{"id":401,"date":"2026-07-30T13:23:37","date_gmt":"2026-07-30T11:23:37","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=401"},"modified":"2026-07-30T16:49:01","modified_gmt":"2026-07-30T14:49:01","slug":"clair-de-terre","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=clair-de-terre","title":{"rendered":"Clair de terre"},"content":{"rendered":"<p>Clair de terre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CLAIR DE TERRE. Recueil po\u00e9tique d\u2019Andr\u00e9 Breton (1896-1966), publi\u00e9 \u00e0 Paris sans nom d\u2019\u00e9diteur, avec la mention \u00abCollection Litt\u00e9rature\u00bb en 1923. Breton dirigeait alors la revue Litt\u00e9rature dans laquelle certains po\u00e8mes avaient d\u2019abord paru au cours de l\u2019ann\u00e9e\u00a01923.<\/p>\n<p>Clair de terre est, apr\u00e8s Mont de pi\u00e9t\u00e9, le deuxi\u00e8me recueil po\u00e9tique de Breton. L\u2019auteur est soucieux de faire para\u00eetre ce nouvel ouvrage en m\u00eame temps que le recueil th\u00e9orique intitul\u00e9 les Pas perdus, \u00abafin de ne pas passer pour un essayiste ou un critique\u00bb, \u00e9crit-il \u00e0 Jacques Doucet, le\u00a022\u00a0ao\u00fbt\u00a01923. La plupart des po\u00e8mes de Clair de terre datent de\u00a01923 et sont post\u00e9rieurs \u00e0 la d\u00e9cision, publi\u00e9e par le Journal du peuple, dans un entretien accord\u00e9 par Breton \u00e0 Roger Vitrac le\u00a07\u00a0avril\u00a01923, de renoncer\u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>On peut distinguer cinq types de textes dans Clair de terre. Il y a tout d\u2019abord des \u00abr\u00e9cits de r\u00eaves\u00bb (c\u2019est avec cette mention que ces pi\u00e8ces avaient paru auparavant dans Litt\u00e9rature) rassembl\u00e9s au d\u00e9but du recueil sous le titre \u00abCinq R\u00eaves\u00bb. L\u2019ouvrage contient \u00e9galement des textes dont le graphisme est continu et que l\u2019on pourrait qualifier de po\u00e8mes en prose (\u201cles Reptiles cambrioleurs\u201d, \u201cAmour parchemin\u00e9\u201d, \u201cCartes sur les dunes\u201d, \u201c\u00c9pervier incassable\u201d, \u201cRendez-vous\u201d, \u201cPriv\u00e9\u201d). Ces pi\u00e8ces semblent proc\u00e9der de l\u2019\u00e9criture automatique. Les po\u00e8mes en vers libres, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui se pr\u00e9sentent sous une forme discontinue, sont les plus nombreux, surtout vers la fin du recueil. Clair de terre comprend en outre deux textes reposant sur le principe du collage d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 dans Mont de pi\u00e9t\u00e9\u00a0\u2014 \u201cPi\u00e8ce fausse\u201d reprend et d\u00e9sarticule une strophe d\u2019un po\u00e8me de jeunesse; \u201cPSTT\u201d reproduit une page de l\u2019annuaire t\u00e9l\u00e9phonique\u00a0\u2014, et deux pi\u00e8ces qui sont des sortes d\u2019illustrations: \u201cM\u00c9MOIRES D\u2019UN EXTRAIT DES ACTIONS DE CHEMIN\u201d et \u201cILE\u201d.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>La publication de ce recueil po\u00e9tique para\u00eet correspondre, chez Breton, \u00e0 une volont\u00e9 de liquidation analogue \u00e0 celle dont proc\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 Mont de pi\u00e9t\u00e9. L\u2019auteur affirme, dans une lettre \u00e0 Picabia du\u00a019\u00a0septembre\u00a01923: \u00abJ\u2019ai \u00e9crit au hasard, comme cela, des po\u00e8mes et je vais les publier pour m\u2019amuser. Vous ne les aimerez gu\u00e8re, si vous m\u2019aimez un peu.\u00bb L\u2019ultime po\u00e8me du recueil, \u201c\u00c0 Rrose S\u00e9lavy\u201d peut aussi appara\u00eetre de la part de l\u2019auteur, comme un d\u00e9saveu de sa propre \u00e9criture puisqu\u2019il reproduit en \u00e9pigraphe l\u2019annonce du Journal du peuple: \u00abAndr\u00e9 Breton n\u2019\u00e9crira plus.\u00bb Ce texte demeure toutefois ambigu car il est \u00e9galement possible de comprendre que Clair de terre constitue le d\u00e9menti et l\u2019heureux d\u00e9passement de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Le titre du recueil, comme souvent dans l\u2019\u0153uvre de Breton, utilise une expression figur\u00e9e devenue usuelle mais, ici, la formule est modifi\u00e9e, \u00abclair de lune\u00bb devenant \u00abclair de terre\u00bb. Les signifiants se trouvent ainsi soudain charg\u00e9s d\u2019un grand et surprenant pouvoir d\u2019\u00e9vocation que renforce l\u2019assonance contenue dans la nouvelle expression. La citation plac\u00e9e en \u00e9pigraphe souligne en outre la valeur symbolique du titre: \u00abLa terre brille dans le ciel comme un astre \u00e9norme au milieu des \u00e9toiles. \/ Notre globe projette sur la lune un intense clair de terre. \/ \u201cle Ciel\u201d \/ Nouvelle astronomie pour tous.\u00bb R\u00e9versibilit\u00e9, lumi\u00e8re et immanence sont les cl\u00e9s de la po\u00e9sie: l\u2019\u00e9tincelle po\u00e9tique na\u00eet d\u2019un regard nouveau pos\u00e9 sur le monde; l\u2019inspiration est ici-bas, sur cette terre, disponible \u00abpour tous\u00bb. Encore faut-il, sans doute, \u00eatre capable d\u2019aller \u00abdans la lune\u00bb, comme le font les r\u00eaveurs. \u00abLes Cinq R\u00eaves\u00bb t\u00e9moignent bien d\u2019une volont\u00e9 d\u2019explorer l\u2019univers onirique (voir les Manifestes du surr\u00e9alisme). La typographie de la page de garde pr\u00e9cise encore le symbolisme du titre. Gr\u00e2ce \u00e0 un montage optique particulier, les caract\u00e8res y sont lisibles en blanc, au lieu du noir normalement r\u00e9serv\u00e9 aux signes \u00e9crits, sur un fond noir qui ne s\u2019\u00e9tend pas \u00e0 toute la page. Ce singulier \u00e9clairage a pour cons\u00e9quences que le texte ne se situe pas l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019aurait cru tout d\u2019abord, c\u2019est-\u00e0-dire dans ce qui est trac\u00e9 en noir, et que les mots, blancs, communiquent avec le blanc de la page. Il y a l\u00e0 une m\u00e9taphore de la po\u00e9sie telle que la con\u00e7oit Breton. Elle surgit de l\u2019inattendu, et ne proc\u00e8de pas de r\u00e8gles ou de \u00abbeaux effets\u00bb savamment agenc\u00e9s\u00a0\u2014 \u00abJ\u2019ai quitt\u00e9 mes effets, \/ mes beaux effets de neige!\u00bb, dit l\u2019\u00e9nigmatique alexandrin qui, r\u00e9parti sur deux vers, sert de cl\u00f4ture au recueil (\u201c\u00c0 Rrose S\u00e9lavy\u201d).<\/p>\n<p>L\u2019ensemble du recueil met le texte po\u00e9tique en question. Les pi\u00e8ces de Clair de terre bouleversent tous les crit\u00e8res formels, le statut de po\u00e8me \u00e9tant octroy\u00e9 tant \u00e0 la simple transcription de r\u00eaves (\u00abCinq R\u00eaves\u00bb) qu\u2019\u00e0 la reproduction d\u2019une page d\u2019annuaire (\u201cPSTT\u201d) ou \u00e0 un unique mot \u00e9crit sur une page (\u201cILE\u201d). L\u2019op\u00e9ration po\u00e9tique r\u00e9side alors dans les transferts de contextes, dans les manipulations de signifiants\u00a0\u2014 \u201cPSTT\u201d na\u00eet de la fusion de l\u2019interjection \u00abpst\u00bb et du sigle \u00abP.T.T.\u00bb\u00a0\u2014 et les agencements graphiques\u00a0\u2014 le \u00abpo\u00e8me-illustration\u00bb \u201cILE\u201d joue sur le grossissement, le changement de sens (vertical au lieu d\u2019horizontal) et l\u2019\u00e9clairage de la lettre.<\/p>\n<p>Clair de terre est cependant un recueil tr\u00e8s vari\u00e9, voire composite, qui ne contient pas seulement des textes limites et revendiquant une ostensible rupture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des normes po\u00e9tiques. Nombre de pi\u00e8ces, tant par les images que par le rythme, rel\u00e8vent de conceptions moins provocantes. Dans \u201cPlut\u00f4t la vie\u201d, par exemple, se d\u00e9ploie un ample mouvement oratoire au service d\u2019un hymne \u00e0 la vie. En outre, d\u2019un po\u00e8me \u00e0 l\u2019autre, des traits dominants apparaissent tels que la pr\u00e9sence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de figures f\u00e9minines, la force du d\u00e9sir ou la r\u00e9currence d\u2019images d\u2019enfermement qui sont comme contrecarr\u00e9es par divers effets d\u2019\u00e9largissement. Toutefois, m\u00eame dans les po\u00e8mes les plus directement intelligibles, le texte demeure opaque ou ind\u00e9finiment disponible, au gr\u00e9 de l\u2019assiduit\u00e9 du lecteur. Aucun sens n\u2019est jamais d\u00e9livr\u00e9 de fa\u00e7on univoque et certaine, aucune logique stable ne se dessine car les images l\u2019emportent, aussi al\u00e9atoires que surprenantes, aussi arbitraires que belles et d\u00e9routantes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-401","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}