{"id":36,"date":"2026-07-21T09:40:58","date_gmt":"2026-07-21T07:40:58","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=36"},"modified":"2026-07-21T14:10:44","modified_gmt":"2026-07-21T12:10:44","slug":"nadja","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=nadja","title":{"rendered":"Nadja"},"content":{"rendered":"<p>Nadja<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NADJA. R\u00e9cit d\u2019Andr\u00e9 Breton (1896-1966), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1928. Breton a remani\u00e9 l\u2019ouvrage pour une r\u00e9\u00e9dition effectu\u00e9e en\u00a01963 qui sert d\u00e9sormais de r\u00e9f\u00e9rence. Des extraits de Nadja avaient \u00e9t\u00e9 auparavant publi\u00e9s dans le Commerce \u00e0 l\u2019automne\u00a01927 et dans la R\u00e9volution surr\u00e9aliste en mars 1928.<\/p>\n<p>Nadja est le r\u00e9cit d\u2019une aventure r\u00e9ellement v\u00e9cue par Breton. Celui-ci a rencontr\u00e9 une jeune femme ainsi pr\u00e9nomm\u00e9e en octobre 1926 et a cess\u00e9 de la voir en f\u00e9vrier 1927. L\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 entre ao\u00fbt et d\u00e9cembre 1927. Le po\u00e8te traverse alors une p\u00e9riode de crise morale li\u00e9e tant \u00e0 la triste issue de son aventure\u00a0\u2014 Nadja, qui a sombr\u00e9 dans la folie, a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e et Breton se sent vraisemblablement quelque peu coupable\u00a0\u2014 qu\u2019aux tensions intervenues au sein du groupe surr\u00e9aliste et entre ce dernier et le parti communiste: le Second Manifeste du surr\u00e9alisme (voir Manifestes du surr\u00e9alisme) t\u00e9moignera, en\u00a01930, de ces difficult\u00e9s. D\u00e8s la fin de\u00a01928, Nadja se r\u00e9v\u00e8le un immense succ\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le livre commence par une interrogation fondamentale: \u00abQui suis-je?\u00bb Vient alors un long pr\u00e9ambule qui, avant la relation de l\u2019aventure avec Nadja, propose un type d\u2019investigation singulier pour tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la question pos\u00e9e. Il ne s\u2019agit pas, pour Breton, de se livrer \u00e0 l\u2019introspection mais de chercher \u00e0 cerner son identit\u00e9 \u00e0 travers de \u00abmenus faits\u00bb de la vie, des co\u00efncidences le plus souvent. Bien que de prime abord insignifiants, les faits retenus \u00abpr\u00e9sentent chaque fois toutes les apparences d\u2019un signal\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils sont porteurs d\u2019un myst\u00e8re bouleversant pour le po\u00e8te. La rencontre avec Nadja, qui forme la partie centrale de l\u2019ouvrage, appara\u00eet comme le produit d\u2019un de ces jeux du hasard qui rec\u00e8lent une n\u00e9cessit\u00e9 enfouie. Nadja, une jeune femme que la mis\u00e8re conduit souvent \u00e0 se prostituer, est un \u00abg\u00e9nie libre\u00bb, une \u00abcr\u00e9ature toujours inspir\u00e9e et inspirante\u00bb. Elle appara\u00eet comme une sorte de figure mythique dou\u00e9e d\u2019\u00e9tranges pouvoirs, mais Breton ne r\u00e9pond cependant pas \u00e0 la passion qu\u2019elle lui porte. La jeune femme perd bient\u00f4t la raison puis est intern\u00e9e dans un asile. Le po\u00e8te ne la reverra pas. Le r\u00e9cit se cl\u00f4t par un \u00c9pilogue adress\u00e9 \u00e0 une femme passionn\u00e9ment aim\u00e9e: l\u2019histoire avec Nadja aura \u00e9t\u00e9 comme l\u2019annonce pr\u00e9monitoire de cette nouvelle rencontre.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage contient quarante-huit photographies de Jacques Boiffard (1902-1961), dont quarante-quatre dans la premi\u00e8re \u00e9dition, repr\u00e9sentant des lieux, des personnes ou des objets apparaissant dans le r\u00e9cit. Un bref extrait du texte sert de l\u00e9gende \u00e0 ces illustrations. L\u2019Avant-dire dat\u00e9 de No\u00ebl\u00a01962 explique: \u00abL\u2019abondante illustration photographique a pour objet d\u2019\u00e9liminer toute description\u00a0\u2014 celle-ci frapp\u00e9e d\u2019inanit\u00e9 dans le Manifeste du surr\u00e9alisme.\u00bb<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Nadja n\u2019est pas vraiment un roman, et l\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce genre litt\u00e9raire est manifeste d\u00e8s le d\u00e9but du livre: Breton condamne en effet \u00abtous les empiriques du roman qui pr\u00e9tendent mettre en sc\u00e8ne des personnages distincts d\u2019eux-m\u00eames et les campent physiquement, moralement, \u00e0 leur mani\u00e8re, pour les besoins de quelle cause? on pr\u00e9f\u00e8re ne pas le savoir\u00bb. Nadja est un authentique r\u00e9cit autobiographique qui cherche \u00e0 \u00eatre le plus vrai possible. La vis\u00e9e documentaire l\u2019emporte sur le souci esth\u00e9tique: \u00abLe ton adopt\u00e9 pour le r\u00e9cit se calque sur celui de l\u2019observation m\u00e9dicale, entre toutes neuropsychiatrique, qui tend \u00e0 garder trace de tout ce qu\u2019examen et interrogatoire peuvent livrer, sans s\u2019embarrasser en le rapportant du moindre appr\u00eat quant au style.\u00bb<\/p>\n<p>Nadja se pr\u00e9sente comme un livre initiatique, et l\u2019\u00e9preuve v\u00e9cue avec Nadja, puis \u00e9crite, est une \u00e9tape d\u00e9cisive sur le parcours de cette qu\u00eate de soi qu\u2019effectue le po\u00e8te. Conform\u00e9ment au c\u00e9l\u00e8bre adage pos\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ouvrage\u00a0\u2014 \u00abPourquoi tout ne reviendrait-il pas \u00e0 savoir qui je \u201chante\u201d?\u00bb\u00a0\u2014, Nadja, l\u2019\u00ab\u00e2me errante\u00bb, est une sorte de \u00abfant\u00f4me\u00bb qui est venu hanter Breton. Sa rencontre ne constitue pas cependant, pour ce dernier, l\u2019\u00ab\u00e9v\u00e9nement dont chacun est en droit d\u2019attendre la r\u00e9v\u00e9lation du sens propre de sa vie\u00bb. Elle en est plut\u00f4t la promesse, contenue symboliquement dans le nom de la jeune femme qui s\u2019appelle Nadja \u00abparce qu\u2019en russe c\u2019est le commencement du mot esp\u00e9rance, et parce que ce n\u2019en est que le commencement\u00bb. \u00c0 la fin du livre, en effet, Nadja a disparu pour laisser place \u00e0 une nouvelle figure f\u00e9minine dont elle \u00e9tait une sorte de \u00abpressentiment\u00bb. Au terme du parcours, l\u2019amour apporte d\u00e9sormais, \u00e0 travers une autre femme, la r\u00e9v\u00e9lation d\u00e9cisive: \u00abJe dis que tu me d\u00e9tournes pour toujours de l\u2019\u00e9nigme.\u00bb Nadja est en outre une \u0153uvre qui met en sc\u00e8ne sa propre \u00e9criture et, sur ce plan-l\u00e0 \u00e9galement, un trajet initiatique a \u00e9t\u00e9 accompli. Finalement, l\u2019ouvrage, en accord avec le postulat surr\u00e9aliste fondamental selon lequel la vie est plus importante que l\u2019\u0153uvre artistique, a exorcis\u00e9 sa propre n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre: \u00abPuisque tu existes, comme toi seule sais exister, il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas tr\u00e8s n\u00e9cessaire que ce livre exist\u00e2t. J\u2019ai cru pouvoir en d\u00e9cider autrement, en souvenir de la conclusion que je voulais lui donner avant de te conna\u00eetre et que ton irruption dans ma vie n\u2019a pas qu\u2019\u00e0 mes yeux rendue vaine. Cette conclusion ne prend m\u00eame son vrai sens et toute sa force qu\u2019\u00e0 travers toi.\u00bb<\/p>\n<p>Nadja appara\u00eet donc comme une sorte de victime sacrificielle, ce que confirme un ample r\u00e9seau d\u2019associations symboliques que Breton donne pour objectives et fortuites. Pour lui, c\u2019est justement \u00e0 travers ces myst\u00e9rieux \u00e9chos que se r\u00e9v\u00e8le par bribes le sens le plus profond et le plus secret de l\u2019existence. Ainsi, juste avant d\u2019entamer l\u2019histoire de Nadja, le po\u00e8te d\u00e9crit en ces termes le lieu o\u00f9 il se trouve alors: \u00abEnfin voici que la tour du Manoir d\u2019Ango saute, et que toute une neige de plumes, qui tombe de ses colombes, fond en touchant le sol de la grande cour nagu\u00e8re empierr\u00e9e de d\u00e9bris de tuiles et maintenant couverte de vrai sang!\u00bb Il y a l\u00e0 une v\u00e9ritable vision pr\u00e9monitoire du destin de Nadja, ange annonciateur promis \u00e0 une fin tragique. Plus tard, l\u2019image de l\u2019eucharistie associ\u00e9e \u00e0 Nadja confirme son r\u00f4le de victime r\u00e9demptrice. Lorsque Breton \u00abavec respect\u00a0[&#8230;] baise ses tr\u00e8s jolies dents\u00bb, la jeune femme dit: \u00abLa communion se passe en silence.\u00bb Breton ajoute que \u00abce baiser la laisse sous l\u2019impression de quelque chose de sacr\u00e9, o\u00f9 ses dents \u201ctenaient lieu d\u2019hostie\u201d\u00bb.<\/p>\n<p>La dimension mythique de Nadja proc\u00e8de surtout des dons de voyance que semble poss\u00e9der la jeune femme. Elle est capable, par exemple, de se repr\u00e9senter le foyer de Breton qu\u2019elle n\u2019a pourtant jamais vu: \u00abJe vois chez vous. Votre femme. Brune, naturellement. Petite. Jolie. Tiens, il y a pr\u00e8s d\u2019elle un chien. Peut-\u00eatre aussi, mais ailleurs, un chat (exact). Pour l\u2019instant, je ne vois rien d\u2019autre.\u00bb Elle accomplit des sortes de miracles: \u00ab\u201cVois-tu, l\u00e0-bas, cette fen\u00eatre? Elle est noire, comme toutes les autres. Regarde bien. Dans une minute elle va s\u2019\u00e9clairer. Elle sera rouge.\u201d La minute passe. La fen\u00eatre s\u2019\u00e9claire. Il y a, en effet, des rideaux rouges.\u00bb Avec Nadja, tout tend \u00e0 prendre un caract\u00e8re insolite. Elle appara\u00eet comme une magicienne mais les pouvoirs dont elle est dou\u00e9e sont moins surnaturels que surr\u00e9els. Ainsi, Breton se demande \u00e0 son propos dans une note: \u00abNe touche-t-on pas l\u00e0 au terme de l\u2019aspiration surr\u00e9aliste, \u00e0 sa plus forte id\u00e9e limite?\u00bb Cette limite, Nadja est seule \u00e0 la franchir, jusqu\u2019\u00e0 la folie. Ne partageant pas l\u2019amour de la jeune femme, Breton reste au seuil de l\u2019exp\u00e9rience surr\u00e9aliste extr\u00eame qu\u2019elle lui propose, avec cette porte symbolique qui s\u2019interpose entre eux. Breton retourne chez lui alors que Nadja poursuit son errance \u00e0 travers les rues. Pourvoyeuse de merveilleux, Nadja la f\u00e9e est aussi la folle, et il y a parfois quelque chose de troublant dans la fa\u00e7on dont le texte en fait une sorte de p\u00f4le d\u2019exp\u00e9rience privil\u00e9gi\u00e9 pour les surr\u00e9alistes, Breton octroyant un r\u00f4le dans l\u2019histoire \u00e0 divers membres du groupe. Le ton de chronique adopt\u00e9 par le r\u00e9cit renforce l\u2019impression de malaise que peut parfois laisser l\u2019ouvrage. Celui-ci en effet retient surtout de Nadja le \u00abg\u00e9nie libre\u00bb et surr\u00e9aliste, mais la r\u00e9alit\u00e9 de la jeune femme, c\u2019est aussi la prostitution puis la r\u00e9clusion dans un asile.<\/p>\n<p>Nadja confirme que le surr\u00e9alisme est moins un projet artistique qu\u2019un mode d\u2019\u00eatre. Par son attitude extr\u00eame, Nadja en r\u00e9v\u00e8le les merveilleux pouvoirs mais aussi les p\u00e9rils mortels. La jeune femme est l\u2019\u00e9piphanie fulgurante du surr\u00e9alisme. Le livre que Breton lui consacre, \u00e0 la fois document, roman, essai et po\u00e8me, manifeste \u00e9galement que l\u2019entreprise litt\u00e9raire surr\u00e9aliste abolit toute distinction entre les genres. Certes le surr\u00e9alisme est qu\u00eate de la beaut\u00e9, et Nadja se termine par cette sentence: \u00abLa beaut\u00e9 sera CONVULSIVE ou ne sera pas.\u00bb Mais cette qu\u00eate, qui concerne la vie avant l\u2019\u0153uvre, est affaire de comportement et non de forme. Elle se caract\u00e9rise par l\u2019adoption d\u2019une attitude de vigilance au monde et d\u2019alerte constante, symbolis\u00e9e par la formule de la sentinelle qui, \u00e0 la fin du r\u00e9cit, fait \u00e9cho au \u00abQui suis-je?\u00bb initial: \u00abQui vive? Est-ce vous, Nadja? Est-il vrai que l\u2019au-del\u00e0, tout l\u2019au-del\u00e0 soit dans cette vie? Je ne vous entends pas. Qui vive? Est-ce moi seul? Est-ce moi-m\u00eame?\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":38,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-36","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/36","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/38"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=36"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}