{"id":349,"date":"2026-07-25T21:58:31","date_gmt":"2026-07-25T19:58:31","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=349"},"modified":"2026-07-25T21:58:31","modified_gmt":"2026-07-25T19:58:31","slug":"linnommable","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=linnommable","title":{"rendered":"L&#8217;Innommable"},"content":{"rendered":"<p>Innommable (l\u2019)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>INNOMMABLE (l\u2019). Roman de Samuel Beckett (Irlande, 1906-1989), publi\u00e9 \u00e0 Paris aux \u00c9ditions de Minuit en 1953.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Un \u00abje\u00bb qui parle, qui ne cesse pas de parler, essaie de se trouver une figure, un \u00abmoi\u00bb et un corps pr\u00e9sentables pour se situer dans le temps et l\u2019espace, pour na\u00eetre enfin et se faire un nom. Mais l\u2019espoir est mince car il est le premier \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 cette \u00abduperie\u00bb. Il lui a d\u00e9j\u00e0 sembl\u00e9 dans le pass\u00e9 s\u2019appeler Murphy, Mercier, Molloy, Malone, mais ce ne furent l\u00e0 que des \u00abpantins\u00bb, des \u00abinventions\u00bb pour s\u2019\u00e9viter lui-m\u00eame. Il n\u2019accepte plus d\u00e9sormais de se laisser aller \u00e0 cet escamotage. Pourtant, une fois encore deux noms paraissent vouloir prendre une certaine consistance: c\u2019est Mahood tout d\u2019abord, personnage r\u00e9duit \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 dans une jarre, et qui sert de porte-menu devant un restaurant, puis Worm ensuite, vague manifestation sans contours, confuse aspiration \u00e0 dire, pour l\u2019instant non encore sortie du murmure. Mais ce sont une fois de plus des mirages que le \u00abconsortium\u00bb (ou ceux qui poussent \u00abje\u00bb \u00e0 parler) lui jette en p\u00e2ture pour lui donner l\u2019illusion de l\u2019existence. Et cette \u00abpoussi\u00e8re de verbe\u00bb qu\u2019il se sent \u00eatre et qui se poursuit (c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019enfer que cette sommation permanente de et \u00e0 la parole, le prix \u00e0 payer pour un jour pouvoir se taire) parviendra contre vents et mar\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la fin du texte \u00e0 se refuser \u00e0 toute incarnation. Non sans c\u00e9der parfois \u00e0 la tentation de se consid\u00e9rer comme un \u00abmoi\u00bb. Mais celui-ci fait partie, au m\u00eame titre que les questions, projets, aspirations, jugements, comparaisons et autres hypoth\u00e8ses, des mille et un subterfuges auxquels la parole a recours pour pouvoir continuer d\u2019exister.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>\u00abCurieuse t\u00e2che que d\u2019avoir \u00e0 parler de soi\u00bb: Beckett soumet au lecteur toutes les cons\u00e9quences de cette douloureuse pression, il en \u00e9puise (et le terme est vraiment appropri\u00e9 ici) toutes les contradictions, qui se font jour d\u00e8s lors que l\u2019\u00e9crivain n\u2019accepte pas de se soumettre aux voies toutes trac\u00e9es du discours sur soi (qu\u2019il soit autobiographique proprement dit ou s\u2019\u00e9nonce par fiction interpos\u00e9e), d\u00e8s lors qu\u2019il se sent tenu d\u2019en \u00e9valuer tous les pi\u00e8ges, de peser tous les m\u00e9canismes qui conduisent \u00e0 ne faire de ce type d\u2019\u00e9crits qu\u2019un masque suppl\u00e9mentaire. Refuser obstin\u00e9ment de se tromper soi-m\u00eame, de se laisser abuser par le moindre enkystement dans un moi forg\u00e9 de toutes pi\u00e8ces, n\u2019est-ce pas aussi bien l\u2019une des figures-cl\u00e9s emprunt\u00e9es par le discours sur soi pour se poursuivre? \u00abNe pas avoir \u00e9t\u00e9 dupe, c\u2019est ce que j\u2019aurai eu de meilleur, fait de meilleur, avoir \u00e9t\u00e9 dupe, en voulant ne pas l\u2019\u00eatre, en croyant ne pas l\u2019\u00eatre, en n\u2019\u00e9tant pas dupe de ne pas \u00eatre dupe.\u00bb Car il n\u2019y a pas moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la fiction, aussi r\u00e9duite en soit la part, une fois le silence rompu; pas moyen de renoncer \u00e0 mettre sur pied, aussi d\u00e9munis soient-ils (et qu\u2019ils le furent dans Molloy ou Malone meurt), un ou plusieurs \u00abrepr\u00e9sentants en existence\u00bb, sit\u00f4t qu\u2019un \u00abje\u00bb s\u2019est avanc\u00e9, comme forc\u00e9 de le faire, sur la sc\u00e8ne du dire. Mais l\u2019inapprivoisable \u00absans nom\u00bb s\u2019emp\u00eachera jusqu\u2019au bout de se mouler dans une identit\u00e9 qui ne demande qu\u2019\u00e0 l\u2019accueillir. Il reste cependant encore \u00e0 s\u2019obliger \u00e0 ne pas puiser inconsid\u00e9r\u00e9ment dans une langue mise au point par d\u2019autres (ceux que le \u00abnarrateur\u00bb d\u00e9signe par un \u00abils\u00bb vengeur) dans le but de faire entrer chaque condamn\u00e9 \u00e0 la parole dans le consensus: in\u00e9puisable r\u00e9sistance du narrateur beckettien \u00e0 s\u2019inscrire dans le redoutable concert ambiant! Mais c\u2019est pour aboutir, malgr\u00e9 tout, \u00e0 la grande contradiction \u00e9prouv\u00e9e par celui qui r\u00e9pond \u00e0 la sollicitation du d\u00e9sir de s\u2019\u00e9noncer soi-m\u00eame: \u00abJe suis emmur\u00e9 de leurs vocif\u00e9rations, personne ne saura jamais qui je suis\u00bb et, cependant, plus loin: \u00abSi, si, je le dirai peut-\u00eatre, m\u00eame dans leur langage \u00e0 eux, pour moi seul\u00a0[&#8230;], je dirai ce que je suis pour ne pas \u00eatre n\u00e9 inutilement, je le leur arrangerai leur sabir.\u00bb La double n\u00e9gation dit assez ici le refus de consid\u00e9rer la litt\u00e9rature comme un exercice de r\u00e9demption personnelle, et surtout collective.<\/p>\n<p>Dans ce troisi\u00e8me volet de sa trilogie narrative, il semble que Beckett ait comme parachev\u00e9 une critique acerbe de la l\u00e9nifiante pr\u00e9dication existentialiste sur la \u00ablitt\u00e9rature engag\u00e9e\u00bb qui occupait alors le devant de la sc\u00e8ne (\u00abOui, maintenant que j\u2019ai oubli\u00e9 qui est Worm, comment il est, o\u00f9 il est, ce qu\u2019il fait, je vais me mettre \u00e0 l\u2019\u00eatre. Tout plut\u00f4t que ces propos de kh\u00e2gneux\u00bb). Car pour Beckett tout se ram\u00e8ne aux mots, d\u2019eux et par eux nous sommes \u00abfaits\u00bb, comme le sont \u00e9galement les lieux, l\u2019air, le temps, l\u2019espace, \u00abtout l\u2019univers\u00bb. Ce n\u2019est que dans leur rencontre sans cesse jou\u00e9e et rejou\u00e9e que parfois \u00abun peu de v\u00e9ridique\u00bb peut advenir. Ce sont, dit le \u00abnarrateur\u00bb, \u00abdes mots qu\u2019on m\u2019a appris, sans bien m\u2019en faire voir le sens, c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai appris \u00e0 raisonner\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 ne plus pouvoir ou savoir le faire, jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9sirer intens\u00e9ment le silence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0COGEZ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-349","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}