titions, paru en\u00a01922 \u00e0 la librairie Au Sans Pareil, en collaboration avec Max Ernst, qui propose des dessins en contrepoint; Mourir de ne pas mourir, \u00abdernier livre\u00bb publi\u00e9 chez Gallimard en\u00a01924, \u00e0 la veille de son d\u00e9part pour un myst\u00e9rieux voyage autour du monde. La troisi\u00e8me section, \u00ables Petits Justes\u00bb, qui figurait d\u00e9j\u00e0 dans la plaquette Mourir de ne pas mourir, reprend partiellement les \u00abonze ha\u00efka\u00ef\u00bb de Pour vivre ici publi\u00e9s en\u00a01920, tout comme la derni\u00e8re section des \u00abNouveaux po\u00e8mes\u00bb, qui comprend en outre des textes de Au d\u00e9faut du silence primitivement publi\u00e9 en\u00a01925 de mani\u00e8re toute confidentielle, et illustr\u00e9 anonymement par Max Ernst. \u00c9luard renonce ainsi au silence qu\u2019il s\u2019\u00e9tait impos\u00e9. Breton, \u00e0 qui \u00e9tait d\u00e9di\u00e9 Mourir de ne pas mourir, dans le pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer repris dans Point du jour, c\u00e9l\u00e8bre la \u00abpassion\u00bb et l\u2019\u00abinspiration\u00bb des \u00abmouvements du c\u0153ur\u00bb que le recueil laisse affleurer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>La structure de Capitale de la douleur suit \u00e0 peu pr\u00e8s la chronologie des pr\u00e9publications, de sorte qu\u2019il serait vain d\u2019y chercher une \u00abarchitecture secr\u00e8te\u00bb concert\u00e9e. L\u2019unit\u00e9 th\u00e9matique et stylistique de l\u2019ensemble, tr\u00e8s sensible, permet toutefois de discerner une \u00e9volution, en particulier de la premi\u00e8re section, \u00abR\u00e9p\u00e9titions\u00bb, aux trois suivantes, \u00abMourir de ne pas mourir\u00bb, \u00ables Petits Justes\u00bb, \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb. \u00abR\u00e9p\u00e9titions\u00bb, par la typographie de ses vers centr\u00e9s au milieu de la page, souligne la discontinuit\u00e9 d\u2019une \u00e9criture vou\u00e9e \u00e0 la fulgurance et \u00e0 l\u2019ellipse, plus proche du style de Breton, voire de Char, que de celui, fluide et harmonieux, auquel \u00c9luard habitue le lecteur d\u00e8s \u00abMourir de ne pas mourir\u00bb. Contrairement aux recueils ult\u00e9rieurs, Capitale de la douleur fait \u00e9clater la syntaxe par de fr\u00e9quentes anacoluthes. De l\u2019amplification de la forme po\u00e9tique t\u00e9moigne alors la r\u00e9currence du po\u00e8me en prose, rare dans la premi\u00e8re section, et surtout la disposition strophique qui permet une m\u00e9trique r\u00e9guli\u00e8re ou quasi r\u00e9guli\u00e8re (alexandrin). De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les po\u00e8mes sont assez longs, favorisant le d\u00e9veloppement tout musical de \u00abvariations\u00bb th\u00e9matiques fond\u00e9es sur la r\u00e9p\u00e9tition: \u00abDans un coin&#8230;\u00bb (\u201cMax Ernst\u201d), \u00abIl y a\u00bb (\u201cDans la danse\u201d), etc. Le titre de la section \u00abR\u00e9p\u00e9titions\u00bb, qui renvoie aux \u00e9chos et reflets du texte et de l\u2019image, prend \u00e9galement la valeur d\u2019un commentaire en abyme du po\u00e8me et annonce le style litanique de Po\u00e9sie ininterrompue. Cette tendance, un temps contredite par les \u00abha\u00efka\u00ef\u00bb des \u00abPetits Justes\u00bb, est largement confirm\u00e9e par les \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb, o\u00f9 s\u2019imposent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 le po\u00e8me en prose et le po\u00e8me strophique, avec une pr\u00e9dilection pour le quatrain, parfois rim\u00e9. Cette continuit\u00e9 stylistique sera la \u00absignature\u00bb d\u2019\u00c9luard dans le groupe surr\u00e9aliste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la lecture des \u00e9preuves, dans le rapt de l\u2019inspiration, que s\u2019impose et se substitue au titre primitif \u00abl\u2019Art d\u2019\u00eatre malheureux\u00bb celui de Capitale de la douleur, titre qui conserve la th\u00e9matique du \u00abmalheur\u00bb et scelle l\u2019unit\u00e9 de recueils ant\u00e9rieurs apparemment disparates. C\u2019est ainsi que le recueil tout entier est travers\u00e9 par le motif de la douleur, de la souffrance, du malheur et d\u2019une destin\u00e9e funeste qu\u2019il faut sans doute rapporter au taedium vitae\u00a0[d\u00e9go\u00fbt de la vie] que voulait exprimer le voyage de\u00a01924, mais aussi, assur\u00e9ment, au d\u00e9cadentisme laforguien qui marque l\u2019entr\u00e9e en po\u00e9sie de l\u2019auteur: Premiers Po\u00e8mes (1913-1918), le Devoir et l\u2019Inqui\u00e9tude (1916-1917) et le Rire d\u2019un autre (1917). \u00c0 cet \u00e9gard, Capitale de la douleur est, avec Le temps d\u00e9borde de\u00a01947, \u00e9crit apr\u00e8s la mort de Nusch, le recueil dont la tonalit\u00e9 est la plus sombre et, peut-\u00eatre, la moins conforme \u00e0 l\u2019image commun\u00e9ment re\u00e7ue de la po\u00e9sie d\u2019\u00c9luard. Ce \u00abd\u00e9sespoir qui n\u2019a pas d\u2019ailes\u00bb (\u201cNudit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9\u201d), \u00e9tonnamment proche du \u201cVerbe \u00eatre\u201d dans le Revolver \u00e0 cheveux blancs de Breton, introduit une n\u00e9gativit\u00e9 rare chez \u00c9luard, et dont la corr\u00e9lation est \u00e9troite avec les tensions stylistiques. L\u2019influence de Verlaine se fait m\u00eame sentir dans ces po\u00e8mes qui \u00e9voquent parfois la figure du \u00abpo\u00e8te maudit\u00bb dont le \u00abmalheur\u00bb est narcissiquement chant\u00e9 par une prosodie envo\u00fbtante:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Larmes des yeux, les malheurs des malheureux,<br \/>\nMalheurs sans int\u00e9r\u00eat et larmes sans couleurs.\u00a0[&#8230;]<br \/>\nIl fait un triste temps, il fait une nuit noire<br \/>\n\u00c0 ne pas mettre un aveugle dehors.<\/p>\n<p>(\u201cSans rancune\u201d)<\/p>\n<p>\u00c9luard, qui avait sans doute lu les \u0152uvres de Rimbaud publi\u00e9es en\u00a01898 par Paterne Berrichon, proclame avoir \u00abquitt\u00e9 le monde\u00bb, \u00abun monde dont\u00a0[il est] absent\u00bb (\u201cGiorgio de Chirico\u201d). Les \u00ababsences\u00bb des \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb t\u00e9moignent aussi d\u2019un malaise fondamental: celui de la \u00abdouleur\u00bb d\u2019\u00eatre au monde.<br \/>\n\u00abMourir de ne pas mourir\u00bb, bien \u00e9videmment, reprend cette th\u00e9matique doloriste, mais pour la rattacher \u00e0 la lyrique amoureuse m\u00e9di\u00e9vale et renaissante et, au-del\u00e0, \u00e0 la mystique. Le titre est en effet inspir\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre \u00abQue muero porque no muero\u00bb de Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, devenu topos du \u00abmal d\u2019amour\u00bb dans la po\u00e9sie europ\u00e9enne du\u00a0XVIe et de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du\u00a0XVIIe si\u00e8cle. Gala, \u00e0 qui sont d\u00e9di\u00e9s les \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb, est au centre de ce recueil; \u00c9luard, ayant entre-temps rencontr\u00e9 Nusch, \u00e9voquera en\u00a01929 dans la R\u00e9volution surr\u00e9aliste l\u2019ali\u00e9nation de sa libert\u00e9 par une femme \u00abinqui\u00e8te\u00bb et \u00abjalouse\u00bb. C\u2019est aux souffrances et aux affres de l\u2019\u00e9ros que le recueil est donc consacr\u00e9, proche en cela des Myst\u00e9rieuses Noces de Pierre-Jean Jouve, publi\u00e9es en\u00a01925. Le motif de la \u00abchasse\u00bb, des \u00abliens\u00bb, des \u00abjours de captivit\u00e9\u00bb, omnipr\u00e9sent, se trouve ainsi remotiv\u00e9, tissant un r\u00e9seau serr\u00e9 d\u2019images au fil d\u2019un recueil qui s\u2019inscrit dans la grande tradition de la Vita nuova de Dante, puis du p\u00e9trarquisme. De l\u00e0, peut-\u00eatre, la pr\u00e9sence \u00e0 la fois obsessionnelle et anonyme d\u2019\u00abune femme\u00bb qui, telle la \u00abpassante\u00bb de Baudelaire qu\u2019\u00e9voque irr\u00e9sistiblement \u201cRonde\u201d, demeure la \u00abbelle inconnue\u00bb. Souvent \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me personne par un \u00abelle\u00bb ind\u00e9termin\u00e9 dans \u00abR\u00e9p\u00e9titions\u00bb, la femme aim\u00e9e devient progressivement une interlocutrice. \u00abTes yeux sont revenus d\u2019un pays arbitraire&#8230;\u00bb Les \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb, qui h\u00e9sitent encore entre la communication directe et l\u2019\u00e9vocation indirecte, s\u2019ach\u00e8vent pourtant sur une s\u00e9rie d\u2019invocations jusqu\u2019\u00e0 l\u2019admirable et justement c\u00e9l\u00e8bre: \u00abLa courbe de tes yeux fait le tour de mon c\u0153ur&#8230;\u00bb Et le recueil de se clore sur: \u00abTu es pure, tu es encore plus pure que moi-m\u00eame\u00bb, qui consacre la transitivit\u00e9 de cette po\u00e9sie enti\u00e8rement vou\u00e9e \u00e0 sa destinatrice, \u00e0 la fois proche et inaccessible. Mais il convient, n\u00e9anmoins, de ne pas sur\u00e9valuer la distance entre le po\u00e8te et la dame; car \u00c9luard ne manque pas de repr\u00e9senter l\u2019union accomplie, qui deviendra la th\u00e9matique centrale des recueils ult\u00e9rieurs, allant jusqu\u2019\u00e0 la fusion dans \u201cl\u2019Amoureuse\u201d: \u00abElle est debout sur mes paupi\u00e8res&#8230;\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est encore \u00e0 la tradition p\u00e9trarquiste qu\u2019il faut rapporter l\u2019importance du regard, des yeux, si souvent comment\u00e9e par les critiques, dans Capitale de la douleur. \u00c9luard d\u00e9cline tous les paradigmes de ce topos: source de lumi\u00e8re, les yeux causent aussi le d\u00e9sespoir lorsque, \u00abtoujours ouverts\u00bb, ils emp\u00eachent le po\u00e8te de dormir (\u201cl\u2019Amoureuse\u201d), suscitant un \u00abciel de larmes\u00a0[&#8230;] pour que sa douleur s\u2019y cache\u00bb (\u201cEntre peu d\u2019autres\u201d). Mais\u00a0\u2014 et c\u2019est l\u00e0 l\u2019originalit\u00e9 de la po\u00e9tique \u00e9luardienne\u00a0\u2014 le regard joue aussi, de mani\u00e8re ambivalente, un r\u00f4le m\u00e9diateur dans la communication\u00a0\u2014 voire la communion\u00a0\u2014 amoureuse. Par une dialectique des contraires, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas \u00e9trang\u00e8re au lyrisme p\u00e9trarquiste, la douleur se mue en jouissance et la po\u00e9sie prend une tonalit\u00e9 volontiers euphorique, comme l\u2019atteste l\u2019omnipr\u00e9sence du rire et du sourire et, surtout, de l\u2019oiseau aux ailes duquel les yeux finissent par \u00eatre identifi\u00e9s, comme dans \u201cLeurs yeux toujours purs\u201d\u00a0\u2014 \u00abvol qui secoue\u00a0[s]a mis\u00e8re\u00bb\u00a0\u2014, \u00abailes couvrant le monde de lumi\u00e8re\u00bb, dans \u201cla Courbe de tes yeux\u00a0[&#8230;]\u201d. L\u2019\u0153il est alors explicitement associ\u00e9 \u00e0 des images \u00e9rotiques, comme dans \u201cla Grande Maison inhabitable \u201d:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les yeux plus grands ouverts sous le vent de ses mains<br \/>\nElle imagine que l\u2019horizon a pour elle d\u00e9nou\u00e9 sa ceinture.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9matique bien connue se d\u00e9veloppe donc pour la premi\u00e8re fois dans Capitale de la douleur, pour s\u2019imposer dans les recueils suivants. Les vers c\u00e9l\u00e8bres: \u00abLe monde entier d\u00e9pend de tes yeux purs \/ Et tout mon sang coule dans leurs regards\u00bb montrent bien que la vie proc\u00e8de du regard, dont le cercle est l\u2019image de la perfection, selon la tradition n\u00e9oplatonicienne.<br \/>\nAutant diamants, cristaux et miroirs contribuent \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de cette \u00abbeaut\u00e9 facile\u00bb et \u00abheureuse\u00bb \u00e9voqu\u00e9e dans \u201cla Parole\u201d, autant l\u2019obscurit\u00e9 et, surtout, l\u2019opacit\u00e9 et l\u2019ombre\u00a0\u2014 ces \u00abvitres lourdes de silence \/ Et d\u2019ombre o\u00f9 mes mains nues cherchent tous tes reflets\u00bb (\u201cTa chevelure d\u2019oranges\u00a0[&#8230;]\u201d)\u00a0\u2014 d\u00e9finissent d\u00e9j\u00e0 dans Capitale de la douleur le mal absolu, alors m\u00eame que la nuit, parce qu\u2019elle trace un \u00abhorizon\u00bb, paradoxalement, \u00abdonne \u00e0 voir\u00bb: \u00abIl faudra que le ciel soit aussi pur que la nuit\u00bb (\u201cJoan Mir\u00f3\u201d).<\/p>\n<p>Car le regard, au-del\u00e0 m\u00eame de l\u2019amour, participe \u00e0 la gen\u00e8se du monde par la lumi\u00e8re. L\u2019\u0153il est simultan\u00e9ment ce qui voit et ce qui est vu\u00a0\u2014 \u00e0 la fois source et objet de la lumi\u00e8re. La \u00abpuret\u00e9\u00bb du regard de l\u2019aim\u00e9e \u00abChaque jour plus matinale \/ Chaque saison plus nue \/ Plus fra\u00eeche\u00bb (\u201cla Vie\u201d) saisit \u00e0 ses origines le monde dans son int\u00e9grit\u00e9 native, ainsi que pour l\u2019enfant:<\/p>\n<p>Et c\u2019est dans les yeux de l\u2019enfant,<br \/>\nDans ses yeux sombres et profonds<br \/>\nComme les nuits blanches<br \/>\nQue na\u00eet la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>(\u201cle Plus Jeune\u201d)<\/p>\n<p>Le premier des \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb, \u201cNe plus partager\u201d, r\u00e9v\u00e8le le pouvoir cr\u00e9ateur de la vision: \u00abL\u2019espace a la forme de mes regards\u00bb, \u00abL\u2019espace entre les choses a la forme de mes paroles.\u00bb<br \/>\nLe privil\u00e8ge accord\u00e9 \u00e0 la vision (il s\u2019agit m\u00eame de \u00abvoir le silence\u00bb) conditionne \u00e9videmment la dimension picturale du recueil. \u00abR\u00e9p\u00e9titions\u00bb, on le sait, est n\u00e9 d\u2019une \u00e9troite collaboration avec le peintre Max Ernst, dont le nom constitue le titre du premier po\u00e8me du recueil, de m\u00eame que \u00ables Petits Justes\u00bb. \u00abMourir de ne pas mourir\u00bb et \u00abNouveaux Po\u00e8mes\u00bb, par certains de leurs titres, montrent bien l\u2019importance des peintres: \u201cGiorgio de Chirico\u201d, \u201cAndr\u00e9 Masson\u201d, \u201cPaul Klee\u201d, \u201cMax Ernst\u201d \u00e0 nouveau, \u201cGeorges Braque\u201d, \u201cArp\u201d, \u201cJoan Mir\u00f3\u201d. \u00c9luard ne se singularise pas en cela, qui invoque les m\u00eames amis peintres que Breton. Mais de fa\u00e7on plus significative, il met en sc\u00e8ne la peinture ou le travail du peintre, comme s\u2019il d\u00e9crivait des tableaux imaginaires, comme dans \u201cl\u2019Invention\u201d ou \u201cRonde\u201d, qui \u00e9voquent un paysage, ou \u201c\u0152il de sourd\u201d qui mentionne un portrait. \u201cInt\u00e9rieur\u201d, qui se r\u00e9f\u00e8re sans doute \u00e0 la peinture hollandaise, s\u2019ouvre sur la fuite du \u00abpeintre et son mod\u00e8le\u00bb. Mais c\u2019est surtout par la richesse des notations de couleurs et de lumi\u00e8re que le recueil affiche sa qualit\u00e9 picturale\u00a0\u2014 \u00abl\u00e8vre rouge avec un point rouge\u00bb, \u00abjambe blanche avec un pied blanc\u00bb du corps de la femme d\u00e9crit dans \u201cManie\u201d, \u00abfemmes de bois vert et sombre\u00bb de \u201cDans la danse\u201d, \u00abliane verte et bleue qui joint le ciel aux arbres\u00bb dans \u201cCelle qui n\u2019a pas la parole\u201d&#8230; Le po\u00e8me \u201cPremi\u00e8re du monde\u201d, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Picasso, atteste que la peinture a partie li\u00e9e avec les origines, si bien qu\u2019elle devient l\u2019all\u00e9gorie de toute cr\u00e9ation; ainsi du po\u00e8me \u201cGeorges Braque\u201d qui d\u00e9crit, en fin de compte, l\u2019acte po\u00e9tique lui-m\u00eame:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un homme aux yeux l\u00e9gers d\u00e9crit le ciel d\u2019amour.<br \/>\nIl en rassemble les merveilles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0COMBE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-415","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}