{"id":342,"date":"2026-07-25T21:04:59","date_gmt":"2026-07-25T19:04:59","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=342"},"modified":"2026-07-25T21:04:59","modified_gmt":"2026-07-25T19:04:59","slug":"la-semaison","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=la-semaison","title":{"rendered":"la Semaison"},"content":{"rendered":"<p>Semaison (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>SEMAISON (la). Carnets de Philippe Jaccottet (Suisse, n\u00e9 en 1925), publi\u00e9s \u00e0 Lausanne chez Payot en 1963; r\u00e9\u00e9dition augment\u00e9e \u00e0 Paris chez Gallimard en\u00a01971. Ces carnets, qui couvrent les ann\u00e9es\u00a01954-1962, reparaissent chez Gallimard en\u00a01984 avec le texte de Journ\u00e9es (carnets\u00a01968-1975, publi\u00e9s chez Payot en\u00a01977) et les carnets\u00a01976-1979, in\u00e9dits.<\/p>\n<p>La semaison est une \u00abdispersion naturelle des graines d\u2019une plante\u00bb, indique la citation du Littr\u00e9 \u00e0 l\u2019exergue du texte: ainsi l\u2019auteur, qui faisait figurer dans l\u2019Effraie\u00a0\u2014 voir Po\u00e9sie (1946-1967)\u00a0\u2014 un texte intitul\u00e9 \u00abla Semaison. Notes pour des po\u00e8mes\u00bb, a-t-il toujours fait preuve d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour la forme br\u00e8ve et d\u00e9cousue du recueil de notations, qui compose un sens a\u00e9r\u00e9 en respectant la fragmentation du r\u00e9el, la dispersion des jours et des \u00e9motions. Loin du journal intime et de son \u00e9gotisme (\u00abL\u2019attachement \u00e0 soi augmente l\u2019opacit\u00e9 de la vie\u00bb), les carnets font alterner proses de r\u00e9flexion, maximes discr\u00e8tes et une \u00ab\u00e9criture du regard\u00bb model\u00e9e sur le passage des apparences, qui d\u00e9bouche parfois sur des amorces de po\u00e8me, enfin des phrases marqu\u00e9es au cours de lectures. Souvent picturale, cette d\u00e9ambulation dans de l\u00e9gers \u00e9clats de vie restitue ainsi les instants o\u00f9 \u00abune fleur s\u2019ouvre au versant des montagnes\u00bb, lie l\u2019\u00e9blouissement \u00e0 sa perte, dans des \u00abcroquis\u00bb d\u2019une beaut\u00e9 toujours instable, fr\u00eale, entr\u2019aper\u00e7ue. Aussi le carnet est-il, bien au-del\u00e0 de tout engouement \u00abmoderne\u00bb pour le fragmentaire, l\u2019instrument privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une po\u00e9tique mise en forme par l\u2019\u00e9crivain, requis par des \u00abchoses r\u00e9elles, vraies, oui, mais lointaines et presque insaisissables, \u00e9trang\u00e8res\u00a0\u2014 imm\u00e9rit\u00e9es peut-\u00eatre?\u00bb, qui contraignent \u00e0 la plus l\u00e9g\u00e8re et friable diction, dans une bri\u00e8vet\u00e9 qui construit, comme le ha\u00efku, un \u00abchant qui est \u00e0 lui-m\u00eame sa faux\u00bb. La d\u00e9licatesse de l\u2019\u00e9criture capte alors les plus infimes modulations d\u2019une journ\u00e9e, la teinte d\u2019un ciel, attentive le plus souvent aux images de fra\u00eecheur: \u00abLe petit p\u00eacher rose, dans la distance, sur un coin de pr\u00e9 clair. Rien que cela, fl\u00e8che qui creuse au plus profond de nous.\u00bb Si l\u2019on peut \u00eatre moins sensible au spiritualisme h\u00e9sitant qui parcourt certaines pages, au regret des dieux ou aux condamnations des temps modernes virant parfois \u00e0 la d\u00e9lectation morose, l\u2019essentiel de ces \u00abgraines l\u00e9g\u00e8res\u00bb que le po\u00e8te voudrait destiner \u00e0 \u00abreplanter la for\u00eat spirituelle\u00bb demeure cependant dans leur diss\u00e9mination: ainsi jet\u00e9es au vent, elles semblent davantage s\u2019attacher \u00e0 la gr\u00e2ce d\u2019un instant qu\u2019\u00e0 figer les amorces de \u00absignes\u00bb que le monde fait mine d\u2019adresser au regard.<\/p>\n<p>Accomplissement a\u00e9rien d\u2019un phras\u00e9 toujours exact dans l\u2019incertitude, les carnets accomplissent ainsi, dans leur esquisse m\u00eame, la parfaite honn\u00eatet\u00e9 d\u2019un projet po\u00e9tique qui voudrait \u00abne pas tricher\u00bb, se situer dans une r\u00e9gion \u00abentre Beckett et Saint-John Perse qui sont aux deux extr\u00eames, et tous les deux syst\u00e9matiques\u00bb. Entre l\u2019\u00abInnommable\u00bb et la perp\u00e9tuelle c\u00e9l\u00e9bration, il reste alors pour dire le monde une modestie tr\u00e8s pr\u00e9cise: la \u00abpo\u00e9sie pourrait \u00eatre m\u00eal\u00e9e \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019affronter l\u2019insoutenable\u00bb parce que l\u2019\u00abexpression juste, oui, si elle \u00e9claire, ouvre la voie\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>O.\u00a0BARBARANT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-342","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/342","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=342"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}