{"id":378,"date":"2026-07-26T10:06:54","date_gmt":"2026-07-26T08:06:54","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=378"},"modified":"2026-07-26T10:06:54","modified_gmt":"2026-07-26T08:06:54","slug":"lexil-et-le-royaume","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=lexil-et-le-royaume","title":{"rendered":"L&#8217;Exil et le Royaume"},"content":{"rendered":"<p>Exil et le Royaume (l\u2019)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>EXIL ET LE ROYAUME (l\u2019). Recueil de nouvelles d\u2019Albert Camus (1913-1960), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1957.<\/p>\n<p>Camus con\u00e7oit en\u00a01952 le plan de ce qu\u2019il nomme alors les \u00abNouvelles de l\u2019exil\u00bb. Les pol\u00e9miques que lui ont values l\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9 (1951), l\u2019aggravation de son \u00e9tat de sant\u00e9, un sentiment d\u2019isolement au sein de la communaut\u00e9 des intellectuels parisiens expliquent le ton souvent amer de ces six r\u00e9cits, \u00abr\u00e9cits \u00e0 la suite, bien qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 repris et travaill\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment\u00bb, lit-on dans le Pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer (1957). Dans l\u2019intervalle a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e et publi\u00e9e la Chute (1956), qui devait d\u2019abord faire partie du recueil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>\u00abLa Femme adult\u00e8re\u00bb. Janine accompagne son mari, qui voyage pour affaires dans le d\u00e9sert alg\u00e9rien. Leur vie s\u2019est jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9roul\u00e9e sans accrocs et sans myst\u00e8re. Une nuit, elle quitte le lit conjugal pour respirer seule la fra\u00eecheur enivrante du ciel \u00e9toil\u00e9; c\u2019est sa premi\u00e8re infid\u00e9lit\u00e9.<br \/>\n\u00abLe Ren\u00e9gat ou Un esprit confus\u00bb. Un missionnaire a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 dans le sud de l\u2019Alg\u00e9rie pour pr\u00eacher la charit\u00e9 aux \u00absauvages\u00bb. Ceux-ci lui ont arrach\u00e9 la langue. Il attend dans un esprit de r\u00e9volte le missionnaire qui doit le remplacer. Son soliloque haineux s\u2019ach\u00e8ve pourtant sur une conversion \u00e0 la douceur.<\/p>\n<p>\u00abLes Muets\u00bb. Yvars, \u00e0 quarante ans, commence \u00e0 sentir le poids de l\u2019\u00e2ge. \u00c0 la tonnellerie, apr\u00e8s vingt jours de gr\u00e8ve, il retrouve son travail, ses coll\u00e8gues, le patron qui n\u2019a rien voulu c\u00e9der, et dont la petite fille tombe subitement malade. Par-del\u00e0 le conflit social s\u2019instaure entre le patron et ses ouvriers une esquisse de communion muette.<br \/>\n\u00abL\u2019H\u00f4te\u00bb. Daru, instituteur dans le Sud alg\u00e9rien, re\u00e7oit d\u2019un ami gendarme la mission de livrer un criminel, un Arabe qui a tu\u00e9 son cousin. Apr\u00e8s l\u2019avoir nourri et h\u00e9berg\u00e9, Daru conduit son prisonnier \u00e0 la crois\u00e9e des sentiers qui m\u00e8nent \u00e0 la gendarmerie ou vers la r\u00e9gion des tribus nomades. L\u2019Arabe s\u2019achemine de lui-m\u00eame vers la gendarmerie. En rentrant chez lui, Daru d\u00e9couvre des menaces inscrites contre lui sur le tableau de la salle de classe.<\/p>\n<p>\u00abJonas\u00bb. Jonas, artiste-peintre, habite Montmartre. Il a la chance de vivre de son art, d\u2019avoir une \u00e9pouse d\u00e9vou\u00e9e, et son succ\u00e8s lui vaut de nombreux amis. Ce succ\u00e8s m\u00eame va pourtant tarir son inspiration. Il se r\u00e9fugie dans l\u2019obscurit\u00e9. Son ami Rateau le trouve, pour finir, devant une toile blanche o\u00f9 il n\u2019a trac\u00e9 qu\u2019un mot, dont on ne sait si on doit y lire \u00absolitaire\u00bb ou \u00absolidaire\u00bb.<br \/>\n\u00abLa pierre qui pousse\u00bb. D\u2019Arrast, un Europ\u00e9en au pass\u00e9 myst\u00e9rieux, voyage au Br\u00e9sil parmi des indig\u00e8nes. Il rencontre un cuisinier qui, pour remercier le ciel de l\u2019avoir sauv\u00e9, a fait v\u0153u de porter sur sa t\u00eate une pierre de cinquante kilos. Quand il est au bord de l\u2019\u00e9puisement, d\u2019Arrast le relaie et d\u00e9pose la pierre dans une case o\u00f9 des indig\u00e8nes se serrent pour lui faire une place: \u00abAssieds-toi avec nous.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>\u00abUn seul th\u00e8me\u00a0[&#8230;], celui de l\u2019exil, y est trait\u00e9 de fa\u00e7on diff\u00e9rente, depuis le monologue int\u00e9rieur jusqu\u2019au r\u00e9cit r\u00e9aliste\u00bb, explique Camus. Le monologue est celui du \u00abRen\u00e9gat\u00bb\u00a0\u2014 la plus \u00e9nigmatique des six nouvelles, jusque dans son d\u00e9nouement qui rappelle la conversion finale de Meursault dans l\u2019\u00c9tranger, \u00e0 ceci pr\u00e8s que le missionnaire se soustrait ici au sentiment de r\u00e9volte. Le \u00abr\u00e9cit r\u00e9aliste\u00bb est sans doute \u00ables Muets\u00bb, o\u00f9 Camus, se rappelant l\u2019atelier de son oncle, tonnelier \u00e0 Belcourt, renoue avec l\u2019imagination tendre et pudique de l\u2019Envers et l\u2019Endroit, sa premi\u00e8re \u0153uvre (1937). L\u2019exil d\u2019Yvars parmi ses compagnons de travail n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent de celui que Camus conna\u00eet parmi ses pairs; comme Yvars aussi, sentant la jeunesse le fuir, Camus n\u2019ose plus regarder vers cette mer qui appelle aux simples joies du corps. Plus directement, il transpose son drame dans l\u2019aventure de Jonas, artiste c\u00e9l\u00e9br\u00e9 et pourtant incompris, que guette la st\u00e9rilit\u00e9; mais aussi dans celle de Daru, \u00e9cartel\u00e9 entre deux conceptions de la justice (\u00e9crit avant novembre 1954, \u00abl\u2019H\u00f4te\u00bb pr\u00e9sage si bien le dilemme que Camus vivra au moment de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie qu\u2019il en att\u00e9nuera certaines formulations qui auraient pass\u00e9 pour des prises de position).<\/p>\n<p>\u00abQuant au royaume dont il est question aussi dans le titre, \u00e9crit encore Camus, il co\u00efncide avec une certaine vie libre et nue que nous avons \u00e0 retrouver, pour rena\u00eetre enfin.\u00bb Exil\u00e9e au sein de son couple, Janine conquiert, en communiant avec le ciel \u00e9toil\u00e9 (autre rappel de la derni\u00e8re page de l\u2019\u00c9tranger), une lib\u00e9ration \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui lui donne le m\u00eame remords qu\u2019un adult\u00e8re. Exil\u00e9 au Br\u00e9sil, le d\u2019Arrast de \u00abLa pierre qui pousse\u00bb d\u00e9couvre, dans la solidarit\u00e9 chaleureuse offerte par un peuple de primitifs, une libert\u00e9 plus vraie que celle de l\u2019aventure (de m\u00eame, dans la Chute, Clamence s\u2019exile-t-il au Mexico-City, un bar \u00e0 Amsterdam, pour tenter de rena\u00eetre \u00e0 lui-m\u00eame en compagnie de \u00abprimates\u00bb). Mais le \u00abroyaume\u00bb ne se pr\u00e9sente pas toujours avec des signes clairement visibles: confront\u00e9 au d\u00e9sespoir de la solitude, l\u2019artiste trouve plus difficilement qu\u2019un instituteur, un ouvrier, un aventurier (ou encore un m\u00e9decin, comme le docteur Rieux, narrateur de la Peste) les formes d\u2019une solidarit\u00e9 qui le lie au reste des hommes. D\u2019Arrast voit le visage de son compagnon, nouveau Sisyphe dont il roule \u00e0 son tour le rocher, et celui des fr\u00e8res qui l\u2019accueillent dans leur cercle; Jonas, lui, ne sait rien de ceux pour qui il recommence ind\u00e9finiment sa t\u00e2che, et cette ignorance menace jusqu\u2019\u00e0 son pouvoir de cr\u00e9ation. \u00c0 l\u2019image de Jonas, Camus sera bient\u00f4t plus c\u00e9l\u00e9br\u00e9 que jamais (il re\u00e7oit en\u00a01957 le prix Nobel de litt\u00e9rature), mais, sauf dans les derniers mois de son existence o\u00f9 il entreprend le Premier Homme, il ne produira plus rien jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en janvier 1960.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.-L.\u00a0REY<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-378","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/378","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}