{"id":385,"date":"2026-07-29T07:16:49","date_gmt":"2026-07-29T05:16:49","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=385"},"modified":"2026-07-29T07:26:58","modified_gmt":"2026-07-29T05:26:58","slug":"bouvard-et-pecuchet","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=bouvard-et-pecuchet","title":{"rendered":"Bouvard et P\u00e9cuchet"},"content":{"rendered":"<p>Bouvard et P\u00e9cuchet<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BOUVARD ET P\u00c9CUCHET. Roman inachev\u00e9 de Gustave Flaubert (1821-1880), publi\u00e9 \u00e0 Paris avec des coupures dans la Nouvelle Revue du\u00a015\u00a0d\u00e9cembre\u00a01880 au\u00a01er mars 1881, et en volume chez Lemerre en 1881.<\/p>\n<p>C\u2019est en ao\u00fbt 1872 que Flaubert entreprend ce roman auquel il consacre les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie et dont la r\u00e9daction est momentan\u00e9ment interrompue par l\u2019\u00e9criture et la publication des Trois Contes. Le projet est toutefois ancien: le premier plan de l\u2019ouvrage est de\u00a01863 et l\u2019id\u00e9e du Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues, dans laquelle s\u2019enracine Bouvard et P\u00e9cuchet, remonte \u00e0\u00a01850. Plus loin encore, un texte de jeunesse intitul\u00e9 Une le\u00e7on d\u2019histoire naturelle, genre commis (1837) semble contenir les premiers germes de cette \u0153uvre ultime de la maturit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Deux copistes, Bouvard et P\u00e9cuchet, se rencontrent par hasard \u00e0 Paris et se lient d\u2019amiti\u00e9. Bouvard ayant re\u00e7u un h\u00e9ritage, en\u00a01839, les deux hommes prennent leur retraite et acqui\u00e8rent \u00e0 Chavignolles, dans le Calvados, une propri\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils s\u2019installent (chap.\u00a01). Ils d\u00e9cident tout d\u2019abord de se consacrer \u00e0 la culture mais leurs efforts, dans les domaines de l\u2019agronomie, de l\u2019arboriculture, de l\u2019architecture de jardin et de la fabrication de produits alimentaires se soldent par de cuisants \u00e9checs (2). Ils se lancent alors dans l\u2019\u00e9tude de la chimie, de l\u2019anatomie, de la physiologie, de la g\u00e9ologie (3), puis dans celle de l\u2019arch\u00e9ologie et de l\u2019Histoire (5). Cette derni\u00e8re discipline, par le biais du roman historique, les entra\u00eene vers l\u2019exploration de la litt\u00e9rature. Le th\u00e9\u00e2tre les attire tout particuli\u00e8rement et ils prennent la r\u00e9solution de composer eux-m\u00eames une pi\u00e8ce (4). Cependant, les \u00e9v\u00e9nements de f\u00e9vrier 1848 surviennent et les \u00e9cartent de leur projet car les deux hommes se vouent alors \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la politique (6).<\/p>\n<p>D\u00e9\u00e7us tant par leurs lectures que par les \u00e9v\u00e9nements et par le comportement de leurs concitoyens, ils cessent d\u2019\u00e9tudier et se tournent vers l\u2019amour: Bouvard cherche \u00e0 obtenir la main d\u2019une veuve, Mme\u00a0Bordin, mais il s\u2019aper\u00e7oit bient\u00f4t que cette derni\u00e8re le berne et n\u2019est guid\u00e9e que par l\u2019int\u00e9r\u00eat; quant \u00e0 P\u00e9cuchet, il parvient \u00e0 obtenir les faveurs de leur jeune servante M\u00e9lie, mais s\u2019en trouve atteint de syphilis (7). Ces d\u00e9boires sentimentaux rapprochent les deux amis qui se consacrent \u00e0 la gymnastique, puis au magn\u00e9tisme, au spiritisme et \u00e0 la philosophie (8). D\u00e9prim\u00e9s par la vanit\u00e9 des savoirs et par l\u2019ostracisme croissant dont on fait preuve \u00e0 leur endroit, ils se tournent vers la religion mais, apr\u00e8s une p\u00e9riode de pi\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9preuve de la raison, \u00e0 laquelle ils soumettent leur foi, a t\u00f4t fait d\u2019\u00e9branler leur croyance (9). Ils recueillent deux orphelins, Victor et Victorine, et entreprennent leur \u00e9ducation mais l\u00e0 encore, ils se heurtent \u00e0 un \u00e9chec (10).<\/p>\n<p>La suite du roman n\u2019a pu \u00eatre r\u00e9dig\u00e9e par Flaubert mais il en a laiss\u00e9 le plan: apr\u00e8s une conf\u00e9rence publique qui met un comble \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 des notables \u00e0 leur \u00e9gard, les deux hommes, qui \u00abn\u2019ont plus aucun int\u00e9r\u00eat dans la vie\u00bb, d\u00e9cident de reprendre leur m\u00e9tier de copiste.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Si Bouvard et P\u00e9cuchet est une \u0153uvre inachev\u00e9e, c\u2019est parce que le dernier chapitre du roman n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 mais, surtout, parce que manque un second volume, suite et pendant du premier. Il aurait \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 de la copie entreprise par les deux hommes, c\u2019est-\u00e0-dire vraisemblablement des notes de Flaubert que l\u2019on regroupe g\u00e9n\u00e9ralement dans le \u00abSottisier\u00bb, et du Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues. Le \u00abSottisier\u00bb est essentiellement constitu\u00e9 de citations regroup\u00e9es sous diverses rubriques\u00a0\u2014 \u00abSp\u00e9cimens de tous les styles\u00bb, \u00abCatalogue des id\u00e9es chic\u00bb, etc.\u00a0\u2014, relev\u00e9es pour leur cocasserie ou leur absurdit\u00e9 et faisant appara\u00eetre, dans leur fond ou leur forme, la b\u00eatise humaine. Ainsi le Dictionnaire des sciences m\u00e9dicales donne, parmi les \u00abCauses de la nymphomanie\u00bb, \u00abla culture trop assidue des beaux-arts\u00a0[&#8230;], la fr\u00e9quentation habituelle ou trop continue du Mus\u00e9um\u00bb; Bossuet traite Moli\u00e8re d\u2019\u00abinf\u00e2me histrion\u00bb, et Lamartine Rabelais de \u00abboueux de l\u2019humanit\u00e9\u00bb; la litt\u00e9rature est truff\u00e9e de figures douteuses dont cette comparaison d\u2019Alexandre Dumas fils offre un exemple: \u00abDe fins sourcils, nets et r\u00e9guliers comme l\u2019arche d\u2019un pont.\u00bb Sans doute Flaubert aurait-il d\u2019ailleurs emprunt\u00e9 quelques phrases \u00e0 ses propres \u0153uvres. Quant au Dictionnaires des id\u00e9es re\u00e7ues, il en d\u00e9crit ainsi le projet dans une lettre \u00e0 Louise Colet du\u00a016\u00a0d\u00e9cembre\u00a01822: \u00abUne vieille id\u00e9e m\u2019est revenue, \u00e0 savoir celle de mon Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues\u00a0[&#8230;]. La pr\u00e9face surtout m\u2019excite fort, et de la mani\u00e8re dont je la con\u00e7ois (ce serait tout un livre) aucune loi ne pourrait me mordre quoique j\u2019y attaquerais tout\u00a0[&#8230;]. Cette apologie de la canaillerie humaine sur toutes ses faces, ironique et hurlante d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, pleine de citations, de preuves (qui prouveraient le contraire) et de textes effrayants (ce serait facile), est dans le but, dirais-je, d\u2019en finir une fois pour toutes avec les excentricit\u00e9s, quelles qu\u2019elles soient.\u00bb Il semble bien que Bouvard et P\u00e9cuchet corresponde \u00e0 ce projet de livre-pr\u00e9face.<\/p>\n<p>Ce roman, qui devait pr\u00e9c\u00e9der une disparition quasi totale de la fiction au profit de la citation, se pr\u00e9sente comme une odyss\u00e9e \u00e0 travers le savoir qui ram\u00e8ne les personnages \u00e0 leur activit\u00e9 initiale de copistes. Leur parcours m\u00e9thodique \u00e0 travers des disciplines multiples et vari\u00e9es se r\u00e9v\u00e8le nul. Certes, les deux \u00abcloportes\u00bb ou \u00abbonshommes\u00bb, comme Flaubert se pla\u00eet \u00e0 les appeler dans sa correspondance ou ses conversations, sont des individus m\u00e9diocres, intellectuellement frileux et na\u00effs que rien, au d\u00e9part, ne pr\u00e9destine \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Lorsqu\u2019ils quittent Paris, Bouvard s\u2019\u00e9crie: \u00abEh! nous n\u2019aurons pas besoin de biblioth\u00e8que\u00bb (chap.\u00a01); et, lorsqu\u2019ils trouvent par hasard des livres en s\u2019installant \u00e0 Chavignolles, Flaubert pr\u00e9cise qu\u2019ils n\u2019\u00abeurent pas la fantaisie d\u2019en lire les titres. Le plus press\u00e9, c\u2019\u00e9tait le jardin\u00bb (chap.\u00a02). S\u2019ils en viennent rapidement aux livres, c\u2019est parce que, \u00e0 travers les revers essuy\u00e9s dans la pratique de l\u2019agronomie, ils s\u2019aper\u00e7oivent de leurs lacunes. Ils attendent donc des livres qu\u2019ils leur permettent de comprendre et de ma\u00eetriser le monde. Sympathiques dans leurs espoirs et leur t\u00e9nacit\u00e9, pitoyables dans leurs \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, les personnages font moins la preuve de leur incapacit\u00e9 que celle de l\u2019insanit\u00e9 des discours. Leur parcours circulaire et douloureux\u00a0\u2014 il les porte au bord du suicide (chap.\u00a08)\u00a0\u2014 manifeste l\u2019universelle vanit\u00e9 de tous les syst\u00e8mes de pens\u00e9e. Si Flaubert avait envisag\u00e9, pour ce roman, le sous-titre \u00abDu d\u00e9faut de m\u00e9thode dans les sciences\u00bb, c\u2019est sans doute moins pour d\u00e9signer la d\u00e9marche des personnages que les impasses inh\u00e9rentes au savoir lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Souvent d\u00e9risoires et comiques, Bouvard et P\u00e9cuchet sont \u00e0 prendre au s\u00e9rieux dans leur odyss\u00e9e livresque qui les rapproche de plus en plus de leur cr\u00e9ateur. En effet, avant de commencer \u00e0 \u00e9crire vraiment son roman, Flaubert, entre\u00a01872 et\u00a01874, lit de multiples ouvrages et poursuit cette activit\u00e9 durant la r\u00e9daction; il a vraisemblablement parcouru plus de mille cinq cents livres pour Bouvard et P\u00e9cuchet: \u00abJe lis des choses stupides, rien que de l\u2019apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne, maintenant, c\u2019est tellement b\u00eate qu\u2019il y a de quoi rendre impies les \u00e2mes les plus croyantes\u00bb (lettre \u00e0 Mme\u00a0Roger des Genettes,\u00a013\u00a0juin\u00a01879). L\u2019\u00e9crivain conna\u00eet donc le premier l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il pr\u00eate ensuite \u00e0 ses personnages. Ceux-ci, pour leur part, connaissent une \u00e9volution qui les conduit \u00e0 des sentiments identiques \u00e0 ceux de Flaubert: \u00abAlors une facult\u00e9 pitoyable se d\u00e9veloppa dans leur esprit, celle de voir la b\u00eatise et de ne plus la tol\u00e9rer.\u00a0[&#8230;] ils sentaient peser sur eux la lourdeur de toute la terre\u00bb (chap.\u00a08). Comme tant d\u2019autres personnages flaubertiens, Bouvard et P\u00e9cuchet constituent un avatar de l\u2019\u00e9crivain port\u00e9 jusqu\u2019au fantasme de sa disparition que le second volume aurait attest\u00e9e.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s pessimiste et caustique, cette \u00abesp\u00e8ce d\u2019encyclop\u00e9die critique en farce\u00bb (lettre \u00e0 Mme\u00a0Roger des Genettes,\u00a018\u00a0ao\u00fbt\u00a01872) est, plus encore peut-\u00eatre que la Tentation de saint Antoine, le livre de toute une vie. Outre la pr\u00e9cocit\u00e9 de sa conception, elle semble en effet rassembler et porter jusqu\u2019aux plus extr\u00eames cons\u00e9quences les composantes majeures de l\u2019\u0153uvre flaubertienne. Elle fait \u00e9cho \u00e0 la Tentation de saint Antoine dont elle forme le versant contemporain: au d\u00e9fil\u00e9 insane des sottises antiques en mati\u00e8re religieuse et philosophique auquel assiste l\u2019ermite, r\u00e9pond celui des sottises modernes de la science auquel se trouvent confront\u00e9s les deux \u00abbonshommes\u00bb. Dans tous les cas, d\u2019ailleurs, Flaubert, qui se plaisait \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter que \u00abla b\u00eatise, c\u2019est de vouloir conclure\u00bb, fustige moins l\u2019effort de recherche de la v\u00e9rit\u00e9 que le dogmatisme. Bouvard et P\u00e9cuchet s\u2019apparente \u00e9galement au roman de formation, genre cher \u00e0 Flaubert. L\u2019\u00e9chec intellectuel des deux copistes fait pendant \u00e0 l\u2019\u00e9chec amoureux de Fr\u00e9d\u00e9ric dans l\u2019\u00c9ducation sentimentale. Au terme de ce trajet, l\u2019\u0153uvre, r\u00e9v\u00e9latrice du n\u00e9ant, s\u2019ab\u00eeme dans sa propre dissolution. Bouvard et P\u00e9cuchet, que la mort vient interrompre, ne pouvait \u00eatre que la derni\u00e8re \u0153uvre de Flaubert.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-385","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}