{"id":400,"date":"2026-07-30T13:21:35","date_gmt":"2026-07-30T11:21:35","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=400"},"modified":"2026-07-30T13:21:35","modified_gmt":"2026-07-30T11:21:35","slug":"mont-de-piete","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=mont-de-piete","title":{"rendered":"Mont de Pi\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Mont de pi\u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MONT DE PI\u00c9T\u00c9. Recueil po\u00e9tique d\u2019Andr\u00e9 Breton (1896-1966), publi\u00e9 \u00e0 Paris aux \u00c9ditions Au Sans Pareil en 1919.<\/p>\n<p>Mont de pi\u00e9t\u00e9 est le premier recueil de po\u00e8mes d\u2019Andr\u00e9 Breton. Il comprend des pi\u00e8ces \u00e9crites entre\u00a01913 et\u00a01919. Le recueil de\u00a01919 comportait quinze po\u00e8mes. En\u00a01966, l\u2019ann\u00e9e m\u00eame de la mort du po\u00e8te, para\u00eet une anthologie publi\u00e9e, semble-t-il, avec l\u2019aval de Breton mais non sous sa responsabilit\u00e9. Elle regroupe, sous le titre Clair de terre, des textes po\u00e9tiques parus entre\u00a01919 (Mont de pi\u00e9t\u00e9) et\u00a01936 (Au lavoir noir). Mont de pi\u00e9t\u00e9 constitue la premi\u00e8re section de cette anthologie et ne contient plus que neuf po\u00e8mes. Les pi\u00e8ces supprim\u00e9es sont pour l\u2019essentiel celles qui se pr\u00e9sentaient sous une forme versifi\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>L\u2019organisation du recueil, \u00e0 deux exceptions pr\u00e8s (\u201cFa\u00e7on\u201d et \u201cD\u00e9cembre\u201d), suit l\u2019ordre chronologique de composition des pi\u00e8ces. Le po\u00e8me \u201cFa\u00e7on\u201d, bien qu\u2019il soit de juin 1916, est plac\u00e9 en t\u00eate de l\u2019ouvrage, sans doute parce qu\u2019il correspond \u00e0 une phase d\u00e9cisive de rupture. En effet, l\u2019anthologie de\u00a01966 ne retiendra pas les po\u00e8mes ant\u00e9rieurs \u00e0\u00a01916, plac\u00e9s apr\u00e8s \u201cFa\u00e7on\u201d dans l\u2019\u00e9dition de\u00a01919, tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9s de l\u2019influence mallarm\u00e9enne et \u00e9crits en vers (\u201cRieuse\u201d, \u201cD\u2019or vert\u201d, \u201cl\u2019An suave\u201d, \u201cHymne\u201d et \u201cD\u00e9cembre\u201d; pour d\u2019obscures raisons, la place de ce dernier po\u00e8me ne respecte pas l\u2019ordre chronologique). Les textes suivants op\u00e8rent une progressive d\u00e9sarticulation du vers et t\u00e9moignent de la qu\u00eate d\u2019une po\u00e9sie nouvelle. Dans les po\u00e8mes de\u00a01916-1917 (\u201cFa\u00e7on\u201d, \u201c\u00c2ge\u201d, \u201cCoqs de bruy\u00e8re\u201d et \u201cAndr\u00e9 Derain\u201d), on peut encore d\u00e9celer l\u2019empreinte de Mallarm\u00e9 et de Rimbaud. Les textes de\u00a01918, ironiquement plac\u00e9s sous l\u2019\u00e9gide de po\u00e8tes fameux (Rimbaud dans \u201cFor\u00eat-Noire\u201d, Gide dans \u201cPour Lafcadio\u201d et Val\u00e9ry dans \u201cMonsieur V\u201d), se livrent \u00e0 un exercice de radicale destruction du po\u00e8me. Enfin, les pi\u00e8ces de\u00a01919 (\u201cUne maison peu solide\u201d, \u201cle Corset myst\u00e8re\u201d, \u201cCl\u00e9 de sol\u201d; ce dernier po\u00e8me dispara\u00eetra dans l\u2019\u00e9dition de\u00a01966) participent de la r\u00e9action et des recherches dada\u00efstes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le titre Mont de pi\u00e9t\u00e9 souligne le caract\u00e8re h\u00e9t\u00e9roclite du regroupement op\u00e9r\u00e9 par ce recueil o\u00f9 Breton acquitte ses dettes litt\u00e9raires. Il t\u00e9moigne aussi d\u2019un go\u00fbt pour les expressions dont l\u2019usage courant a priv\u00e9 les mots d\u2019un poids qu\u2019ils retrouvent soudain, ainsi isol\u00e9s de tout contexte et rendus \u00e0 leur pouvoir de signification (pensons \u00e0 des titres futurs d\u2019\u0153uvres de Breton tels que les Champs magn\u00e9tiques, les Pas perdus ou Point du jour).<\/p>\n<p>Mont de pi\u00e9t\u00e9 refl\u00e8te le trajet d\u2019un jeune po\u00e8te\u00a0\u2014 \u201c\u00c2ge\u201d, le plus ancien po\u00e8me retenu en\u00a01966, est symboliquement dat\u00e9 du\u00a019\u00a0f\u00e9vrier\u00a01916, anniversaire de la vingti\u00e8me ann\u00e9e de Breton\u00a0\u2014 se d\u00e9gageant peu \u00e0 peu de la tutelle symboliste et de l\u2019emprise des mod\u00e8les. Le recueil est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment disparate dans la mesure o\u00f9 il correspond \u00e0 une volont\u00e9 de faire en quelque sorte le point, et de restituer les \u00e9tapes d\u2019un parcours po\u00e9tique encore t\u00e2tonnant. Les po\u00e8mes qui ont en apparence renonc\u00e9 aux principes de la versification conservent pourtant une m\u00e9trique rigoureuse: le montage graphique disloque le vers et le tourne ainsi en d\u00e9rision, mais il subsiste et l\u2019on peut par exemple retrouver dans la premi\u00e8re strophe de \u201cFa\u00e7on\u201d un quatrain d\u2019alexandrins aux rimes crois\u00e9es: \u00abL\u2019attachement vous s\u00e8me en taffetas broch\u00e9 \/ Projets sauf o\u00f9 le chatoiement d\u2019ors se complut \/ Que juillet, t\u00e9moin fou, ne compte le p\u00e9ch\u00e9. \/ D\u2019au moins ce vieux roman de fillettes qu\u2019on lut!\u00bb (\u00e9videmment, la pr\u00e9sentation adopt\u00e9e par Breton n\u2019est pas celle-ci; la strophe comporte en r\u00e9alit\u00e9 six vers totalement d\u00e9pourvus de r\u00e9gularit\u00e9 et de rimes).<\/p>\n<p>La syntaxe est \u00e9galement distordue, ce qui favorise, selon des jeux encore tr\u00e8s mallarm\u00e9ens de d\u00e9placements et d\u2019inversions, le vacillement du sens. Un r\u00e9f\u00e9rent anecdotique reste toutefois discernable: l\u2019activit\u00e9 des petites ouvri\u00e8res \u00e0 fa\u00e7on de la haute couture parisienne dans \u201cFa\u00e7on\u201d; \u201cCoqs de bruy\u00e8re\u201d, de l\u2019aveu de Breton, serait la transformation d\u2019une aventure amoureuse en \u00abparade\u00bb verbale \u00e0 travers l\u2019\u00e9vocation symbolique de la danse des oiseaux; \u201cAndr\u00e9 Derain\u201d, enfin, s\u2019inspirerait de l\u2019univers pictural du peintre.<\/p>\n<p>Les po\u00e8mes de Mont de pi\u00e9t\u00e9 inaugurent \u00e9galement la pratique du \u00abcollage\u00bb qui deviendra ch\u00e8re aux surr\u00e9alistes. Des citations d\u2019origines diverses, sans \u00eatre soulign\u00e9es en tant que telles, sont int\u00e9gr\u00e9es au texte po\u00e9tique qui s\u2019apparente ainsi \u00e0 un jeu de montage. On trouve par exemple des fragments de textes de Rimbaud dans \u201cFor\u00eat-Noire\u201d\u00a0\u2014 \u00abQue salubre est le vent\u00bb est extrait d\u2019un po\u00e8me de\u00a01872 intitul\u00e9 \u201cla Rivi\u00e8re de cassis\u201d\u00a0\u2014 et dans \u201cPour Lafcadio\u201d\u00a0\u2014 \u00abQuel ennui l\u2019heure du cher corps\u00bb figure dans \u201cEnfance I\u201d (Illuminations). La derni\u00e8re pi\u00e8ce de Mont de pi\u00e9t\u00e9, \u201cle Corset myst\u00e8re\u201d, marque un degr\u00e9 de plus dans la subversion, puisque ce po\u00e8me est l\u2019aboutissement extr\u00eame de la technique du collage telle que la d\u00e9finira, de mani\u00e8re quelque peu provocatrice, le premier Manifeste du surr\u00e9alisme (voir Manifestes du surr\u00e9alisme): \u00abIl est permis d\u2019intituler PO\u00c8ME ce que l\u2019on obtient par l\u2019assemblage aussi gratuit que possible (observons si vous voulez la syntaxe) de titres et de fragments de titres d\u00e9coup\u00e9s dans des journaux.\u00bb L\u2019autodestruction du po\u00e8me atteint sa limite dans \u201cUne maison peu solide\u201d: il s\u2019agit d\u2019une coupure de journal consacr\u00e9e \u00e0 un fait divers dont Breton s\u2019est content\u00e9 de modifier les noms propres, enrichissant ainsi le texte initial d\u2019une symbolique nouvelle (la sc\u00e8ne se d\u00e9roule rue des Martyrs et les protagonistes en sont \u00able jeune Lespoir\u00bb et Guillaume Apollinaire). Face \u00e0 de tels po\u00e8mes, l\u2019interpr\u00e9tation devient n\u00e9cessairement invention, d\u00e9couverte al\u00e9atoire et sans caution de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Mont de pi\u00e9t\u00e9 est le reflet d\u2019un processus de n\u00e9gation syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la litt\u00e9rature (Breton dirige, \u00e0 partir de\u00a01919, une revue nomm\u00e9e Litt\u00e9rature par antiphrase). Dans ce recueil des refus et des investigations, l\u2019\u00e9criture de Breton cherche encore ses marques.<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-400","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/400","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=400"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}