{"id":389,"date":"2026-07-29T07:25:57","date_gmt":"2026-07-29T05:25:57","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=389"},"modified":"2026-07-29T07:25:57","modified_gmt":"2026-07-29T05:25:57","slug":"dictionnaire-des-idees-recues","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=dictionnaire-des-idees-recues","title":{"rendered":"Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues"},"content":{"rendered":"<p>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DICTIONNAIRE DES ID\u00c9ES RE\u00c7UES. Ouvrage de Gustave Flaubert (1821-1880), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Conard en 1911.<\/p>\n<p>Cet ouvrage, que Flaubert aurait certainement plac\u00e9 \u00e0 la suite de Bouvard et P\u00e9cuchet, correspond \u00e0 un projet ancien puisqu\u2019il \u00e9crit \u00e0 son ami Louis Bouilhet le\u00a04\u00a0septembre\u00a01850: \u00abTu fais bien de songer au Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues. Ce livre, compl\u00e8tement fait et pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d`une bonne pr\u00e9face o\u00f9 l\u2019on indiquerait comme quoi l\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 fait dans le but de rattacher le public \u00e0 la tradition, \u00e0 l\u2019ordre, \u00e0 la convention g\u00e9n\u00e9rale, et arrang\u00e9 de telle mani\u00e8re que le lecteur ne sache pas si on se fout de lui, oui ou non, ce serait peut-\u00eatre une \u0153uvre \u00e9trange et capable de r\u00e9ussir.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un double exergue\u00a0\u2014 \u00abVox populi, vox Dei\u00bb (comme dit la sagesse des nations) et \u00abIl y a \u00e0 parier que toute id\u00e9e publique, toute convention re\u00e7ue est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre\u00bb (Chamfort, Maximes)\u00a0\u2014, le Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues propose une liste de termes, rang\u00e9s selon l\u2019ordre alphab\u00e9tique. Chaque mot est accompagn\u00e9 d\u2019un bref texte que le titre\u00a0\u2014 du fait de la r\u00e9f\u00e9rence au genre s\u00e9rieux et connu du dictionnaire\u00a0\u2014 invite \u00e0 consid\u00e9rer comme une d\u00e9finition. En r\u00e9alit\u00e9, le texte emprunte au dictionnaire une certaine neutralit\u00e9 de ton et divers aspects formels\u00a0\u2014 l\u2019exemple et la citation notamment\u00a0\u2014 pour tourner en d\u00e9rision les \u00abid\u00e9es re\u00e7ues\u00bb, la doxa, les pr\u00e9jug\u00e9s, les expressions toutes faites.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Flaubert n\u2019est pas le seul, en son si\u00e8cle, \u00e0 avoir con\u00e7u le projet de recueillir dans un ouvrage les clich\u00e9s de son temps. Le genre du sottisier, issu de la tradition satirique que le\u00a0XIXe si\u00e8cle retrouve et modernise dans divers genres litt\u00e9raires ou iconographiques, est particuli\u00e8rement \u00e0 la mode \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a01870. Toutefois le texte de Flaubert se singularise par une froide neutralit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s qui rend l\u2019ensemble de l\u2019entreprise ambigu, d\u00e9rangeant\u00a0\u2014 et tel est bien le but vis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du lecteur. Le lieu commun est livr\u00e9 sans distance aucune, sans commentaire. Au lecteur d\u2019en rire, de le reconna\u00eetre \u00e9ventuellement comme sien. Flaubert lui-m\u00eame n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce syst\u00e8me pervers, puisque l\u2019on trouve dans sa Correspondance des expressions proches de celles du Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues. Il r\u00e9pond ainsi \u00e0 George Sand, le\u00a023-24\u00a0janvier\u00a01867: \u00abJ\u2019ai suivi vos conseils, ch\u00e8re ma\u00eetre. J\u2019ai fait de l\u2019exercice!\u00bb Or on peut lire dans son Dictionnaire: \u00abExercice. Pr\u00e9serve de toutes les maladies: toujours conseiller d\u2019en faire.\u00bb Froid et ironique miroir, le texte joue \u00e0 nous prendre en faute, tout autant qu\u2019il nous invite \u00e0 partager le plaisir de nous d\u00e9solidariser de la vox populi et d\u2019en rep\u00e9rer les insanit\u00e9s.<\/p>\n<p>Certaines d\u00e9finitions exhibent l\u2019\u00e9troitesse d\u2019esprit et l\u2019ostracisme du bourgeois\u00a0\u2014 \u00abArt. \u00c7a m\u00e8ne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. \u00c0 quoi \u00e7a sert, puisqu\u2019on le remplace par la m\u00e9canique qui fait mieux et plus vite.\u00bb; \u00abArtistes.\u00a0[La] Femme artiste ne peut \u00eatre qu\u2019une catin.\u00bb\u00a0\u2014 ou mettent en \u00e9vidence son ignorance: \u00abFugue. On ignore en quoi cela consiste, mais il faut affirmer que c\u2019est fort difficile et tr\u00e8s ennuyeux.\u00bb D\u2019autres encore traquent les inepties ou les tics verbaux: \u00abHomo. Dire Ecce Homo! en voyant entrer l\u2019individu qu\u2019on attend\u00bb; \u00abAgriculture. Une des mamelles de l\u2019\u00c9tat (l\u2019\u00c9tat est du masculin, mais \u00e7a ne fait rien). On devrait l\u2019encourager. Manque de bras.\u00bb Il arrive \u00e9galement que les \u00e9nonc\u00e9s, renvoy\u00e9s dos \u00e0 dos, r\u00e9v\u00e8lent leur insanit\u00e9: \u00abBlondes. Plus chaudes que les brunes (voir Brunes)\u00bb; \u00abBrunes. Plus chaudes que les blondes (voir Blondes).\u00bb Parfois m\u00eame, le texte manifeste subrepticement une manie langagi\u00e8re de l\u2019auteur: le travail des mots tient alors du narcissisme ludique et de la mise \u00e0 distance ironique de soi. Ainsi, un lecteur de la Correspondance ne peut manquer de reconna\u00eetre une habitude de Flaubert \u00e9pistolier dans une \u00abd\u00e9finition\u00bb telle que celle-ci: \u00abExasp\u00e9ration. Constamment \u00e0 son comble\u00bb; on peut aussi percevoir sa lucidit\u00e9 et son plaisir quant \u00e0 ses propres tics: \u00abFulminer. Joli verbe.\u00bb<\/p>\n<p>Prot\u00e9iforme et savamment d\u00e9routant du fait de la diversit\u00e9 des proc\u00e9d\u00e9s mis en \u0153uvre, le Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues est bel et bien agenc\u00e9 de telle sorte que le lecteur ne sait pas \u00absi on se fout de lui, oui ou non\u00bb.<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-389","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/389","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=389"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}