{"id":347,"date":"2026-07-25T21:54:55","date_gmt":"2026-07-25T19:54:55","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=347"},"modified":"2026-07-25T21:54:55","modified_gmt":"2026-07-25T19:54:55","slug":"nouvelles-et-textes-pour-rien","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=nouvelles-et-textes-pour-rien","title":{"rendered":"Nouvelles et Textes pour rien"},"content":{"rendered":"<p>Nouvelles et Textes pour rien<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOUVELLES ET TEXTES POUR RIEN. Recueil d\u2019\u00e9crits de Samuel Beckett (Irlande, 1906-1989), publi\u00e9 \u00e0 Paris aux \u00c9ditions de Minuit en 1955. Il se compose de trois nouvelles (\u00abl\u2019Expuls\u00e9\u00bb, \u00able Calmant\u00bb, \u00abla Fin\u00bb) \u00e9crites en\u00a01945-1946 et suivies d\u2019un ensemble de treize textes courts num\u00e9rot\u00e9s de\u00a0I \u00e0\u00a0XIII, \u00e9crits en\u00a01950.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Dans \u00abl\u2019Expuls\u00e9\u00bb, le narrateur vient d\u2019\u00eatre chass\u00e9 de la maison o\u00f9 il vivait. Il erre par la ville, d\u2019abord \u00e0 pied et p\u00e9niblement \u00e0 cause de sa d\u00e9marche laborieuse, puis dans un fiacre. Le cocher lui permet de passer la nuit dans l\u2019\u00e9curie. Au matin, il s\u2019en va. Il s\u2019agit peut-\u00eatre dans \u00able Calmant\u00bb du m\u00eame personnage qui, pour trouver l\u2019apaisement, va se raconter une histoire. Ce sera celle de sa d\u00e9ambulation nocturne dans une ville o\u00f9 il fera quelques rencontres insolites, avant de s\u2019allonger un moment sur l\u2019asphalte puis de se relever pour reprendre son chemin. \u00abLa Fin\u00bb commence \u00e9galement par une expulsion: renvoy\u00e9 d\u2019un asile, le narrateur retrouve une ville qu\u2019il reconna\u00eet mal. Il raconte ses diff\u00e9rents modes d\u2019h\u00e9bergement: il vit d\u2019abord dans un sous-sol, mais sa pr\u00e9tendue logeuse s\u2019enfuit en lui extorquant son argent; il se r\u00e9fugie ensuite dans une caverne pr\u00e8s de la mer, puis dans une remise o\u00f9 il se fabrique un abri dans un canot qu\u2019il recouvre d\u2019un couvercle. Cette embarcation gagne le large; elle est envahie lentement par l\u2019eau qu\u2019un petit trou pratiqu\u00e9 dans la coque laisse p\u00e9n\u00e9trer.<\/p>\n<p>Les treize pi\u00e8ces br\u00e8ves qui composent les Textes pour rien r\u00e9p\u00e8tent toutes la m\u00eame impossibilit\u00e9 d\u2019aboutir \u00e0 une quelconque assurance. Toute question concernant la parole qui s\u2019\u00e9nonce est destin\u00e9e \u00e0 rester sans r\u00e9ponse. Les lieux, l\u2019identit\u00e9 du ou des narrateurs, les destinations auxquelles aboutissent les chemins emprunt\u00e9s, les souvenirs, le pass\u00e9, tout demeure incertain parce que tout ici ne repose que sur la seule solidit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la grande fragilit\u00e9, des mots.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Ces deux ensembles de textes, qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis par hasard dans un m\u00eame livre, correspondent \u00e0 deux p\u00e9riodes cl\u00e9s dans la production du romancier. Les Nouvelles constituent, par les \u00e9chantillons qu\u2019elles proposent et par leur facture, comme une ouverture, au sens musical, \u00e0 la grande trilogie romanesque (voir Molloy, Malone meurt et l\u2019Innommable), et les Textes pour rien forment peut-\u00eatre l\u2019\u00e9pilogue de cette entreprise. Les motifs mis en jeu dans les trois nouvelles manifestent encore une relative stabilit\u00e9 narrative, pour n\u2019avoir pas encore subi la grande \u00e9preuve de d\u00e9veloppement-d\u00e9composition qu\u2019ils vont conna\u00eetre bient\u00f4t\u00a0\u2014 m\u00eame si d\u00e9j\u00e0 ils apparaissent ici quelque peu entam\u00e9s par le doute, min\u00e9s par le soup\u00e7on. L\u2019objet m\u00eame de la narration, par exemple, commence \u00e0 perdre son statut d\u2019\u00e9l\u00e9ment pr\u00e9pond\u00e9rant: \u00abJe ne sais pas pourquoi j\u2019ai racont\u00e9 cette histoire. J\u2019aurais pu tout aussi bien en raconter une autre\u00bb, lit-on \u00e0 la fin de \u00abl\u2019Expuls\u00e9\u00bb. D\u00e8s que la parole s\u2019enclenche, un r\u00e9cit se b\u00e2tit plus ou moins, des images se forgent, que personne ne peut plus vraiment ma\u00eetriser. Et l\u2019\u00ab\u00eatre\u00bb beckettien, qui entame ici sa v\u00e9ritable \u00abcarri\u00e8re\u00bb, commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019absence d\u2019\u00e9paisseur de la fiction, \u00e0 l\u2019apparence fantomatique de qui se cherche un \u00eatre. Les diff\u00e9rentes expulsions dont il est question dans ces trois courts r\u00e9cits apparaissent comme une naissance au roman, comme l\u2019arriv\u00e9e plus ou moins tourment\u00e9e sur la sc\u00e8ne narrative, et en m\u00eame temps comme le d\u00e9but d\u2019un processus de d\u00e9perdition: la mise en route ne tire son \u00e9lan que d\u2019aspirer d\u00e8s les premiers mots \u00e0 sa fin. L\u2019\u00e9criture se donne chez Beckett comme la cons\u00e9quence d\u2019une chute, le constat \u00e0 faire d\u2019un exil sans retour, et elle ne peut donc \u00eatre rien de plus qu\u2019un pis-aller: \u00abJe serais volontiers mort dans cette maison\u00bb, affirme le narrateur de \u00abl\u2019Expuls\u00e9\u00bb. Le caract\u00e8re fictif de ce qui s\u2019\u00e9nonce est marqu\u00e9 avec une inlassable insistance: rien ici ne peut jamais prendre de consistance. Ce qui se passe sur la page n\u2019a que l\u2019apparence d\u2019un mouvement, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement; le seul \u00ablieu\u00bb (ce n\u2019en est pas vraiment un) de cette circulation est le circuit ferm\u00e9 d\u2019une \u00abt\u00eate\u00bb: \u00abNous sommes bien entendu dans une t\u00eate\u00bb, note le narrateur du \u00abCalmant\u00bb et celui de \u00abla Fin\u00bb ajoute: \u00abTout cela ce sont des mensonges, je le sens.\u00bb Mesur\u00e9e \u00e0 l\u2019aune du d\u00e9sir essentiel d\u2019un retour \u00e0 l\u2019origine, toute autre aspiration devient faux-semblant: \u00abJ\u2019avais envie d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau enferm\u00e9, dans un endroit clos, vide et chaud, avec de la lumi\u00e8re artificielle, coiff\u00e9e d\u2019un abat-jour rose de pr\u00e9f\u00e9rence.\u00bb Par rapport \u00e0 cet endroit id\u00e9al, toute rencontre est teint\u00e9e d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, tout d\u00e9placement devient errance, toute activit\u00e9 fa\u00e7on de tuer le temps. Et la parole constitue peut-\u00eatre le meilleur moyen de s\u2019anesth\u00e9sier, d\u2019oublier la pesante tyrannie du pr\u00e9sent. Parler pour se \u00abtenir compagnie\u00bb et pour susciter des images qui seront br\u00fbl\u00e9es \u00e0 mesure. Les Textes pour rien sont, de ce point de vue, une s\u00e9rie de tentatives allant dans ce sens. M\u00eame si chacune d\u2019elles tourne court, faute d\u2019\u00eatre capable d\u2019entra\u00eener un d\u00e9roulement durable, Beckett doit encore r\u00e9pondre \u00e0 certains \u00e9lans et laisser venir \u00e0 la surface quelques indices: \u00abQuelque chose, quelque part, qui laisse des traces, de ce qui se passe, de ce qui se dit, c\u2019est vraiment le minimum, non, c\u2019est du roman, encore du roman, seule la voix est, bruissant et laissant des traces.\u00bb Ces morceaux qui proposent comme un condens\u00e9 de toute la po\u00e9tique beckettienne tirent sans doute leur force de leur inach\u00e8vement m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0COGEZ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-347","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/347","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=347"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}